Cultures

Projets d’irrigation

Quand l’eau vient à manquer…

Publié le 07/09/2020

Alors que les agriculteurs doivent faire face à des sécheresses records, année après année, le manque de précipitations les oblige à trouver de nouveaux moyens d’irrigation viables et durables.

La pluie est sans aucun doute le plus grand allié de l’agriculteur. Son passage est vu comme une libération qui amène fertilité et rendement en toute gratuité. Mais quand elle vient à manquer, son absence se fait clairement sentir et l’irrigation devient le pansement de l’exploitant pour ses cultures. Les étés très secs à répétition poussent de plus en plus d’agriculteurs à franchir le pas vers l’irrigation, même dans des zones historiquement plus arrosées par la pluie ou au sol plus profond. Mais la pression de la sécheresse est trop forte. « La problématique de l’eau est aujourd’hui bien réelle et touche tous les secteurs. De nombreux agriculteurs, principalement des éleveurs et des maraîchers, se tournent vers l’irrigation car, sans elle, certains n’arriveraient pas à maintenir leur niveau de production », explique Patrice Denis, conseiller irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace. Sept à huit projets concrets de retenues d’eau lui ont ainsi été présentés cette année rien que dans le Bas-Rhin, soit plus que n’importe quelle campagne précédente. Des projets souvent individuels, même si cette année, quelques propositions collectives ont aussi vu le jour. « On a rarement eu autant de projets collectifs que cette saison. On est d’ailleurs en ce moment même sur la phase d’étude d’un projet à Brumath, qui pourrait permettre, à partir de la nappe, d’approvisionner en eau quatre communes voisines. Certains vont découvrir l’irrigation grâce à ce type de projets », ajoute le technicien. Un travail de longue haleine Pour mener un projet d’irrigation de bout en bout, il s’agit d’anticiper longtemps à l’avance en se rapprochant le plus rapidement possible des organismes compétents. Il est en effet inutile de commencer quoi que ce soit juste avant la période d’irrigation. C’est là qu’interviennent les conseillers irrigation de la Chambre d’agriculture Alsace comme Jonathan Dahmani. « Aujourd’hui, notre rôle est de maintenir la qualité et la quantité de production des agriculteurs. Il y a pas mal de demandes pour de nouveaux projets cette année notamment dans les zones où l’accès à l’eau est le plus limité. Nous essayons de faire prendre conscience aux agriculteurs que l’objectif est de mettre sur pied des projets durables. Nous mettons en évidence des points de vigilance, l’agriculteur se charge ensuite de réfléchir à son projet avant de le soumettre », indique-t-il. Le travail de l’agriculteur est donc assez important, d’autant qu’il se doit de prendre en compte de nombreux paramètres. « Niveau faisabilité, nous essayons de prévenir les exploitants que l’irrigation coûte assez cher et ce, même pour les retenues, puisqu’on peut aller jusqu’à 10 €/m³ stocké. Il faut aussi bien considérer la zone concertée pour déterminer quelle solution est la plus adaptée. Ce n’est d’ailleurs généralement pas un achat de confort mais plutôt de nécessité. » Développer et moderniser Les retenues d’eau sont la solution la plus souvent évoquée lorsque l’on parle de projets d’irrigation. Cependant, ce n’est pas la plus répandue. Parmi les autres solutions, le forage est privilégié par les professionnels. « Nous préférons orienter les agriculteurs vers le forage car il s’agit souvent de la solution la plus adaptée. Et cela permet de ne pas pomper l’eau dans des rivières au débit déjà amoindri », révèle Jonathan Dahmani. Outre le forage, de plus en plus de professionnels préfèrent moderniser leurs infrastructures existantes. Ainsi, Patrice Denis observe depuis quelques années déjà un développement des équipements d’irrigation. « Il y a une parcelle de tabac que je suis depuis longtemps. Au début, l’irrigation était assurée par des sprinklers et des enrouleurs. L’agriculteur a ensuite voulu optimiser tout son système et y a implanté un réseau de goutte-à-goutte. Si cela ne s’adapte évidemment pas à grande échelle, il correspond à une bonne partie de la demande. » Un développement qui prouve, s’il le fallait, que la question de l’eau occupe une place centrale dans le fonctionnement de l’agriculture. Avec toujours pour objectif de faire prospérer les cultures, mais aussi de préserver les cours d’eau au maximum.

Publié le 24/08/2020

La plupart des cultures pâtissent du manque de pluie. Des records ont été battus en juillet. Si certaines cultures s’en sortent mieux que d’autres, le bilan général reste mitigé. La pluie n’a pas arrosé équitablement toute la région. Zoom cette semaine sur le tabac, les asperges et les pommes de terre.

Hétérogène. Voilà comment résumer au mieux la situation des cultivateurs de tabac, pomme de terre ou asperges, qui ont dû faire face à un mois de juillet exceptionnellement sec. Si les précipitations de ces derniers jours ont été bénéfiques pour tous, il n’a pas plu les mêmes quantités partout. Et cela s’en ressent sur l’état des cultures et les stades d’avancement des maturations. Le bilan reste malgré tout correct, l’irrigation ayant sauvé la mise à pas mal de parcelles. Tabac : « Une saison assez compliquée » C’est sans doute la culture qui nage le plus entre deux eaux, car si le tabac est une plante qui a besoin de beaucoup d’heures d’ensoleillement, le mois de juillet a peut-être été trop généreux. « Le tabac a besoin du soleil car cela joue sur sa teneur en nicotine ; et plus de nicotine il y a, plus cela est intéressant pour le producteur. En revanche, les plants ont un besoin en eau très important surtout durant leur période de développement. Pendant cette phase, les pieds exigent en moyenne 5 mm par jour. Même les irriguants ont eu du mal à suivre », décrypte Thierry Bonnet, technicien de culture pour la CT2F. Les récentes pluies ont heureusement permis de combler une partie du déficit pluviométrique. Mais il est absolument nécessaire d’irriguer le tabac régulièrement et en abondance. « C’est pour cette raison qu’il y a peu de non-irriguants en Alsace », ajoute Thierry Bonnet. Ce qui inquiète bien plus en revanche, c’est la pression exercée par les pucerons, vecteurs de maladies destructrices. Toujours selon le technicien, « 100 % des parcelles sont touchées avec, par endroits, des attaques qui détruisent entre 20 à 80 % des plants. » Conséquence de ces attaques : près de 100 hectares ont déjà été détruits car trop de pieds étaient contaminés. Difficile donc d’estimer les rendements de cette année. Pour rappel, les rendements habituels oscillent aux alentours des trois tonnes par hectare. La récolte, elle, a déjà commencé et se poursuivra jusqu’à la mi-octobre. Pomme de terre : même ambiance Si le tabac et la pomme de terre sont deux cultures très différentes, force est de constater que leurs campagnes respectives présentent certaines similitudes. Tout comme le tabac, la pomme de terre est une plante assez exigeante en eau. L’irrigation joue donc un rôle prédominant dans le cycle de développement des tubercules. « Le problème cette année, c’est la présence de pucerons sur la quasi-totalité des parcelles. En dehors de ça, peu de maladies sont à déplorer », explique Jean-Paul Daouze, ingénieur conseil en production végétale à la Chambre d’agriculture. Cela aura forcément un impact sur les récoltes. Selon le technicien, les rendements devraient ainsi être, à l’image de l’année 2019, en dessous des normales, à cause d’une tubérisation (elle aussi) plus faible. Les toutes premières récoltes ont déjà commencé même si « le gros se fera entre le 25 août et le 10 septembre. Pour la qualité, il faut encore attendre avant de donner un verdict mais les tubercules sont beaux, ce qui est encourageant ». Là encore, rien n’est joué et les quelques gouttes qui sont tombées ces derniers jours vont peut-être s’avérer salvatrices. Flashback sur les asperges Côté asperges, les récoltes ont déjà eu lieu essentiellement en mai et juin dernier. La sécheresse printanière a aussi pesé de son poids sur les rendements. Mais l’ensemble reste très correct malgré tout. « On est sur une année assez précoce. Les pluies de mi-mars ont bien fait les choses. Grâce à elles, on a eu des bonnes conditions de récolte. Après, on remarque quand même une grosse différence entre les zones irriguées et celles qui ne le sont pas. Près de 60 hectares n’ont, par exemple, pas été récoltés », révèle Philippe Sigrist, conseiller en production d’asperges chez Planète Légumes. Sur les 470 hectares d’asperges qui ont été plantés cette année, 61 % étaient irrigués. Et là où il y a eu de l’irrigation, les bénéfices se sont fait sentir. « La qualité est vraiment bien. Les rendements sont en augmentation de 10 à 15 % par rapport à 2019, même si les calibres sont en légère diminution. Le gros développement du système de goutte-à-goutte explique aussi cela », conclut le conseiller. Seule ombre au tableau selon lui : « Les futures récoltes risquent d’être impactées par la sécheresse estivale actuelle. »   Lire aussi : Plein cagnard sur les cultures, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin. Les arrêtés sécheresse pleuvent, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin. Les surfaces en baisse, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin. « Une bonne année », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin. Goûteuses et solidaires, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Libre cueillette à Stutzheim-Offenheim

Des légumes en liberté

Publié le 18/08/2020

Une nouvelle libre cueillette de légumes a ouvert ses portes dans le Kochersberg. Située entre Stutzheim et Wiwersheim, la SCEA de Laure Devivier propose près d’une vingtaine de variétés. Malgré la crise sanitaire et l’été caniculaire, les visiteurs sont au rendez-vous.

Diplômée de l’école d’ingénieur agronome de Beauvais, Laure Devivier se lance comme agricultrice en 2017, comme activité secondaire, avec la libre cueillette de fleurs. En parallèle, elle occupe un poste de conseillère agricole à la coopérative CT2F. Son compagnon exploite d’ailleurs 16 ha de tabac. En 2020, voyant que les fleurs plaisent, elle décide de passer à la vitesse supérieure. Elle quitte son emploi et le projet de libre cueillette de légumes voit le jour. Depuis mars 2020, c’est son activité principale, elle cumule la libre cueillette de fleurs sur huit points de vente et celle de légumes sur 3 ha. Si le confinement n'a pas repoussé l'ouverture de la cueillette en juin, il a retardé le montage de certaines infrastructures, ce qui n'était pas de tout repos pour Laure Devivier qui a travaillé toute la durée du confinement à la mise en place : « Tout a pris plus de temps, il y avait beaucoup de freins par rapport aux fournisseurs ». Mais depuis juin, les visiteurs sont au rendez-vous. La libre cueillette est ouverte jusqu'à fin octobre.     « Pour un retour à la terre » La libre cueillette incarne le « do it yourself » (faites-le vous-même, en anglais), plus communément abrégé DIY. Si Laure Devivier préfère laisser les visiteurs cueillir au lieu de leur proposer des légumes déjà cueillis, « c’est avant tout pour le côté pédagogique, pour un retour à la terre », affirme-t-elle. Et forcément, si les légumes devaient être récoltés en amont, « la main-d’œuvre coûterait cher aussi », ajoute-t-elle. Elle espère ainsi participer au partage de bons moments. « Les gens viennent plus pour la balade, pour venir avec les enfants et passer du temps ensemble. » Pour certains, c’est aussi l’occasion d’adopter de meilleurs comportements de consommation. Christophe Georg, client fidèle de la libre cueillette, accompagné de sa femme et de leurs petits enfants, souhaite « inculquer un certain retour à la nature, à la source, aux plus jeunes ». Méliha Jahic est venue avec sa fille. Habitantes d’Avenheim et cueilleuses pour la première fois, elles préfèrent « acheter local, même si ça demande l’effort de venir et cueillir, on est sûrs de savoir d’où ça vient ». Crise mondiale oblige, l’origine des produits est une question qui est revenue au cœur de l’actualité.     Manger local Avec la situation sanitaire, « certains ont vraiment réfléchi à leur alimentation, ils se sont rendu compte qu’ils ne mangeaient pas forcément bien. Ils cherchent maintenant du local et prennent plus de temps pour se concentrer sur ce qu’ils mangent », remarque Laure Devivier. Le confinement a permis une certaine prise de conscience, que ce soit sur la santé physique ou la santé économique des Français. « Avec le confinement, on essaie de faire travailler les locaux. Pour notre santé, on se rend compte que c’est mieux aussi », affirme Méliha Jahic. En tant que retraité, Christophe Georg « préfère venir souvent ». « Le confinement a conforté notre manière de voir les choses, même si on était déjà très proches de la nature. Il nous a encore plus rapprochés du circuit court. Par exemple, on essaie de manger des fraises lorsque c’est la saison », ajoute-t-il. Laure Devivier remarque que « la cueillette permet aux visiteurs de réapprendre les saisons, chose qu’ils ont tendance à oublier une fois en grandes surfaces ». Si Méliha Jahic ne craint pas les supermarchés, Christophe Georg « les évite encore et préfère aider les commerces de proximité ». Des retours positifs À deux mois de la fermeture de la cueillette pour l’année, Laure Devivier se félicite des premiers mois d’ouverture : « C’est un bon début, on reçoit des retours très positifs, il y a déjà des habitués, beaucoup cherchent de la qualité et la retrouvent ici. » En tant que chef d’exploitation, Laure a engagé deux saisonniers pour l’épauler et gérer toutes les variétés produites sur la parcelle : tomates, poivrons, aubergines, concombres, courgettes, radis, persil, haricots, petits pois, betteraves, melons, pastèques, salades, radis, carottes, choux, framboises, etc. Pour la libre cueillette, « la difficulté c’est de quantifier ». Elle utilise l’exemple des melons, qui étaient « bons et en quantité mais les visiteurs se sont rués dessus ». Les tendances de consommation peuvent très bien varier d’une année à une autre et c’est ce qui est difficile à gérer. Cette année, d’autres problèmes sont apparus : la chaleur et la sécheresse. « Le vent dessèche tout, c’est un coût et du temps supplémentaires, les légumes peuvent être brûlés. Les fortes chaleurs impactent aussi la venue des clients », affirme Laure Devivier. Pour l’année prochaine, elle a des idées : « Il peut y avoir un agrandissement, des cultures un peu nouvelles comme les plantes aromatiques. » « Une petite boîte à idées est disponible et les visiteurs peuvent y laisser leurs envies, on les relèvera en fin de saison », conclut-elle.    

Pages

Les vidéos