Cultures

Revenu des céréaliers

« Proche de zéro »

Publié le 30/06/2016

« Ils sont où les experts aujourd'hui ? ». Cette question, beaucoup de céréaliers la ruminent lorsqu'ils pensent aux prévisions on ne peut plus optimistes émises en 2011 et 2012 : « les prix du maïs sont hauts et vont le rester pendant un certain temps ; il y a une tension sur les marchés ». Depuis, la douche froide est passée par là faisant fondre avec elle le revenu des exploitations céréalières. Et il ne faut pas espérer des « remontées de prix » comme celles des dernières années affirme Jan Suter, de Syngenta. Une bien mauvaise nouvelle pour les céréaliers alsaciens qui sont de plus en plus nombreux à tirer la langue. À ce titre, les chiffres et graphiques présentés par le directeur adjoint de la Chambre d'agriculture d'Alsace (CAA), Yves Jauss, sont assez éloquents. En 2012, un maïs irrigué rapportait près de 1 200 €/ha pour une exploitation alsacienne. Deux ans plus tard, ce même revenu descendait en dessous de zéro pour relever timidement la tête fin 2015. « On parie sur 160 € brut, hors frais de séchage », explique Yves Jauss. Soit de quoi générer à peu près un revenu de 1,3 Smic pour l'exploitant. Si l'on prend la moyenne de revenus entre 2010 et 2015, on obtient un maïs irrigué à 592 €/ha. « C'est un résultat qui permettait de pérenniser une exploitation », précise-t-il à titre informatif. Mais avec les prix pratiqués en ce milieu d'année 2016, plus des charges qui restent toujours élevées, atteindre un tel résultat en fin de campagne paraît bien compliqué. Faire des réserves sans être « pénalisé » À défaut de pouvoir influer les cours mondiaux des céréales, les agriculteurs conservent quelques leviers pour améliorer leur rentabilité selon Yves Jauss : « Les charges de mécanisation, qui représentent tout de même 46 % des charges de structure, pourraient être réduites. Des optimisations pourraient être faites. À titre d'exemple, les frais de mécanisation sont passés de 578 € à l'hectare en 2010 à 741 € à l'hectare en 2013. Sur la période 2010-2015, ils s'élèvent en moyenne à 716 € à l'hectare. » À l'image des revenus, il existe là aussi de fortes disparités entre les exploitations : certaines dépassant les 1 000 € à l'hectare de coûts de mécanisation quand d'autres ne dépassent pas les 400 € à l'hectare. Selon l'observatoire économique (d'où sont tirés ces chiffres) réalisé par la Chambre d'agriculture, les exploitants pourraient agir sur plusieurs leviers pour diminuer ces charges de mécanisation : raisonner les financements (achat ou location), les investissements (achat du matériel avec d'autres agriculteurs), ou optimiser l'utilisation du matériel pour le faire durer le plus longtemps possible. Yves Jauss attire aussi l'attention sur la durée d'amortissement « trop courte » qui, mécaniquement, entraîne des frais d'amortissements plus importants. « Le financement doit s'opérer sur une durée plus longue pour certaines exploitations afin de réduire les difficultés de trésorerie. Il faut en revanche profiter des bonnes années pour constituer des réserves pour les moins bonnes. » Si l'idée a du sens, Thomas Thuet se pose avant tout la question du « comment ». « Comment fait-on sans que cela ne soit trop pénalisant fiscalement pour nos trésoreries ? », se demande le président de la CAC d'ailleurs guère plus convaincu par la nécessité d'allonger la durée d'amortissement. « Avec le peu de visibilité qu'on a aujourd'hui, je préfère avoir le maximum d'emprunts remboursés derrière moi que devant moi. » Un élément que les « experts » n'ont, semble-t-il, pas anticipé.

Publié le 30/06/2016

La CAC a récemment invité Jan Suter, de Syngenta, pour apporter des éléments de réflexion sur l'avenir d'une filière maïsicole de plus en plus sollicitée par l'augmentation de la demande à travers le monde.

Quelles perspectives à court et moyen termes pour les céréaliers alsaciens ? Après trois campagnes difficiles, la question mérite d'être posée. Si beaucoup comptaient sur 2016 pour « se refaire », c'était sans compter sur une météo particulièrement pénalisante depuis de nombreuses semaines. Semis des maïs recommencés à plusieurs reprises (ou toujours pas commencés dans les cas les plus extrêmes), céréales d'hiver totalement détruites par les orages, parcelles sous l'eau, la céréaliculture alsacienne a vécu un premier semestre bien morose. Et si les professionnels de la filière n'étaient pas présents dans les rues pour exprimer leur désarroi, c'était uniquement dû à leur « retenue » estime le président de la Coopérative agricole de céréales (CAC), Thomas Thuet. Il y aurait pourtant eu « matière à » si l'on se réfère au bilan économique des exploitations céréalières. « Pour beaucoup, il est proche de zéro. Forcément, cela génère des interrogations : sommes-nous dans une crise structurelle ou dans une crise conjoncturelle ? Sommes-nous une exception dans le marché actuel ? », s'interroge-t-il. « L'apport des technologies est indispensable » Pour tenter d'avoir un peu plus de recul sur cette question, la CAC a sollicité dernièrement l'expertise de Jan Suter, chef de la zone Afrique et Moyen-Orient chez Syngenta, au cours d'un rendez-vous réservé aux professionnels. Fort de son expérience dans plusieurs pays du monde, ce dernier a tout d'abord rappelé que la consommation de maïs était en hausse sur toute la planète. « Les gens mangent de plus en plus de viande. Le besoin en céréales est donc plus important. » Un phénomène qui, selon lui, n'est pas près de s'arrêter. Autre point essentiel, le maïs est la céréale qui présente le meilleur potentiel d'augmentation des rendements. « Il est de 1,5 % en plus chaque année. C'est une exception par rapport aux autres cultures », précise Jan Suter. Sur les dix dernières années, la production de maïs a augmenté de 45 % dans le monde, et notamment dans des endroits où la plante « n'était pas auparavant ». En Afrique par exemple, la culture compte de plus en plus d'hectares, au point d'avoir permis « d'éradiquer » la famine dans un pays comme la Zambie. Là-bas, le rendement moyen est passé en très peu de temps d'une à trois tonnes à l'hectare. Des résultats qui ont pu être obtenus grâce aux hybridations des variétés, elles-mêmes soutenues par les différents gouvernements. « Il est clair que l'apport des technologies est indispensable pour assurer la croissance de la filière maïsicole dans le monde », soutient Jan Suter. Celles-ci permettraient de diminuer les coûts de production qui représentent à l'heure actuelle un « vrai handicap » pour les producteurs français. Un débat mondial « Si nous voulons suivre, il faudra conserver une certaine rentabilité. La France a beaucoup d'avantages : les rendements moyens sont bons, les marchés sont proches et la logistique est éprouvée. Elle reste cependant pénalisée par ses charges par rapport à d'autres pays producteurs », souligne Jan Suter. Le non-accès aux OGM pour les producteurs serait ainsi « pénalisant » économiquement. Une technologie qui prend de plus en plus de place dans la production mondiale (outre les États-Unis, le Kenya, la Chine et l'Indonésie sont sur le point de franchir le pas), mais qui reste particulièrement clivante dans la société française. « On peut s'interroger sur l'avenir de la filière française. Quel sera l'impact du non-accès aux OGM ? Aux nouvelles variétés ? Quelles seront les conséquences des retraits des produits phytosanitaires ? Quid de l'accès à l'eau ? », liste le représentant de Syngenta. Pour illustrer son propos, il prend comme exemple la Tanzanie et le Kenya qui ont perdu 50 % de leur récolte suite aux manques d'eau provoqués par le phénomène climatique El Nino. « Globalement, le débat est le même partout : que peut-on faire avec ces technologies, tout en les utilisant de manière raisonnée », explique-t-il. Quelle « liberté » pour l'agriculteur de demain ? Pour Thomas Thuet, la question est avant tout de savoir « jusqu'où ce progrès génétique sera accepté » dans la société française, et plus globalement en Europe. « On peut s'interroger sur la liberté de l'agriculteur quand, demain, il ne restera plus que trois ou quatre grands groupes agrochimiques dans le monde », poursuit le président de la CAC. Une référence directe à la proposition de rachat de Syngenta par le chinois Chemchina, et à la fusion entreprise en décembre 2015 entre Dow et Dupont Hi-Bred. Si l'on ajoute le groupe Monsanto, les grandes entreprises du secteur ne sont en effet plus très nombreuses alors qu'on en dénombrait encore une vingtaine il y a une quinzaine d'années. « Il est vrai que si toutes les fusions se font, on va se retrouver avec trois intervenants sur le marché. Nous avons affaire à une évolution qui a atteint son maximum. Et nous ne pourrons pas continuer avec trois sociétés uniquement, cela ne serait pas bon pour la concurrence », reconnaît Jan Suter.

Rencontres marchés de la CAC

Focus sur l’agriculture américaine

Publié le 23/06/2016

Cette 3e rencontre marchés de la Coopérative agricole de céréales a permis d’aborder l’actualité des marchés des grains dans le monde et la qualité sanitaire des maïs. Ces premiers points ont été présentés par Michèle Waegele, responsable céréales de la CAC. Un focus sur l’agriculture aux États-Unis, notamment sur l’utilisation du maïs en éthanol a ensuite été traité par Christophe Malvezin, conseiller agricole à l’ambassade de France aux États-Unis.

La production mondiale de blé serait estimée à 727 millions de tonnes. Avec une consommation de 713 millions de tonnes, le stock de blé mondial s’avère être excédentaire à 14 millions de tonnes pour l’année à venir. Le maïs reste la première céréale produite au monde et les prévisions sur la campagne à venir annoncent une production mondiale d’un milliard de tonnes pour une consommation quasi équivalente. Les États-Unis, premiers producteurs, attendent une production record avec 366 millions de tonnes, soit une augmentation de 10 % de la production par rapport à l’année dernière. La Chine, au deuxième rang, quant à elle verrait ses volumes à la baisse de 10 % avec 201 millions de tonnes. Ce repli de la Chine s’explique suite à la récente décision du gouvernement de supprimer le prix plancher du maïs qui était supérieur au prix mondial. L’Amérique du Sud annoncerait une production de 114 millions de tonnes, soit une augmentation de 10 % par rapport à l’année dernière. L’Union Européenne estime sa production de 63 millions de tonnes, en hausse par rapport à 2015, mais toujours déficitaire. La France, l’Allemagne, l’Espagne, la Hongrie, la Pologne et la Roumanie auraient une hausse de production, celle de l’Ukraine et de la Russie resterait stable. Additionnées, les productions mondiales estimées de blé, de soja et de maïs pour 2016 représenteraient, par rapport à 2015, 6 jours de consommation mondiale annuelle en moins. Le weather market : primordial Nos marchés sont directement influencés par le climat et il est observé à la loupe par tous les opérateurs du marché car le moindre signe va avoir un impact direct sur les prix dans un sens comme dans l’autre. En Europe et autour de la Mer Noire, les précipitations prévues ainsi que les températures d’environ 2 °C au-dessus de la normale de saison sont plutôt bénéfiques aux cultures d’hiver et de printemps. La situation est également satisfaisante aux USA, tandis que la récolte a déjà été revisitée à la baisse au Brésil pour cause de sécheresse. L’indice Baltic Dry, la parité euro/dollar et la valeur du baril ont également été abordés par Michèle Waegele comme étant des indicateurs déterminants sur les marchés. Les débouchés des maïs collectés à la CAC ainsi que les exigences des clients industriels en termes de qualité sanitaire ont été rappelés. « La récolte 2015 est de qualité et répond pleinement aux exigences de nos clients industriels » a d’ailleurs rappelé Michèle Waegele. 158 millions d’hectares cultivés Christophe Malvezin, conseiller agricole à l’ambassade de France aux États-Unis a ensuite présenté un focus sur l’agriculture des États-Unis. L’agriculture s’étend sur 378 millions d’hectares de Surface Agricole Utile, soit 38,5 % de la surface du pays. La surface cultivée s’élève à 158 millions d’hectares partagés par les 2,1 millions d’exploitations du pays. Environ 300 000 de ces exploitations, soit 14 % d’entre elles génèrent 85 % de la production agricole américaine. Les exploitations d’élevages sont au nombre de 913 000. La taille d’une exploitation moyenne se situe à 176 hectares. L’agriculture et les industries associées représentent 14 % des emplois. La Chine est le premier client agricole des USA depuis 2011. Premiers producteurs mondiaux d’Éthanol 13 % de la production mondiale de maïs est destinée à la production d’éthanol dont près de 35 à 40 % sont produits aux USA. Ils représentent les premiers producteurs mondiaux d’éthanol avec une production de plus de 56 milliards de litres en 2015. Avec les Brésil, ils produisent 85 % de l’éthanol dans le monde. Aux USA, l’utilisation d’éthanol en addition de l’essence était une constante augmentation de 1998 à 2010. Le Clean Air Act, une loi permettant aux USA de devenir autonome en énergie, mise en place en 1990, a stimulé l’utilisation de l’éthanol. Aujourd’hui, E10 (un mélange d’éthanol et d’essence contenant un niveau de 10 % d’éthanol) est vendu dans tous les États. Les USA sont passés de 50 installations en 1999 à 200 installations en 2014. L’éthanol est principalement exporté au Canada (30 % des exports). La Chine est le 4e marché à l’export d’éthanol aux USA ; les exports vers la Chine sont passés de 3,3 milliards de litres en 2014 à 70,5 milliards de litres en 2015. Une politique agricole revue Le revenu moyen des foyers agricoles augmente plus vite que le revenu moyen des foyers américains. La politique agricole a donc été revue : les aides découplées ont été abandonnées par une assurance qui représente le « filet de sécurité ». La nouvelle politique agricole a consacré 84,5 milliards d’euros par an à la politique d’aide alimentaire et nutritionnelle et 11,3 milliards d’euros annuels à la politique agricole et rurale en 2015. L’assurance est disponible pour 130 matières premières avec 536 types d’assurance. 87 % du maïs et 84 % du blé sont ainsi assurés aux USA. Le fonctionnement de cette assurance repose sur un partenariat entre l’État fédéral et 19 compagnies d’assurance privées. Leur coût annuel s’élève à 8 milliards de dollars pour l’État. « Aujourd’hui, en 2016, je situerais l’état d’avancement de la France sur les assurances agricoles, à la situation des États-Unis au début des années 90 » précise Christophe Malvezin. La rencontre s’est clôturée par des questions-réponses entre les adhérents CAC présents et Christophe Malvezin. Les nouvelles technologies aux USA, la gestion de la traçabilité et des data ainsi que les présidentielles aux États-Unis, autant de thèmes qui ont été abordés. D’ailleurs, d’après Christophe Malvezin « 70 % des agriculteurs voteraient pour Donald Trump, selon les sondages actuels ».

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