Cultures

Blé d’hiver en Alsace

Semer à la bonne densité

Publié le 06/10/2016

Arvalis-Institut du végétal et la Chambre d’agriculture comparent depuis plusieurs années les réponses à la densité de semis de deux types de blé tendre d’hiver : les lignées et les hybrides.

Une fois le choix de la variété effectué, il convient de régler son semoir à la bonne densité. L’impact de la densité de semis peut jouer plusieurs rôles selon la date de semis. Rappel de quelques règles : un semis réalisé dans la première quinzaine d’octobre aura un développement plus avancé avant l’hiver. Le nombre de talles sera potentiellement plus important. Dans ce cas, il est utile de ne pas semer trop dense. Pour un semis tardif, par exemple après le 1er novembre les conditions de levée peuvent être plus difficiles en fonction du climat. Pour prendre en compte le risque de perte à la levée et le plus faible tallage on augmentera un peu la densité de semis. On connaît les risques de semis trop clair qui limite le tallage et par conséquent le nombre d’épis potentiel donc le rendement. On connaît aussi les risques de semis trop dense : verse, apparition des maladies favorisée, diminution de la fertilité et du poids des grains. Tout cela en plus de l’augmentation du coût en semences. Les enseignements des essais Les essais réalisés en petites parcelles comparent les réponses de deux types de variétés, lignée ou hybride, semées à quatre densités différentes (100 à 350 grains/m2). Selon les années, les lignées sont : rubisko, cellule, diamento ; et les hybrides : hyxpress, hyfi, atoupic. Les résultats prennent en compte les essais de Pfettisheim (67), Logelheim (68) en 2013, Gimbrett (67), Ensisheim (68) en 2014 et Dingsheim (67), Galfingue (68) en 2015. L’année 2016 est trop atypique pour pouvoir être incluse dans les résultats pluriannuels. Le graphique 1 présente les rendements bruts en fonction du peuplement réel, qui peut être différent de la densité de semis. Chaque résultat est exprimé par rapport au rendement maximum de chaque essai, ce qui permet de comparer les lieux et les années entre elles. En termes de rendement brut, on voit peu de différence entre les réponses des lignées et celles des hybrides. Pour obtenir un rendement à 98 % du rendement maximal, la courbe des lignées arrive à un plateau entre 240 et 320 grains/m2 et celle des hybrides entre 200 et 300 grains/m2. Si on sème plus clair, le fait de diminuer la densité de semis des hybrides à 150 grains/m2 permet même de rester à 96 % du rendement maximal, contre environ 94 % pour les lignées. Le moins qu’on puisse dire est que cela est assez proche entre les deux types de variétés. Pour aller plus loin, il faut s’intéresser à l’aspect économique, donc au rendement net, c’est-à-dire coût de la semence déduite. Le graphique 2 présente les réponses à la densité en rendement net, en exprimant toujours chaque résultat par rapport au rendement maximum de chaque essai. Les hypothèses retenues pour les calculs sont : PMG de 48 grammes pour les lignées coût des semences certifiées en lignées de 75 €/quintal coût de la dose des semences hybrides de 70 €/500 000 grains prix de vente du blé à 150 €/tonne. La plage optimale de densité de semis pour les lignées est assez large car elles peuvent être semées de 200 à 300 grains/m2 pour obtenir des rendements nets proches. Pour les hybrides, il ne faut pas trop densifier car le coût élevé des semences situe l’optimum de densité se situe entre 120 et 175 grains/m2. Ce que l’on retient On n’observe pas de différence nette de valorisation de la densité entre les lignées et les hybrides testés. L’autre point remarquable des essais est la capacité de compensation du blé tendre aux effets de peuplement. Le rendement maximal est le plus souvent atteint en suivant les recommandations de densités de semis, mais l’abaissement des densités de semis ne pénalise que très rarement les rendements. Le tableau 1 présente les conseils de densité de semis des lignées pour la région Alsace en fonction de la date et des conditions de sol. Au vu des résultats présentés ci-dessus et de l’expérience locale, les chiffres sont relativement sécuritaires. S’il est possible de réduire ces chiffres pour les hybrides comme pour les lignées, le coût de la semence est moins un facteur à prendre en compte dans le cas de ces dernières. Par contre, pour les hybrides, il est vivement conseillé de diminuer d’au moins 30 % la quantité indiquée. Un outil d’aide à la décision est disponible gratuitement sur le site d’Arvalis-Institut du végétal pour faire le bon choix de densité de semis. Vous le trouverez en allant sur : www.arvalis_infos.fr ou en cliquant directement sur le lien : http://oad.arvalis-infos.fr/densitesemis/etape1.asp.

Publié le 02/10/2016

Céréalier à Ensisheim, Benjamin Lammert fait preuve d’une bonne technicité. Il résiste à des prix insuffisants par des financements extérieurs, mais s’interroge sur la pérennité de son exploitation.

Benjamin Lammert s’installe en 2009 à la suite de son père, Eugène, et de son oncle Pierre, après des études d’ingénieur agronome et d’agro-économie. Son parcours le mène de projets de développement agricole à l’étranger à un poste de responsable du marché agricole dans une banque en passant par la formation pour adultes et le conseil en compostage bio. « J’ai repris pour être à mon compte et organiser mon mode de vie » dit-il. 2009 est d’emblée une « petite année ». Le résultat de l’exercice est maigre, mais positif. 2015 est pire. L’exploitation termine dans le rouge. Une première. Benjamin n’ose guère s’avancer pour 2016. À 40 q/ha son rendement en blé a été divisé par deux pour les variétés traditionnelles et à 62 q/ha le score de son hybride baisse d’un bon tiers. Il espère accrocher sa moyenne en soja et se montre très réservé sur le maïs. « Je m’attends à tout. La levée a été hétérogène. Le peuplement est irrégulier. Je me méfie des épis mal fécondés. Rester dans ma moyenne serait déjà bien » dit-il. L’exploitation se partage entre un bloc de 100 ha dans la plaine de l’Ill et la Hardt voué à la monoculture du maïs et 75 ha de limons battants et acides que se partagent maïs, blé et soja. Deux remembrements ont laissé des îlots d’une vingtaine d’hectares en moyenne et aucune parcelle n’est éloignée de plus de cinq kilomètres du siège de l’exploitation. L’ensemble de la surface est irriguée par quatre pivots et deux enrouleurs. « Ces structures sont une chance en termes de productivité » convient Benjamin. Il fait analyser le sol de chaque parcelle tous les cinq ans pour décider des besoins en P et K. Il laboure 80 % de ses terres avant de les préparer avec un combiné lames et rouleaux de 6 m et un coup de herse. Après soja implanté dans des sols souples, il se contente de passer un décompacteur à sept dents et une herse ou un rouleau. Benjamin s’est détourné en partie du blé meunier pour lui préférer de l’hybride, plus productif de 5 à 10 % dans une année classique. Il se laisse une marge pour ajuster la protéine avec le troisième apport d’azote. Il fait semer par un entrepreneur des maïs qui demandent des sommes de température allant jusqu’à 1820, 1900 et 2000°. Il les désherbe en pré ou post-levée avant un binage et répartit l’azote au semis ainsi qu’aux stades 6-8 et 10-12 feuilles de la plante. Il traite avec le pulvérisateur automoteur à 28 m de rampe de la Cuma. Depuis qu’il est équipé d’un GPS, les zones de recouvrement lors de traitements sont passées de 10 à 2-3 %. Augmenter le stockage en cribs Benjamin achète tout son approvisionnement à sa coopérative et lui livre toute sa production à la moisson ou au printemps pour les quelques 40 ha stockés en cribs à armature bois âgés d’une vingtaine d’années. « J’ai opté pour le prix moyen et la possibilité de vendre dans cinq à sept fenêtres par an. J’arbitre au coup par coup en fonction du marché. Je vends régulièrement sauf quand j’estime le prix trop bas. J’ai déjà vendu 40 % de ma récolte 2016 en cribs avec paiement en juin 2017 » explique Benjamin. Il projette d’agrandir sa capacité en cribs « parce que le rendement augmente ». « J’ai 15 €/t de frais de séchage à économiser » calcule-t-il. Dans le contexte actuel, le risque existe que 2016 soit une deuxième année consécutive à résultat négatif. Benjamin s’accorde une rémunération mensuelle, mais ne distribue plus aucun résultat depuis trois ans. « Cravacher pour savoir qu’on va perdre des sous, c’est dur à vivre » dit-il. La seule bonne nouvelle vient des 600 m² de toiture photovoltaïque d’une capacité de 100 kWc dans laquelle Benjamin a investi 400 000 € dès son installation. Le prévisionnel d’ensoleillement de 985 h est légèrement dépassé. « J’ai encore dix ans à rembourser. Mais cela apporte un revenu complémentaire pour passer la crise. C’est une bouée psychologique. Il est dommage qu’à l’époque les projets de nombreux agriculteurs n’aient pas été suffisamment soutenus par l’Administration » analyse-t-il. Avec une trésorerie en souffrance, Benjamin active trois leviers pour se financer. Il a négocié des découverts bancaires qui lui donnent une bonne souplesse de gestion en fonction des rentrées d’argent. Il utilise le système d’avance de sa coopérative même si le taux est plus élevé que le marché. Il a, auprès d’elle, ce qu’il appelle « une grosse facture ». Benjamin a enfin recours à du court terme souscrit sur neuf-dix mois à 1,2-1,3 % auprès des deux banques avec lesquelles il travaille. Il attend le versement des primes Pac pour les rembourser. « Un agriculteur aujourd’hui ne sait plus où il va. À court terme, je peux passer » juge-t-il. « Mais comment assurer la pérennité de l’exploitation à plus long terme ? »

Développement de l’agriculture biologique en Alsace

Le soja bio voit loin

Publié le 30/09/2016

Les surfaces dédiées à l’agriculture biologique progressent chaque année en Alsace. Si la viticulture, l’élevage ou les cultures légumières sont les plus représentés, la filière soja bio présente des perspectives intéressantes pour les agriculteurs souhaitant valoriser au mieux leur production.

N’est pas bio qui veut. Si l’agriculture biologique grappille chaque année plus d’hectares en Alsace (voir encadré), elle reste d’abord une filière de personnes convaincues par la démarche et l’agronomie, et conscientes du travail supplémentaire que cela demande. Car la tentation de se convertir pour bénéficier d’abord des aides à la conversion existe. Et si l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) et la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) souhaitent que la « bio progresse », c’est sur des bases solides. « Il ne faut pas aller à l’aveugle dans la bio. Il faut d’abord passer par un pôle d’expertise du pôle conversion de la Chambre qui analysera la solidité du projet. Sinon, c’est le risque d’un échec quelques années plus tard », prévient Véronique Klein, agricultrice bio en Alsace Bossue et présidente de la commission Agroécologie à la CAA. Si l’objectif des 10 % d’exploitation bio en 2020 en Alsace est toujours présent, il ne sera donc pas atteint à n’importe quel prix. « Nous avons déconseillé à certains agriculteurs de se convertir. Économiquement, cela ne tenait pas la route alors que c’est le plus important. Nous pouvons trouver des débouchés pour quasiment toutes les productions, mais cela ne suffit pas. Il faut par exemple bien calculer et optimiser ses charges de mécanisation, forcément plus importantes qu’en agriculture conventionnelle. Dans mon cas, j’ai intégré une Cuma, ce qui permet de mutualiser les moyens, mais aussi de pouvoir souffler de temps en temps », témoigne Véronique Klein. Aujourd’hui, elle souhaite lever les a priori qui subsistent sur la bio. « Il est temps de sortir de l’image d’Épinal où l’agriculteur fait tout à la main. La bio est plus technique que le conventionnel ; on doit tout analyser car on n’a pas de moyen de secours. La bio n’est plus une niche désormais. L’ère philosophique sur le sujet est passée. L’approche est bien plus pragmatique qu’avant », estime-t-elle. Une structure peut ainsi être de taille importante en agriculture biologique, sans pour autant basculer dans l’industrialisation tant redoutée par beaucoup d’observateurs. « À partir du moment où le cahier des charges, le lien au sol et le bien-être animal sont respectés, on peut être grand et bio. Ce n’est pas incompatible », poursuit Véronique Klein. Elle prend comme exemple Lactalis, aujourd’hui très présent sur le marché du lait bio, qui valorise, en moyenne, les 1 000 litres de lait à 450 euros. Et plutôt que de voir une « bulle » se créer autour du bio avec un effondrement des prix à la clé, le groupe laitier ne prend actuellement plus d’agriculteurs en conversion afin « de ne pas surcharger le marché » précise la présidente de la commission Agroécologie à la CAA. « Il faut anticiper » Un raisonnement qu’applique également l’entreprise allemande Taïfun, basée à Freiburg, qui est spécialisée dans la production de tofu bio. « Nos objectifs de l’année vont être dépassés avec un tonnage plus important que prévu, entre 4 000 et 4 500 tonnes selon nos dernières estimations. Nous reprendrons des producteurs bien sûr, mais d’ici un an ou deux. Le temps de se convertir en somme », souligne Fabian Van Beesten, conseiller culture chez Taïfun. C’est principalement grâce à cette entreprise allemande que la filière soja bio s’est développée en Alsace. Sur les 29 producteurs de soja bio dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin - pour une surface de 300 ha -, 12 sont sous contrat avec Taïfun. Parmi eux, la ferme Pulvermühle, à Vogelsheim, convertie à la bio depuis les années 1960 et productrice de soja depuis dix ans. Une culture que le gérant de la ferme, Dany Schmidt, soutient fortement après l’avoir « regardée de loin » pendant des années. « Le soja est une culture qui s’enherbe rapidement et facilement. On se disait toujours que le jour où l’on saura avoir des cultures légumières propres, on fera du soja. Et un jour, on a appris. » Ses associés et lui en produisent 20 ha sur les 97 ha que compte l’exploitation. Comme pour le soja conventionnel destiné à l’alimentation humaine, le soja bio livré à une industrie agroalimentaire doit être le plus propre possible, mais aussi le plus riche en protéines ; c’est en effet le taux de protéines qui détermine le volume de tofu produit. Pour arriver à un soja bio le plus qualitatif possible, un seul mot d’ordre : l’anticipation. Tant pour la préparation du sol, que pour les faux semis, le semis (pas dans des sols inférieurs à 15°) et le binage ; ce dernier point étant considéré par Dany Schmidt comme le « nerf de la guerre » pour la conduite du soja. Il recommande d’effectuer un premier binage « à l’aveugle » cinq à six jours après le semis, « dans une bonne fenêtre météo » précise-t-il, puis un deuxième binage quelques semaines plus tard. « Ces deux premiers binages sont déterminants pour la propreté de la culture », explique-t-il. Pour la récolte 2016, il a dû biner jusqu’à fin juin. « Avec le printemps pluvieux, le travail était plus compliqué, même dans des sols légers comme ici. Après, il faut être clair : le zéro adventice n’existe pas, même si on réussit à faire de très belles choses. » Cette année, le rendement de son soja bio devrait avoisiner les 35 qx/ha, avec de bons taux d’humidité et de protéines. De quoi satisfaire le cahier des charges de Taïfun, à cheval sur la qualité du soja qui lui est livré. « Nous appliquons les normes européennes en matière d’agriculture biologique. Mais moi, je suis plus strict. Notre débouché est une voie alternative et de qualité. Je veux conserver cela comme ça », indique Fabian Van Beesten. 16 000 tonnes de tofu en 2030 Si Taïfun se fournit en soja en Autriche, en Franche-Comté, en Bourgogne, dans le Bade Wurtemberg, au sud de Berlin (grâce à des variétés plus précoces), et un peu hors d’Europe, c’est bien le soja alsacien qui offre selon elle les meilleures teneurs en protéines. Un potentiel que souhaitent développer l’Opaba et la Chambre d'agriculture dans les années à venir. « Avec la plaine que nous avons en Alsace, on s’est dit que nous devions être en mesure de proposer quelque chose. Le soja a en plus l’avantage de ne pas être cher à produire comparé à d’autres cultures, et bénéficie d’une très bonne valorisation. Et si nous ne produisons pas localement, d’autres le feront », fait ainsi remarquer Dany Schmidt. Un point à ne pas négliger quand on connaît les objectifs fixés par Taïfun pour les quinze prochaines années. De 7 000 tonnes de tofu bio produites aujourd’hui, l’entreprise allemande entend faire monter ce chiffre à 16 000 tonnes en 2030, soit une augmentation de plus de 100 %. Avec un niveau d’exigence toujours aussi drastique. Toujours à l’image du soja conventionnel, la récolte reste une étape essentielle pour la propreté de la matière première, tout comme le stockage. Dans le cas de Taïfun, ce dernier est assuré par un producteur de soja allemand situé à quelques kilomètres de l’usine de production. « Il assure le nettoyage, le stockage et le séchage », précise Fabian Van Beesten. « On peut par contre nettoyer une première fois avant la livraison s’il y a beaucoup de mauvaises herbes. À partir de 20 % de mauvaises herbes, j’estime que c’est trop et que l’agriculteur doit faire quelque chose. » Pour obtenir de bons taux de protéines, et donc de bons rendements, Taïfun mise sur des semences choisies par ses soins. Le producteur de tofu bio met un point d’orgue à gérer toute sa filière, dès le semis. « Cela nous permet d’assurer la qualité de notre produit », justifie Fabian Van Beesten. Une politique qui porte ses fruits vu les bons résultats enregistrés d’année en année. Sur les 200 livraisons que reçoit Taïfun à chaque campagne, seules une ou deux s’avèrent manquer de protéines. « Et à chaque fois, cela résulte d’un problème d’inoculation », constate le conseiller culture. De petits désagréments qui n’empêchent pas Taïfun d’entretenir d’excellentes relations avec ses 100 producteurs, tous sous contrat. C’est même un élément essentiel de la philosophie de l’entreprise ajoute Fabian Van Beesten : « Avant l’aspect économique, nous cherchons d’abord à établir des relations humaines, durables et sincères avec nos agriculteurs. Aujourd’hui, je les connais tous personnellement. Quand je m’engage avec l’un d’entre eux, je veux un travail à long terme, avec un plaisir à produire ensemble. Dans une filière comme la nôtre, la qualité doit être à tous les niveaux. »

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