Cultures

Publié le 28/07/2016

Le développement du colza à l’automne n’est pas uniquement lié à l’azote. La fertilisation phosphatée est trop souvent négligée, alors que le colza est une culture très exigeante en phosphore. La disponibilité de cet élément dès l’implantation sécurise l’installation du colza et son potentiel de rendement.

Le phosphore est indispensable dès le début du cycle du colza, car il est un élément essentiel de la constitution des cellules et du fonctionnement métabolique. Le colza en a besoin très tôt d’autant plus que la culture a une sensibilité accrue à la carence au stade 5-7 feuilles. À l’automne, les besoins en quantités sont faibles. Mais il est indispensable de couvrir ces derniers en apportant du phosphore facilement assimilable par la plante. Sur les sols pauvres en phosphore et sur les sols argilo-calcaires moyennement pourvus, il est impératif de ne pas faire d’impasse pour déplafonner le potentiel de la parcelle (voir graphique ci-dessous). Il est également fortement recommandé d’apporter l’engrais phosphaté avant l’implantation, plutôt qu’au printemps, pour réduire le risque de carence précoce à l’automne. Plus généralement, il est important d’entretenir la fertilité des sols. L’analyse de terre est un outil pertinent pour connaître la richesse du sol et pour piloter la fertilisation de fond selon les préconisations de la méthode Comifer. Terres Inovia a décliné ces conseils sous forme de grille simplifiée (voir tableau ci-dessous). Localiser l’engrais : un intérêt pour les grands écartements La localisation de l’engrais à proximité de la ligne de semis est rendue possible par des équipements spécifiques sur les semoirs. Les essais conduits par Terres Inovia entre 2013 et 2015 ont mis en évidence l’intérêt de cette technique pour les semis à grands écartements. La localisation n’apporte pas de gain de rendement, mais elle permet une économie d’engrais de 30 unités par rapport à la dose conseillée en plein (voir tableau). Terres Inovia conditionne toutefois cette réduction de la fertilisation, à un apport sur le rang d’au moins 30 kg de P2O5/ha. Ce seuil minimum est fixé pour éviter le risque de carence en phosphore sur la culture de colza, mais également sur l’ensemble de la rotation. Ces 30 unités compensent en fait en bonne partie les exportations de la culture et évitent ainsi de nuire à la fertilité du sol à plus long terme. Dans ces situations, la meilleure valorisation de l’engrais localisé s’explique probablement par une répartition géométrique plus avantageuse. En effet, l’exploitation des ressources du milieu n’est pas optimale avec les semis à écartement large. Le positionnement de l’engrais à proximité de la plante permet alors une meilleure captation des ions phosphore qui sont peu mobiles dans le sol. Dans le cas de faibles écartements (semoir à céréales), quelle que soit la richesse du sol en phosphore, aucun effet significatif de la localisation n’a été observé, qu’ils soient positifs ou négatifs. Apport d’engrais binaire NP, pour les situations particulières L’apport d’engrais starter peut favoriser le développement des colzas à l’automne, notamment dans les situations à très faible disponibilité en azote (sol pauvre, faible reliquat post-récolte, présence de paille abondante). Ce surplus de croissance peut être recherché notamment pour réduire la nuisibilité des ravageurs d’automne (altises, charançon du bourgeon terminal). Il faut rappeler néanmoins, qu’en l’absence de facteur limitant (carence en phosphore, pression insecte), l’apport d’engrais binaire ne se concrétise généralement pas par un gain de rendement. Si un apport d’engrais NP 18-46 se justifie et si le semoir est équipé d’un localisateur, préférez un apport localisé à proximité de la ligne de semis. Les apports en localisé sont toujours plus efficaces qu’un apport en plein dans les essais Terres Inovia. Dans tous les cas, veillez à respecter la réglementation en vigueur localement.

Récoltes

Mornes granges

Publié le 21/07/2016

Ça y est, les foins sont engrangés ! Leur qualité laisse cependant à désirer et devra être surveillée. La moisson des blés a débuté. Comme prévu, des quintaux manquent à l’appel.

La fenaison s’achève, enfin, après des semaines à attendre une période anticyclonique suffisamment longue pour pouvoir faucher l’herbe, la faner, l’andainer, la presser… Mais la patience forcée dont les éleveurs ont fait preuve ne sera pas forcément récompensée… Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, dépeint en effet une situation contrastée, entre ceux qui ont démarré la fenaison il y a une quinzaine de jours, sur des sols encore mouillés, avec de l’herbe couchée dessus, donc avec une couche inférieure d’herbe très humide. Et la seconde vague de fenaison, qui a bénéficié de meilleures conditions de récolte, avec des températures élevées et peu, voire pas, de précipitations, donc une herbe qui a pu bien sécher. Le spécialiste des fourrages note aussi des différences entre les parcelles : « L’herbe a mieux séché dans les parcelles en pente que dans les fonds de vallée ». Mais une caractéristique commune à tous les foins de 2016 se dégage : « C’est du vieux foin, les stades de récolte optimaux sont largement dépassés et la valeur alimentaire s’en trouve inévitablement dégradée. » C’est encore plus vrai pour les foins issus de la première vague de récolte : « Certains agriculteurs ont dû ressortir des balles de foin des granges parce qu’elles commençaient à chauffer. La qualité de ce fourrage-là sera encore plus mauvaise, avec une diminution de l’appétence, des protéines et des sucres brûlés selon la température atteinte… » Les foins issus de la seconde vague sont moins concernés par ce phénomène : « En ce moment, l’herbe sèche très bien », indiquait Laurent Fritzinger mardi 19 juillet, alors que le thermostat frisait les 40 °C et que, aussi paradoxal que cela puisse paraître après tant d’eau, quelques parcelles de maïs commençaient à exprimer des symptômes de stress hydrique. Laurent Fritzinger estime donc que « si les foins ont été bien séchés, ce ne sera pas si catastrophique que cela, le fourrage obtenu suffira à remplir la panse. » D’autant que si la qualité pêche, la quantité est là : le double de l’année précédente, marquée par la sécheresse, et quelque 20 % de plus qu’une année moyenne. Une hausse de la production qui s’explique par la fenaison tardive, « tous les foins ont été faits en juillet, avec près de quatre semaines de retard », soit autant de semaines de pousse supplémentaires. Mais aussi par des prairies très denses, conséquence des conditions poussantes du mois de mai, de la bonne valorisation des apports d’engrais grâce aux précipitations… Une densité qui a probablement contribué à la verse de certaines prairies sous l’effet des précipitations. Des fourrages à manipuler avec précaution Maintenant que le foin est engrangé, que faut-il attendre de la suite des événements ? Du côté des prairies, Laurent Fritzinger ne s’aventure pas à un pronostic. Il constate : « Les prairies reverdissent vite après cette coupe, car il y a encore du potentiel dans le sol. Mais il suffit de quinze jours de canicule pour stopper la pousse » Et tout dépend des pratiques des agriculteurs : « Ceux qui ont ensilé début mai et qui ont pu faire une deuxième coupe mi-juin peuvent déjà envisager une troisième coupe. D’autres ont déjà du regain, avec de belles deuxièmes coupes, équivalentes à la première… » Du côté des auges, Laurent Fritzinger conseille vivement de faire analyser le fourrage, afin de déterminer sa valeur alimentaire, et notamment son taux de contamination par les spores butyriques. En effet, les fourrages les plus contaminés ne seront pas adaptés aux vaches laitières : « Si on ne cherche que la fibre, il vaudra mieux leur donner de la bonne paille, propre, qui fait autant ruminer. » Pour les vaches allaitantes, les génisses, si la qualité de séchage est bonne, ce fourrage fera l’affaire. « Il faudra peut-être ajouter un peu d’énergie, de céréales, car les animaux risquent de manquer d’énergie et de protéines. » Enfin, plus que le foin, c’est l’ensilage d’herbe qui préoccupe Laurent Fritzinger : « La récolte s’est effectuée dans des conditions exécrables. Il risque d’y avoir beaucoup de contaminations par la terre, des problèmes de conservation. Or c’est un fourrage jeune, riche, traditionnellement réservé aux animaux à besoins élevés, comme les laitières, mais s’il y a trop de butyriques, il vaut mieux ne pas leur en donner. » Blé : les craintes se confirment « Catastrophique », « pire que ce que l’on pensait »… Tous les commentaires sur la moisson de blé 2016 vont dans le même sens. Visuellement pourtant, la plupart des parcelles font bonne figure. Mais entre les doigts, les épis s’effritent et il ne reste quasiment rien. « Dans un épi, il y a deux ou trois grains à l’aspect normal, les autres sont rabougris, fusariés, ne contiennent quasiment pas d’amidon, ne pèsent rien », rapporte Laurent Fritzinger. Les premiers échos des moissonneuses-batteuses confirment les impressions : les 40-50 q/ha et les PS à 60-70 ne sont pas rares. L’essentiel des dégâts serait lié à la fusariose, qui a provoqué des avortements. Mais la septoriose a aussi pu impacter la taille des grains. Ceux-ci sont parfois si légers que les conducteurs de moissonneuses-batteuses ont du mal à régler correctement les souffleries : trop fort et les grains s'envolent avec les impuretés. Du coup, il y a pas mal de débris qui passent dans les bennes. Les blés versés ne facilitent pas non plus la récolte, puisqu'il faut réduire la vitesse d'avancement pour bien les relever et les ramasser. Mais d'un autre côté, en l'absence de verse, la rareté des grains permet d'accélérer les débits de chantier. Orge et colza : des grains, mais petits et légers En orge, on a « du grain, mais du petit grain », constate Laurent Fritzinger : leur nombre est équivalent à celui de l’année dernière, mais le PMG est réduit de 25 %, et le rendement d’autant. Le PMG du colza semble aussi avoir été affecté par les conditions particulièrement pluvieuses du printemps : « Le PMG est plus proche de 4 g que de 5 g, ce qui joue beaucoup sur le rendement », indique Laurent Fritzinger. Les échos sont très variés : « On entend de tout, du bon comme du moins bon, mais le colza est sans doute une des cultures qui s’en sort le mieux cette année », rapporte Laurent Fritzinger.

Couverture hivernale entre deux maïs

Différentes techniques qui restent à éprouver

Publié le 07/07/2016

Un dispositif d’équivalence à la mesure de diversité des cultures imposée par la Pac existe pour les exploitations spécialisées en maïs. Le cahier des charges impose une couverture hivernale des sols au moyen d’un couvert sur l’intégralité des terres arables.

Les exploitations spécialisées en maïs peuvent bénéficier d’un dispositif d’équivalence à la mesure de diversité des cultures imposée par la Pac. Mais cela requiert de respecter un cahier des charges qui impose une couverture hivernale des sols sur 100 % des terres arables, réalisé au moyen d’un couvert semé pur ou en mélange dans une liste d’espèces préétablie. L’implantation de ce couvert doit être réalisée au plus tard dans les 15 jours qui suivent la récolte du maïs, et la destruction du couvert n’est autorisée qu’à partir du 1er février de l’année suivante. Le cahier des charges recommande aussi de pas fertiliser le couvert hivernal et de privilégier la destruction mécanique du couvert par broyage et/ou roulage. Outre de déroger à la mesure de diversité des cultures de la Pac, la couverture hivernale des sols entre deux maïs permet de limiter le lessivage hivernal et dans certaines situations de bénéficier d’une ressource de fourrage supplémentaire. Mais, techniquement, il n’est pas toujours évident de semer un couvert à cette période, et surtout d’assurer sa levée. Or la dérogation à la mesure de diversité des cultures est assujettie à une obligation de résultat : « Le couvert doit lever », traduit François Alves, conseiller en agronomie et grandes cultures à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Pour aider les agriculteurs à gérer la couverture hivernale entre deux maïs, la CAA a mis en place un essai sur les terres du lycée agricole de Rouffach. « Nous sommes partis sur des couverts constitués de graminées, dont les semences peuvent être obtenues à la ferme pour limiter les coûts à l’image du blé. » Une fois le maïs précédent récolté, ses résidus ont été broyés. Une partie de la parcelle a ensuite été labourée (modalité labour), l’autre a été travaillée au chisel (modalité non-labour) avant un semis du couvert à l’aide d’une herse rotative combinée à un semoir. Le couvert a été détruit au glyphosate (1,5 l/ha) le 31 mars sur une partie de l’essai, sauf dans le témoin où le labour automnal a été repris par deux passages de vibroculteur avant le semis du maïs suivant le 7 mai. Lors du salon Agriculture de demain, les 1er et 2 juin, plusieurs modalités étaient confrontées à des problèmes de repousse, « qu’il faudra gérer avec le désherbage du maïs », indiquait alors François Alves. Les résultats définitifs de l’essai seront connus cet hiver, après la récolte du maïs. À côté de cet essai, une modalité a été travaillée au strip-tiller, qui présente l’avantage de laisser beaucoup de résidus en surface, donc de limiter l’érosion. En outre le fait de ne travailler que le futur rang de semis permet de créer un environnement favorable à la levée du maïs sans bouleverser l’interrang. « Mais c’est une technique délicate à mettre en œuvre, notamment du point de vue de la gestion des ravageurs et des adventices », note François Alves.

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