Cultures

Ce dimanche à Rouffach

L’agriculture fête les céréales

Publié le 17/08/2016

Pour sa 63e édition, la fête de l’agriculture investit 20 ha à Rouffach. Pour cet événement nommé Céré’Alsace, la route départementale 8 en direction du golf sera fermée pour permettre aux visiteurs d’accéder à pied et de découvrir la ferme de la Judenmatt et ses animaux.

Les nouveaux t-shirts jaunes des jeunes agriculteurs du canton de la Hardt-Plaine de l’Ill annoncent la couleur. Le dimanche 21 août, de 9 h 30 à 22 h, les céréales seront au cœur de la manifestation. La mascotte - une petite file blonde comme les blés - a bien sûr été choisie bien avant les résultats décevants de la dernière récolte. Mais tout de même, « les céréales représentent 95 % de l’agriculture du canton », affirme Émeric Bendele, président des JA du canton, « le maïs est présent dans 3 500 produits de notre quotidien ». Pour faire découvrir la production et les débouchés des céréales locales, un parcours ludique est prévu pour les enfants et un quiz pour les adultes. Pour eux aussi, du matériel agricole ancien et plus récent sera exposé et un marché du terroir mettra à l’honneur les producteurs locaux. « Découvrir le panel des produits issus de nos terres » Pour les plus jeunes, ce sera des tours de tracteur à pédales, des structures gonflables, un stand de maquillage gratuit, une balade à poney… Pour l’occasion, la ferme du lycée agricole de Rouffach, la ferme du Judenmatt, à seulement quelques mètres de la fête, sera ouverte au public. La visite permettra d’appréhender l’élevage local. Selon la météo, entre 1 000 et 2 000 personnes sont attendues. « Nous savons faire beaucoup de choses, nous allons permettre aux consommateurs de découvrir le panel important des produits issus de nos terres », se réjouit Émeric Bendele. En effet, les repas servis lors de cette journée seront eux aussi locaux. Comme toujours, cette fête de l’agriculture sera accompagnée de la finale départementale de labour. Pour l’instant, une dizaine de concurrents sont inscrits. Les inscriptions sont encore ouvertes. Que ce soit en labour en planche ou à plat, les vainqueurs de cette finale, annoncés à 16 h 30, iront concourir le 28 août 2016 à la finale régionale Grand Est à Villers près de Mirecourt dans les Vosges.

Publié le 08/08/2016

Les importants symptômes de bactériose observés sur pois d’hiver cette année sont dus à une conjonction de facteurs climatiques exceptionnels, qui ont permis les premières contaminations et la progression rapide de la maladie dans les parcelles.

La bactériose, également appelée graisse du pois, est une maladie aérienne due à une bactérie, Pseudomonas syringae. Cette maladie apparaît en foyers dans la parcelle. Le feuillage présente des plages nécrotiques, de couleur marron clair à brun foncé, souvent translucides. Les tiges sont également ceinturées par des nécroses brunes translucides. Les organes touchés finissent par dessécher. Dans les années 1980, des attaques sévères ont surtout concerné le sud-ouest de la France. Depuis le début des années 1990, la maladie a été occasionnellement observée, mais sans conséquence sur la production. Néanmoins, la bactérie semble présente chaque année sur les cultures de pois ou dans l’environnement proche, sans pour autant provoquer de symptômes. En effet, la bactérie, issue de semences contaminées ou de plantes hôtes, se multiplie à la surface des plantes de façon très importante, lorsque les conditions sont favorables, sans occasionner de dégâts. À titre d’exemple, entre 1990 et 2000, la fréquence et la sévérité de la maladie étaient faibles à nulles en France, alors que la bactérie était détectée chaque année dans 30 à 50 % des lots de semences analysés. Ce n’est que par des blessures provoquées par des phénomènes mécaniques, le gel, etc., que la bactérie pénètre dans les tissus du pois et qu’elle provoque alors des dégâts visibles. Qu’en est-il pour la prochaine campagne ? Pour la campagne à venir, il n’y a a priori pas d’inquiétudes à avoir par rapport aux semences qui seront utilisées. Si la bactérie est présente, la maladie ne se développera que si un ensemble de conditions climatiques favorables est réuni, ce qui semble être assez exceptionnel. Par ailleurs, il est important de respecter les dates de semis préconisées et de ne pas semer trop tôt. Cela permet en effet d’éviter d’avoir des plantes trop développées en sortie d’hiver. Enfin, rappelons que des densités de semis excessives, augmentent le risque de développement de l’ascochytose et qu’il faut là encore respecter les préconisations. Un niveau d’attaque exceptionnel Cette année, d’importantes attaques de bactériose se sont produites, là où la pluviométrie a été la plus abondante, associée à des séquences de gel, notamment dans la moitié nord de la France. Cela s’explique par une conjonction de plusieurs facteurs : Des plantes particulièrement développées en sortie d’hiver même avec une date de semis adaptée, suite à un automne et un hiver très doux. Des conditions climatiques (températures douces et humidité) favorables à une multiplication importante de la bactérie durant l’automne et l’hiver (multiplication à la surface des tissus des plantes). Un gel fin janvier-début février, qui a pu occasionner des blessures sur les plantes constituant ainsi une première porte d’entrée à la bactérie. Des gels tardifs en mars et fin avril, qui ont été déterminants en raison du stade de développement avancé des pois d’hiver (plus sensibles au gel) et de la présence de grandes quantités de bactéries sur les plantes (la bactérie sensibilisant le pois au froid). Les conditions de température et d’humidité consécutives à ces gels étant favorables au développement de la maladie. De fortes pluviométries continues d’avril à juin qui ont favorisé l’extension des foyers de maladie, alors qu’en conditions sèches, les symptômes ont tendance à ne plus progresser. Ainsi l’attaque très importante de bactériose observée cette année résulte de la conjonction de plusieurs facteurs qui ont favorisé son extension : gels tardifs sur des plantes très développées et non endurcies en sortie d’hiver, suivis d’épisodes de redoux et pluvieux qui ont favorisé le développement de la maladie. Les pluies excessives ont également favorisé la propagation des foyers présents. Pour finir, les nécroses liées à la bactériose ont favorisé dans un deuxième temps le développement d’ascochytose, autre maladie qui a fortement affecté les pois d’hiver.

Publié le 08/08/2016

Les températures moyennes grimpent, les mois les plus chauds le sont de plus en plus, les mois les plus froids le sont de moins en moins, les pics de fortes chaleurs se font plus fréquents, les cycles végétatifs se décalent…

À en croire les prévisionnistes météorologiques, les hivers enneigés alsaciens ne seront bientôt plus qu’un vague souvenir dans l’imaginaire collectif, véhiculé par quelques illustrations de Hansi et quelques réminiscences de parties de luge endiablées. Et ce n’est que la conséquence la plus palpable et la plus symbolique du changement climatique. Les agriculteurs peuvent en citer une pelletée d’autres : survie des pucerons aux hivers, cultures grillées par les coups de chaud estivaux, décalage des périodes de floraison, de maturité, dysfonctionnement de certains microclimats propices à l’épanouissement de quelques fleurons de la viticulture française… « Il n’y a pas que les banquises qui fondent sous l’effet du changement climatique, nous enregistrons aussi des chiffres très nets ici en Alsace où il y a de moins en moins de neige en plaine, voire quasiment plus du tout », indique Yves Hauss, responsable études et climatologie Nord-Est à Météo France, qui dégaine une palanquée de chiffres pour étayer son propos. Depuis 1880, les années les plus chaudes se concentrent dans les plus récentes : 2015, 2014, 2010, 2005, 1998, 2013, 2003, 2002, 2006 et 2009. En France, de 1959 à 2009, les températures moyennes de chaque décennie se sont réchauffées de 0,2 à 0,3 °C. Lyon à Strasbourg Pour caractériser le climat alsacien, il se fonde sur les enregistrements issus de la station d’Entzheim, qui ont débuté en 1921. Le nombre de jours correspondants à un pic de forte chaleur affiche une tendance à la hausse, avec une progression de 150 % depuis 1950. Conséquence pour les agriculteurs : « Les plantes souffrent davantage de la chaleur. » Parallèlement, le nombre de jours sans dégel a diminué de 50 % depuis 1950. Et la période à risque de gelée a diminué de 40 jours de 1921 à 2014. Résultat logique, la tendance des températures moyennes annuelles est à la hausse. Avant de passer à l’analyse des « normales de saison », Yves Hauss en rappelle la définition : « Les normales, c’est la moyenne des températures à une période donnée sur les trente dernières années. » L’analyse de l’évolution de ces normales montre qu’elles ont augmenté de 0,4 °C par décennie depuis 1990 : « La température annuelle normale de Strasbourg aujourd’hui atteint la température annuelle normale de Lyon dans les années 1950 ». Tunis à Moscou Lorsqu’on s’intéresse aux températures extrêmes, en pointant les mois les plus froids et les plus chauds, on constate que depuis 35 ans, aucun record mensuel de froid n’a été enregistré. Et certains de ces records peuvent être qualifiés de dérèglements. Par exemple : août 2003 et juillet 2006, où les températures enregistrées à Strasbourg correspondaient plutôt à celles de Marseille à la même saison, ou avril 2007, où cette fois on approchait plus des normales d’Alger, avec à la fois des températures élevées et des précipitations rares, ou encore juin 2003, où on s’approchait des normales de Tunis. L’Alsace n’est bien sûr pas la seule région concernée, Yves Hauss rappelle les incendies qui ont ravagé la Russie en juillet 2010 : « 20 % des cultures ont été détruites à 100 %. La température moyenne était de 26,2 °C, soit la normale de Tunis, les végétaux n’y ont pas survécu. » Des cultures désorientées Le mois d’avril est traditionnellement un mois de bascule, au niveau climatique. Mais Yves Hauss note que depuis 2007, ses températures sont souvent plus élevées. Résultat : « Le printemps est décalé, les plantes fleurissent plus tôt, les fruits mûrissent plus tôt ». Avec des conséquences particulièrement préoccupantes en viticulture : « La date de mi-véraison a tendance à avancer, le degré alcoolique des vins a tendance à augmenter, car les baies sont plus riches en sucre, certains microclimats, comme celui du vignoble du Sauternes où l’alternance entre l’humidité matinale liée aux eaux froides du Ciron et des après-midi chaudes et ensoleillées sont favorables au développement de Botrytis cinerea, sont menacés… » Et les températures ne constituent pas le seul paramètre impacté par le changement climatique : le niveau des précipitations évolue aussi. « Elles ont tendance à être plus importantes dans le nord-est de la France, et plus particulièrement en automne et en hiver d’après les relevés d’Entzheim », constate Yves Hauss. Du picon au pastis… Voici pour le court terme et ce qui est déjà constaté. Que prévoient les spécialistes à plus long terme. Plusieurs scénarios ont été élaborés, selon l’efficacité avec laquelle les éléments perturbateurs du climat seront atténués. Dans les scénarios les plus optimistes, d'ici 2100, les températures moyennes n’auront augmenté « que » de 2 °C. « Au mieux, on aura donc les températures actuelles de Montélimar », illustre Yves Hauss. La tendance, déjà perceptible, à des hivers plus doux et plus humides et des étés plus chauds et plus secs (NDLR : Toute ressemblance avec une exception récente n’est que fortuite) devrait se confirmer. Le scénario qui a été retenu par les autorités, moins optimiste, prévoit une hausse des températures moyennes de 3,7 °C d'ici 2100, soit + 0,45 °C par décennie, ce qui correspond effectivement au rythme actuel. S’il devait ne pas faiblir, on enregistrera à Strasbourg en 2100 les mêmes températures qu’à Marseille actuellement. … mais sans glaçons Ces changements climatiques vont inexorablement s’accompagner de bouleversements en tous genres et l’agriculture sera particulièrement impactée. Il faudra adapter les cultures, les variétés, les itinéraires culturaux, sans parler des cépages et des essences forestières… Et puis il ne faut pas négliger les effets de la fonte des glaciers, des neiges permanentes, qui jouent un rôle majeur dans la régulation du débit des cours d’eau : des neiges permanentes qui fondent dans les Alpes, ce sont d’importants à-coups dans le débit du Rhin à prévoir, donc de potentielles inondations, si les digues actuelles devaient ne pas suffire à les juguler, mais aussi des phénomènes de basses eaux plus marqués en été. Le Rhin pourrait alors devenir impropre au transport fluvial, la nappe phréatique serait moins rechargée. Et si sa réputation d’inépuisable devait être remise en question, l’irrigation des cultures pourrait-elle être remise en cause ? Ce ne sont que des hypothèses, mais Yves Hauss prévient : « Dans les Vosges du Nord, de petites sources commencent à se tarir ».

Pages

Les vidéos