Cultures

Irrigation du blé

Une rentabilité fragile

Publié le 20/06/2020

Avec le printemps chaud et sec que l’Alsace connaît cette année, les besoins en irrigation ont été plus ou moins importants selon les secteurs, jusqu’à cinq tours d’eau dans les sols les plus légers. Néanmoins, la question de la rentabilité économique pour l’exploitant reste entière.

Si l’irrigation est une garantie d’excellents rendements en maïs, qu’en est-il avec le blé ? Une question d’autant plus d’actualité avec les derniers mois relativement secs - et chauds - que l’Alsace a connus. Dans les sols de la Hardt superficielle, dans le Haut-Rhin, certains exploitants sont montés jusqu’à cinq tours d’eau, ce qui est beaucoup. « La dernière fois qu’il a fallu arroser autant, c’était lors des printemps 2011 ou 2012 », se remémore Jonathan Dahmani, conseiller en irrigation à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). 2020 est donc une grosse année d’irrigation pour le blé en Alsace, en tout cas dans certains secteurs. Dans d’autres, un à deux tours d’eau ont été suffisants. Et puis il y a des zones, où même sans irrigation, le potentiel est « relativement là ». C’est le cas du Sundgau. Mais, avec ces années qui se réchauffent et ces précipitations qui ont tendance à se raréfier, le potentiel de rendement des blés alsaciens est-il menacé à moyen ou long terme sans irrigation ? « Disons que cela dépend du type de sol. Il y a des zones où la réserve utile en eau est faible. C’est le cas du Piémont, dans le Haut-Rhin, où les sols ne sont pas très profonds. Ceux qui ne sont pas équipés pour l’irrigation vont voir leurs rendements impactés. » Pour autant, cela ne veut pas dire s’équiper à tout prix si on ne dispose pas de matériel d’irrigation. « C’est un investissement conséquent. Si on le fait juste pour du blé, cela n’a pas d’intérêt », explique Jonathan Dahmani. Pourtant, le blé a besoin d’autant d’eau que le maïs pour assurer son cycle. Mais ce dernier, plus long, reste moins exposé aux éventuels déficits hydriques entre les mois d’octobre et juin. Irriguer son blé, oui, mais à condition d’être déjà équipé. « Pour cette culture, cela reste toujours une charge supplémentaire. Au mieux, on assure des rendements normaux. Mais on n’ira pas au-delà. Ce n’est pas la même philosophie que pour le maïs, qui plus est adapté aux sols légers qui chauffent vite. À chaque fois qu’on fait un tour d’eau en blé, la marge économique s’amenuise. Reste à savoir jusqu’où », souligne le conseiller de la CAA. Maintenant, la question se pose pour 2020 : quel est l’impact économique de cette irrigation importante sur la rentabilité de la culture ? « Nous ferons le point après la récolte. Nous ferons une étude économique poussée cet automne pour évaluer plus finement la rentabilité de l’irrigation en blé », annonce-t-il.    

Baisse des traitements phytosanitaires

Produire moins cher

Publié le 19/06/2020

L’EARL Ferme Fix, à Pfettisheim, a intégré le réseau des fermes Dephy depuis 2016. Leur démarche consiste à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires. Denis Fix, le gérant de l’EARL, et Gregory Lemercier, animateur des fermes Dephy dans le Bas-Rhin, reviennent sur les leviers qui permettent de diminuer la fréquence des traitements dans les blés, et donc d’économiser de l’argent.

« La réflexion qui permet d’aboutir à une réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires dans les blés commence bien avant les semis », pose d’emblée Gregory Lemercier, conseiller en grandes cultures à la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). La première chose à faire est de choisir des variétés de blé tolérantes aux maladies et à la verse. « Le levier génétique est le plus important des leviers qui seront activés ensemble pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires », insiste Gregory. La CAA diffuse chaque année, en août, au moment de l’achat des semences, une brochure permettant de choisir les meilleures variétés (productivité et résistance aux maladies), selon les essais qu’elle a conduits. Denis Fix, installé à Pfettisheim depuis 2001, en polyculture-élevage porcin, s’en remet à elle pour guider ses commandes. Il sème environ 20 ha de blé sur ses 96 ha de SAU. Le reste se compose de 55 ha de maïs, 16 ha de colza, 2 ha d’orge, 2 ha de prairies et de quelques hectares laissés au Grand contournement ouest (GCO). En complément de choix de semences judicieux, l’agriculteur, sur les conseils de l’ingénieur de la Chambre, utilise un mélange variétal de quatre variétés de blé. Ce mélange va limiter la propagation de certaines maladies, comme la rouille brune ou jaune, « explosive » sur une seule variété car se propageant très vite, à la surface des feuilles, avec le vent. « Il faut anticiper, martèle Gregory Lemercier. On gère les problèmes avant même leur apparition, pour qu’ils n’apparaissent pas, ou dans une moindre mesure, grâce à la génétique et à l’agronomie. Avec la chimie, on gère les urgences ». Quand une variété est dite tolérante, elle l’est vraiment, rappelle encore l’animateur du réseau des fermes Dephy dans le Bas-Rhin, qui compte 13 exploitations*. « C’est une stratégie de conduite des cultures réfléchie et cohérente qui doit se mettre en place », ajoute le conseiller. Denis Fix, quatre ans sur cinq, sème 10 % de colza dans ses blés. « Les altises attaquent cette culture plus précoce que le blé. Cela limite aussi l’arrivée de méligèthes. En blé, l’utilisation d’insecticide est rare, de toute façon », nuance l’agriculteur. La rotation est tout aussi primordiale que le choix des variétés pour limiter l’utilisation d’herbicides sur les blés. Denis Fix alterne les cultures de printemps et d’hiver dans sa rotation. Un maïs nettoie la parcelle pour le blé et le colza à venir, et inversement. Le maïs peut être remplacé par du soja : « avec un précédent soja, il y a moins de risque de fusariose », précise Gregory Lemercier. Denis Fix, pour optimiser l’efficacité des herbicides qu’il utilise encore, a recours à des adjuvants : huile, mouillant et sulfate d’ammonium. Semis tardif Autre levier pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires sur les blés : la date de semis. « Nous conseillons de semer après le 20 octobre pour limiter le nombre d’adventices, le risque de jaunisse nanisante de l’orge (JNO) ainsi que son vecteur, le puceron, et d’autres maladies. C’est une stratégie d’évitement. On change toute la conduite du blé. Mais, attention : plus on sème tard, plus il faut augmenter la densité de semis, qu’on augmente aussi en fonction de la qualité du lit de semence », détaille Gregory Lemercier. Denis Fix laboure : « ça permet de nettoyer le sol ». Pour un meilleur rendement, l’apport d’azote est aussi scruté. Chaque année, en janvier, à la sortie de l’hiver, la Chambre propose une analyse de sol et un conseil adapté, selon la nature de l’engrais épandu : fumier ou lisier. L’objectif est d’éviter le risque de verse. Denis Fix épand du lisier, forcément. « En blé, j’étais déjà bien performant avant d’intégrer le réseau des fermes Dephy, constate Denis Fix. Là, on essaie d’aller plus loin : d’améliorer la structure du sol, de favoriser les auxiliaires, par exemple. Moi, je n’ai plus grand-chose à gratter pour réduire les coûts ou améliorer la rentabilité de la culture ». Gregory Lemercier propose un désherbage mécanique au printemps, en Alsace. L’équipement en houe rotative, herse étrille ou bineuse est essentiel. Les animateurs du réseau des fermes Dephy connaissent les aides à l’investissement existantes et de plus en plus de Cuma réfléchissent à s’équiper. « Notre but est de faire gagner de l’argent aux agriculteurs, en assurant une bonne performance technico-économique. Moins d’interventions, moins d’intrants, égale plus d’économies. On fait de la technique et c’est rentable », conclut Gregory Lemercier.

Publié le 18/06/2020

Comme prévu, la moisson du blé tendre en Alsace s’annonce précoce, et avec des rendements impactés par la sécheresse printanière.

Mi-mai, les blés se présentaient particulièrement en avance en Alsace, en lien avec les températures estivales du printemps. Cette avance s’est maintenue, mais elle a un peu été freinée ces dix derniers jours par le retour de températures plus fraîches. « De deux semaines d’avance, nous sommes passés à une semaine d’avance », résume Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal. Les orges, qui auraient pu être récoltées dès cette semaine, le seront sans doute à partir de la prochaine. La récolte du blé devrait débuter au cours de la première semaine de juillet. En outre, le manque de précipitations laissait présager des rendements en berne, du fait d’une moins bonne alimentation en éléments nutritifs, notamment en azote. Effectivement, « le nombre d’épis est faible, confirme Didier Lasserre. Par contre, la fertilité a été correcte, donc il y a pas mal de grains ». La dernière composante de rendement, le remplissage, qui dicte le Poids de mille grains (PMG), pouvait donc encore permettre de rattraper la situation. Et c’est ce qui s’est partiellement passé : « Nous avons bénéficié d’un climat britannique durant la phase de remplissage, avec des températures fraîches, des précipitations assez régulières, et ça va peut-être permettre de sauver les meubles ». En outre, certaines situations devraient mieux s’en sortir que d’autres, comme les semis tardifs, ou les situations irriguées, où les rendements devraient même être « très bons », mais cela ne concerne que 10 % de la sole de blé en Alsace. Globalement, la collecte de blé 2020 ne sera donc ni catastrophique, ni pléthorique, mais tout juste moyenne, estime Didier Lasserre.   La #pluie ? arrive ... ça se précise, mais en quantité suffisante ? @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/Op1SX5pXWq — Germain Schmitt (@germain_schmitt) June 4, 2020   La situation sanitaire des blés est restée bonne jusqu’au bout, ce qui s’explique aussi par les conditions climatiques printanières particulières, peu propices au développement des maladies cryptogamiques : « La septoriose n’est pas montée dans les étages foliaires. Il y a un peu de rouille, par ci, par là, mais cela reste très ponctuel. Et on n’observe pas de symptômes de fusariose dans les champs. S’il a plu, ce n’est jamais très longtemps, et ce n’est pas ça qui est favorable au développement des maladies cryptogamiques, ce sont les longues périodes d’humidité permanente », précise Didier Lasserre.

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