Cultures

Publié le 09/10/2020

Annoncée lors de l’assemblée de section de l’usine d’Erstein, la décision du groupe Cristal Union de produire des betteraves bios en Alsace a trouvé un large écho dans la campagne alsacienne, nombre d’agriculteurs bio souhaitant se lancer dans cette culture pour diversifier leur assolement. Du sucre bio alsacien sur nos tables, c’est pour bientôt !

Alors que la campagne sucrière vient de démarrer à l’usine d’Erstein, de nombreux producteurs se demandent pourquoi Cristal Union s’est lancé dans la production de sucre de betterave bio. Stanislas Bouchard, directeur commercial du groupe Cristal Union, explique : « Notre objectif est de répondre à la demande de nos clients industriels et grand public qui sont intéressés par un sucre de betterave bio, naturel et de qualité, produit localement. Nous avons aussi souhaité répondre à la demande des agriculteurs bio qui nous sollicitent pour développer cette nouvelle culture et enrichir leur assolement. » Cristal Union est le premier groupe sucrier à avoir lancé une production de sucre de betterave bio en France, indique-t-il. Après une phase d’expérimentation à grande échelle dès 2018, avec 25 producteurs sur 150 ha de betteraves en mode bio, le groupe a produit en 2019 plus de 3 000 t de sucre bio provenant de 450 ha de betteraves à Corbeilles-en-Gâtinais, la première usine du groupe certifiée pour la production de sucre bio. « En 2020, nous avons doublé les surfaces de betteraves bio avec près de 1 000 ha. » Les perspectives de marché pour le sucre de betterave bio sont prometteuses. La demande est croissante, les clients cherchant à limiter leurs achats de sucre bio importé de très loin pour privilégier le sucre blanc de betterave produit en France et dans certains autres États européens. « Outre le sucre bio, nous constatons également une forte demande en alcool bio, notamment pour des applications cosmétiques, mais aussi en pulpes surpressées pour l’élevage. Notre objectif est donc d’augmenter progressivement la production de betteraves bio. » Une surface minimum de 250 ha pour démarrer L’Alsace est concernée au premier chef par cette décision stratégique. Dès la prochaine campagne, les agriculteurs alsaciens pourront à leur tour se lancer dans cette production porteuse d’avenir, indique Laurent Rudloff, responsable agrobetteravier de l’usine d’Erstein. Le démarrage d’une production de sucre bio à l’usine d’Erstein nécessite une surface d’au moins 250 hectares certifiés AB. Cette production permettra en outre un élargissement de la gamme Erstein, avec du sucre bio. « Nous nous adressons à tous les agriculteurs ayant déjà une partie de leur exploitation certifiée bio et qui souhaitent diversifier leur assolement avec une nouvelle culture de printemps, indique Laurent Rudloff. En mode bio, la valorisation du sucre nous permet d’allonger le rayon d’approvisionnement jusqu’à 150 km, en France comme en Allemagne. » Tous les betteraviers se posent une question : la rémunération des betteraves bio sera-t-elle différenciée pour compenser le risque encouru ? Oui, répond Bruno Labilloy, directeur agricole de Cristal Union. Le prix d’achat des betteraves bio est constitué d’un prix à la tonne à 16° livrée, assorti d’une prime fixe à l’hectare pour un engagement pluriannuel. Pour 2020, ce prix d’achat est de 80 €/t, auquel s’ajoutent 200 €/ha pour la prime pluriannuelle. Les candidats à la production de betteraves bio devront bien sûr se familiariser avec de nouvelles techniques culturales. Mais ils pourront compter sur l’expertise des experts agronomiques pour les épauler. « Le service de R & D agricole du groupe dispose déjà de plus de trois années d’expérience en conduite bio pour délivrer les meilleurs conseils et accompagner les planteurs tout au long de l’itinéraire cultural », indique Michel Butscha, qui suit de près les expériences menées en Champagne et dans le sud de Paris. Maîtriser l’enherbement, un point clé Comme pour la plupart des cultures en mode bio, la maîtrise de l’enherbement est le point le plus exigeant de la culture de betteraves bio. Cependant, les techniques de faux semis et de désherbage mécanique permettent de limiter le désherbage manuel. Les experts agronomiques du groupe ont expérimenté plusieurs matériels de désherbage mécanique à différents stades de développement des betteraves (herse étrille, bineuse à moulinets) qui se sont avérés efficaces. Le groupe a également investi pour expérimenter un prototype de désherbage mécanique sur le rang. « Pour la gestion des bioagresseurs, nous disposons de variétés tolérantes parmi un choix de variétés conventionnelles non traitées », indique Michel Butscha. Les enjeux de cette nouvelle filière sont cruciaux. « La production de sucre de betteraves bio est complémentaire à la production de sucre en mode conventionnel, explique Bruno Labilloy. Chaque hectare compte pour alimenter la sucrerie et faire en sorte qu’elle reste compétitive dans la concurrence internationale exacerbée depuis la fin des quotas. À ce titre, l’essor d’une production de sucre bio permettra de conforter la production de la sucrerie d’Erstein, d’allonger sa durée de campagne, et donc d’accroître sa compétitivité. » La pérennité de l’usine d’Erstein est à ce prix. Laurent Rudloff annonce que Cristal Union organisera prochainement des réunions sur le terrain, en lien avec ses partenaires pour présenter cette nouvelle production, son importance stratégique et ses aspects techniques. Ce sera l’occasion, pour tous les agriculteurs bio intéressés, d’explorer cette piste de développement.     « La France est le premier producteur de #sucre en Europe. C’est une filière qui fait vivre 46 000 personnes. » Sur @RadioClassique, décryptage par @DavidBarroux de l’importance de la dérogation permettant l’utilisation des néonicotinoïdes pour la #betterave. https://t.co/gtfmuQGs7e — Cristal Union (@Cristal_Union) October 5, 2020  

Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace

Convaincre les jeunes consommateurs

Publié le 02/10/2020

L’association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace et l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace ont lancé jeudi 24 septembre à Chavannes-sur-l’Étang la campagne « choucroute d’Alsace IGP ». Elle cible les jeunes consommateurs, pour les fidéliser dans le futur.

Depuis 2018, et après vingt années de travail, la choucroute d’Alsace est reconnue sous le signe officiel d’indication géographique protégée (IGP). Son obtention est liée à la réputation du produit liée à son terroir, au savoir faire lié à ce terroir et aux caractéristiques particulières de la choucroute. « Cette dernière est présente partout en Alsace. Malgré les conditions climatiques qui, chaque année, sont de plus en plus compliquées, les choux à choucroute d’Alsace IGP sont cultivés sur des sols caractérisés pour garantir une typicité liée au terroir. Les variétés sont spécifiquement sélectionnées et cultivées en Alsace. La fermentation est naturelle. La choucroute est ainsi réputée pour ses qualités organoleptiques propres telles que des lanières longues et fines, une texture ferme, une couleur blanche à jaune clair ou encore un goût légèrement acidulé », indique Sébastien Muller, président de l’association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace. Cette association se veut un organisme de défense, de promotion et de bonne gestion de la choucroute d’Alsace. Un ODG reconnu par l’institut national des appellations d’origine (Inao). « L’association est là pour gérer les opérateurs, le cahier des charges et les différents contrôles qui y sont liés, pour effectuer des actions de promotion en présentant le légume sous toutes ces déclinaisons possibles. Nous ciblons actuellement les plus jeunes qui sont les consommateurs à convaincre pour les fidéliser demain. La choucroute est un légume emblématique en Alsace puisque nous cultivons 70 % de la production nationale », ajoute Sébastien Muller. Cette année a été cependant compliquée : peu d’eau, des précipitations aléatoires et de fortes chaleurs. « Le temps plus frais à venir devrait permettre de développer les ventes. Mais, c’est vrai, il faudra se pencher à l’avenir sur le sujet de l’irrigation », précise Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla).   C’est parti pour la choucroute d’Alsace IGP Publiée par La Choucroute d'Alsace IGP sur Jeudi 24 septembre 2020   Mettre en valeur la choucroute dans les rayons En 2020 et 2021, les actions de communication vont se multiplier. Il y aura à nouveau le concours d’étalage dans les grandes surfaces avec cette année l’intégration de la choucroute dans le règlement. « Nous allons travailler avec la distribution pour que les rayons des magasins mettent en valeur la choucroute aux bons endroits. Des kits de communication seront à disposition des commerces et des restaurants avec des argumentaires de vente, des fiches recettes, des affiches ou encore des stickers pour les vitrines. Du 1er au 30 octobre, nous allons renouveler l’opération « L’Alsace a du goût » avec les restaurants », souligne Pierre Lammert. Pascal Claude qui dirige la dernière choucrouterie du Haut-Rhin admet que l’année a été « particulière » à cause du Covid-19. « Mais, les ventes se passent assez bien de notre côté. La saison a commencé en avance, dès le début du mois d’août. Nous avions alors de très beaux choux. Ensuite, ils ont effectivement souffert de la sécheresse. Les cours d’eau sont à sec. C’est une grosse difficulté depuis quelques années. Nous aurons besoin de réfléchir à l’avenir sur des retenues d’eau et/ou sur l’irrigation », constate le professionnel.

Publié le 01/10/2020

Les 15 et 16 septembre, la Chambre d’agriculture Alsace et Arvalis ont organisé deux demi-journées sur l’amélioration de la pulvérisation en grandes cultures. Celle-ci passe par différentes voies, comme l’utilisation d’adjuvants pour réduire les doses en désherbage du maïs, la diversification des assolements pour casser le cycle des ravageurs, l’utilisation d’un matériel de pulvérisation performant pour mieux cibler les traitements.

Le 15 septembre à Rumersheim-le-Haut (Haut-Rhin) et le lendemain à Geudertheim (Bas-Rhin), la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) et Arvalis ont organisé deux après-midis consacrées à l’amélioration de la pulvérisation en grandes cultures. Au menu de ces deux demi-journées : les bonnes pratiques de pulvérisation. Un sujet d’autant plus important que dans certaines zones, comme les zones de captage Ermes, des objectifs ambitieux ont été fixés pour réduire les quantités d’herbicides utilisés dans les champs afin de limiter l’impact sur la nappe phréatique. La CAA accompagne les agriculteurs techniquement dans cette démarche, en veillant à ce que les solutions proposées soient adaptées au territoire concerné et préservent le revenu, a expliqué Fabien Metz, président de la commission Transition énergétique et protection des ressources de la CAA. François Lannuzel a évoqué les stratégies de réduction des doses pour le désherbage du maïs. La réflexion est partie des groupes Dephy. En mettant en place un réseau d’expérimentation sur le sujet, la CAA a souhaité pouvoir donner des préconisations aux agriculteurs. Plusieurs leviers sont à activer en même temps si l’on veut espérer désherber efficacement avec des doses réduites : jouer sur la synergie entre les produits (plusieurs matières actives et plusieurs modes d’action) ; sur le positionnement des traitements par rapport au stade des mauvaises herbes (plus on intervient à un stade jeune, meilleure est l’efficacité) ; sur les conditions de traitement (hygrométrie de l’air, du sol et temps poussant).   Tout savoir sur la #pulverisation en grandes cultures avec la Chambre d'#Agriculture #Alsace et @Arvalisofficiel Resultats #maïs #blé Réduction des doses en désherbage @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/84Sp0utUuy — Germain Schmitt (@germain_schmitt) September 16, 2020   Désherbage du maïs : l’intérêt des adjuvants Quatre types d’associations de produits ont été testés, selon trois stratégies différentes, énumère François Lannuzel : avec des doses couramment utilisées, avec des doses beaucoup plus réduites et avec les mêmes doses réduites auxquels ont été ajoutés des adjuvants. Trois adjuvants ont été utilisés : une huile végétale pour augmenter la pénétration du produit, un mouillant pour augmenter la rétention en surface et l’étalement du produit sur la feuille, et un engrais foliaire pour maintenir à l’état liquide la gouttelette le plus longtemps possible. Il apparaît qu’en cas de forte infestation de graminées, notamment par des sétaires, il est difficile de réduire les doses sans toucher à l’efficacité. « Si on compare pleine dose et demi-dose, on est en dessous du seuil d’acceptabilité, indique le conseiller. Avec les adjuvants, on gagne en moyenne un point d’efficacité mais on n’arrive pas à rester aussi efficace qu’à pleine dose. » Dans le cas d’une infestation avec peu de graminées, le désherbage à demi-dose est plus performant (au-dessus du seuil d’acceptabilité) mais le désherbage avec adjuvants reste un point au-dessus en termes d’efficacité. La CAA a également observé les effets sur le rendement de ces différentes stratégies. Dans l’essai à forte pression de graminées, l’écart est de 3 q entre le traitement à pleine dose et le traitement à demi-dose sans adjuvants. Il se réduit à 1,8 q avec les adjuvants. Ces résultats restent à consolider dans le temps, précise François Lannuzel. Réduire l’usage des produits phytosanitaires est plus simple quand on fait partie d’un groupe et qu’on peut échanger avec des collègues sur ses expériences. C’est la logique des groupes Dephy, a expliqué Grégory Lemercier, animateur d’un groupe comptant 13 exploitations dans le Bas-Rhin dont celle de Christian Schott. Agriculteur à Schirrhein dans le ried nord, ce dernier est spécialisé dans les productions végétales qu’il cultive pour partie sur des terres sableuses, pour partie sur des terres plus argileuses. Colza, blé et maïs constituaient son assolement jusqu’à ce qu’il perçoive les limites de ce système : revenant très souvent sur les mêmes parcelles avec les mêmes cultures, il commençait à rencontrer des problèmes de désherbage et de maladies. Un levier de baisse des charges C’est ce qui l’a poussé à introduire le soja dans son assolement, une culture présente il y a très longtemps sur l’exploitation mais abandonnée par la suite. Il a également introduit le pois, l’avoine et l’orge, et a ajouté la féverole dans ses rotations avec d’« énormes bénéfices agronomiques ». Cette culture ramène en effet 20 à 30 unités d’azote pour la culture suivante et se révèle intéressante à la fois pour la vie du sol et la biodiversité, constate l’agriculteur. Christian Schott a commencé à réduire l’usage des phytosanitaires en 1991, à l’occasion de la réforme de la Pac. À l’époque, sa motivation était purement économique, le moindre recours aux produits phytosanitaires étant envisagé comme un possible levier de baisse des charges. « Je me suis formé à de nouvelles techniques de pulvérisation avec une baisse des volumes en eau, une baisse des phyto, un autre choix des plages de traitement et de dimension du pulvérisateur pour pouvoir travailler très vite dans les meilleures conditions. Quand je sors le pulvé, je suis pleinement efficace », dit-il. Cela a nécessité un investissement conséquent puisqu’il a fait l’acquisition d’un pulvérisateur de 4 000 l mais « quand on veut réduire les volumes et les doses, il faut être très bien équipé », juge l’agriculteur de Schirrhein, qui n’hésite pas à sortir son pulvé très tôt le matin ou très tard le soir pour traiter au bon moment. Il est équipé pour cela d’un éclairage de rampe. Son pulvérisateur dispose aussi d’un GPS avec coupure automatique de tronçon ce qui, compte tenu de son parcellaire, lui permet de « gagner 5 % de phyto voire plus ». Sur blé, il estime ne pas encore être « au top » car il sort d’un système de rotation sur trois ans et traite encore « pas loin des doses conseillées », toujours avec des produits de post-levée. Il parvient à maîtriser les sétaires et les panics. « La rotation apporte un plus par rapport à la pression des graminées », juge-t-il. En matière d’adjuvant, il utilise du sulfate de magnésium « seulement si les conditions se dégradent ». Pour le maïs, il travaille la qualité de la pulvérisation et prend en compte les conditions météo. Il n’utilise plus d’insecticide contre le taupin depuis une dizaine d’années, n’a plus de problèmes de limaces dans ses champs - les carabes l’en débarrassent - et a changé son fusil d’épaule dans la lutte contre la pyrale. Il procède à des comptages et ne traite que si le seuil de nuisibilité est atteint. « La rotation aide beaucoup », souligne-t-il, s’agissant de la pyrale comme de la chrysomèle qui ne le dérange « pas du tout ». « Je ne décroche pas » La diversité des cultures, malgré tout, n’a pas que des avantages. Elle engendre plus de contraintes et une charge de travail accrue, souligne Christian Schott. Sur le plan économique, la baisse des volumes et des intrants ne s’est pas faite au détriment de la productivité ni du revenu. L’agriculteur a réussi à maintenir les deux jusqu’à présent. Il affiche une réduction de son IFT (indice de fréquence de traitement) de 33 % et assure « ne pas décrocher ». Par ailleurs, Christian Schott utilise des mélanges de variétés : en colza, pour piéger les méligèthes, en blé pour éviter la verse. « Je ne fais plus de régulateur depuis 15 ans. » Il réalise trois apports d’azote systématiquement et s’apprête à passer sur des variétés de blé améliorant qui nécessiteront quatre apports. Il ne sèmera plus de blé derrière du maïs pour éviter les problèmes de fusariose et les mycotoxines. Prochaine évolution prévue : le désherbage mécanique, qu’il envisage de mettre en œuvre pour venir à bout des digitaires. L’objectif est de combiner l’usage des phytosanitaires avec les méthodes mécaniques pour arriver à équilibrer les deux « de manière contrôlée et sécurisée ». Où vont les produits phytosanitaires quand ils ne se déposent pas sur les plantes ? Certains se retrouvent dans l’air. Et cela ne va pas sans provoquer quelques polémiques. Il n’existe pourtant aucune norme sur les concentrations en pesticides dans l’air, remarque Alfred Klinghammer, conseiller à la Chambre d’agriculture Grand Est (Crage). Sur les 15 m3 d’air qu’un être humain respire quotidiennement, 80 % proviennent de l’air intérieur, qui est plus pollué que l’air extérieur, souligne encore Alfred Klinghammer. Quand les phytos dérivent En Alsace, les premières analyses de phytosanitaires dans l’air remontent à 2013. Dans le reste du territoire, elles existent de manière harmonisée depuis 2018. Le transfert des phytosanitaires dans l’air est quasi-instantané, contrairement à l’eau où il est beaucoup plus lent. Ils apparaissent par dérive lors des traitements, par volatilisation après application, voire par érosion aérienne, ce dernier cas étant peu fréquent sous nos latitudes. Mais les phytosanitaires disparaissent aussi très vite. En 2016, un projet, baptisé Repp’Air, a été lancé dans le but de « comprendre le lien entre ce qu’on retrouve dans l’air et les pratiques agricoles ». Sept sites de mesure ont été retenus en France, dont un situé à Ohnenheim, près de Marckolsheim, dans le Bas-Rhin. Des capteurs ont été installés en sortie de village et les agriculteurs ont été interrogés sur leurs pratiques. Sur chaque site, entre 60 et 100 molécules ont été analysées, alors que le nombre des molécules utilisées était compris entre 40 et 80 pour une dizaine de matières actives différentes. Premier constat : « Tout ce qui est utilisé n’a pas été retrouvé », indique Alfred Klinghammer. Grâce aux analyses réalisées, quatre cas de figure ont pu être mis en évidence : certains des produits utilisés n’ont jamais été retrouvés ; d’autres ont été retrouvés une seule fois, ce qui pourrait s’expliquer par de mauvaises conditions d’application (trop de vent). Le troisième cas de figure est celui des produits utilisés et retrouvés jusqu’à 10 semaines après traitement. Il correspond aux pertes par volatilisation, qui concernent une douzaine de molécules, dont deux ont été retirées du marché très récemment. Enfin, des molécules n’ayant pas été utilisées dans les zones d’analyse y ont malgré tout été retrouvées. Elles proviennent de produits volatils venant parfois de loin. La problématique de la dispersion des produits phytosanitaires dans l’air est donc complexe. S’agissant des grandes cultures, la dérive peut être limitée par l’utilisation de matériel de pulvérisation adéquat et de certains adjuvants. La volatilisation, en revanche, semble plus difficile à contrôler. Interdire le produit pour supprimer ce phénomène n’est pas la bonne solution, aux yeux du conseiller de la Crage. ZNT : distances à respecter Pour éviter d’exposer les riverains aux produits phytosanitaires, des zones de non-traitement (ZNT) ont été instituées par l’arrêté du 27 décembre 2019. Une distance de 20 m incompressible a été instaurée pour les produits les plus dangereux, essentiellement les insecticides utilisés en colza et en arboriculture, a rappelé Blandine Fritsch. La distance est de 10 m par rapport aux habitations pour les autres produits utilisés en arboriculture et en viticulture et de 5 m pour les cultures basses. Les produits de biocontrôle ne sont pas concernés par cet arrêté. La distance peut être réduite à 3 m pour les cultures basses s’il existe une charte départementale encadrant les pratiques et si l’agriculteur utilise des dispositifs anti-dérive. La conseillère de la CAA rappelle que FranceAgriMer subventionne l’acquisition d’équipements de ce type. Les dossiers sont à déposer avant le 31 décembre. Les chartes départementales, quant à elles, ont été soumises à consultation publique jusqu’à début septembre puis transmises à la préfecture. La charte finale devrait être applicable d’ici la fin de l’année.

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