Cultures

Gustave Muller

Du maïs et des couverts

Publié le 28/09/2016

Gustave Muller organisait jeudi 22 septembre à Herbsheim une journée technique placée sous le signe de l’agronomie et des innovations. Au programme : collections de variétés de maïs et de Cultures intermédiaires pièges à nitrates, pilotage de la fertilisation du blé, respect de la faune auxiliaire, bonnes pratiques de pulvérisation, semis et gestion d’un couvert durant l’interculture d’une monoculture de maïs.

Cette année, les maïs ont été pénalisés par de mauvaises conditions d’implantation - « d’autant plus après deux années sans véritable hiver », note Jean-Michel Weiss, responsable technique et qualité chez Gustave Muller - un mauvais développement du système racinaire lié aux excès d’eau, et une fin de saison sèche et chaude… À noter aussi une augmentation de la pression exercée par la pyrale : « Après un début de vol timide les 7-8 juin, la population de l’insecte a progressé par pics, de manière assez anarchique, jusqu’à fin juillet, avec un pic de vol atteint les 11-14 juillet. Malgré des traitements insecticides bien positionnés, on observe des tiges trouées », indique Jean-Michel Weiss. Cette campagne est aussi marquée par la prévalence des coups de feu fusarien. Cette maladie est liée à l’envahissement des vaisseaux par le mycélium du Fusarium, auparavant présent dans la plante de manière asymptomatique, mais qui remonte la tige à la suite d’un stress, ce qui asphyxie la plante. Résultat : les feuilles dessèchent aussi par le haut et peuvent prendre une teinte rosée, des épis pendent… Sur le site internet d’Arvalis-Institut du végétal, on peut lire : « Cette maladie se rencontre le plus souvent en situation de monoculture de maïs irrigué, plutôt en sols filtrants… Des conditions chaudes en fin de cycle, couplées à des restrictions d’irrigation, exacerbent le phénomène. » Et plus loin : « Il semble que l’excès d’eau, notamment d’irrigation, favorise l’émergence de ces problèmes. » Pas étonnant donc que la campagne 2016 soit marquée par une recrudescence du phénomène. La meilleure méthode de lutte ? L’introduction d’une culture d’automne dans la rotation. Couvrir le sol entre deux maïs Transition toute trouvée donc avec la présentation d’un essai qui vise lui aussi à briser la monoculture de maïs, non pas avec une culture d’automne mais avec un couvert durant l’interculture. L’objectif visé n’est pas tant agronomique que réglementaire. En effet, dans le cadre de la nouvelle mouture de la Pac, il est possible de déroger à la règle de diversité des cultures (dite aussi des trois cultures) et de pratiquer la monoculture de maïs, à plusieurs conditions : il faut implanter un couvert dans les deux semaines qui suivent la récolte du maïs, ce couvert - qui doit être composé d’une ou plusieurs espèces contenues dans une liste - doit effectivement lever, et ne doit pas être détruit avant le 1er février. En outre, le maïs doit alors représenter plus de 75 % des terres arables, et la couverture hivernale des sols doit se faire sur l’ensemble des terres arables, pas uniquement le maïs. Cette mesure de dérogation aux règles du verdissement, appelée « Certification maïs », a surtout été pensée pour les exploitations maïsicoles spécialisées du sud de la France. En Alsace, le climat rend plus périlleuse la réussite d’un couvert après la récolte du maïs. Périlleuse mais pas impossible. C’est tout l’objet de l’essai élaboré par les établissements Gustave Muller. Celui-ci comprend cinq couverts différents, qui ont tous été semés le 20 octobre, puis détruits de quatre manières différentes. Puis, trois variétés de vigueurs différentes, de très bonne à faible en passant par moyenne, ont ensuite été semées le 21 avril derrière chaque modalité afin d’appréhender l’effet de chaque couple couvert - mode de destruction sur le maïs qui suit. Des couverts face à l’hiver Premier objectif de l’essai : déterminer les espèces, ou leurs mélanges, qui sont les plus à même de procurer un couvert développé en hiver après un semis d’automne. Pour ce faire, le peuplement de chaque couvert a été dénombré en entrée et en sortie d’hiver, et la répartition des espèces établie. Le couvert Late Couv (50 % de seigle, 30 % de navette et 20 % de trèfle) affichait 95 plantes/m2 en entrée d’hiver et 69 plantes/m2 en sortie d’hiver, la navette étant la seule espèce à avoir réellement levé et résisté à l’hiver : « Le seigle, très sensible aux limaces, a été ravagé, et la date de semis est trop tardive pour les légumineuses », explique Jérémy Ditner, technicien chez Gustave Muller. Le deuxième couvert, Chlorofiltre ST (52 % de seigle, 48 % d’avoine), a perdu 50 % de son peuplement durant l’hiver. Si bien qu’en sortie d’hiver il ne restait que 50 pieds/m2. Le seigle a connu le même sort que dans le premier couvert, et l’avoine rude a été détruite par le gel. Le troisième couvert, Chlorofiltre 30 (60 % de seigle, 30 % de vesce, 10 % de trèfle), confirme les observations précédentes. En sortie d’hiver six malheureuses plantes se battaient en duel sur un mètre carré. Le seigle a encore nourri les limaces, quant à la vesce et au trèfle, la date de semis était trop tardive pour obtenir une bonne levée, donc un couvert significatif, ce qui placerait les agriculteurs souscrivant à cette mesure dans l’illégalité. Heureusement, le quatrième couvert, un mélange de ferme composé de 60 % de pois et de féverole et de 40 % d’avoine d’hiver donne de meilleurs résultats, avec 372 plantes/m2 en entrée d’hiver et 255 plantes/m2 en sortie d’hiver, la proportion de légumineuses ayant néanmoins chuté entre-temps. Le cinquième couvert n’était autre qu’un blé, semé à 170 kg/ha, et qui a procuré un honorable 425 plantes/m2 en entrée d’hiver et 284 plantes/m2 en sortie d’hiver. Première conclusion : la navette et les céréales d’hiver sont les grands gagnants de cet essai en termes de peuplement. Mais attention, les céréales peuvent constituer un nid à pucerons. Aussi, pour Jérémy Ditner, les crucifères (navette, radis) constituent-elles le meilleur compromis. Il préconise de les semer à 5 - 10 kg/ha. Second objectif de l’essai : déterminer la meilleure manière de détruire les couverts afin de pénaliser le moins possible le maïs qui suit. Quatre modalités de destruction ont été testées : mécanique précoce : le plus tôt possible après le 1er février, soit un déchaumage le 18 mars cette année mécanique tardive : juste avant le semis du suivant chimique précoce : dès que les conditions le permettent après le 1er février chimique tardive : deux jours avant le semis du suivant Sans grande surprise, la meilleure vigueur de départ a été obtenue après le couvert Chlorofiltre 30, dont le maigre peuplement n’était guère en mesure de pénaliser le maïs. La moins bonne vigueur a été obtenue après le mélange de ferme, qui a produit davantage de biomasse que le blé. La comparaison des modes de destruction met en évidence qu’une destruction précoce est toujours plus favorable à l’implantation du maïs qui suit qu’une destruction tardive. Et un mode de destruction s’avère particulièrement pénalisant pour le maïs qui suit : la destruction chimique tardive, puisque la présence de la biomasse issue du couvert complique l’implantation du maïs. Les techniciens de Gustave Muller se sont aussi plus particulièrement penchés sur les dégâts de limaces. Le maïs implanté après le couvert Chlorofiltre 30 a été le plus épargné par les limaces : « Après avoir consommé la quasi-totalité du couvert, elles ont dû partir plus loin chercher de la nourriture », explique Jérémy Ditner. La destruction mécanique précoce des couverts s’avère un bon moyen de limiter les attaques de limaces. Par contre, la destruction chimique tardive s’est soldée par d’importantes attaques de limaces : « Elles se sont attaquées au maïs après la disparition d’un couvert qui leur avait été favorable jusque-là ».

Planète Légumes

« Les Jeunes pousses »

Publié le 25/09/2016

Afin de créer une dynamique auprès des jeunes maraîchers et producteurs de légumes, un groupe qui leur est entièrement dédié vient d’être créé à l’initiative d’une poignée d’entre eux, membres de Planète Légumes.

« Nous en parlions depuis deux ans environ au sein de Planète Légumes. Mais le projet ne s’était pas concrétisé », rappelle Emmanuel Dollinger, vice-président de la structure, jeune maraîcher à Hœrdt. Avec Geoffrey Andna, maraîcher à l’Îlot de la Meinau, il relance en début d’année cette idée de créer un groupe de jeunes producteurs spécialisés en maraîchage, avec la ferme volonté d’aboutir. « Ce groupe s’est imposé comme une nécessité. » Une douzaine de jeunes ont participé à la première journée de rencontre, organisée en juin dernier sur l’exploitation de Geoffrey Andna, en présence de Pierre Lammert et Fabien Digel, respectivement président et directeur de Planète Légumes, de Julien Koegler, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs, et de l’ensemble des conseillers de Planète Légumes. Une journée constructive et positive : après la visite des serres, des cultures de plein champ et du parc matériels, les échanges se sont poursuivis autour d’un repas convivial qui a permis de constituer le groupe et d’acter son nom « Les Jeunes pousses de Planète Légumes ». « La vocation des Jeunes pousses est de partager tout ce qui peut nous permettre de progresser et d’améliorer nos techniques de production, d’accompagner les jeunes qui veulent se lancer dans la production et de les aider à avancer plus vite, indique Emmanuel Dollinger. Toutes les idées sont bonnes à prendre. » Pour lui, l’information technique est indispensable lorsque l’on démarre dans le métier. « La difficulté est qu’il faut la trouver et bien souvent aller la chercher. Avec ce groupe, l’idée est de l’offrir aux jeunes, en proposant régulièrement des réunions sur le terrain, en salle, en invitant des spécialistes, allant voir ce que font nos collègues dans d’autres régions de France ou à l’étranger. » Les thématiques des rencontres seront établies en fonction des besoins exprimés par le groupe. Ce groupe est ouvert à tous les jeunes dès la sortie du lycée, spécialisés en maraîchage, producteur sous serres, de plein champ, en conventionnel ou en bio. « Nous sommes un petit noyau très soudé de quatre à cinq jeunes producteurs, autour duquel se sont greffés d’autres jeunes, motivés. » Et Emmanuel Dollinger est convaincu qu’à force d’action, le cercle va s’étendre, le réseau se former. « Entre jeunes, on est tous au même niveau, on se sent plus libres pour s’exprimer, parler sans tabou. » Les Jeunes pousses de Planète Légumes se réuniront le 12 octobre chez Thibaut Diemer à Kolbsheim. Au programme, visite de l’exploitation, échanges et construction claire des objectifs et orientations du groupe. Deux intervenants extérieurs présenteront entre autres des sondes pour mesurer l’humidité. Tous les jeunes producteurs intéressés sont cordialement invités.

Coopérative agricole de céréales - Réunion Soja

Une récolte propre pour une qualité optimale

Publié le 24/09/2016

La Coopérative Agricole de Céréales a convié récemment 80 agriculteurs et entrepreneurs à une réunion de terrain sur le soja. Objectif : optimiser les conditions de récolte pour assurer la qualité de la matière livrée à Sojinal, l’usine d’Issenheim spécialisée dans la production d’alimentation humaine à base de soja.

Un soja de qualité, c’est un soja propre. Et un enjeu de taille pour la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) et l’usine Sojinal d’Issenheim, propriété du groupe belge Alpro spécialisé dans la transformation de soja destiné à l’alimentation humaine. Les deux entités travaillent main dans la main depuis plusieurs années pour développer une filière en pleine croissance, mais aussi très exigeante d’un point de vue qualitatif. « Toutes les impuretés et les corps étrangers influencent la qualité du produit fini. Il faut une neutralité maximum du goût pour toucher le plus de consommateurs », explique le directeur technique et responsable de la qualité chez Sojinal, Jean-Noël Nail, aux 80 participants de la réunion soja organisée le 16 septembre dernier à Ensisheim. Parmi eux, un bon tiers d’entrepreneurs de travaux agricoles qui ont également pu rencontrer les représentants des concessions Haag et JF Agri et leurs moissonneuses-batteuses spécialement équipées pour la récolte de soja. « Leur présence est importante, car la récolte est essentielle pour la qualité du produit fini, au même titre que le choix de la variété, le travail de recherche et d’expérimentation et l’itinéraire cultural », détaille le directeur général de la CAC, Nicolas Koenig. Une heure pour épierrer 11 tonnes Un message que la coopérative tient à rappeler à ses adhérents alors que la moisson s’apprête à démarrer. « L’an dernier, sur les 7 000 tonnes brutes qu’on a collectées, nous avons récupéré 375 tonnes de déchets, dont deux tonnes de cailloux », indique le responsable du silo d’Ensisheim, Laurent Goepfert. C’est par ce site que transite tout le soja collecté par la CAC dans le Haut-Rhin ; un silo entièrement dédié au soja y a été construit. Soit il y est livré directement, soit il provient des autres silos de collecte. Une fois arrivé à Ensisheim, le soja est nettoyé une première fois puis séché si besoin. En hiver, la coopérative procède à un deuxième nettoyage qui doit permettre de répondre au cahier des charges établi par Sojinal : une humidité de 13 % au maximum, moins d’1 % de graines vertes, moins de 3 % de graines cassées, et moins de 0,1 % d’impuretés. Des petits chiffres à première vue qui représentent néanmoins un vrai risque pour la qualité du produit final. « Le problème d’un grain cassé par exemple, c’est de savoir depuis combien de temps il est cassé justement. De la moisissure peut se développer et altérer le goût. C’est pour cela que nous devons être stricts sur la qualité de la matière collectée », poursuit Laurent Goepfert. Bien évidemment, le nettoyage a un coût. Il faut ainsi une heure pour épierrer onze tonnes de soja. « Sur un total de 7 000 tonnes, je vous laisse faire le calcul… », interpelle le responsable du silo d’Ensisheim. Objectif « zéro gluten » Exit également les résidus de céréales à paille qui pourraient rester après la moisson des cultures d’hiver. « Il est donc primordial de bien nettoyer sa trémie avant de commencer la récolte de soja. Pour l’instant, nous constatons que le taux d’impuretés et de graines vertes est encore au-dessus de la moyenne », précise Jean-Noël Nail. Pour arriver au produit « top niveau » souhaité, Sojinal effectue un autre nettoyage après la livraison. Car l’objectif est simple : zéro gluten. « La majorité des industries agroalimentaire ne s’embêtent pas avec cela et indiquent sur l’emballage de leurs produits la présence éventuelle de fruits à coque. Chez nous, ce n’est pas envisageable bien que nous transformions également des produits comme des amandes, des noisettes, de l’avoine ou du riz. Nous nous assurons de la propreté de nos chaînes de production », développe le directeur technique de Sojinal Alpro. Une exigence de qualité qui résonne comme une évidence chez les entrepreneurs de travaux agricoles. « Aujourd’hui, il y a des équipements spécifiques qui sont incontournables sur les moissonneuses-batteuses. Pour ma part, je m’assure toujours que ma trémie soit bien nettoyée, quelle que soit la culture d’ailleurs. Je dois être à la hauteur des attentes de mes clients », témoigne le président des EDT du Haut-Rhin, Claude Gretter.

Pages

Les vidéos