Cultures

Cristal Union - Sucrerie d’Erstein

85 €/tonne en bio : de quoi assurer de belles marges

Publié le 28/11/2020

Avec des betteraves bio qui seront payées 85 €/t, contre 25 €/t en conventionnel, la sucrerie d’Erstein espère séduire les agriculteurs. Selon les dépenses principalement de désherbage mécanique ou manuel et selon le tonnage/hectare, les marges s’annoncent substantielles.

Construite sous le Reichsland, la sucrerie d’Erstein qui bénéficiait d’un rayon d’approvisionnement bien circulaire, s’est retrouvée dans une situation bancale quand l’Alsace est redevenue française. La zone de collecte avait alors été divisée par deux, hypothéquant la rentabilité du site. Depuis, cette situation d’instabilité n’a finalement jamais cessé : « Le combat historique d’Erstein, c’est la surface », résume Gérard Lorber, le président de la section d’Erstein. Et à chaque soubresaut de l’économie sucrière, la destinée de la sucrerie vacille. Une usine qui s’est déjà battue En 2006, par exemple, avec la nouvelle OCM-Sucre interdisant aux Européens d’exporter hors de l’Europe en vertu d’accords internationaux, Erstein qui était beaucoup sur le marché extracommunautaire, s’est vu privée du marché suisse. La solution avait alors été de rejoindre le groupe coopératif Cristal Union « pour profiter par ricochet des surfaces libérées grâce à la production nouvelle de bioéthanol au sein du groupe », rappelle Gérard Lorber. Déjà en 1980, « la sucrerie avait failli disparaître à cause de la rhizomanie ». Aujourd’hui, c’est la fin « du statut de marché protégé », c’est-à-dire des quotas betteraviers qui, une fois de plus, remet en cause le devenir de la sucrerie. Conséquence : le prix de la tonne est passé de 30 € à 22 € en 2019 et remonte à près de 25 € en 2020. Le seuil de rentabilité du site est de 6 000 tonnes/jour et 100 000 tonnes de sucres par campagne, soit une centaine de jours. « Cela fait 30 ans que l’on dit que la sucrerie doit fermer, on est toujours là et je veux y croire », conclut le président Lorber. La sucrerie cherche donc à lancer une filière bio pour entretenir la rentabilité de son outil industriel.   Des @_MissBetter #Bio en alsace ? #Erstein #sucre est partant ! Des réunions d'information organisées pour les planteurs dans les deux départements 67-68.#ProduireEtConsommerLocal @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/XWmsfxr84J — Germain Schmitt (@germain_schmitt) November 24, 2020   Pourquoi maintenant ? C’est que l’outil industriel qui fonctionne en process continu, ne se prête pas facilement à l’introduction du bio. « Il faut séparer les process et donc dédier l’outil industriel », explique Gérard Lorber. « Les Suisses font de la betterave bio en début de campagne, ils raffinent le sucre tout de suite. Mais une betterave arrachée le 20 septembre, poursuit-il, date de démarrage de notre campagne, n’est de loin pas à l’optimum de rendement. Les passer en fin de campagne ? Avec les gelées sur une production à forte valeur ajoutée, c’est trop risqué ! » La solution est donc de réserver l’usine à la seule production bio, avec un nettoyage approprié des chaînes de transformation pour éviter tout transfert de phytosanitaire de synthèse. « On a trouvé un artifice dans le process d’élaboration - diffusion, extraction des sirops puis cristallisation. Pour simplifier, nous stockerons les sirops pour les cristalliser en fin de campagne », explique encore le président. Sur cette base, Cristal Union s’est donc lancé dans la collecte depuis trois ans sur 10 000 hectares de betteraves bio, principalement dans le sud parisien, Normandie et en Champagne. Les agriculteurs d’Alsace, des Vosges et de Moselle bénéficieront de ce fait d’une certaine expérience et de références. Les agriculteurs pourront bénéficier des services techniques de Bio Grand Est, des techniciens de la sucrerie, de la Chambre d'agriculture et de l’ITB (Institut technique de la betterave). Obtenir les engagements suffisants « Mais vous l’avez compris, Erstein ne peut pas collecter qu’une dizaine d’hectares. Pour que cela soit rentable, il nous faudra au minimum deux jours de production en usine, soit l’équivalent de 250 ha de collecte. Le rayon de collecte avoisine 150 km il y a donc du potentiel, d’autant que la demande en sucre bio augmente, on aurait donc tort de s’en priver. C’est un défi que nous sommes prêts à relever. Nous avons jusqu’à fin janvier pour obtenir les engagements suffisants, ensuite nous prendrons les décisions qui s’imposent », résume le président de la sucrerie. Après une présentation du groupe Cristal Union et de sa capacité à adapter ses productions (sucres, bioéthanol, gel hydroalcoolique en fonction de l’évolution des marchés), Laurent Rudloff, responsable du service betteravier, a rappelé les fortes attentes sociétales à l’égard du bio, tant d’ailleurs du côté des consommateurs que des agriculteurs. La betterave bio offre des « débouchés réels en sucres, alcools et pulpes ». Sans compter que le bio « inspire » aujourd’hui l’agriculture conventionnelle, « la fait progresser ». Et en retour, la filière de betterave bio peut « bénéficier des acquis variétaux et industriels ». Chez Cristal Union, les premières parcelles bio ont été testées en 2017. Après une deuxième phase expérimentale, 1 000 ha ont été plantés en 2020. Le plein d’avantages « Dans le panel des cultures de printemps, l’avantage de la betterave c’est qu’elle peut se mettre au ralenti tout le mois de juillet, tant qu’elle est en terre, elle fait du sucre », résume Gérard Lorber. « En termes de tête d’assolement, elle présente des atouts certains. » Elle permet d’allonger les rotations. Comme c’est une plante bisannuelle, elle encaisse mieux les aléas climatiques que bien d’autres cultures. Côté rendements, « il sera optimisé en permettant d’arracher les betteraves de mi-octobre à mi-novembre, c’est-à-dire en fin de cycle ». Par ailleurs, cette culture est peu sensible aux attaques de corbeaux. En outre, elle donne un accès privilégié à la pulpe de betterave, aliment du bétail très avantageux, et aux écumes – un amendement calcique enrichi en phosphore et magnésie. « Avec trois techniciens pour 6 000 ha, nous assurons un suivi technique fort, en partenariat avec l’ensemble des organismes. » Désherbage, clef de la réussite Camille Meistertzheim, responsable relation culture à la sucrerie, suivi technique des planteurs, du chargement et réception des betteraves, a présenté les résultats de rendements. « En bio, la moyenne se situerait autour des 50 t/ha, avec des potentiels élevés, mais avec d’importantes hétérogénéités liées à la qualité du désherbage. » Côté irrigation, « en 2019, la moyenne est de 68 t/ha avec une fourchette oscillant entre 48 t/ha et 93 t/ha ». La date de semis se situe idéalement entre le 15 et 20 avril, soit 15 jours après le conventionnel, en raison de la nécessité des faux semis préalables. La gestion de l’enherbement est cruciale. Sur une quinzaine de parcelles suivies de près, il y a une relation évidente entre le niveau de salissement et le rendement. Les données techniques recensées au sud de Paris indiquent 3,5 binages mécaniques en moyenne et 55 h/ha de binage manuel. En Champagne, 3,8 binages mécaniques et 94 h/ha de binage manuel. Herse étrille, houe rotative, doigts Kress, arracheuse-écimeuse Klünder : l’arsenal dont disposent les betteraviers pour gérer l’enherbement est large, sans compter les faux semis, le choix dans les rotations : « La clef c’est d’intervenir très tôt sur les adventices. » Ce matériel Klünder, déjà testé en Alsace cette année (voir la vidéo ci-dessous), offre une réelle possibilité de réduction des interventions manuelles. Côté gestion contre les bio-agresseurs, en combinant les variétés tolérantes, le respect de la rotation et les solutions de biocontrôle, « il ne devrait pas y avoir de problèmes particuliers ». Une marge intéressante Les données technico-économiques font état d’un coût total de mise en terre de 2 770 €/ha dont principaux postes : 1 200 € pour 60 h/ha de désherbage manuel et 312 €/ha de semences. Au chapitre des marges semi-nettes possibles, elles dépendent principalement du poste désherbage manuel (voir tableau). Le prix est de 83 € + 100 €/ha de prime tiers non associé à la coopérative, soit 85 €/ha, pour une base de calcul ramenée à 16° de densité. Et les éleveurs pourront bénéficier des pulpes bio et des écumes surpressées, pour leurs amendements. Bref, en bio comme en conventionnel, la betterave sucrière stabilise le tissu agricole, et entretient la polyculture-élevage. Et apporte donc en retour des amendements organiques. Sans doute une belle compensation en termes agronomiques au fait que le trafic sur les parcelles est important à la récolte, ont soulevé des agriculteurs.   Une vidéo de désherbage sur betteraves, avec du matériel Klünder, à revoir :    

Confédération générale des planteurs de betteraves d’Alsace

Une filière qui s’organise pour sa pérennité

Publié le 26/11/2020

Le syndicat betteravier d’Alsace a validé la fusion avec la confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) dans un souci de réduction des coûts de fonctionnement et de simplification. Un changement syndical qui intervient dans un contexte de faibles rendements dus à la sécheresse et à la jaunisse.

La fusion a été approuvée vendredi 20 octobre lors d’une assemblée générale qui s’est déroulée en visioconférence. Un choix expliqué par le président national de la CGB Franck Sander : « Le mode de prélèvement des cotisations a évolué à la CGB. Les financements se font plus rares. Nous avons donc opté pour la fusion de l’ensemble des syndicats betteraviers français avec la CGB pour optimiser la comptabilité. Plus clairement, la partie administrative et donc financière sera gérée au niveau national. Localement et politiquement, rien ne changera. Le conseil d’administration va demeurer tout comme le poste de directeur. Les agriculteurs alsaciens ne vont rien ressentir. » Cette partie statutaire a été précisée par le directeur du syndicat betteravier d’Alsace, Joseph Behr. Ce dernier a présenté les comptes financiers de deux exercices en raison de la crise sanitaire. Ceux de 2018-2019 et de 2019-2020. La baisse de la dotation de la CGB a été constatée. Elle s’explique par une baisse importante de ses produits. D’où la nécessité de faire baisser les charges. Les résultats des deux exercices sont respectivement excédentaires de 510 euros et de 5 561 euros. Les capitaux propres de la CGB Alsace sont de 24 295 € au 31 août 2020. « Il s’agit du dernier exercice nous concernant. L’an prochain, les comptes du syndicat betteravier seront consolidés avec la CGB. Pour la cotisation, nous maintenons deux cotisations. Celle de la CGB est fixée en assemblée générale. À savoir 0,25 €/t à 16 degrés. Celle de la CGB Alsace à 0,05 €/tonne à 16 degrés que nous souhaitons maintenir car les cotisations sont en baisse », précise Joseph Behr. « Zéro risque » Denis Ramspacher, président de la Chambre d’agriculture Alsace, s’étonne de la situation. « Quel est l’intérêt d’avoir deux cotisations comme on va être à la CGB ? ». Pour Franck Sander et Joseph Behr, « on continue d’avoir une comptabilité analytique avec une dotation budgétaire qui va continuer de baisser. Toutes nos réserves à nous resteront en local. Elles seront gérées par Paris et après chacun aura la main sur l’organisation de son fonctionnement. On est dans une situation particulière avec notre seule usine d’Erstein ». Pour sa part, Albert Elbel, un producteur bas-rhinois, s’inquiète de cette évolution. « Quelle est cette logique si tout revient au national ? Comment dans ces conditions défendre régionalement nos intérêts ? » Franck Sander l’a rassuré. « On sera toujours décideur de nos actions et de notre réserve financière. Tout le travail de lobbying qui a été fait cet été est préservé. L’unique interlocuteur de l’usine d’Erstein, c’est nous. Il y a zéro risque. C’est aussi pour cela qu’on veut continuer à prélever ces 5 centimes pour garder cette autonomie financière. » Ces comptes financiers et cette organisation ont été approuvés à l’unanimité des membres. En sachant que cette fusion deviendra une réalité à compter du 1er janvier 2021. Le renouvellement des membres du conseil d’administration (CA) a ensuite été validé. Un CA que rejoint Julien Koegler en lieu et place de Joseph Wehrel pour les JA 67. Par ailleurs, Yannis Baltzer remplace Roudy Baltzer ; Philippe Hassler en fait de même pour Rémy Fischer. Des compétences régionales Le projet de fusion des syndicats betteraviers avec la CGB a ensuite été détaillé. Il s’agit de gérer une seule entité dans un souci de réduction des coûts de fonctionnement, de simplifier le fonctionnement général et d’optimiser les différentes actions. Elles concernent la défense de la filière et des planteurs, les choix régionaux comme le suivi des réceptions de l’usine d’Erstein qui vont relever de la compétence régionale de la CGB Alsace. « L’aspect administratif et gestion du personnel va, lui, relever de la compétence nationale. Les missions de notre délégation régionale seront d’agréer les planteurs et les sociétés qui souhaitent adhérer à la CGB, de regrouper et défendre les adhérents dans notre circonscription en Alsace, les départements lorrains qui produisent de la betterave et même quelques planteurs allemands. Mais aussi de proposer des candidats au conseil d’administration de la CGB. Aujourd’hui, ce sont Franck Sander et Hervé Schneider. Cette délégation décidera de l’utilisation des réserves de l’ancien syndicat betteravier et continuera à assurer les contacts avec notamment les entreprises, collectivités et organisations professionnelles agricoles », précise Joseph Behr. En outre, la CGB Alsace aura toujours un président, un bureau et un conseil. Ce fonctionnement sera définitivement validé lors d’une assemblée générale extraordinaire de l’absorbante CGB fixée ce lundi 30 novembre. Terrible cocktail sécheresse/jaunisse La suite de l’assemblée générale a concerné la campagne betteravière 2020. Les nouvelles ne sont pas réjouissantes en raison de la sécheresse et de la jaunisse (lire encadré). « La prévision de rendement alsacien est de 78 tonnes/ha à 16° comme en 2016. Au niveau national, on va être autour de 62-63 tonnes. Ce qui est terrible, c’est ce cocktail sécheresse/jaunisse. On a abouti à des rendements qui décrochent de façon plus importante qu’attendu. Habituellement, le rendement progresse en cours de saison. Ce n’est pas vraiment le cas cette année. En termes de surface et de production, l’évolution est négative. En 2017, on avait 7 500 hectares. On a réussi à maintenir en 2020 tout juste 6 000 hectares. On va produire moins de 500 000 tonnes avec une campagne relativement courte », constate Joseph Behr. « Une grande victoire » Un gros travail syndical a été effectué cet été concernant le dossier de la jaunisse avec, au bout, l’obtention des néonicotinoïdes. « Notre président (Franck Sander) est aussi le président national. Sur la jaunisse, nous avons tous travaillé ensemble. On a la chance d’avoir notre cheville ouvrière qu’est Franck Sander. Il s’est battu jusqu’au bout. Le dossier néo est une grande victoire », se félicite Gérard Lorber. Ils sont nombreux à acquiescer. À l’image de Denis Ramspacher. « Un vrai travail a été fait. Il est important d’avoir des associations nationales qui soient à nos côtés sur de tels dossiers. Nous sommes tous allés dans le même sens. Félicitations. Il faut reconnaître ce travail. » Pour sa part, Michel Busch, producteur dans le Haut-Rhin, a également souhaité remercier l’ensemble des membres du syndicat betteravier alsacien et l’engagement de la CGB. « Tout le monde a pris le temps pour expliquer et argumenter auprès de nos élus et différents interlocuteurs. On voit bien qu’en approfondissant le sujet, il y a eu une collégialité médiatique. Une approche partagée permet de faire de belles choses. » De son côté, Franck Sander a rappelé tout le travail effectué pendant l’été. « Nous nous sommes battus pour que ce dossier puisse avancer positivement. Cela n’a pas été simple car la presse nationale ne nous a pas aidés, bien au contraire. Nous avons eu la chance d’avoir un ministre de l'Agriculture (Julien Denormandie) qui a été à notre écoute. Et surtout, nous avons eu un discours unique au sein de la filière. On était en phase. Autant Cristal Union que Tereos et la CGB. La FNSEA nous a ouvert les portes. Un dossier néo qui avance. » Le plan d’indemnisation des pertes, lui, est en cours de discussion. « Le rendement individuel moyen devrait être retenu. Si on s’inscrit dans le dispositif multirisque climatique, on retire la meilleure et la moins bonne année. Généralement, on parle de cinq années olympiques. Là, nous cherchons à pousser sur 8 ans. Concernant la question des franchises, pour nous c’était inconcevable d’en cumuler deux, en l’occurrence la sécheresse et la jaunisse. On a obtenu de l’administration qu’il n’y aura pas de double franchise », explique Franck Sander. Quoi qu’il en soit, ces modalités d’indemnisation seront connues prochainement car toutes les régions françaises sont concernées. « Il faut trouver la méthode d’indemnisation la plus juste sur la base du rendement réel. Ces épisodes cumulés montrent qu’il est important d’avoir des outils de gestion comme l’assurance climat, l’instrument de stabilisation du revenu, l’épargne de précaution ou la contractualisation. On est soumis à des aléas qui secouent notre filière », conclut de son côté Joseph Behr.   Une vidéo sur la campagne de 2019, à revoir :    

Ferme de la Plaine à Lobsann

Le rêve de l’autosuffisance

Publié le 25/11/2020

Il fait partie de ces Jean discrets qu’on voit une fois mais qu’on n’oublie pas. Jean Walter a 28 ans et autant de cordes à son arc. Après avoir grandi sur la ferme familiale, à Lobsann, en Alsace du Nord, il s’est lancé dans un projet d’exploitation original : pension de chevaux et valorisation de ses céréales en circuit court.

En ce début d’après-midi, une vraie purée de pois recouvre les hauteurs du petit village de Lobsann. Elle ferait presque manquer le chemin qui mène à la ferme de la Plaine, au sortir de la forêt. Il y en a une que ce temps ne semble pas perturber. Pamela tape ses sabots contre le sol. « Ah, tu as entendu les grains, toi », lance Jean Walter à la jument, tout en se frayant un chemin dans la brume, un seau à la main. Pour les présentations, un petit appât ne fait pas de mal mais d’habitude, dans l’écurie en plein air, « s’ils ont envie de quelque chose, les chevaux se déplacent, afin qu’ils restent le plus possible en mouvement », glisse le gardien des lieux, en refermant son blouson noir. Malgré le froid qui s’impose à son tour, la voix de Jean reste douce, à l’image de sa personne. Ce jeune de 28 ans s’est lancé dans la pension de chevaux en 2017. La première année, il n’a proposé que l’option pâturage, sur une bonne moitié des 40 ha qu’il exploite, le temps d’obtenir le permis pour aménager sa ferme. Pour la suite, outre une subvention de la Région Grand Est pour la revalorisation pastorale, il a dû compter sur sa détermination. « Je suis allé à la Chambre d’agriculture pour présenter mon projet. La dame que j’ai rencontrée m’a dit qu’on ne s’installait plus, qu’il n’y avait plus d’avenir dans ce milieu », se souvient-il. Mais ce discours ne l’a pas découragé. « Même les banques avaient un peu peur », raconte Jean, qui a toutefois réussi à obtenir un premier « petit prêt » du Crédit Mutuel pour lancer les travaux de terrassement de l’écurie couverte, au printemps 2018, et construire les deux premiers boxes. De mois en mois, les neuf boxes actuels ont pris forme, grâce aussi au démarrage de son activité et à l’huile de coude de ses proches.   Nous recherchons pour compléter la colonie de vacance hivernale ,un a 2 poulains /jeune cheval ( entre 6mois et 2 ans )à... Publiée par Ferme de la Plaine sur Mardi 17 novembre 2020   Construit de A à Z « Nous avons tout bâti avec mon frère et le père de ma compagne. Cela nous a demandé énormément de travail », précise Jean, qui a dû refouler ses douleurs physiques pendant l’ouvrage. Car, en février 2018, alors qu’il était encore employé chez un concessionnaire de machines agricoles, il a fait une chute de trois mètres et s’est retrouvé avec une vertèbre artificielle. Mais, là encore, sa volonté lui a donné des ailes. D’autant plus qu’après avoir visité plusieurs centres équestres, ce garçon avait plein d’idées en tête pour son bâtiment. « Je voulais que les portes des boxes puissent coulisser indépendamment les unes des autres et ça, ça n’existait pas dans les catalogues. Avec mon système, au moment de nourrir les chevaux, je peux ouvrir toutes les portes en même temps et passer d’un box à l’autre, pendant que les chevaux sont dans le paddock », décrit l’ingénieux, ravi de gagner ainsi un peu de temps. Grâce à sa persévérance, Jean accueille désormais une vingtaine de chevaux dans des locaux qui respirent la propreté. « Je ne regrette pas d’avoir fait le choix de l’autonomie. De toute façon, la filière cheval a une mauvaise image auprès de la profession », constate-t-il. Même ses parents, d’anciens éleveurs de chiens et de chevaux, et exploitants céréaliers sur la commune, ne l’ont pas encouragé à suivre leur voie. « Ils ont connu des périodes financières difficiles, que j’ai aussi ressenties, surtout avec les chevaux. Une année, ils pouvaient en vendre un, la suivante aucun », se souvient Jean. Pour autant, il ne se voyait pas faire autre chose. « Quand j’étais petit, je séchais le catéchisme pour aller sur la ferme », confie ce blondinet dont l’air enfantin transperce encore le bleu des yeux. Des rendements magiques Contrairement à ses parents, il s’est installé en dehors du village, et il a adapté le cœur de son activité. « Je ne voulais pas me lancer dans l’élevage mais dans la pension, pour savoir ce qui rentre chaque mois, mais finalement, même cela est fluctuant, contrairement à ce que les gens pensent, car les propriétaires peuvent retirer leur cheval avec un préavis d’un mois », observe-t-il. Pour l’instant, Jean n’est pas déçu. « Ce qui me plaît, c’est le contact avec les chevaux. En plus, je suis en pleine nature, entouré d’un beau paysage. J’aurais peut-être la même sensation avec des vaches, mais là, je n’ai pas la même astreinte, une fois que j’ai nourri les chevaux, je n’ai plus rien à faire », lance-t-il, comme s’il oubliait un instant tout ce qu’il a déjà entrepris et compte entreprendre. Car Jean a une vision précise de l’activité qu’il veut développer. Sur les 20 ha qu’il ne réserve pas au pâturage, il cultive des céréales : blé, orge, maïs et luzerne principalement, en raisonné. « Et finalement, je m’en sors bien puisque l’année dernière, sans pouvoir irriguer, j’ai obtenu 100 q/ha de maïs et 90 q/ha de blé. Peut-être est-ce un rendement un peu moindre que chez d’autres agriculteurs, mais je dépense moins en intrants. » Tout comme il s’est émancipé de l’activité familiale, Jean trace son propre sillon et entend valoriser ses cultures en circuit court, en les proposant en premier lieu aux chevaux qu’il garde en pension. « Au moins, nous savons ce que nous produisons et c’est mieux que des céréales achetées auxquelles du sucre est ajouté », analyse l’exploitant.   Quelques nouvelles des cultures 2021, les blés et orge sont bien implantés, et les prairies temporaires également ??? Publiée par Ferme de la Plaine sur Dimanche 8 novembre 2020   Un laboratoire de mélanges Ainsi, dans un coin de son écurie couverte, il a aménagé plusieurs bacs en bois pressé dans lesquels il prépare des mélanges. « Avec ma compagne qui m’aide le soir après sa journée de travail, nous avons même concocté un mélange sans céréale, avec des pommes et des carottes déshydratées que je cultive. Nous y avons ajouté de la graine de lin extrudé, des bouchons de luzerne et de l’huile de colza que je suis pour l’instant obligé d’acheter mais que j’espère bientôt faire moi-même », liste cet alchimiste. Pour Jean, il y a un avenir dans la filière. Encore faut-il savoir innover tout en flairant l’air du temps. « Je vois que beaucoup de ma génération ont suivi le schéma classique de leurs parents, mais ça ne fonctionne plus trop », pense cet agriculteur qui a même trouvé un moyen écologique pour conditionner ses céréales, avec des tonnelets bleus, consignés. « Bien sûr, tout cela impose plus de contraintes que d’aller déposer ses céréales à la coopérative. J’ai dû notamment acheter des balances homologuées et je dois faire analyser chaque lot », précise Jean, dont les efforts commencent à payer. Aujourd’hui, il vend entre 1 000 et 1 500 kg de céréales par mois, directement à la ferme et dans deux magasins, à Oberkutzenhausen et à Brumath. Depuis le premier confinement, son public s’est même élargi. « Des pêcheurs viennent en chercher pour appâter les poissons. Je reçois aussi des éleveurs de lapins, de chèvres ou de moutons, je compte même un client avec un kangourou », note Jean, en souriant. Pour enfin tirer un salaire de son activité, l’exploitant espère bientôt vendre jusqu’à 3 t par mois de céréales. Pour cela, il compte automatiser la transformation des céréales et obtenir une certification qualité. En attendant, Jean doit répondre à une demande plus urgente. Il a reçu un appel, un des deux magasins qui propose ses céréales est en rupture de stock, alors, en route. Juste le temps de saluer Camille, sa compagne, qui arrive avec une gamelle remplie de pommes déshydratées. Facile de deviner où elle se rend. Elle regarde si Jean l’entend et se lance, les yeux plissés de malice. « Moi, je suis épatée. Malgré les moments difficiles qu’il a traversés, ce qu’il a accompli est incroyable. Je sais que l’agriculture est un mode de vie. Soit on aime ça et on se bat, soit on n’y pense pas », avoue cette jeune chargée de recrutement, qui partage la passion de Jean pour les chevaux. Elle espère que l’activité de son compagnon va encore se développer, elle souhaite en tout cas y participer.   ??Communiqué ?? Suite aux nouvelles mesures gouvernementales, nous vous annonçons que le retrait de vos commandes... Publiée par Ferme de la Plaine sur Jeudi 29 octobre 2020   N'hésitez pas à vous rendre chez notre partenaire afin de retrouver nos produits ???? Publiée par Ferme de la Plaine sur Mardi 13 octobre 2020    

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