Arboriculture fruitière
La sécheresse retarde la maturité
Arboriculture fruitière
Publié le 07/08/2020
La récolte de mirabelles bat son plein, ce début d’août. « On a pris un peu de retard sur l’avance qu’on avait… donc on se rapproche de la normale », constate Philippe Jacques, conseiller spécialisé en arboriculture fruitière à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). En effet, les fortes températures et le manque d’eau ont bloqué le mûrissement des fruits.
C’est la star de l’été, en Alsace : la mirabelle. Cette année, elle s’est fait désirer. Alors que, globalement, les arbres sont bien chargés et les calibres sont gros en cette fin juillet. Mais la coloration jaune de la petite prune ronde « a peiné à venir », dixit Philippe Jacques. En cause, des températures insuffisamment fraîches les nuits et la sécheresse le jour. Sur des sols non irrigués, par grosse chaleur et quels que soient les fruits, « tout s’arrête », rappelle le conseiller. Cette semaine, tout de même, les derniers arboriculteurs se sont mis à la cueillette de mirabelles. Daniel Dettling, de l’EARL de la Fontaine à Westhoffen, président de l’association Production fruitière intégrée d’Alsace (PFI), qui exploite une vingtaine d’hectares de vergers, dont cinq de mirabelles, a débuté la cueillette la dernière semaine de juillet. « On récolte le matin pour préserver la marchandise », dit-il. La chaleur, ce n’est pas bon pour la marchandise, surtout en récolte mécanique : « Elles prennent un jeton sur la bâche chaude », commente l’agriculteur. Il a souhaité de l’eau autant qu’il la redoute. « Il y a beaucoup de sucre, cette année, dans les fruits. J’ai peur que, s’il pleut, ils éclatent. » Hervé Bentz, le responsable de la station Verexal, à Obernai et à Innenheim, partage son inquiétude : « Plus le temps est chaud et sec longtemps, plus la pluie est nécessaire mais plus elle peut faire de dégâts, sait-il. On espère une pluie douce et tranquille, et surtout pas un gros orage destructeur. » Les vergers, comme les prairies, sont plus bruns que verts, ajoute-t-il. La mirabelle profitera-t-elle de la mévente des abricots ? Si le 22 juillet, Philippe Jacques partait sur « du grand cru » pour la mirabelle 2020, une semaine après, son discours avait changé. Dans beaucoup de vergers alsaciens professionnels, le niveau d’acidité et l’astringence de la mirabelle étaient trop importants pour ressentir le goût subtil du fruit. Une nouvelle pas si mauvaise pour la commercialisation, car si ces fruits sont à bannir crus pour la dégustation ou en tartes, ils sont recherchés par les industriels, pour les sirops et purées ou compotes car ils tiennent mieux à la cuisson. Et Philippe Jacques table sur une grosse campagne de mirabelles, cette année : les abricots ont pâti de la fermeture de la RHD durant la pandémie de Covid-19 (et du gel dans le Nord-Est), les industriels ne se sont que très peu approvisionnés, donc. « Quand les abricots ne vont pas, la mirabelle, ça va », et vice et versa, résume-t-il. Il y aura de la place pour ces fruits dont la récolte est un peu plus importante que la normale dans le Grand Est et légèrement inférieure en Alsace, conséquence du gel au printemps. Daniel Dettling est moins confiant. « Je ne ressens pas l’engouement de mon acheteur habituel, confie-t-il. Et pour cause : c’est encombré de mirabelles en Lorraine. Là-bas, ils disent que même les piquets de parc ont fleuri. C’est leur expression pour dire qu’il y en a partout. » Daniel estime que le marché sera d’autant plus surchargé fin août, au niveau des industries, qu’« on commencera la quetsche au cul des mirabelles ». Aux alentours du 25 août, misent les spécialistes. Les charges en quetsche sont grosses, même sur le secteur de Westhoffen touché par le gel au printemps ; les calibres a priori le seront moins. Daniel Dettling fait état d’énormes chutes physiologiques… ce qui pourrait encore aider à changer la donne. Philippe Jacques est optimiste pour la mise en marché de la quetsche fin août, notamment car la prune bleue a gelé en Allemagne. Exit les cerises et les prunes bleues Philippe Jacques, qui a milité pour un début de récoltes des mirabelles début août, à pleine maturité, pense autant à la qualité gustative des fruits (plus sucrés) qu’à la vente directe : « Plus on se rapproche du 15 août, plus il y aura de clients locaux, car ils seront rentrés de vacances. » Lui qui s’inquiétait des ventes de cerises alsaciennes a été agréablement surpris. « Quantitativement et qualitativement, la récolte de cerises a été bonne. Les cours ne se sont effondrés que sur la fin », relève-t-il. Pour Daniel Dettling, la fin des cerises, c’était fin juillet. Ni la mouche du fruit, ni la drosophile suzukii, « qui peut mettre jusqu’à seize asticots dans un fruit » n’ont dégradé les chairs rouges, témoigne Hervé Bentz. Les cerises au Verexal se sont bien conservées, elles, alors que le taux de sucre était aussi élevé. Les récoltes de prunes bleues devraient aussi être finies. À part sur le secteur de Westhoffen, les prunes bleues ont bien donné : volumes importants, gros calibres, taux de sucre assez élevé. Mais l’hétérogénéité fait que ce n’est pas un grand cru. En cause : les conditions climatiques de mai, rapporte Philippe Jacques. La prune bleue Katinka a rapidement molli à cause de la chaleur, note Hervé Bentz. Il espère que cet « accident » est dû à la variété. Daniel Dettling a bien vendu ses prunes bleues, les distributeurs cherchant une diversité de couleurs sur les étals. « Des abricots et des pêches, il y en a peu en Alsace, et encore moins cette année à cause du gel. Une bonne nouvelle pour la vente directe », s’exclame Philippe Jacques. « Nous sommes super contents, abonde Daniel Dettling. J’ai plein de variétés de pêches qui s’enchaînent, malgré le gel que les arbres ont subi. En vente directe, c’est important d’en avoir toujours en magasin. Les gens en sont friands. Ils en réservent, même. Le goût, l’odeur qu’elles dégagent quand j’ouvre la chambre froide : c’est un plaisir ! C’est autre chose que celles qui viennent d’Espagne. » La vente des pêches aux distributeurs marche bien aussi pour lui. Pommes et poires, en forme Les premières variétés de fruits à pépins, pommes et poires, étaient déjà cueillies au 20 juillet, pour le marché local en vente directe. « Il faut en acheter quelques kilos, pas plus, car elles perdent vite en qualité gustative, deviennent farineuses », partage Philippe Jacques. Les calibres sont beaux mais les arbres peu chargés. La gala et la red star seront en GMS fin août. En plein été, les pommes, c’est une affaire de connaisseurs. « Les poires, ça démarre aussi », disait déjà Hervé Bentz, le 30 juillet. Isolda et clapp’s favorite étaient déjà récoltées à cette date. Cette semaine, c’est la williams qui remplit les bacs. Hervé Bentz souligne qu’elles ont une semaine d’avance par rapport à la normale. Philippe Jacques qui faisait le tour des vergers la semaine dernière est formel : elles ont un taux de sucre deux fois supérieur à la normale. « C’est un bon cru pour la distillation. Même s’il y a un peu moins de rendements en fruits et des calibres plus petits là où il n’y a pas d’irrigation, notamment, les rendements en alcool seront identiques à la normale », détaille-t-il. Donnée importante : « Les pommes et les poires sont propres, au niveau sanitaire. Il n’y a pas de tavelure », précise Philippe Jacques. Stéphanie Frey, conseillère agricole à Fredon Grand Est, approuve : « Il n’y a pas de tavelure en Alsace. On est heureux. On a bien géré. » La sécheresse n’a pas que des mauvais côtés… mais gare au retour de bâton. « S’ils s’alimentent mal, les arbres pourraient subir des déséquilibres », remarque Hervé Bentz. « Les jeunes vergers souffrent, observe Daniel Dettling. Le retour à fleur, l’an prochain, pourrait être problématique. » Les larves de carpocapses sont là Des maladies de conservation sur pommes et poires pourraient apparaître s’il pleut en août et en septembre. Il faudra surveiller la météo pour traiter en préventif. Les pucerons sont passés mais le lanigère pourrait exploser encore cette fin d’été. Actuellement, le seul danger potentiel est le carpocapse des pommes. La stratégie consiste à protéger les parcelles à risque, c’est-à-dire celles dont les comptages de juillet (à la première génération) ont montré une pression supérieure à trois fruits piqués sur 1 000 fruits. Ces parcelles à risque sont principalement situées dans le Kochersberg, où la confusion sexuelle n’a pu être menée sur plusieurs hectares contigus, puisque les vergers sont éclatés. Les parcelles à risque représentent une minorité de parcelles, insiste Stéphanie Frey. Toutes les parcelles alsaciennes ne seront donc pas systématiquement traitées. Dans les parcelles à forte pression carpocapse, il est possible de traiter jusqu’à trois jours avant la récolte, avec des produits certifiés AB. Les larves de carpocapses de la seconde génération apparaissent depuis le 25 juillet, comme l’avait prédit le modèle. L’éclosion s’étalerait (ou reprendrait) sur un, voire deux mois, selon les températures nocturnes, puisque le papillon de nuit a besoin de 15 °C minimum le soir pour s’accoupler. Le risque carpocapse est donc possible jusqu’au 15 août, voire plus, selon les températures. La stratégie est similaire pour le carpocapse des prunes. « On a dépassé le pic du vol, indique Stéphanie Frey. Mais il va durer jusqu’à la récolte des quetsches, fin août. » La conseillère prévient de la présence de la punaise diabolique, un ravageur émergent qui avait fait de gros dégâts l’an passé. Pour l’instant, une seule parcelle a été signalée en Alsace en 2020 : elle est « blindée de piqûres ». La seule solution pour se prémunir de la bête est d’enfermer les arbres dans des filets. Encore faut-il la voir à temps… « Avant, on la voyait mais elle ne faisait pas de dégâts. Depuis 2019, ponctuellement, elle pique. Seule certitude : on n’a pas de recul sur cet insecte. On ne sait pas quand ni pourquoi il arrive et part », reconnaît Stéphanie. La vigilance est de mise, comme à l’accoutumée, dans les vergers, mais les techniciens s’accordent : « 2020 est une année facile. » « Reste à savoir vendre les fruits », lance Philippe Jacques, comme un défi. Lire aussi : Peu de maladies mais beaucoup d’insectes, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin. Jusqu’ici tout va bien, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin. Quatre bioagresseurs sous haute surveillance, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.












