Cultures

Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla)

Une dynamique encourageante pour la filière

Publié le 23/03/2020

Année après année, l’Ifla confirme le bien-fondé de son organisation collégiale entre producteurs, transformateurs, grossistes et distributeurs. Une dynamique collective qui sera nécessaire pour la réussite des nombreuses opérations de communication prévues dans les prochains mois et pour l’aboutissement, ou non, d’une filière « protéines végétales » made in Alsace.

L’Ifla poursuit avec succès ses missions : informer le public sur le bienfait d’une alimentation équilibrée, organiser la filière fruits et légumes alsacienne, gérer les marchés, développer une politique de qualité et promouvoir la consommation locale. Une réussite qui doit, en premier lieu, à la nature même de cette interprofession, à savoir un dialogue et un travail constants entre les producteurs, les grossistes, les transformateurs et les distributeurs. Ensemble, ces différents partenaires ont su créer une réelle dynamique autour de la marque « fruits et légumes d’Alsace ». « Désormais, notre visuel est connu de tous. Les consommateurs se le sont approprié. Il est logiquement très utile à nos producteurs et à nos transformateurs qui font le navet salé ou le raifort. Les producteurs bios ne sont pas en reste avec leur logo vert. Seuls les grossistes l’utilisent un peu moins pour l’instant. Il y a encore un travail à faire avec eux et les restaurateurs. Et dans la distribution, des magasins jouent bien le jeu en mettant en avant ces visuels et les produits qui vont avec, d’autres moins », explique le président de l’Ifla, Pierre Lammert. Il espère ainsi que les 250 points de vente présents en Alsace sauront davantage mettre en avant les produits au cours de cette année 2020 qui s’annonce une nouvelle fois riche. Un planning com' chargé Après le lancement du navet salé le 15 janvier dernier, d’autres opérations de communication sont prévues : l’asperge avec, cette année, une opération de promotion effectuée au cœur de Strasbourg, histoire de toucher un public plus « citadin » ; la fraise ; les pommes ; peut-être les petits fruits ; la carotte, pour la première fois ; ou encore la choucroute IGP qui sera mise en avant à l’occasion de l’évènement Saveurs et Soleil d’automne prévu du 24 au 27 septembre à Illkirch-Graffenstaden. Celui-ci célébrera les quinze ans d’existence du logo « fruits et légumes d’Alsace ». « Ça sera le plus grand salon grand public de France consacré à ces produits. On attend environ 70 000 personnes », annonce Pierre Lammert. Avant ce grand rendez-vous, l’Ifla participera pour la première fois à la Fête des fruits et légumes frais organisée depuis seize ans par Interfel. « Le but est de fédérer la filière autour d’une journée particulière. Cela aura lieu le 12 juin », prévient le directeur de l’interprofession, Fabien Digel. Durant cette journée, des animations seront organisées pour promouvoir la consommation de fruits et légumes chez les enfants et dans leurs familles. Dans le même esprit se tiendra du 14 septembre au 17 octobre le « Mois des fruits et légumes d’Alsace ». L’objectif ? Inciter les restaurateurs et distributeurs à mettre le plus possible en avant les fruits et légumes d’Alsace afin d’en retrouver le maximum dans les assiettes des consommateurs.

Ferme Dephy à Petit Landau

Le « moins de phytos » fait ses preuves

Publié le 17/03/2020

Utiliser moins de produits phytosanitaires tout en gardant les mêmes rendements et sa marge brute, c’est l’objectif qu’essaient d’atteindre chaque année les fermes expérimentales Dephy. Armand Heitz, à Petit-Landau, fait partie de ce réseau national animé par les Chambres d’agriculture. Le 5 mars, il a ouvert ses portes pour présenter le bilan encourageant de trois années d’essais, mais aussi les limites qu’il a rencontrées.

Moins traiter, mieux traiter, voire ne plus traiter du tout. Voilà plusieurs années que le réseau des fermes Dephy éprouve, valorise et déploie les techniques et systèmes agricoles réduisant l’usage des produits phytosanitaires tout en promouvant des techniques économiquement, environnementalement et socialement performantes. Chiffres à l’appui, les résultats enregistrés jusqu’à maintenant sont plutôt probants. Dans le Haut-Rhin, par exemple, l’Indice de fréquence de traitement (IFT) a ainsi pu être réduit de 12 % au sein du groupe « grandes cultures, polyculture, élevage ». « Globalement, la plupart des fermes ont réussi à réduire leur IFT herbicide ou hors herbicide », se félicite Jean-François Strehler, référent Dephy au sein de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA). C’est le cas d’Armand Heitz, agriculteur à Petit Landau. Le 5 mars, il ouvrait les portes de son exploitation pour présenter le bilan de trois années (2016, 2017 et 2018) d’essais et d’expérimentations. De la monoculture de maïs au début des années 2000, il a progressivement diversifié son assolement - 147 ha au total irrigués en grande partie - au gré des évolutions réglementaires imposées par la Politique agricole commune. Aujourd’hui, il cultive toujours le maïs grain en majorité sur 103 ha, mais produit également du blé sur 20,8 ha, du soja sur 9,2 ha, du colza sur 7,3 ha et enfin 6,7 ha de surfaces diverses (SIE, herbe...). Actionner plusieurs leviers à la fois Il a activé plusieurs leviers pour diminuer ses IFT : réduire les doses d’application des produits, veiller davantage aux conditions d’application, ou diversifier ses cultures pour pouvoir faire des impasses de traitement. Depuis l’année dernière, il expérimente les plantes associées au colza, un nouveau levier auquel il croit beaucoup pour améliorer la fertilité du sol et empêcher le développement des adventices. « Et il reste des choses à explorer comme le biocontrôle, les huiles essentielles ou le purin d’orties. Ce seront les prochaines étapes que j’explorerai dans mon exploitation », révèle l’agriculteur. En attendant d’investiguer ces nouvelles voies, il est déjà en mesure de porter un regard critique sur la faisabilité de réduire ses IFT au sein d’une exploitation céréalière. Il constate, par exemple, que l’utilisation des herbicides peut davantage être maîtrisée que celle des fongicides et insecticides. « Il y a des années où l’on peut faire l’impasse en traitement septoriose, d’autres non. Idem pour les traitements contre la pyrale du maïs », souligne Jean-François Strehler. Malgré ses efforts, Armand Heitz a constaté une légère augmentation de son IFT insecticide, contrairement à l’IFT herbicide qui est resté relativement bas. « Avec le changement climatique, la pression des insectes est de plus en plus forte. Forcément, cela a des conséquences. » Quand c’est possible, il privilégie l’utilisation de trichogrammes pour lutter contre la pyrale du maïs. Mais, là encore, il remarque que l’efficacité est aléatoire en fonction des années. « Et puis cela requiert de la main-d’œuvre. Je suis seul sur mon exploitation. C’est pour cette raison que je compte m’orienter vers du lâchage de trichogramme par drone. Après, cela reste aussi une opération délicate qu’il faut faire au bon moment pour que cela soit vraiment efficace. » Pour diminuer ses IFT herbicides, il travaille le sol en maïs et blé, mais pas en soja. « Cela remonte les cailloux et nous avons l’obligation de livrer du soja très propre », justifie-t-il. Du coup, il effectue un traitement en pré-levée afin de ne « pas prendre de risque ». « Il n’y a pas de solution miracle de toute manière pour le soja », regrette-t-il. Pour éviter le désherbage en blé, il essaie aussi de retarder ses semis au maximum, vers la fin du mois d’octobre. Un choix qui a le double avantage de diminuer fortement, voire d’éviter complètement, la présence des pucerons vecteurs de jaunisse. Grâce à ces actions combinées, il peut aujourd’hui se satisfaire d’un niveau d’IFT herbicide quasi nul en blé (entre 0 et 0,2). Au préalable, il a veillé à sélectionner des variétés tolérantes aux ravageurs, maladies fongiques et à la verse. Ça aide, mais cela ne fait évidemment pas tout. L’agriculteur passe ainsi beaucoup de temps dans ses parcelles de blé pour regarder ce qui lève pour traiter le cas échéant. Ou alors faire une impasse de traitement quand c’est possible. Une tâche facilitée par l’utilisation d’outils d’aide à la décision. Pour lutter plus efficacement contre la verse, il ajuste sa densité de semis à la baisse afin d’éviter une concurrence trop grande entre les plantes qui les ferait pousser davantage. Il se limite ainsi à 360 grains au mètre carré. Enfin, il rappelle un élément essentiel à prendre en compte pour diminuer ses IFT : bien choisir son matériel, le régler correctement et être sûr que les conditions d’application (température, vent) soient propices. Des chiffres encourageants Quand on compare le bilan de ces trois années d’expérimentation aux chiffres « références » du groupe Économie et gestion de l’exploitation (EGE) de la Chambre d'agriculture, le résultat confirme que la réduction d’IFT n’est pas synonyme de baisse de marge ou de rendement pour le maïs grain (aux alentours de 140 q/ha pour Armand Heitz). Un point que n’a pas manqué de rappeler Jean-François Strehler aux agriculteurs présents à ces portes ouvertes. « Globalement, les chiffres sont similaires à la moyenne du groupe « grandes cultures irriguées » de l’EGE. L’IFT global s’élève à 1,43 contre 1,83 pour la moyenne EGE. Il y a certes eu quelques prises de risque, mais aucune perte de rendement ou de marge brute pour le maïs. Et puis le coût des produits phytosanitaires a aussi été divisé par deux étant donné qu’il en faut moins. » En blé, Armand Heitz a pu faire deux fois l’impasse sur le traitement septoriose, en 2017 et 2018. En 2019, il a dû revenir à un traitement chimique associé à du soufre pour lutter contre la maladie. Seul le traitement fusariose a été constant au cours de ces trois années. « C’est un point sur lesquels les agriculteurs ne veulent pas prendre de risques », indique Jean-François Strehler. À l’arrivée, une marge brute supérieure à celle du groupe « témoin » de l’EGE et surtout de meilleurs rendements compris entre 87 q/ha et 90 q/ha en fonction de l’année. Un constat quasi équivalent est fait sur le soja. Les rendements (entre 40 et 50 q/ha) sont également supérieurs à ceux du groupe référent, tout comme la marge brute qui est « régulièrement au-dessus ».   Lire aussi : « Moins de phytos, plus de marge », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.  

Association des producteurs de céréales et d’oléagineux

Une réflexion stratégique face aux enjeux de demain

Publié le 15/03/2020

Les débouchés, les capacités de production des professionnels et la nécessité d’innover sont autant de pistes de réflexions qui ont alimenté les débats de l’assemblée générale de l’association des producteurs de céréales et d’oléagineux (Apco) mercredi 4 mars à Sainte-Croix-en-Plaine.

Dans un monde en mouvement, les choses peuvent changer très rapidement. Le contexte économique n’est plus le même de celui observé le 20 novembre 2018 quand l’Apco a fêté ses 40 ans et a accueilli le congrès de l’association générale des producteurs de maïs (AGPM). [En cours] Assemblée Générale de l’APCO- Partie statutaire : Rapport d’activités, @Patoon68, rapport financier, rapport moral, @ObrechtThomas Etat du Marché et Tendance de la future PAC, par @mattcaldumbide, #AGPM - Partie Technique: « Cultiver avec des facteurs limitants » pic.twitter.com/wFhKBOkIZp — Sophie BARLEON (@SophieBarleon) March 4, 2020 Outre l’actualité politique et syndicale, les professionnels sont également confrontés à des phénomènes météorologiques toujours plus complexes à appréhender. « Dès la mi-juin, une vague de chaleur a touché la France. La crainte de l’échaudage était dans toutes les têtes. Les rendements de blé n’ont heureusement pas été si catastrophiques. Les irrigants ont redoublé d’efforts pour ne pas voir leurs cultures perdre leurs potentiels. Mais de nombreux orages ont traversé notre département. Certains secteurs ont été confrontés à des limites techniques pour irriguer. Que ce soit dans le secteur des collines sous vosgiennes ou dans celui allant de Niffer/Rixheim à Saint-Louis. Enfin, fin juillet, une vague de pluie orageuse a permis de remettre les compteurs à zéro. De 50 à plus de 100 mm ont donné l’occasion aux cultures de printemps de reprendre leur souffle. Les changements climatiques nous obligent à en tirer des conséquences. Soyons ambitieux et offensifs en la matière. L’agriculture a une part de responsabilités dans les évolutions du climat, comme toute activité humaine et économique. Mais, l’agriculture est surtout la seule activité pouvant apporter des solutions rapides et efficaces », explique le secrétaire général de l’Apco, Jean-Marc Schwartz. Fédérer les usagers du Rhin Face à ces évolutions climatiques, sociétales et économiques, les professionnels doivent s’adapter au mieux et anticiper pour pérenniser leurs activités. Trois axes principaux sont au cœur de la politique volontariste impulsée par l’Apco. Le premier tourne autour des débouchés des céréaliers. « On a longtemps considéré que le débouché n’est pas un problème. Aujourd’hui, il nous semble important d’être en veille sur ce sujet. La disparition de certaines usines, le changement de produits consommés par certains industriels ou leurs exigences de qualité nous ont fait prendre conscience de notre responsabilité. Il est important que nous soyons force de cohésion pour la filière. Nous avons la légitimité pour rassembler nos organismes stockeurs, pour fédérer la filière et porter des enjeux vitaux pour l’avenir de notre territoire. La qualité de nos produits, leur identification, la certification de nos exploitations sont des sujets au cœur de nos préoccupations. La problématique des basses eaux du Rhin reste bien sûr plus que jamais un enjeu majeur. Nous ne sommes pas les seuls concernés. Mais force est de constater qu’il faut porter à bras-le-corps cette problématique. Nous voulons fédérer les autres usagers du Rhin pour pousser nos politiques à se saisir réellement de ce sujet. Il nous faut trouver une issu pour la pérennité de nos débouchés. Nous pouvons être fiers de la bonne collaboration avec nos organismes stockeurs, de leur travail et de la valorisation de nos produits. Nous avons un prix de vente de nos productions parmi les meilleurs au monde grâce à ces outils de collecte, grâce au Rhin et à la proximité avec nos débouchés. Nous sommes aussi engagés dans la recherche de nouvelles filières répondant aux multiples critères d’exigences de notre métier. La création d’une filière de déshydratation de luzerne n’est pas aisée. Mais, nous voulons aller au bout de la démarche d’étude pour prouver notre expertise, nos engagements et montrer qu’il ne suffit pas d’un claquement de doigt comme certains peuvent l’imaginer », explique le président de l’Apco, Thomas Obrecht. L’acceptation sociétale des pratiques Le second axe de travail concerne le maintien des capacités de production des professionnels. Un important travail de communication doit se réaliser auprès des interlocuteurs du monde agricole et de la population en général. « L’acceptation sociétale de nos pratiques est primordiale. Le monde qui nous entoure ne connaît plus les grands enjeux de la production agricole et de la sécurité sanitaire. Ce n’est pas que la majorité de nos concitoyens soit contre nous. Mais, à défaut de connaissance, la porte est grande ouverte aux marchands de peur. Et bien sûr beaucoup d’hommes et de femmes politiques suivent la vague et manquent cruellement de courage et de discernement pour recentrer le débat. Nous devons donc être offensifs. Ne laissons pas parler les autres de la réalité de notre métier à notre place. Nous avons beaucoup de problématiques autour de l’utilisation des produits phytosanitaires. Le débat des ZNT en est un exemple », ajoute Thomas Obrecht. Il invite les céréaliers du département à montrer l’exemple et à faire preuve de responsabilité tout en restant ferme sur la réalité scientifique et agronomique. Comme tous les professionnels, il fait le constat que les solutions disponibles pour protéger les cultures se font de plus en plus rares. Il appelle également à la vigilance concernant l’irrigation. « Nous avons une activité visible. Et c’est bien là le problème. Partout, il faut rappeler l’histoire. Les canalisations successives du Rhin, les droits d’eau, le réseau de canaux d’irrigations. Certains ignorent que beaucoup de cours d’eau phréatiques du Ried sont en vérité les exutoires des canaux d’irrigations et que leur pérennité en dépend. Nous sommes capables, de par la réalimentation de la nappe par les canaux d’irrigations, de répondre à l’ensemble des besoins en eau que ce soit industriel, eau potable et irrigation. Mais là encore, tout le monde n’a pas respecté ses engagements. EDF doit pourvoir à l’entretien de ces canaux pour assurer une bonne réalimentation de la nappe. Nous voulons que ces infrastructures stratégiques soient conjointement assumées par la profession et notre département », prévient Thomas Obrecht. Innover et anticiper Le troisième axe de travail concerne l’innovation et à travers elle, la science. « Nous devons nous battre pour avoir accès aux nouvelles technologies génétiques. C’est une voie certaine d’amélioration de nos performances et de réductions de nos intrants. Le monde politique et la société qui nous entoure doivent comprendre que nous avons déjà pris beaucoup de retard sur ce sujet et qu’il faut nous donner ces solutions. C’est un levier bien plus efficace pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaire que de passer à des techniques de productions alternatives qui ont d’autres inconvénients environnementaux », plaide le président de l’Apco. En ce sens, il veut travailler plus efficacement encore avec la Chambre d'agriculture, Arvalis, les organismes stockeurs pour répondre à tous ces défis et préparer l’avenir. « Nous devons être capables d’anticiper. Et, sur ce point, la science sera notre salut », conclut Thomas Obrecht. Invité à l’assemblée générale, Matthieu Çaldumbide, directeur adjoint de l’AGPM, a fait le point sur le marché du maïs tant au niveau mondial qu’à un niveau européen et national. L’apparition et le développement mondial du coronavirus peuvent avoir un impact sur les cours mondiaux, leurs prix et les matières premières. « Le développement du virus ou non sera déterminant pour la perspective des échanges de nos céréales. Nous devons également observer les conditions de cultures actuelles en Amérique du Sud, les semis de maïs aux États-Unis et veiller à la future structure du marché du blé et du maïs en Europe dans le cadre de l’évolution de la politique agricole commune », estime Matthieu Çaldumbide. Il a rappelé que, dans le cadre de cette future Pac, l’AGPM exigeait, en matière de conditionnalité, de ne pas aller au-delà des exigences du verdissement actuel avec un refus clair de la mesure souhaitée de rotation des cultures. « Il faudra également que cette Pac limite les possibilités de transfert entre les deux piliers, favorise la gestion des risques et l’aide à l’investissement dans le second pilier. »

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