Cultures

Publié le 28/05/2020

Voici venu le temps des cerises. Si la météo est aujourd’hui favorable aux fruits, techniciens et arboriculteurs partagent la même inquiétude quant au marché : les clients seront-ils au rendez-vous, et sur la durée ? Les ravageurs, eux, sont d’attaque ! Heureusement, le climat propice aux insectes ne l’est pas aux maladies. La vigilance est tout de même de mise, concernant les tavelures, après chaque pluie, chaque rosée.

Philippe Jacques, conseiller spécialisé en arboriculture fruitière à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), fait le tour des cultures. La récolte de cerises burlat a débuté fin de semaine passée, avec près de deux semaines d’avance par rapport à une année normale. La « chute de juin » naturelle des pommes a lieu maintenant, avec quinze jours d’avance aussi. L’éclaircissage manuel des poires est, lui, déjà en cours, en cette fin mai, pour faire tomber les fruits encore excédentaires et ainsi ajuster la charge au juste potentiel du verger. Les prunes (prunes bleues, mirabelles, quetsches) et les pêches sont en phase de différenciation : les fruits grossissent mais les plus petits ne tombent pas encore. Les abricotiers sont vides, ou presque, car ils ont gelé. D’ici deux à trois semaines, on connaîtra la charge de tous les fruitiers. « Ce qui caractérise cette année, c’est l’hétérogénéité », dit Hervé Bentz, le responsable de la station Verexal, à Obernai et à Innenheim. Une succession de nuits froides en avril et en mai, aux Saints de glace (du 11 au 13 mai, notamment), a brûlé une partie des fleurs des fruitiers et « a bloqué » les arbres (voir la vidéo d’Ilo) : ils ont arrêté de nourrir fleurs et petits fruits. Le gel a en effet une double conséquence sur l’arboriculture. Hervé Bentz relève aussi deux cas de figure au Verexal : des arbres correctement chargés de fruits de calibres moyens et des arbres chargés de très beaux fruits mais rares. Hormis ces épisodes de gel nocturne, qui ont amputé les récoltes à venir, et une sécheresse au début du printemps, la météo est « idéale » cette année, souligne Philippe Jacques. « On a eu très peur, fin mars et début avril. Il y a eu des dégâts de gel importants dans le Sundgau et dans les alentours de Molsheim, Westhoffen, Balbronn, Traenheim, selon la situation de la parcelle. Mais, depuis, on a le climat parfait : ni trop, ni trop peu. Il ne fait pas trop chaud. L’amplitude thermique est raisonnable. Il n’y a pas de grêle. La pluie est régulière : environ 20 mm tous les dix jours. Il y a du vent, mais pas de coups de vent », énumère le conseiller. Deux semaines d’avance Cette météo est favorable à une pression sanitaire moindre. Il y a peu de maladies, les arbres sont plutôt jolis. On traite donc peu. Et « quand il pleut, il pleut vraiment. On intervient quand il faut. Climatiquement, c’est facile », juge Philippe. Pour l’instant, peu de fongicides ont été utilisés. La vigilance est tout de même de mise, rappelle Stéphanie Frey, conseillère agricole à Fredon Grand Est. « En tavelures, nous ne sommes pas encore à la fin de la contamination primaire. Suite aux pluies du 11 mai, on a observé les premières taches de tavelures, la semaine passée. Si l’on en voit, il faut traiter maintenant, sinon on traitera ensuite jusqu’à la récolte. Passé le 1er juin, si on est propre, il n’y aura pas de contamination secondaire. Notre actualité, c’est donc : chercher les taches de tavelure, après chaque pluie, chaque rosée. On essaie d’être sérieux sur les contaminations primaires », mobilise Stéphanie. Si la météo est peu propice aux maladies, elle l’est en revanche aux insectes. Les cultures ont deux semaines d’avance, cette année : les ravageurs aussi ! L’hiver doux n’a pas décimé les colonies. Les chaleurs printanières prématurées et les rares pluies ont bénéficié aux pucerons. « Les insectes se sont réunis plus tôt », dixit Hervé Bentz, et, depuis, prolifèrent. « On a divisé par quatre la couverture fongicide mais on récupère en insecticides », constate Philippe Jacques, qui compare cette année sans hiver à 2014. Les insectes « attaquent », les agriculteurs « couvrent », les ravageurs « partent puis reviennent », enchaîne le conseiller : « Il y a repiquages d’attaques. » Les ravages d’hoplocampes auront une incidence économique, cette année, présage Philippe. Des attaques féroces d’hoplocampes, après un coup de gel à la floraison, ont fait perdre du potentiel de production, selon lui. Les premières piqûres de carpocapses ont été vues le 25 mai. Le modèle les prévoyait le 23 : « On est content que la théorie colle à la pratique, s’exclame Stéphanie. Les traitements ont pu être bien placés. » Le carpocapse est le ravageur le plus important. Elle insiste : « Les premières larves de carpocapses sont là. C’est le moment, pour les amateurs, de traiter avec des larvicides. » La mouche de la cerise a un mois d’avance, en 2020. « C’est une incidence du réchauffement climatique, pointe Philippe Jacques. On a les mêmes problèmes que dans le Sud. La mouche sort du sol plus rapidement. Son vol correspond, cette année, pile poil à la récolte de cerises précoces. » L’avance et l’intensité de cette mouche impressionnent Philippe. Il pense qu’il y aura aussi beaucoup de drosophiles cette année, comme ce fut le cas en 2014. La pluie, comme sur les pucerons, serait le meilleur insecticide contre les « droso’». Le conseiller rappelle que les traitements insecticides sont épandus avant la floraison, puis, après le 15 mai, selon la pression, pour épargner les pollinisateurs. Pression sociale pesante « Nous faisons des efforts pour améliorer les pratiques en arboriculture, tient à répéter Philippe Jacques. L’Europe et l’État ont légiféré pour ajuster les limites maximales de résidu de pesticides dans les fruits, par exemple. Il y a une pression positive de la société qui a, entre autres, amené les cultivateurs à utiliser les produits de biocontrôle qui sont plus chers. Mais, aujourd’hui, quand ils utilisent ces produits ou épandent de l’engrais foliaire, ils se font courir après, filmer, photographier. Ça s’enflamme, parfois. On en arrive à des situations débiles. Nos adhérents nous ont fait remonter trois incidents de ce type durant le confinement. Avant que de réelles avancées aient lieu, les arboriculteurs se sentaient coupables. Aujourd’hui, ils se sentent agressés. Ils en ont gros sur le cœur. Ras-le-bol. La tension sociale augmente autour des applications phytosanitaires alors que la plupart des gens n’y connaissent rien et qu’en arboriculture, qui est une culture pérenne, les enjeux sont grands : s’il y a un raté, l’arbre s’en souvient pendant quatre ou cinq ans. Les arboriculteurs, quand ils soignent leurs plantes, essaient juste de faire leur travail. Les gens qui croient mieux savoir, c’est pesant. » Stéphanie Frey abonde : « En arboriculture, c’est très pointu. D’un jour à l’autre, on doit traiter. D’où la difficulté de cohabiter avec certains riverains. Quand il y a conflit, c’est souvent que personne ne se parle. Les gens se font des idées. On intervient aussi en bio. » Elle prône l’intercompréhension et répète : « Les vergers sont des cultures, pas un lieu de promenade », même si les plans d’urbanisme peuvent le laisser penser. Nécessaires clients locaux Ce qui inquiète plus qu’une poignée de « croyants », c’est l’état du marché. « C’est l’inconnue la plus totale et la plus complète, admet Philippe Jacques. Il y a eu des craintes pour les fraises mais la demande a été si forte qu’il y a presque pénurie : on ne cueille pas assez vite. » Les cueillettes en plein champ fonctionnent bien aussi, d’ailleurs. « Certains producteurs s’en sortent correctement sur des marchés extérieurs mais, dans les halls, la limitation des clients n’a pas permis d’écouler plus que de petites quantités », nuance tout de même le conseiller de la Chambre. « Pour l’instant, les consommateurs ont joué le jeu. Ils ont repris des produits locaux », observe Daniel Dettling, de l’EARL de la Fontaine à Westhoffen, qui exploite une vingtaine d’hectares de vergers et de vigne (6 ha), et de la SARL La ferme Dettling, qui commercialise la production conditionnée et transformée, notamment à des magasins de producteurs. L’exploitant est aussi président de l’association Production fruitière intégrée d’Alsace (PFI) dont les trente producteurs ont quasiment tous rejoint la démarche qualité Vergers écoresponsables. « Ces clients sont un atout », ajoute-t-il. Les cerises, c’est de l’ultra-frais. « On ne peut pas les stocker », précise Daniel Dettling, qui a ouvert la semaine passée un distributeur de fruits et légumes, à côté de sa ferme, où il vend aussi en direct. Les acheteurs sont au rendez-vous, ces jours-ci, mais il s’interroge aussi sur la suite. « La cerise est un vecteur de trésorerie, en début de saison, explique Philippe Jacques. Ce n’est pas une filière en Alsace, sauf pour trois producteurs qui livrent des centrales d’achat. Pour les autres, elle permet de payer les salariés qui récoltent les quetsches et les pommes. Pour l’instant, avec la cerise burlat, ça se passe bien : il n’y a pas encore de grosses quantités de cerises sur le marché mais, mi-juin, que va-t-il se passer ? Cette année, on est en phase avec les autres bassins de production français. Nous avons rattrapé notre retard naturel, par rapport à une année moyenne. Toutes les cerises françaises arriveront sur les étals en même temps. Les ventes de produits alsaciens seront-elles bonnes ? »  

Publié le 27/05/2020

Les agriculteurs des communes d’Holtzwihr, d’Horbourg-Wihr, d’Houssen et jusqu’à Illhaeusern, soit une vingtaine d’exploitations, ont vu arriver des hordes de corbeaux après la levée des semis de maïs. Un « dommage collatéral du confinement », mais aussi un problème récurrent dans ce secteur.

La présence des corbeaux en milieu agricole n’est pas nouvelle, « mais là, c’est trop », s’émeut Thomas Ritzenthaler, agriculteur de Holtzwihr. Dès l’automne 2019, il dénombre des centaines de corbeaux près des semis de blés. Cette année, le printemps a été marqué par la sécheresse qui a aussi des conséquences pour les animaux qui sont privés d’eau et de repas (vers de terre, insectes…). « Les semis de maïs ont dû être arrosés pour permettre la levée et c’est à ce moment que les corbeaux attaquent : ils poussent la plante et mangent la graine. Nous allons devoir replanter des parcelles de maïs sans avoir la garantie qu’elles soient épargnées. Les cultures sont endommagées de 20 à 30 %. La rentabilité de nos exploitations est mise à mal. Et même si les corbeaux sont considérés comme des nuisibles, il n’y a pas d’indemnisation », regrette l’agriculteur. Désormais, ceux que l’on appelle nuisibles sont répertoriés par département dans la liste des espèces d’animaux susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD). Dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, le corbeau freux et la corneille noire font partie de cette liste. C’est à la charge de chaque département de prouver que cette classification est nécessaire. Ainsi, ils peuvent être détruits à tir entre la date de clôture générale de la chasse et le 31 mars (prolongation possible jusqu’au 10 juin ou 31 juillet avec dérogation préfectorale). Le tir dans les nids de corbeaux freux ou dans les nids de corneilles noires est en principe interdit. Une dérogation peut être accordée par arrêté préfectoral. « Le dortoir des corbeaux se trouve rue du Ladhof (au nord de Colmar), indique Thomas Rizenthaller. Tous les ans, nous demandons à la mairie de Colmar * d’intervenir sur les nids. Mais, cette année, l’arrêté rendu par la préfecture est arrivé juste avant le confinement. Les nids n’ont pu être détruits. C’est un dommage collatéral du confinement », ironise-t-il. Les méthodes pour pallier sont inefficaces : « Ici, les pièges sont cassés ou ouverts par les promeneurs et les corbeaux s’habituent aux effaroucheurs. » « Dans un hôtel cinq étoiles avec un supermarché à côté » Cathy Zell, chargée de mission à la ligue de protection des oiseaux (LPO), s’interroge sur l’efficacité des solutions utilisées jusqu’alors : « On ne dit pas qu’il n’y a pas de problème. La période de reproduction est particulière. Elle coïncide avec les semis de maïs. Il faut savoir que le corbeau ne s’attaque pas aux maïs mesurant plus de 10-15 cm. La levée rapide des semis est donc cruciale. L’effarouchement par le tir n’est pas suffisant. Il faut cumuler plusieurs méthodes d’effarouchement. Le piégeage peut être problématique car des espèces menacées peuvent aussi entrer dans les cages », précise-t-elle. Les épouvantails, perturbations visuelles, ballons à hydrogène, peuvent fonctionner lorsqu’ils sont aléatoires et que leur emplacement est changé régulièrement. « Les corvidés sont des animaux intelligents et opportunistes. Ce sont aussi des éboueurs nécessaires à notre monde », précise-t-elle. Ils se nourrissent notamment de charognes, limaces et campagnols. « Les tuer massivement ne résout pas le problème. On pose un pansement sur une fracture. Une solution simple, unique et peu coûteuse n’existe pas. » Pour elle, c’est le modèle qu’il faut repenser : « Dans ce secteur, les corbeaux logent dans un hôtel cinq étoiles avec un supermarché à côté. Les systèmes équilibrés ne sont pas dysfonctionnels. Le développement de la polyculture, les haies favorisent la présence des prédateurs des corbeaux. La présence de buses insécurise les colonies, par exemple. » Holtzwihr compte environ 50 ha de légumes pleins champ. Marc Zwickert, maraîcher bio, ne constate pas encore de dégâts sur ses parcelles. « Tant que les corbeaux sont dans les maïs, on est tranquilles. Mais, bientôt, ils s’intéresseront aux haricots, lentilles, petits pois… et à toutes les jeunes pousses : salade, chou, fenouil. Ils déterrent la motte, pensant certainement qu’il y a une graine en dessous. Ils peuvent ainsi anéantir toute la production en quelques heures. Chez nous, ce sont surtout les jeunes corbeaux qui viennent se nourrir. Ils cherchent des produits protéiques pour leur croissance. » Marc Zwickert a posé des filets au-dessus des productions à fortes valeurs ajoutées. Or, ils sont fastidieux à installer et lourds mais ils s’envolent aussi facilement en cas de vent fort. « Ce n’est pas la panacée, cela entraîne parfois des maladies à cause de la condensation sous ces filets. » La nuée noire devrait arriver chez lui à partir de juin et jusqu’à juillet. « Désormais il n’y a plus grand-chose à faire », regrette-il. Il espère qu’une indemnisation sera possible pour ceux qui devront replanter des parcelles. Tout n’est cependant pas encore perdu pour les agriculteurs du secteur, à condition qu’une intervention de la louveterie soit faite « dans les quinze jours », explique Thomas Ritzenthaler. « Les œufs n’ont pas encore éclos, on peut encore détruire les nids. » Le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, a été alerté de la situation le vendredi 15 mai, lors de sa visite au marché fermier d’Holtzwihr par Thomas Obrecht. Laurent Touvet s’est engagé à faire remonter la situation à la louveterie afin d’enclencher une action rapide.

Libres cueillettes de fraises

La liberté révisée

Publié le 20/05/2020

Les libres cueillettes de fraises ouvrent progressivement leurs portes en Alsace. Les producteurs doivent s’adapter aux mesures de sécurité imposées par l’épidémie de Covid-19. Mais les consommateurs, avides de bols d’air et de sécurité sanitaire, ne devraient pas bouder ces produits de proximité, peu manipulés par des tiers.

Le printemps estival a bien profité aux fraises d’Alsace. Lilian Boullard, conseiller fraises à Planète Légumes, décrit une floraison groupée, abondante et très précoce : « Nous avons deux semaines de précocité. Une de plus que l’année dernière, qui affichait déjà une semaine d’avance par rapport à une année normale. » Conséquence : il y aura sans doute beaucoup de fraises, mais pas très longtemps. Lilian Boullard estime que la saison devrait durer au plus tard jusqu’au 15 juin. En outre, qui dit floraison abondante, dit souvent petit calibre. Lundi 11 mai, jour du déconfinement, deux libres cueillettes avaient ouvert leurs portes dans le Bas-Rhin : la cueillette Hartmann à Berstheim et la cueillette Krieger à Haguenau. Elles avaient même pu accueillir les premiers libres cueilleurs quelques jours avant, puisque la préfecture du Bas-Rhin avait autorisé l’ouverture des libres cueillettes avant le déconfinement, moyennant le respect des règles de sécurité, contrairement à la préfecture du Haut-Rhin (lire encadré). Une chose est sûre, le déconfinement tombe bien, car les fraises arrivent doucement mais sûrement à maturité.     Enfin, sûrement, c’est vite dit : interrogé lundi 11 mai, Olivier Grinner, président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace et propriétaire de libres cueillettes à Nordhouse et Erstein, attendait avec angoisse de voir à quel point le mercure allait descendre dans la nuit : « Ça va définir la saison. À ce stade, s’il gèle trop fort, on peut perdre jusqu’à 80 % de la récolte », déclarait-il alors que le vent et la pluie empêchaient certains producteurs de mettre en place des mesures de protection. Au final, « le sud de l’Alsace a été plutôt épargné, grâce à une couverture nuageuse et parce que certains producteurs ont eu la possibilité de couvrir les fraisiers », décrit Lilian Boullard, qui estime que le nord de l’Alsace a pu être davantage affecté. De son côté, Olivier Grinner n’aura finalement eu à déplorer que de « légers » dégâts. Des fraises et du gel Reste que les cueillettes ouvrent cette année dans un contexte particulier, alors que la menace d’une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 plane sur une France qui se déconfine : « Chaque cueillette a son propre fonctionnement pour faire respecter les gestes barrière », indique Olivier Grinner. Chez lui, des panneaux rappellent les règles de base, comme le fait de se laver les mains avant d’aller à la cueillette et en rentrant chez soi, de respecter un mètre de distance avec les autres personnes… « Le port du masque est recommandé, et le personnel en est équipé. Une signalétique de déplacement autour des caisses évite aux gens de se croiser, et du gel hydroalcoolique est à disposition », détaille-t-il. Les premiers producteurs à avoir accueilli du public ne constatent aucun changement dans les habitudes des libres cueilleurs. Pas de ruée, mais pas de désertification non plus. Principal changement : les libres cueilleurs avancent désormais masqués.     Rendez-vous ici pour trouver des libres cueillettes proches de chez vous : fraise-alsace-libre-cueillette.fr

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