Cultures

Publié le 18/02/2021

Une réunion portant sur la problématique des corvidés s’est tenue le 12 février à Sainte-Croix-en-Plaine. Elle a réuni les agriculteurs sinistrés du secteur mais également des techniciens de la Chambre d'agriculture et d’Arvalis spécialisés sur la protection des céréales et des légumes, la DDT, le CNRS et la LPO. Un groupe de travail a été constitué pour mettre en place et tester des techniques alternatives.

Les dégâts provoqués par les corvidés sur les parcelles agricoles sont considérables. Sur la seule zone du nord-est de Colmar, la Porte du Ried, il a été estimé à 17 000 € de dégâts sur les semis de maïs de sept exploitants en 2020. Et là, on ne parle pas des dégâts permanents sur d’autres plantes, eux non estimés. Les cultures maraîchères, notamment. « Nous avons réalisé une extrapolation pour l’ensemble du département du Haut-Rhin et nous arrivons à 700 000 € de dégâts. Les agriculteurs sont touchés mais le monde industriel et les particuliers subissent également ces dégâts. Le corbeau est un animal futé et résistant. Il vit longtemps et bénéficie des conditions climatiques qui facilitent sa prolifération. Nous devons donc trouver des solutions. Non pas pour détruire cette population, mais pour la juguler. Car si nous pouvons accepter des dégâts modérés, il ne faut pas qu’ils soient démesurés. C’est aujourd’hui le cas. Des parcelles sont dévastées », explique Christelle Jamot, directrice de la FDSEA du Haut-Rhin. Le syndicat a donc sollicité l’administration, qui avait elle-même été contactée par la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Vendredi, c’est la FDSEA qui a initié cette rencontre-échange en l’élargissant aux collectivités locales, aux entreprises du secteur (Liebherr) et aux agriculteurs concernés. « Les dégâts sont de plus en plus insupportables sur les cultures, mais aussi sur les bâtiments agricoles. Ce sujet est devenu problématique. Si nous pouvons avancer ensemble, c’est bien », explique René Zimpfer, membre de la FDSEA du Haut-Rhin. À l’issue de ces échanges, le syndicat a proposé aux professionnels présents de constituer un groupe de travail interne à la FDSEA. Plusieurs agriculteurs présents ont immédiatement accepté d’en faire partie. Un travail qui se fera en lien avec la ville de Colmar et son agglomération qui ont déjà mené des actions et ont témoigné des difficultés rencontrées.   Agriculteurs adhérents, confrontés aux dégâts de sangliers, corvidés, cervidés, prenez connaissance de vos droits : brochure gratuite remise lors de nos AG cantonales ou disponible sur notre site internet. Publiée par Fdsea Du Haut-Rhin sur Mardi 9 février 2021   Trouver des techniques alternatives Un dossier complexe comme le reconnaît Didier Lasserre, d’Arvalis. « Ce problème est exacerbé depuis la disparition de produits de traitements. Ceux qui les ont remplacés ne sont pas totalement efficaces. Ils ne font qu’éloigner les animaux. Dans le Bas-Rhin, des agriculteurs ont ainsi semé trois fois du maïs sur 40 hectares. Ce n’est évidemment pas possible de travailler de cette façon. Nous essayons de trouver et de proposer des techniques alternatives. Mais il faut que ce soit réalisable sur « le terrain ». Or c’est souvent de bonnes idées qui restent de la théorie. Les essais déjà mis en place n’ont fait que déplacer le problème. Il était, par exemple, question d’effacer les lignes de semis et/ou de semer plus profond. Cependant cela reste des mesurettes », convient Didier Lasserre. Et souvent ces solutions sont limitantes. Elles déplacent les difficultés sur les parcelles voisines avant de revenir sur les mêmes lieux quelques jours plus tard. « Dans l’ouest de la France, de nouveaux engrais ont été testés sur certains légumes comme le chou-fleur. Mais, là également, ce n’est que partiellement efficace et adapté. Des rubans ont également été mis en place au-dessus des serres pour apporter une barrière physique entre la culture et les oiseaux. Cela représente un coût financier », observe Sébastien Fuchs, conseiller produits maraîchers de serre et de plein champ chez Planète Légumes. Première victime de cette surpopulation de corvidés, le monde agricole entend être force de propositions sur ce dossier. Il s’agit de construire des solutions non pas en opposition avec les associations environnementales mais dans le cadre d’un partenariat. « Nous devons tous être des acteurs positifs pour avancer. Il ne faut, par exemple, pas opposer la ville à la campagne. L’objectif est d’avoir une concertation efficace et quotidienne sur la méthode de diminution de cette population de corvidés. Car il y a une réalité de terrain. Il faut réduire la présence massive des corbeaux pour atteindre un niveau de population qui permettra de travailler efficacement. Et quand on nous parle d’un potentiel dérèglement social de la vie des corvidés, on oublie de parler de celui des humains. Il faut également rappeler qu’il ne s’agit pas de tuer toute la population des corbeaux, mais de la réguler. Pour cela, tout le monde doit jouer le jeu. Il faut également communiquer sur ce sujet médiatiquement et techniquement. Il faut être opérationnel le plus tôt possible », rappelle David Herrscher, éleveur à Andolsheim. Une pression psychologique D’autres agriculteurs présents à cette réunion ont témoigné de leurs difficultés. Thomas Ritzenthaler, céréalier à Holtzwihr, ne sait plus quoi faire. « On a tout tenté. Sur plusieurs semaines, nous avons tiré à différentes heures de la journée. On ne fait que les déplacer. Il arrive qu’ils ne bougent même plus. Il faut parfois ressemer plusieurs fois la même parcelle. C’est intenable, infernal et très difficile à accepter psychologiquement. » Yves Jauss, exploitant à Horbourg-Wihr, acquiesce. « Les gens sont à bout. Ils travaillent leur bien qui est ensuite détruit. Et dans le même temps, il y a également une pression de la population qui se balade et ne voit que la beauté de la nature. Les gens ne comprennent pas les enjeux. Cela a pour conséquence des interventions des gendarmes. Parfois contre les actions mises en place », témoigne Yves Jauss. Confronté aux corbeaux depuis 30 ans, Jacky Schwartz, agriculteur à Andolsheim, est également garde-chasse à Bischwihr et à Horbourg-Wihr. « Des corbeaux, il y en a de plus en plus car les piégeages mis en place sont souvent détruits et les corbeautières cassées par des citoyens. On ne peut plus continuer comme ça », assure-t-il. Pour la LPO, « la destruction n’est pas la solution » Auparavant, la FDSEA du Haut-Rhin avait ouvert le débat en donnant la parole à ses interlocuteurs. Christian Braun pour la Ligue de la protection des oiseaux (LPO) a dit partager le constat effectué pour les dégâts sur les cultures. Il ne partage néanmoins pas l’analyse des agriculteurs. « Depuis 15 ans, à la LPO, on est convaincu que la destruction n’est pas la solution. Nous prônons d’autres voies pour au moins réduire ces dégâts. Il faut accepter de tester des mesures qui ne seront pas efficaces d’une année à l’autre », plaide Christian Braun qui rappelle qu’il existe un prédateur du corbeau : le hibou grand-duc. Il y en a encore 200 en Alsace. Chercheuse au CNRS, Valérie Dufour estime qu’il est difficile ou même impossible de réguler les corbeaux. « Je peux vous proposer des choses pour réguler leurs dégâts », insiste-t-elle. Elle estime qu’il faut limiter l’attractivité des cultures, donc du maïs. Elle évoque des zones « tampons » entre les colonies de corbeaux et les cultures, ou encore la mise en place de systèmes d’effarouchement. Des solutions qui laissent les agriculteurs dubitatifs. « La régulation est impossible car on ne nous laisse pas réguler », s’agace Nicolas Dieterich, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. « S’il faut attendre le hibou grand-duc et une population plus importante, ce n’est pas possible. Il est primordial d’intervenir. La prévention est certes un moyen. Mais nous sommes désormais obligés de réduire massivement la présence des corbeaux pour arriver au bout des dégâts », conclut René Zimpfer. Le groupe de travail formé ce jour-là doit formuler les prochaines propositions du syndicat pour faire avancer ce dossier.   Un couple de grands-ducs d'Europe, la plus grande espèce d'hibou du continent, présent au coeur d'Obernai https://alsace.lpo.fr/index.php/un-couple-de-grand-ducs-d-europe-au-cent... Publiée par LPO Alsace sur Lundi 8 février 2021  

Cristal Union, section d’Erstein

Des raisons d’y croire

Publié le 04/02/2021

Il manque toujours 1 000 ha de betteraves pour assurer la pérennité de la sucrerie d’Erstein. Mais la campagne qui vient de s’écouler, avec un prix moyen en hausse et des bons rendements sauf dans les secteurs impactés par la jaunisse et la sécheresse, démontre que cette culture conserve un gros potentiel en Alsace, notamment dans le Haut-Rhin, grâce à ses bonnes performances en zones irriguées, et en tant que diversification dans le cadre de la future Pac.

Cela fait 35 ans qu’il entend le même refrain : Erstein ? C’est fini. « Pourtant, on est toujours là. Et il ne tient qu’à nous de faire en sorte que non, Erstein est loin d’être fini. Notre usine a un réel avenir devant elle, et notre filière betteravière de magnifiques atouts à faire valoir », explique le président de la section d’Erstein de Cristal Union, Gérard Lorber. Sur ces 35 années passées, il en a fait que deux qui n’étaient pas « extraordinaires ». « Et des belles années, j’en ai fait, comme vous tous », glisse-t-il aux producteurs présents face à lui lors de la réunion « Perspectives » de Cristal Union qui s’est déroulée le 29 janvier à Sainte-Croix-en-Plaine. Et dans 35 ans ? Combien y’aura-t-il eu de « bonnes années » ? S’agira-t-il d’ailleurs d’une question qu’on pourra encore se poser ? Gérard Lorber prévient : « Si on ne fait rien, si on ne se mobilise pas, c’est fort possible que les prochaines générations se demandent plutôt pourquoi il n’y a plus de betteraves en Alsace, pourquoi la sucrerie a fermé. » Des marges brutes à la hausse en 2020 Il ne manque pourtant pas grand-chose pour que l’avenir de l’usine d’Erstein soit consolidé : 1 000 ha de surfaces en plus. « On dépasserait les 7 000 ha, ce qui garantirait la rentabilité du site. Et 1 000 hectares, en Alsace, ce n’est rien par rapport aux 180 000 ha de surfaces céréalières que nous avons. Je suis sûr que nous pouvons y arriver. » Un discours de plus en plus audible dans la mesure où la filière betteravière est en train de retrouver une certaine dynamique économique. Pour la campagne 2020-2021, le prix payé par Erstein est compris entre 24 et 25 euros la tonne, en incluant les diverses primes. « On commence tout doucement à se rapprocher d’un prix intéressant. Et ce n’est pas fini », souligne Gérard Lorber. Pour 2021, la sucrerie annonce pour ses coopérateurs un prix indicatif de 26,50 €, primes incluses. « Ce n’est pas rien, les marchés sont encourageants », poursuit-il. Les perspectives économiques pour les agriculteurs sont en effet séduisantes. Avec les prix payés en 2020, et malgré les rendements impactés par la jaunisse ou la sécheresse, la betterave alsacienne affiche une marge brute qui n’a rien à envier au maïs ou au blé. En zones irriguées, les producteurs les plus performants ont atteint une marge brute de 1 108 euros à l’hectare, soit juste derrière le maïs irrigué le plus performant et ses 1 180 euros à l’hectare. La marge brute moyenne en irrigué sur les quatre dernières années est du même acabit avec 801 euros à l’hectare pour la betterave, 959 euros pour le maïs et 727 euros pour le blé. Dans les zones non irriguées, le bilan est presque tout aussi flatteur avec une marge brute de 863 euros à l’hectare pour les plus performants, contre 920 euros à l’hectare pour le maïs, et 860 euros pour le blé. De même, la marge brute moyenne sur les quatre dernières années est dans la moyenne des autres cultures, malgré des prix qui étaient en retrait. Le Haut-Rhin, un département au fort potentiel Dans sa quête de nouvelles surfaces, Gérard Lorber tourne son regard vers les secteurs les plus performants d’Alsace en matière de production betteravière en 2020 : Mulhouse et sa moyenne de 90 tonnes à l’hectare, et surtout Colmar qui affiche un rendement moyen record de 99 tonnes à l’hectare. « C’est simple : le Haut-Rhin est le meilleur département français cette année », glisse-t-il avec fierté. Des résultats pas si surprenants que ça quand on connaît les records régulièrement atteints en maïs dans ces zones irriguées. Mais les maïsiculteurs haut-rhinois seraient-ils prêts à convertir une partie de leurs parcelles à la production betteravière ? Le président de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco), Thomas Obrecht, se montre ouvert à cette possibilité. « Avec la nouvelle Pac et la rotation à la parcelle qu’on nous annonce, nous serons obligés de maintenir d’autres productions aux côtés de la culture principale. Il nous faudra des cultures ayant de bons rendements et une bonne marge brute. La betterave, avec ce qui est présenté aujourd’hui, rentre dans ce cadre. » L’augmentation de la SAU betteraves dans le Haut-Rhin serait bénéfique à la filière maïs soutient Gérard Lorber. « Si on veut défendre l’irrigation, cela sera plus simple si on met plus en avant la betterave qui a, quoi qu’on fasse ou qu’on dise, une meilleure image que le maïs aux yeux du grand public. Je ne suis pas du tout anti-maïs, bien au contraire. J’en cultive moi-même. Mais force est de reconnaître qu’il y a une meilleure acceptation sociétale de la betterave. » Dernier argument, à ses yeux, en faveur d’une filière sucrière « forte » en Alsace : un intérêt croissant des acheteurs pour des produits plus locaux, estampillés HVE (Haute valeur environnementale) ou autre. « Il y a des clients qui sont prêts à payer plus cher pour ce type de plus-values. Peut-être que demain, il sera possible de valoriser des choses bien spécifiques », s’enthousiasme-t-il. Le bio pourrait en faire partie. Il est en tout cas dans les petits papiers de Cristal Union qui aimerait lancer une filière en Alsace. « On n’en fera pas en 2021 à Erstein. Il nous faut toujours 250 hectares. Par contre, nous allons continuer les essais dans nos deux départements. Nous gardons l’espoir de réussir dans cette voie. » Atténuer les « risques » pour garder le maïs en N + 1 En admettant que la SAU betteravière alsacienne atteigne les 7 000 ha tant espérés par Gérard Lorber, il reste un autre (gros) défi à relever : celui de la lutte contre la jaunisse. La filière a trois ans pour trouver une solution alternative aux néonicotinoïdes (NNI), réautorisées provisoirement depuis la loi votée fin 2020. « Je suis convaincu qu’on trouvera une solution efficace, économique et pérenne. De gros moyens sont mis dans la recherche. Et quand on met les moyens, on trouve. On a bien trouvé un vaccin contre la Covid en six mois », note Gérard Lorber. Le retour des NNI a évidemment été salué par l’ensemble de la profession, avant de susciter quelques inquiétudes concernant ses conditions d’application. Le projet d’arrêté a, en effet, repris l’ensemble des préconisations de l’Anses qui avait été sollicitée pour évaluer le risque du retour des NNI pour les pollinisateurs. Parmi elles, l’impossibilité de semer du maïs l’année suivant une betterave. Un coup dur pour l’Alsace. Présent lors de cette réunion, le président de la Confédération générale des betteraviers (CGB), Franck Sander, s’est tout même montré rassurant : « Nous sommes en lien permanent avec le cabinet du ministère pour faire évoluer ce dossier. Pour conserver le maïs en année N + 1, nous avons proposé la mise en œuvre de mesures d’atténuation des risques avec l’implantation de bandes compensatoires mellifères sur 2 % de la surface. Le comité technique du ministère semble favorable à cette option. Reste à voir si cela sera repris dans l’arrêté d’application de cette loi. » Ces mélanges mellifères seraient composés d’un bol alimentaire adapté aux abeilles. « C’est aux apiculteurs de nous dire ce dont ils ont besoin », poursuit Franck Sander. De son côté, Cristal Union s’engage à accompagner ses adhérents en leur fournissant gratuitement les semences de plantes mellifères dont ils auront besoin, jusqu’à 10 % de leur surface betteravière.

Publié le 29/01/2021

À Beinheim, Arthur Rieffel vient d’entamer la conversion en bio d’une partie de ses surfaces consacrées aux grandes cultures, celles à moindre potentiel. Il espère ramener davantage de valeur ajoutée sur sa ferme sans avoir besoin de se diversifier dans des productions exigeant de la main-d’œuvre.

Originaire de Bischoffsheim, près d’Obernai, Arthur Rieffel reprend l’exploitation céréalière de son oncle et de sa tante, Jean-Jacques et Michelle Herrmann début 2013. L’EARL du Moulin est située à Beinheim, dans le nord-est du Bas-Rhin. Il s’installe seul après un BTS Acse (Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole) passé en Normandie. Eux prennent leur retraite « tout en continuant à donner un coup de main pendant deux ans. » Le jeune agriculteur se retrouve à la tête d’une exploitation « purement céréalière » de 140 ha avec un parcellaire regroupé dans un rayon de 1,5 km autour du village. Un système maïs-blé partiellement irrigué qui a l’avantage d’être « très simple » à conduire, mais qu’il fait progressivement évoluer en y introduisant de nouvelles cultures : du colza et des betteraves (jusqu’en 2019 pour ces dernières). Parallèlement, il construit 400 mètres de cribs, en deux tranches de travaux en 2015 et 2017. De quoi stocker et sécher lui-même ses 1 000 t de maïs sans investir dans un séchoir, qui le rendrait tributaire des fluctuations du prix de l’énergie. « J’ai un collègue qui fait du cribs à Roppenheim. On a décidé de mutualiser les chantiers, le matériel, c’est ce qui m’a permis de me lancer. L’objectif était de réduire les frais de séchage, car c’est le premier poste de charges sur la ferme, et de maintenir la rentabilité du maïs. » Objectif rempli puisqu’il conduit, selon ses calculs, à un gain de marge brute de 200 €/ha. Dans le même temps, Arthur développe l’irrigation : il s’agit de sécuriser le rendement du maïs, qui occupe alors 75 % de ses surfaces et représente sa première source de chiffre d’affaires. Il dispose aujourd’hui de trois enrouleurs et d’un pivot qui lui permettent d’irriguer efficacement la quasi-totalité de ses surfaces en maïs. Le jeune agriculteur ne se contente pas de revoir l’assolement et de mettre à niveau les moyens techniques : ses stages de lycée et de BTS l’ont conduit dans des exploitations pratiquant le non-labour. Intéressé par cette technique, il décide de l’appliquer chez lui, espérant au passage limiter son temps de travail. « J’ai arrêté de labourer toutes mes surfaces pendant quatre ans. Mais dans un système à dominante de monoculture de maïs irrigué, le non-labour pose des problèmes de structure du sol et surtout de salissement des parcelles », constate Arthur. Ne parvenant pas à maîtriser la prolifération des graminées, il choisit de « repartir sur des bases saines » en labourant à nouveau ses terres à l’automne 2020, bien décidé à retenter l’expérience en mettant, cette fois, toutes les chances de son côté. « La manière dont je m’y suis pris n’était pas la bonne », analyse-t-il. À l’avenir, il envisage d’intercaler des couverts entre deux maïs. La récolte du maïs cribs étant précoce, il a bon espoir d’arriver à les semer dans de bonnes conditions pour permettre une installation satisfaisante à l’automne. « Je vais faire un essai, voir quelles sont les conséquences sur la réserve en eau et sur l’implantation du maïs au printemps ». Un scénario parmi les trois Ayant déployé tous les moyens pour maintenir la rentabilité du maïs irrigué, Arthur se penche sur le sort des 43 ha restants, des terres séchantes et non irrigables. « Il fallait trouver le moyen de faire de la marge sur ces terres au potentiel très variable, limité par la réserve en eau. Quand on fait 60 q en blé ou 60-70 q en maïs, il ne reste rien », justifie le jeune céréalier, qui imagine convertir ces surfaces en bio pour mieux valoriser les cultures qui y sont implantées. Une possibilité qu’il étudie avec l’aide de la Chambre d’agriculture Alsace. Chiffres à l’appui, Benoît Gassmann, conseiller grandes cultures, compare ce scénario avec le maintien de l’ensemble des surfaces en agriculture conventionnelle et la conversion totale à l’agriculture biologique. « Parmi ces trois scénarios, j’ai choisi la solution mixte, c’est-à-dire le passage en bio des 43 ha à faible potentiel, car dans mon cas, avec un maïs à bonne valeur ajoutée, c’est la solution qui offre la meilleure marge », décrit Arthur. La baisse de rendement attendue sur le blé - il table sur 35 q à l’issue de la conversion contre une soixantaine de quintaux jusqu’ici - devrait être largement compensée par des prix en moyenne trois fois plus élevés qu’en conventionnel, de l’ordre de 400 à 450 € la tonne. Le temps de travail et l’éventuelle coïncidence des périodes de pointe, qui sont souvent vues comme des freins à la conversion, ont également été étudiés. « Il devrait y avoir plus de travail en été, au moment de l’irrigation du maïs et de la récolte des céréales, prévoit le jeune céréalier. Mais au printemps et à l’automne, cela ne devrait pas fondamentalement changer. » Sur les surfaces désormais dédiées au bio, Arthur a semé cet automne du blé, du triticale et du seigle, ainsi que du colza. Il implantera aussi du soja ce printemps.

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