Les 15 et 16 septembre, la Chambre d’agriculture Alsace et Arvalis ont organisé deux demi-journées sur l’amélioration de la pulvérisation en grandes cultures. Celle-ci passe par différentes voies, comme l’utilisation d’adjuvants pour réduire les doses en désherbage du maïs, la diversification des assolements pour casser le cycle des ravageurs, l’utilisation d’un matériel de pulvérisation performant pour mieux cibler les traitements.
Le 15 septembre à Rumersheim-le-Haut (Haut-Rhin) et le lendemain à Geudertheim (Bas-Rhin), la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) et Arvalis ont organisé deux après-midis consacrées à l’amélioration de la pulvérisation en grandes cultures. Au menu de ces deux demi-journées : les bonnes pratiques de pulvérisation. Un sujet d’autant plus important que dans certaines zones, comme les zones de captage Ermes, des objectifs ambitieux ont été fixés pour réduire les quantités d’herbicides utilisés dans les champs afin de limiter l’impact sur la nappe phréatique. La CAA accompagne les agriculteurs techniquement dans cette démarche, en veillant à ce que les solutions proposées soient adaptées au territoire concerné et préservent le revenu, a expliqué Fabien Metz, président de la commission Transition énergétique et protection des ressources de la CAA.
François Lannuzel a évoqué les stratégies de réduction des doses pour le désherbage du maïs. La réflexion est partie des groupes Dephy. En mettant en place un réseau d’expérimentation sur le sujet, la CAA a souhaité pouvoir donner des préconisations aux agriculteurs. Plusieurs leviers sont à activer en même temps si l’on veut espérer désherber efficacement avec des doses réduites : jouer sur la synergie entre les produits (plusieurs matières actives et plusieurs modes d’action) ; sur le positionnement des traitements par rapport au stade des mauvaises herbes (plus on intervient à un stade jeune, meilleure est l’efficacité) ; sur les conditions de traitement (hygrométrie de l’air, du sol et temps poussant).
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— Germain Schmitt (@germain_schmitt) September 16, 2020
Désherbage du maïs : l’intérêt des adjuvants
Quatre types d’associations de produits ont été testés, selon trois stratégies différentes, énumère François Lannuzel : avec des doses couramment utilisées, avec des doses beaucoup plus réduites et avec les mêmes doses réduites auxquels ont été ajoutés des adjuvants. Trois adjuvants ont été utilisés : une huile végétale pour augmenter la pénétration du produit, un mouillant pour augmenter la rétention en surface et l’étalement du produit sur la feuille, et un engrais foliaire pour maintenir à l’état liquide la gouttelette le plus longtemps possible.
Il apparaît qu’en cas de forte infestation de graminées, notamment par des sétaires, il est difficile de réduire les doses sans toucher à l’efficacité. « Si on compare pleine dose et demi-dose, on est en dessous du seuil d’acceptabilité, indique le conseiller. Avec les adjuvants, on gagne en moyenne un point d’efficacité mais on n’arrive pas à rester aussi efficace qu’à pleine dose. » Dans le cas d’une infestation avec peu de graminées, le désherbage à demi-dose est plus performant (au-dessus du seuil d’acceptabilité) mais le désherbage avec adjuvants reste un point au-dessus en termes d’efficacité.
La CAA a également observé les effets sur le rendement de ces différentes stratégies. Dans l’essai à forte pression de graminées, l’écart est de 3 q entre le traitement à pleine dose et le traitement à demi-dose sans adjuvants. Il se réduit à 1,8 q avec les adjuvants. Ces résultats restent à consolider dans le temps, précise François Lannuzel.
Réduire l’usage des produits phytosanitaires est plus simple quand on fait partie d’un groupe et qu’on peut échanger avec des collègues sur ses expériences. C’est la logique des groupes Dephy, a expliqué Grégory Lemercier, animateur d’un groupe comptant 13 exploitations dans le Bas-Rhin dont celle de Christian Schott. Agriculteur à Schirrhein dans le ried nord, ce dernier est spécialisé dans les productions végétales qu’il cultive pour partie sur des terres sableuses, pour partie sur des terres plus argileuses. Colza, blé et maïs constituaient son assolement jusqu’à ce qu’il perçoive les limites de ce système : revenant très souvent sur les mêmes parcelles avec les mêmes cultures, il commençait à rencontrer des problèmes de désherbage et de maladies.
Un levier de baisse des charges
C’est ce qui l’a poussé à introduire le soja dans son assolement, une culture présente il y a très longtemps sur l’exploitation mais abandonnée par la suite. Il a également introduit le pois, l’avoine et l’orge, et a ajouté la féverole dans ses rotations avec d’« énormes bénéfices agronomiques ». Cette culture ramène en effet 20 à 30 unités d’azote pour la culture suivante et se révèle intéressante à la fois pour la vie du sol et la biodiversité, constate l’agriculteur.
Christian Schott a commencé à réduire l’usage des phytosanitaires en 1991, à l’occasion de la réforme de la Pac. À l’époque, sa motivation était purement économique, le moindre recours aux produits phytosanitaires étant envisagé comme un possible levier de baisse des charges. « Je me suis formé à de nouvelles techniques de pulvérisation avec une baisse des volumes en eau, une baisse des phyto, un autre choix des plages de traitement et de dimension du pulvérisateur pour pouvoir travailler très vite dans les meilleures conditions. Quand je sors le pulvé, je suis pleinement efficace », dit-il. Cela a nécessité un investissement conséquent puisqu’il a fait l’acquisition d’un pulvérisateur de 4 000 l mais « quand on veut réduire les volumes et les doses, il faut être très bien équipé », juge l’agriculteur de Schirrhein, qui n’hésite pas à sortir son pulvé très tôt le matin ou très tard le soir pour traiter au bon moment. Il est équipé pour cela d’un éclairage de rampe. Son pulvérisateur dispose aussi d’un GPS avec coupure automatique de tronçon ce qui, compte tenu de son parcellaire, lui permet de « gagner 5 % de phyto voire plus ».
Sur blé, il estime ne pas encore être « au top » car il sort d’un système de rotation sur trois ans et traite encore « pas loin des doses conseillées », toujours avec des produits de post-levée. Il parvient à maîtriser les sétaires et les panics. « La rotation apporte un plus par rapport à la pression des graminées », juge-t-il. En matière d’adjuvant, il utilise du sulfate de magnésium « seulement si les conditions se dégradent ». Pour le maïs, il travaille la qualité de la pulvérisation et prend en compte les conditions météo. Il n’utilise plus d’insecticide contre le taupin depuis une dizaine d’années, n’a plus de problèmes de limaces dans ses champs - les carabes l’en débarrassent - et a changé son fusil d’épaule dans la lutte contre la pyrale. Il procède à des comptages et ne traite que si le seuil de nuisibilité est atteint. « La rotation aide beaucoup », souligne-t-il, s’agissant de la pyrale comme de la chrysomèle qui ne le dérange « pas du tout ».
« Je ne décroche pas »
La diversité des cultures, malgré tout, n’a pas que des avantages. Elle engendre plus de contraintes et une charge de travail accrue, souligne Christian Schott. Sur le plan économique, la baisse des volumes et des intrants ne s’est pas faite au détriment de la productivité ni du revenu. L’agriculteur a réussi à maintenir les deux jusqu’à présent. Il affiche une réduction de son IFT (indice de fréquence de traitement) de 33 % et assure « ne pas décrocher ».
Par ailleurs, Christian Schott utilise des mélanges de variétés : en colza, pour piéger les méligèthes, en blé pour éviter la verse. « Je ne fais plus de régulateur depuis 15 ans. » Il réalise trois apports d’azote systématiquement et s’apprête à passer sur des variétés de blé améliorant qui nécessiteront quatre apports. Il ne sèmera plus de blé derrière du maïs pour éviter les problèmes de fusariose et les mycotoxines. Prochaine évolution prévue : le désherbage mécanique, qu’il envisage de mettre en œuvre pour venir à bout des digitaires. L’objectif est de combiner l’usage des phytosanitaires avec les méthodes mécaniques pour arriver à équilibrer les deux « de manière contrôlée et sécurisée ».
Où vont les produits phytosanitaires quand ils ne se déposent pas sur les plantes ? Certains se retrouvent dans l’air. Et cela ne va pas sans provoquer quelques polémiques. Il n’existe pourtant aucune norme sur les concentrations en pesticides dans l’air, remarque Alfred Klinghammer, conseiller à la Chambre d’agriculture Grand Est (Crage). Sur les 15 m3 d’air qu’un être humain respire quotidiennement, 80 % proviennent de l’air intérieur, qui est plus pollué que l’air extérieur, souligne encore Alfred Klinghammer.
Quand les phytos dérivent
En Alsace, les premières analyses de phytosanitaires dans l’air remontent à 2013. Dans le reste du territoire, elles existent de manière harmonisée depuis 2018. Le transfert des phytosanitaires dans l’air est quasi-instantané, contrairement à l’eau où il est beaucoup plus lent. Ils apparaissent par dérive lors des traitements, par volatilisation après application, voire par érosion aérienne, ce dernier cas étant peu fréquent sous nos latitudes. Mais les phytosanitaires disparaissent aussi très vite.
En 2016, un projet, baptisé Repp’Air, a été lancé dans le but de « comprendre le lien entre ce qu’on retrouve dans l’air et les pratiques agricoles ». Sept sites de mesure ont été retenus en France, dont un situé à Ohnenheim, près de Marckolsheim, dans le Bas-Rhin. Des capteurs ont été installés en sortie de village et les agriculteurs ont été interrogés sur leurs pratiques. Sur chaque site, entre 60 et 100 molécules ont été analysées, alors que le nombre des molécules utilisées était compris entre 40 et 80 pour une dizaine de matières actives différentes. Premier constat : « Tout ce qui est utilisé n’a pas été retrouvé », indique Alfred Klinghammer.
Grâce aux analyses réalisées, quatre cas de figure ont pu être mis en évidence : certains des produits utilisés n’ont jamais été retrouvés ; d’autres ont été retrouvés une seule fois, ce qui pourrait s’expliquer par de mauvaises conditions d’application (trop de vent). Le troisième cas de figure est celui des produits utilisés et retrouvés jusqu’à 10 semaines après traitement. Il correspond aux pertes par volatilisation, qui concernent une douzaine de molécules, dont deux ont été retirées du marché très récemment. Enfin, des molécules n’ayant pas été utilisées dans les zones d’analyse y ont malgré tout été retrouvées. Elles proviennent de produits volatils venant parfois de loin.
La problématique de la dispersion des produits phytosanitaires dans l’air est donc complexe. S’agissant des grandes cultures, la dérive peut être limitée par l’utilisation de matériel de pulvérisation adéquat et de certains adjuvants. La volatilisation, en revanche, semble plus difficile à contrôler. Interdire le produit pour supprimer ce phénomène n’est pas la bonne solution, aux yeux du conseiller de la Crage.
ZNT : distances à respecter
Pour éviter d’exposer les riverains aux produits phytosanitaires, des zones de non-traitement (ZNT) ont été instituées par l’arrêté du 27 décembre 2019. Une distance de 20 m incompressible a été instaurée pour les produits les plus dangereux, essentiellement les insecticides utilisés en colza et en arboriculture, a rappelé Blandine Fritsch. La distance est de 10 m par rapport aux habitations pour les autres produits utilisés en arboriculture et en viticulture et de 5 m pour les cultures basses. Les produits de biocontrôle ne sont pas concernés par cet arrêté. La distance peut être réduite à 3 m pour les cultures basses s’il existe une charte départementale encadrant les pratiques et si l’agriculteur utilise des dispositifs anti-dérive. La conseillère de la CAA rappelle que FranceAgriMer subventionne l’acquisition d’équipements de ce type. Les dossiers sont à déposer avant le 31 décembre. Les chartes départementales, quant à elles, ont été soumises à consultation publique jusqu’à début septembre puis transmises à la préfecture. La charte finale devrait être applicable d’ici la fin de l’année.