Cultures

Publié le 28/05/2016

À Kolbsheim, Thibaut et Philippe Diemer combinent désherbage chimique et mécanique pour garder le contrôle de la pression des mauvaises herbes dans leurs maïs.

Le maïs grain non irrigué occupe un peu plus de la moitié de l’exploitation de Thibaut Diemer. Il sème généralement des variétés cornées et dentées d’indice 350 à 390 dans des terres aux caractéristiques variées : limono-argileuses comme sableuses. Comme Philippe, son père, il pratique une rotation théorique sur quatre ans maïs-maïs-blé-betterave. Concrètement, le choix de réserver les plus grandes parcelles à la betterave peut l’amener à remettre trois années de suite du maïs au même endroit. Au contraire des légumes, la pomme de terre s’insère dans ce schéma. « J’ai toujours semé au moins 8 ha de blé. Cela permet de « nettoyer » la parcelle. Les mauvaises herbes tenaces comme le liseron sont mieux sous contrôle » indique Philippe. Il juge la pression des herbes indésirables comme « moyenne ». Les graminées localisées au bord des chemins et les chénopodes forment régulièrement le gros du bataillon contre qui Thibaut et Philippe luttent. « Nous ne sommes pas trop maniaques. Nous tolérons des pousses. Nous ne recherchons pas des maïs propres à 100 % » précisent père et fils. L’exploitation participe au réseau Dephy Ecophyto depuis 2012 et s’inspire de ce qu’ils apprennent des échanges qu’ils peuvent avoir. Thibaut et Philippe sont donc très attentifs à faire évoluer leur stratégie de désherbage. Avant la première intervention, ils en discutent toujours avec le conseiller de la Chambre d’agriculture et le technicien de la coopérative. Jusqu’en 2015, ils appliquent d’abord un produit complet post-semis pré-levée (Adengo) associant thiencarbazone-methyl, isoxaflutole et cyprosulfamide et repassent ensuite deux fois avec du dicamba (Banvel) pour maîtriser le liseron. En 2016, ils optent pour des herbicides plus ciblés. Leur itinéraire initial prévoyait 1 litre/ha de diméthénamide-P (Isard) dans un premier temps, ainsi que 100 g/ha de prosulfuron dicamba (Casper) associé à 0,7 l/ha de tembotrione et de bromoxynil (Hydris) quinze jours plus tard. Mais l’impossibilité de rentrer dans des parcelles insuffisamment ressuyées va obliger Thibaut et Philippe à regrouper ces deux passages en un seul, en diminuant à 0,6 l/ha la dose de diméthénamide-P. Un dicamba de 0,4 l/ha complétera le volet phytosanitaire de ce programme. Dans une parcelle en pente, ajuster sa trajectoire Depuis trois ans, Thibaut et Philippe binent leurs maïs. Ils y sont venus tout naturellement à la lumière de la bonne expérience qu’ils ont acquise avec un tel matériel sur leurs cultures légumières. Ils se sont équipés d’une bineuse six rangs dont les cinq pattes d’oie réparties sur une largeur de 75 cm travaillent à une dizaine de centimètres pour déchausser les mauvaises herbes et réaliser un léger buttage. Deux disques correcteurs servent au guidage. Le binage initial intervient en général sur un maïs à quatre-cinq feuilles qui n’a pas encore reçu son traitement contre le liseron. À ce stade, Thibaut rajoute un protège plant. « Le résultat est satisfaisant. Les rangs sont propres » constate-t-il. À condition cependant de s’adapter au terrain. Il relève sa bineuse quand il aborde une zone à forte présence de liseron afin de ne pas couper les rhizomes et ainsi contribuer au développement de l’infestation. Dans une parcelle en pente il ajuste sa trajectoire pour bien passer au plus près (environ 5 cm) de la ligne de maïs en amont. « L’erreur est de se retourner. On a vite fait de dévier de sa trajectoire » remarque-t-il. La plupart du temps, c’est Philippe qui intervient avec un pulvérisateur porté de 800 litres d’une portée de douze mètres. En optant pour de nouvelles buses à jet plat, il a diminué le volume de bouillie de 200 à 130 l/ha et s’est procuré une autonomie pour traiter six hectares en travaillant à une pression de 1,8 bar. Quand Thibaut renouvellera ce matériel aujourd’hui âgé de plus de quinze ans, il est certain d’investir dans un modèle plus perfectionné lui permettant davantage de souplesse dans les coupures de tronçon. S’il cherche à diminuer sensiblement voire à se passer de phytosanitaires pour ses légumes écoulés en vente directe auprès d’une clientèle de plus en plus sensible au mode de production, Thibaut ne se voit guère faire l’impasse sur les herbicides sur ses céréales. « Nous cherchons à désherber nos maïs en trois passages, soit deux herbicides et un binage » résument Thibaut et Philippe. Cette année en raison des conditions humides, ils s’attendent à effectuer un traitement unique et deux binages. Si le binage est impossible, ils n’auront d’autre choix que de ressortir leur pulvérisateur.

Coulées d'eau boueuse

Le pire a - presque - été évité

Publié le 18/05/2016

30, 40 et jusqu'à 50 mm en moins d'une heure, c'est la quantité d'eau que certains sols alsaciens ont eu à absorber dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 mai. Des trombes d'eau qui ont déclenché quelques inondations et coulées d'eau boueuse. Mais les mesures mises en place pour contrer ce phénomène semblent commencer à porter leurs fruits.

Plusieurs communes ont été touchées par des pluies abondantes ayant entraîné débordements des cours d'eau et coulées d'eau boueuse mercredi et jeudi dernier. Du nord au sud, citons, dans la région de Saverne, les communes de Landersheim, Saessolsheim, Dettwiller et Lixhausen. Un peu plus au sud, le secteur de Geudertheim, Brumath, Kriegsheim, Weitbruch ainsi que celui de Gougenheim, Rohr, Gimbrett. Les communes plus centrales d'Erstein, Colmar et Sélestat ont également été impactées. Dans le Haut-Rhin, Soultz, Jungholtz, Wuenheim et plusieurs communes situées dans la couronne mulhousienne ont également subi des dommages, notamment Pfastatt, Zillisheim, Steinbrunn-le-Haut, Steinbrunn-le-Bas, Brunstatt, Rantzwiller et Flaxlanden. C'est sans doute dans ces trois dernières que les dégâts ont été les plus importants (lire en encadré). Des cultures encroûtées dans les sédiments Dans la plupart des cas, les dégâts « civils » sont restés relativement mesurés : il s'agit surtout de caves et de locaux inondés, de rues et de routes immergées et qu'il a parfois fallu débarrasser de la couche de boue charriée par les coulées d'eau boueuse. Mais les dégâts sont aussi agricoles. En effet, ces pluies se sont abattues sur des sols tout juste semés ou travaillés, entraînement du ravinement, de la perte de terre, d'engrais, un tassement des sols, la formation d'une croûte de battance que les plantules auront du mal à percer… Et encore, « heureusement qu'il n'y a pas eu de grosses chaleurs mais plutôt de légères précipitations tout de suite après ces épisodes : ça a permis de retarder la formation de la croûte et donc aux plantules de passer au travers », constate Rémy Michaël, conseiller spécialisé en érosion à la Chambre d'agriculture d'Alsace. Quant à François Alvès, son homologue dans le Haut-Rhin, il estime que certaines parcelles devront être ressemées au niveau des zones d'accumulation des sédiments, notamment en bas de pente, ce qui ne sera pas toujours techniquement réalisable en fonction des configurations des parcelles concernées. L'ampleur des dégâts est entre les mains de la climatologie : « S'il continue à faire froid, les sols tassés en surface resteront froids plus longtemps, auront du mal à respirer, ce qui se traduira par des maïs bleus, des levées hétérogènes. Mais les adventices, elles, vont continuer à pousser et il sera impossible d'intervenir tant que les sols n'auront pas suffisamment ressuyé », prévient Rémy Michaël. Des mesures qui portent leurs fruits Certes les dégâts occasionnés par ces épisodes de pluies printanières violentes sont toujours aussi impressionnants, mais Rémy Michaël relativise leur ampleur : « Dans le secteur de Brumath, comparé à l'intensité de l'épisode pluvieux, il y a eu relativement peu d'habitations touchées. Une telle quantité de pluie aurait pu faire bien plus de dégâts. » Le conseiller y voit le résultat des mesures qui ont été appliquées pour maîtriser des coulées d'eau boueuse, devenues récurrentes dans les années 2000, notamment « les assolements concertés et l'augmentation de la part des céréales d'hiver ». En effet, ces dernières étant suffisamment développées lorsque surviennent les orages printaniers, elles agissent comme un frein hydraulique, freinant le débit de l'eau et retenant les particules de terres arrachées dans les parcelles encore nues ou tout juste semées. Ainsi, alterner les parcelles de cultures d'hiver et de printemps, mettre en place des bandes enherbées, permet de réduire l'intensité des coulées d'eau boueuse. Rémy Michaël a aussi pu constater l'efficacité du travail du sol simplifié qui, en laissant des résidus de culture en surface, procure aussi une couverture protectrice aux sols. La technique du strip-till, également envisagée, semble peut-être un peu moins efficace : « Un agriculteur m'a rapporté le cas d'une de ses parcelles où il y a eu du ravinement sur la partie travaillée ». « Nous sommes sur la bonne voie », estime donc Rémy Michaël, tout en constatant que « la proportion de terres labourées est encore largement dominante ». Pourquoi ? « C'est essentiellement une question d'habitude. Les agriculteurs aiment avoir un sol bien travaillé au printemps, qui réchauffe vite. Les techniques culturales simplifiées requièrent plus de patience, d'observation, de technicité. Mais ceux qui ont pris le pas ne reviennent pas en arrière. Et quand ils peuvent comparer, comme en ce moment, le comportement de leurs parcelles avec des parcelles labourées, ils doivent se dire qu'ils ont fait le bon choix ! »

Prairies multispécifiques

Valoriser les atouts de chaque espèce

Publié le 17/05/2016

Producteurs de lait bio à Altwiller, en Alsace Bossue, Didier Bauer et son fils Ludovic misent d'autant plus sur leurs prairies qu'ils réduisent progressivement la part de céréales dans leur assolement - du fait de l'augmentation de la production de lait - et qu'ils affouragent en partie leur troupeau en vert. Du coup, ils élaborent des mélanges d'espèces adaptés à leur contexte.

Didier Bauer, son fils Ludovic et son épouse Sylvie sont associés au sein du Gaec du Rebberg depuis le 1er avril 2015. Ludovic s'est installé en janvier 2012, après une formation agricole au lycée de Courcelles-Chaussy. Le Gaec emploie aussi un salarié et un apprenti. Le troupeau laitier se compose de 80 vaches prim'holstein et d'une quinzaine de brunes, qui produisent en moyenne 7 600 litres de lait bio, pour un volume total contractualisé avec Unicoolait de 710 000 l. À force d'échecs La conversion de l’exploitation agricole à l'agriculture biologique en 2009 a entraîné une baisse de la surface dédiée aux céréales, autoconsommées, au profit des prairies temporaires. Ces dernières sont gérées en fonction du type de sol et de leur durée d'exploitation, elle-même dictée par la rotation et la sécurisation de l'approvisionnement en fourrage du troupeau. « Parmi les prairies destinées à être exploitées pendant trois ans, je distingue les sols calcaires - sur lesquels j'implante un mélange de dactyle et de luzerne - des sols argileux, sur lesquels je privilégie un mélange de trèfle blanc, de trèfle violet et de ray-grass anglais, ou encore de trèfle blanc, de trèfle violet et de ray-grass hybride », indique Didier Bauer. Dans les terres plus superficielles, « blanches », qui se travaillent bien, et après la moisson des céréales, en interculture, les éleveurs privilégient des mélanges plus hâtifs, comme un mélange de ray-grass italien et de trèfle d'Alexandrie, un mélange de ray-grass italien et de trèfle incarnat, ou encore un mélange de ray-grass italien, de trèfle incarnat et de trèfle d'Alexandrie. « Pour implanter les intercultures, nous effectuons un passage de herse lourde pour ameublir le sol en surface et obtenir un minimum de terre fine, puis nous semons dans les chaumes et nous roulons », précise Ludovic Bauer. Pour trouver les mélanges adaptés à leurs parcelles, les éleveurs n'ont pas utilisé de boule de cristal : « Nous les avons élaborés à force d'échecs », constate Didier Bauer. Affouragement en vert L'élevage a la particularité de récolter une partie de ses fourrages en vert grâce à une autochargeuse acquise en Italie suite à un voyage de Didier et Sylvie dans ce pays. D'une capacité équivalente à deux bottes d'ensilage, cet outil permet de faucher l'herbe, de la charger et de la décharger, sans descendre du tracteur. Une facilité d'utilisation qui a su séduire les éleveurs, si bien que l'alimentation s'effectue en vert sept mois sur douze, à hauteur de 60 % de la ration totale durant la période estivale. « Nous essayons de privilégier les parcelles les plus proches de l'exploitation pour ce type de récolte, pour limiter les déplacements, mais il nous arrive aussi d'aller récolter plus loin si c'est nécessaire », détaille Didier Bauer. Pour l'affouragement en vert, ce sont les mélanges de ray-grass hybride, de trèfle blanc et de trèfle violet ainsi que les intercultures qui sont privilégiés : « Ce sont des mélanges riches et les intercultures sont difficiles à sécher à l'automne. » Une fois encore, c'est à force d'erreurs que Didier et Ludovic Bauer sont parvenus à élaborer la ration idéale : « Après six années de tâtonnements, nous sommes parvenus au compromis d'une ration sèche pour la nuit, avec du foin et de l'enrubanné, et d'une ration en vert pour la journée. Auparavant, nous avons essayé une alimentation 100 % en vert, mais il y a trop d'azote soluble, ce qui entraîne une hausse des cellules, et donc une baisse du prix du lait. » Une chose est sûre, les vaches, elles, adorent ça : « Elles sont comme nous, elles préfèrent mettre les pieds sous la table qu'aller faire les courses et tout préparer, sourit Ludovic Bauer. Quand elles sont nourries en vert, elles ont tendance à rester à l'étable et ne sortent quasiment que la nuit. » Autre avantage : l'absence de refus.

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