Vigne

Publié le 03/04/2020

2020 s’annonce une année délicate : aux inquiétudes sur la commercialisation s’ajoutent les inquiétudes pour la production avec des épisodes de gel.

« Incursion hivernale amorcée ce dimanche par le nord. […] Froid renforcé par la bise de nord-est. […] Neige à très basse altitude voire en plaine entre Massif central et Sud-Ouest (saupoudrage). […] Gelées matinales sur un large tiers nord-est. » En ce début d’avril, le froid n’a pas dit son dernier mot. Un froid glacial qui s’est abattu sur la moitié Nord du pays, avec des températures ressenties comprises entre -5 et -8 °C. Les gelées se sont également invitées « jusqu’en plaine dans le Sud-Ouest et à Bordeaux », ont titré les sites de météo le week-end dernier. Avec des températures pouvant atteindre les -2 et -3 °C localement et un vent de nord-est qui a renforcé la sensation de froid tout en limitant la baisse des températures près du sol, des dégâts de gel sont à déplorer dans le Sud-Est, la Drôme, dans le Gard, avec de 30 à 100 % de bourgeons gelés. « Le coup de grâce pour certains vignerons… Alors qu’avec la crise sanitaire, l’activité de vente est à l’arrêt », témoigne un vigneron du Gard pour notre confrère de la revue Viti. Avec -5,7 °C, les IGP du Var déplorent également d’importants dégâts là où la vigne avait une dizaine de jours d’avance : 100 % autour d’Arles, 40 % au pied de la montagne Sainte-Victoire. Dans l’Ouest, « la vigne a dix jours d’avance, notamment sur Quincy et Reuilly », indique aussi François Dal, du Sicavac dans le quotidien Le Berry Républicain. Et ce, à cause des températures douces des mois de janvier et de février. À la date de mardi 30 mars, aucun dégât n’était cependant à déplorer plus à l’Ouest, en Muscadet et vignoble nantais, témoigne Ingrid Morice, spécialiste assurances au Crédit Mutuel Loire-Atlantique. Plus vers l’Est, à Montlouis, les vignerons étaient sur le pied de guerre avec un froid annoncé pour ce jeudi. En Alsace, pour l’heure, ça passe tout juste grâce au stade de la vigne peu avancé. Néanmoins, pour les arboriculteurs, les arbres fruitiers à noyaux connaissent déjà d’importantes gelées comme pour les abricotiers. Sur le réseau Facebook « Combien de mm », Guillaume Barth, à Bennwihr, annonçait craindre pour ses cerisiers en fleur. La viticulture alsacienne était sur les dents à l’instar d’Antoine Barthelmé, à Wettolsheim, dans larvf.com, qui disait « craindre davantage le gel que le coronavirus ».

Publié le 29/03/2020

Le confinement perturbe l’activité viti-vinicole. Elle peut se poursuivre au même titre que la production alimentaire. Mais il faut s’adapter. Quatre opérateurs témoignent.

Chez Arthur Metz à Marlenheim, le téléphone fixe sonne dans le vide depuis le 17 mars. « Quand nous avons vu ce qui se passait en Italie, nous avons anticipé. Nos équipes informatiques intégrées ont préparé le terrain. Une cellule de crise fonctionne depuis début mars » indique Serge Fleischer, directeur général de l’entreprise. « Les femmes enceintes et les malades chroniques ont été mis en arrêt ou télétravaillent, comme tous les services tertiaires. Les besoins en gardiennage ont été satisfaits. Une réunion vidéo est programmée chaque matin. Nous avons installé les barrières d’hygiène strictes préconisées et des cellules d’accueil pour les chauffeurs externes. Le papier a été supprimé. La règle est d’échanger avec tous les salariés. Il faut répondre à leur anxiété. Comment expliquer que d’autres entreprises ferment et que nous continuons à travailler ? Nous leur disons qu’ils ne sont pas plus en danger ici que chez eux. À la moindre suspicion, il est demandé au salarié de se confiner chez lui. Les rotations permettent de fonctionner de manière optimale. L’activité est normale. Les sites produisent et expédient. Les enseignes de la grande distribution classique comme du discount poursuivent leurs commandes. En mars, les flux sont habituels. Il faudra arriver à sortir le millésime 2019, sinon ça va être compliqué. Dans six mois, c’est la prochaine récolte. La pérennité des entreprises est en jeu. » « Nous avons demandé à notre salariée à temps partiel et à nos deux occasionnels s’ils étaient d’accord pour travailler. Nous avons conseillé à un autre de ne pas venir au vu de ses antécédents médicaux. Nous sortons dans les vignes avec plusieurs véhicules. Chacun respecte une distance d’au moins un mètre pour lier et réparer, et dispose de ses propres outils. Tout le monde se lave souvent les mains avec des lingettes », détaille Myriam Haag, du domaine Jean-Marie Haag à Soultzmatt. « Avec Théo, mon fils, j’ai encore pu livrer les commandes d’un salon reporté dans le Val d’Oise en gardant nos distances pour le paiement. Depuis, je propose l’expédition sans frais. Au caveau, j’ai reçu un couple biélorusse dans la semaine et c’est fini depuis. Je lis pour prendre du recul. J’ai contacté mes importateurs qui avaient prévu de commander, mais c’est le calme plat. Je gère mes contacts, même légers. Rester humain est essentiel. Je prépare courriers et courriels pour ne pas nous faire oublier, mais en mesurant bien mes mots. J’estime que ce serait déplacé de faire de la promotion. Je dis que nous reviendrons dans le secteur dès que les déplacements seront de nouveau possibles. Vu notre structure, nous essayons d’éviter le chômage technique. Le report de paiement des charges sociales et de la TVA est nécessaire à tout le monde. 2020 sera une année morose. J’espère que l’activité redoublera à la reprise. Nous devrons voir comment nous dédoubler à l’automne pour les actions de vente habituelles et reportées. »     Être prêt à redémarrer À Turckheim et Traenheim, les caveaux d’Alliance Alsace sont fermés, la vingtaine de salariés concernés, placés en activité partielle comme les commerciaux en charge de la restauration. En ajoutant les personnes en arrêt maladie, en congés garde d’enfant et le personnel en télétravail, seule une petite moitié des 90 personnes habituellement actives sur les deux sites est effectivement présente. « Nos locaux sont vastes et lumineux. À une personne par bureau ou à trois dans la salle de conditionnement de 2 000 m², les gestes barrières et les règles de distance s’appliquent facilement », juge le directeur, Christophe Botté. Une conférence téléphonique a lieu chaque matin et des vidéoconférences sont programmées plusieurs fois par jour. L’export ralentit. La grande distribution reste un débouché un peu plus actif. Sauf que « le niveau des commandes se dégrade. Cela devrait continuer parce que les moments de convivialité, et donc la consommation, baissent. Je m’attends à un tassement graduel qui finira par être important alors qu’il nous faut du chiffre d’affaires pour alimenter la trésorerie. Tout va dépendre de la durée de la crise. Il n’est pas question de licencier car nous devons être prêts pour l’après, même si beaucoup de monde va se retrouver dans une situation délicate qui ne portera peut-être pas forcément à acheter du vin ». À Itterswiller, Eric Casimir a décidé avec son épouse, infirmière libérale, du protocole de distanciation applicable à ses quatre salariés dans les 17 ha de vignes du domaine Gérard Metz. Deux personnes maximum occupent tout véhicule équipé individuellement d’un spray désinfectant, de savon et d’un bidon d’eau. Poignées et digicode sont régulièrement nettoyés. Au déjeuner, chacun garde ses distances avec son voisin et lave son verre de suite. « Il a fallu changer les habitudes du matin quand on se retrouve. Ce n’est pas évident au début », signale Eric Casimir. En cave, « mise et expéditions sont à l’arrêt depuis le 20 mars. L’activité commerciale est morte. Aucun de mes importateurs ne parle d’acheter du vin. Leurs pays sont confinés. Les salons sont tous reportés. Mes déplacements en Ukraine et en Pologne ont été annulés. Certains clients ont déjà appelé pour solliciter un délai de paiement supplémentaire. L’impact financier sera important. Entre le 15 mars et le 30 avril 2019, mon chiffre d’affaires s’est élevé à 80 000 euros. Ils vont manquer en grande partie en 2020. Les 30 000 euros réalisés en restauration sont irrécupérables. Les perspectives pour 20 000 euros de recettes export sont très floues. Les 30 000 euros d’achat de particuliers peuvent être compensés partiellement à la faveur d’événements à organiser par la suite. Je me mets à jour, je prépare la sortie de crise. Je contacte mes clients pour leur proposer des livraisons. Je regarde comment organiser mon calendrier à l’automne entre ce qui était déjà prévu et ce qui peut se rajouter. J’attends des difficultés de trésorerie d’ici deux mois. Les cartes vont être rebattues un peu plus dans le vignoble. Pour l’instant, je ne peux qu’attendre et être prêt à redémarrer à la fin du confinement. J’estime qu’il faudra encore trois mois après pour que les affaires reprennent ».

Station œnotechnique d’Alsace

La « prestation crémants » en plein essor

Publié le 23/03/2020

Cinq ans après le lancement de son site d’élaboration des crémants en prestation et à façon, la station œnotechnique d’Alsace affiche sa grande satisfaction au vu de la progression de son activité, dans le sillage du succès des crémants d’Alsace.

Le club des fines bulles rassemble tous les vignerons qui font appel à la station œnotechnique d’Alsace pour l’élaboration de leurs crémants. Ils tenaient leur deuxième réunion le 4 mars au domaine Edmond Rentz à Zellenberg, l’occasion de fêter le succès de cette prestation de services œnologiques, dirigée par Nicolas François. Rappelons le concept : « Nous récupérons les vins tranquilles stabilisés à froid. On va chercher le vin, il est filtré sur tangentiel, puis tiré et stocké. » Après la prise de mousse, les bouteilles sont mises à remuer, avant l’ultime étape du dégorgement qui sacrera le vin en crémant d’Alsace. Le lot est alors restitué à son vigneron propriétaire qui n’a plus qu’à étiqueter les flacons. La prestation est réalisée au 23 rue Denis Papin à Colmar. Elle inclut également la traçabilité du vin et les obligations réglementaires déclaratives (Douanes, Ecocert, etc.). Nouveauté : le site s’est équipé d’un chantier de dégorgement doté du système de « jetting », un petit jet pulsé juste avant bouchage qui auto-inerte la bouteille durant cette phase sensible au choc oxydatif. Et depuis fin 2019, trois types de muselets sont disponibles : or, argent et estampillé « fines bulles ». Car le club des vignerons faisant appel à la prestation joue la carte de l’action groupée pour faire connaître ces crémants issus des raisins de chaque domaine et parfaitement maîtrisés dans l’élaboration selon la méthode traditionnelle. Un grand millésime à vins de base C’est Carole Lefebvre, œnologue de la « station », qui a rappelé les conditions du millésime. Selon ses propos, les vignerons doivent s’attendre à un « grand millésime à vins de base ». Explications : des raisins vendangés suffisamment tôt comme elle le souhaitait. On se souvient que Carole Lefebvre déplorait souvent des raisins vendangés trop tard, spécifiquement en Alsace, les vignerons se faisant surprendre par la rapidité de maturité, particulièrement ces dernières années. La quantité d’acide malique supérieure à 4 g/litre et de l’acide tartrique représentant plus des 2/3 de l’acidité totale, témoigne du potentiel de ce millésime. Un point à surveiller cependant, note l’œnologue, la teneur élevée en calcium qui peut ensuite causer des bouteilles gerbeuses. Carole Lefebvre et Dominique François ont souligné leur souci d’appliquer une règle de base de l’œnologie qualitative : que les traitements œnologiques soient appliqués le plus en amont possible du produit fini et donc le plus tôt possible et ce, afin d’exprimer le plus possible les qualités intrinsèques du raisin. Les vignerons ont ensuite assisté à une série de conférences des œnologues de la station œnotechnique qui ont rappelé les grandes règles de base de la réussite de l’élaboration des crémants, comme, par exemple, le nombre de levures nécessaires pour une bonne prise de mousse, soit 4 millions à 6 millions de cellules par millilitres selon le pH, ou un dégazage maximum du vin de base avant tirage pour assurer la croissance des levures emprisonnées dans la bouteille. Après cette séance studieuse, la station a proposé une dégustation de différents vins de base des différents crémants de France, une occasion unique de se situer qualitativement dans l’offre des crémants de France. Et finalement de se rassurer et de confirmer que le succès des crémants d’Alsace n’est pas anodin. Peu avant, Patrick Rentz, lui-même adepte de la prestation, a souhaité la bienvenue au groupe. Ce domaine de 27 ha certifié HVE, huit salariés, propose trois crémants : rosé, auxerrois-pinot blanc et prestige. Une activité en forte expansion, que permet la prestation de la station œnotechnique.   A lire aussi : La prestation crémant monte en pression

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