Cultures

Protection du grand hamster d’Alsace

Le dernier lâcher de l’année

Publié le 08/08/2016

Toute la presse régionale s’est déplacée à Griesheim-près-Molsheim pour le dernier lâcher de hamsters de l’année, effectué dans le cadre du programme national d’actions (PNA) hamster 2014-2016, associé au projet LIFE Alister. Une quarantaine de hamsters ont été relâchés dans deux parcelles de blé non récolté.

Chaque année, la mission hamster de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) procède à des opérations de renforcement des populations les plus fragiles par des lâchers de hamsters d’élevage, mis à disposition par l’association Sauvegarde Faune Sauvage. En 2016, près de 500 hamsters ont été relâchés dans la nature, dans des secteurs dont l’habitat a été amélioré par des mesures agrienvironnementales. Trois zones d’action prioritaires, situées au sud-ouest de Strasbourg, ont été délimitées, celles d’Obernai, de Geispolsheim et d’Elsenheim-Jebsheim. L’espèce est présente dans une quinzaine de communes alsaciennes. L’équipe de l’ONCFS est chargée du suivi des populations sauvages de grand hamster d’Alsace. « Nous recherchons des espèces dans l’intégralité des 30 communes qui font partie de la zone de protection stricte (ZPS) », indique Julien Eidenschenck, chef de projet hamster et chargé de coordination LIFE Alister. 400 terriers ont été dénombrés cette année. Un chiffre comparable à 2014, mais en nette progression par rapport à 2015 où il n’en restait que 224, vraisemblablement à cause des conditions climatiques très particulières de l’an dernier, avec un été caniculaire. L’impact du climat est prédominant sur l’évolution des populations, explique Julien Eidenschenck. « L’an dernier, avec la sécheresse persistante, les hamsters n’allaient pas bien du tout. Ce sont des animaux qui ont besoin de verdure pour trouver de la fraîcheur. D’où l’idée des couverts végétaux qui restent verts toute l’année. » Selon les techniciens de l’ONCFS, un hamster sur deux a une chance de survivre et arrive à faire une ou deux portées. La monoculture du maïs et les conditions climatiques ne sont pas les seuls responsables de cette hécatombe : ils sont aussi victimes des prédateurs, oiseaux de proie, renards, martres, moyens-ducs, etc. C’est pourquoi il faut éviter que le sol reste nu une partie de l’année. Un couvert végétal bien pensé On observe une stabilité des populations de hamsters depuis cinq ou six ans. « Ce n’est certes pas satisfaisant, vu le nombre de partenaires impliqués et les efforts déployés. Mais l’érosion semble stoppée et le nombre d’agriculteurs engagés dans le programme est en augmentation. Ils expérimentent de nouvelles techniques agronomiques, sur la base des études menées par le CNRS » (lire aussi notre article paru en page 7 du 15 juillet 2016). Les journalistes ont pu le constater de visu sur les deux parcelles de lâcher, où des terriers artificiels avaient été préalablement creusés. En plein milieu de ces parcelles de blé non récolté, un couvert végétal d’alimentation a été implanté en bandes de 4 mètres de large. Un couvert végétal soigneusement choisi, composé de vesce, de tournesol et de radis fourrager, à la lumière des travaux du CNRS réalisés dans le cadre du projet LIFE Alister. Ces espèces sont favorables au lâcher car les plantes resteront vertes durant l’été, offrant au hamster une protection contre la sécheresse estivale et lui apportant des protéines (vesce) et des acides gras (tournesol), un complément nutritif favorable à la reproduction. Son implantation a été réalisée par Marius Rhinn, agriculteur exploitant ces deux parcelles, avec le semoir de semis direct acquis par la Cuma de la Plaine dans le cadre des mesures agroenvironnementales. Cet essai est conduit par Annabelle Revel, ingénieur des travaux, chargée d’études pour le plan national d’actions (PNA) en faveur du grand hamster, en partenariat avec Tristan Robert, conseiller du service environnement innovation de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il fait l’objet d’un protocole d’évaluation agronomique de la méthode d’implantation des bandes d’alimentation. Pour leur implantation, Marius Rhinn a utilisé le savoir-faire technique développé dans le cadre du projet LIFE Alister. LIFE Alister : enrichir le PNA Le projet LIFE Alister s’inscrit dans une démarche complémentaire et innovante de ces actions. Il a pour rôle de consolider et renforcer les résultats obtenus, en faisant remonter les populations grâce aux lâchers de hamsters et en améliorant les conditions de vie grâce aux cultures favorables à cet animal. Par ailleurs, il s’agit de rendre durable les effets de ces actions de préservation grâce à la mise en place de pratiques qui puissent concilier les intérêts liés à l’environnement et à l’économie. Ce projet associe plusieurs partenaires : la Chambre d’agriculture d’Alsace, le CNRS, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage,le Gepma, Actéon, et la Région Grand Est, chargée de coordonner ce projet.

Récoltes 2016 - Grandes cultures

« Du jamais vu » selon les professionnels

Publié le 04/08/2016

Alors que la moisson de blé français bat son plein, les premières remontées chiffrées des récoltes en céréales à paille et en oléoprotéagineux sont historiquement alarmantes. Les chutes de rendement sont dramatiques, déclare Philippe Pinta, président des producteurs de grandes cultures (Orama).

La récolte française 2016 s’annonce historique. Historiquement désastreuse ! « Du jamais vu ! », s’exclament les représentants d’Orama, l’organisation regroupant les producteurs de blé, de maïs et des oléoprotéagineux à l’occasion d’une conférence exceptionnelle tenue le mercredi 27 juillet. Un bon nombre d’exploitations présenteraient des pertes de chiffre d’affaires, allant de la moitié aux trois quarts. Aux conditions météorologiques catastrophiques vécues à partir de la fin mai avec des excès d’eau considérables, s’ajoute la faiblesse des cours mondiaux qui finit de plomber le secteur grandes cultures. Après leur rencontre avec le ministre Stéphane Le Foll le mardi 26 juillet, les céréaliers attendent désormais que des mesures concrètes soient prises rapidement. Un plan d’urgence pour de la trésorerie Première des priorités pour les producteurs : un besoin imminent de trésorerie. « Pour un certain nombre non négligeable d’agriculteurs, c’est la quatrième année consécutive de mauvaise année », explique Philippe Pinta, président d’Orama. L’objectif pour les producteurs est de pouvoir tenir jusqu’à la prochaine récolte. « On souhaite un plan d’urgence en trésorerie qui prenne en compte les annuités de l’année (environ 300 euros) et les besoins de la prochaine récolte (400 € en moyenne) », développe-t-il. Soit aux alentours de 700 € à l’hectare de prêts exceptionnels pouvant aller jusqu’à 1 000 €/ha, souligne Philippe Pinta qui précise dans la foulée que si un besoin de cautionnement doit être opéré par l’État ou par une autre structure telle que la BPI, celui-ci devra se faire à taux zéro. Le délai de remboursement, informe Orama, se fera en fonction de la situation. Autre demande formulée au ministre, la reconnaissance des zones affectées, y compris des terres arables, en catastrophe naturelle. Concernant l’assurance climatique « grandes cultures », « cette année va être un tournant », signale Philippe Pinta. Selon Orama, le risque « excès d’eau » inclus dans le contrat devra prendre en compte les risques sanitaires et de qualité. Par ailleurs, la profession a explicitement demandé, en plus du solde des aides 2015 toujours pas reçu, à ce que soient versées en avance les aides Pac 2016. À ce titre, 90 % des avances de trésorerie (ATR) devraient être débloquées au 15 octobre au plus tard. S’en suit une série de mesures annexes revendiquées telles que : le dégrèvement de la Taxe foncière sur le non-bâti (TFNB), la confirmation de l’application option n - 1 pour les cotisations sociales MSA de 2016 et 2017, et le report de versement pour les cotisations 2016 et l’IR/IS 2015, l’assouplissement de l’obligation des cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) pour permettre la pratique du faux-semis. Les céréaliers demandent aussi un moratoire sur le plan Écophyto 2 afin de résister plus efficacement contre la prolifération des adventices, des insectes et maladies. Relatif au paiement redistributif, « on y a toujours été opposé car il est distorsif vis-à-vis de nos voisins européens », remarque Philippe Pinta. Une pause est demandée par la profession au risque de générer un véritable « casus beli », prévient le représentant des céréaliers. Une prochaine réunion avec le ministre de l'Agriculture est programmée fin août. Les céréaliers sont également en discussion étroite avec les banquiers, en particulier le Crédit Agricole. Des mesures seront proposées courant du mois d’août, avance Philippe Pinta.

Maïsadour. Maïs en strip-till sur trèfle

Restitution de trois années d’expérimentation

Publié le 28/07/2016

Depuis 2012, Maïsadour a mis en place une plateforme d’expérimentation et de test de la culture du maïs en strip-till sous couvert de trèfle permanent. L’essai fait apparaître une dizaine de quintaux de différence dans la situation des sables landais, peu autofertiles.

C’est Sylvain Pons, conseiller agronomie pour le groupe coopératif Maïsadour, qui présentait l’expérimentation et ses résultats le 1er juin dans le cadre du salon Agriculture de demain à Rouffach. L’idée est de répondre à plusieurs enjeux entourant la production du maïs grain irrigué sur les sols de sables forestiers de la plaine d’Aquitaine : érosion éolienne, salissement, structure du sol, dépendance en azote… Les sols forestiers sableux des landes où a lieu l’expérimentation contiennent 3,5 % de matière organique et 90 % de sable. Des sols à très faible autofertilité. Le maïs y est conduit avec un objectif de 150 q/ha. La gestion des adventices datura par désherbage y est réglementée. L’essai débute au printemps 2012, avec un mulchage et semis en plein de trèfles à 10 kg/ha au semoir Delimbe sur rotavator. Le traçage des lignes au strip-till est effectué le 13 avril, les maïs sont semés début mai. Le désherbage sélectif pour préserver le trèfle est effectué à la bentazone et à la sulfotrione. La fertilisation est localisée à la bande de strip-till à la dose de 400 kg de triple 15, puis du sulfonitrate au semis, puis de l’urée, soit 290 unités au total. Le couvert de trèfle ne s’est finalement développé qu’en août à la faveur de l’irrigation. À la récolte, le broyage est différé à janvier pour éviter que les pailles étouffent le maïs. Le trèfle se développe bien durant l’hiver. Au printemps 2013, climatiquement difficile, la reprise de végétation met en évidence l’importance du choix des variétés de trèfle pour obtenir une couverture pérenne. Les semis de maïs se déroulent au 1er avril, le 13 mai, il n’en est qu’au stade 3 feuilles, un démarrage lent lié aux pluies. Un désherbage sur le rang à base d’hormones s’avère nécessaire pour limiter la concurrence. Au 27 mai, le maïs au stade 4 feuilles exprime la concurrence des adventices. En 2014, des actions correctives sont mises en place. La reprise au strip-till avant semis est effectuée deux fois pour bien nettoyer la bande de semis. Un désherbage est appliqué aux semis, localisé à la bande, avec un produit non sélectif, ce qui permet d’éviter la concurrence. Le désherbage de post-levée est fractionné en trois applications pour limiter la phytotoxicité sur le trèfle. Décision est prise de réduire l’apport d’azote de 290 à 210 unités. Au stade 10 feuilles, la levée et la couverture du maïs sont homogènes, mais un stress hydrique apparaît, lié à la concurrence du trèfle. Les ingénieurs agronomes effectuent un profil de sol et constatent avec stupéfaction que l’enracinement du maïs descend verticalement jusqu’à 1,50 mètre de profondeur, d’où une meilleure capacité à gérer les fuites de nitrates. Pour les semis de 2015, décision est prise de re-semer le trèfle. Ce qui est fait en octobre 2014, sur mulch, non pas au Delimbe mais avec un semoir en ligne. Au 27 mars 2015, le couvert est bien implanté. Une seule préparation de strip-till suffit, puis semis des maïs, puis désherbage sur le rang… Pour la première fois, il n’y a pas de besoin d’antilimace. Les comptages de carabes confirment qu’un équilibre biologique régule les populations de limaces. Au 6 mai, le maïs en est au stade 3 feuilles. La question du stress hydrique précoce se pose de nouveau, il faut démarrer l’irrigation plus tôt. Pour 2016, une réflexion a porté sur l’amélioration du rappui des semis au strip-tillage avec un rouleau et une languette de semis. Avec l’observation des profils, l’apport d’engrais est mieux localisé à la ligne de semis.

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