En 2020, Verexal a adopté une stratégie fongicide basée en totalité sur des produits de biocontrôle. Le résultat d’une série d’expérimentations que le verger expérimental a mis en œuvre depuis quelques années.
Les solutions de biocontrôle font leur chemin en arboriculture. « On s’y intéresse depuis quatre ou cinq ans, confirme Philippe Jacques, responsable technique de Verexal. Les firmes phytosanitaires sortent très régulièrement de nouveaux produits de biocontrôle : trois ou quatre tous les ans. Notre travail consiste à faire la distinction entre ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien. » Les essais sont menés au verger expérimental d’Alsace (Verexal) à Obernai : les techniciens n’y expérimentent pas tous les produits mais ceux qui donnent les meilleurs résultats parmi ceux déjà testés par les grandes stations d’expérimentation en arboriculture, comme La Morinière en Indre-et-Loire ou d’autres stations du CTIFL.
Les essais menés à Obernai se déclinent selon deux thématiques : les fongicides et les insecticides. Les techniciens se sont intéressés en premier lieu aux produits de biocontrôle à action fongicide, car ce sont les résidus de fongicides que l’on retrouve le plus fréquemment sur les fruits à noyaux ou à pépins. L’objectif : trouver des produits de biocontrôle susceptibles de lutter efficacement contre certaines maladies provoquées par des champignons, en commençant par les maladies de conservation qui sont, selon Philippe Jacques, « une cible historique ». Les essais ont été étendus ensuite à la tavelure, l’oïdium, la moniliose ou la rouille pour les fruits à noyaux, l’anthracnose du cerisier. Les produits de biocontrôle testés sont ceux à base de silice, de soufre, de polysulfure ou de bicarbonate de potasse. « On attend beaucoup des produits à base de bicarbonate de potasse car ils ne sont pas très agressifs sur les fruits et ils peuvent se positionner par temps humide », indique le responsable technique de Verexal.
Les champignons déçoivent
Les solutions à base de micro-organismes (Julietta, Noni, Amylo-X), autrement dit l’utilisation de champignons antagonistes aux champignons indésirables, donnent en revanche des résultats plutôt décevants, selon Philippe Jacques. Ces résultats sont-ils liés aux conditions d’application de ces produits ? Pour le savoir, des essais sont également réalisés pour comparer l’efficacité en conditions d’application standard - avant une pluie contaminante pour prévenir le risque de germination du champignon - avec une application après une pluie contaminante.
Avant d’adopter en 2020 une stratégie fongicide basée en totalité sur des produits de biocontrôle, Verexal l’a expérimentée en 2019 sur mirabelle. Il s’agissait de vérifier que ce fruit, qui présente une sensibilité à plusieurs maladies, pouvait être efficacement protégé sans aucun recours à des fongicides classiques, mais uniquement avec des produits de biocontrôle. « La campagne 2019 a été très intéressante à observer, avec une forte pression fongique, des pluies tombées début août qui ont provoqué l’éclatement des fruits et favorisé des foyers de maladies de conservation », souligne Philippe Jacques. Ce qui fait le malheur des arboriculteurs fait parfois le bonheur des expérimentateurs… En 2020, les conditions ont été bien différentes, ce qui n’a pas permis de confirmer les observations réalisées l’année précédente. Il sera donc nécessaire de refaire des essais en 2021, en vérifiant, sur d’autres fruits que la mirabelle (les pommes, par exemple) que l’efficacité des produits de biocontrôle sur les maladies de conservation est bien conforme aux observations de 2019.
Rappelons que pour les fruits à noyau, le principal « agent » des maladies de conservation est Monilia fructigena. Ce champignon de blessure pénètre dans le fruit, lorsque celui-ci éclate sous l’effet de la pluie. Il pourrit alors sur l’arbre. Si la pluie ne provoque que des microfissures, la pourriture apparaît, lors du stockage en chambre froide. Pour les fruits à pépins, le champignon le plus redouté pour la conservation est Gloeosporium. Naturellement présent sur les branches des arbres, il s’introduit de la même manière que Monilia fructigena : il profite des petites fissures créées par la pluie dans l’épiderme des fruits pour s’y introduire. C’est seulement quand on sort les fruits, en janvier ou en février, que l’on constate les dégâts : des taches de pourriture grosses comme des pièces de 1 € sont visibles et le cœur du fruit est pourri. Ce problème laisse les arboriculteurs en agriculture biologique particulièrement démunis. Pour l’instant, constate Philippe Jacques, les produits de biocontrôle utilisés au plus près de la récolte ne donnent pas des résultats satisfaisants par rapport à cette problématique mais les essais vont se poursuivre en 2021.
Les pommes prennent leur bain
Une alternative, déjà développée dans certains gros bassins de production comme le Val de Loire ou l’Italie, est la thermothérapie. Cette technique consiste à baigner les pommes dans un bain d’eau chaude (70 °C) durant 2 minutes 30 pour détruire le champignon, puis à les faire passer sous un tunnel d’air chaud ventilé pour les ressuyer. Une solution inaccessible aux producteurs alsaciens en raison de son coût. Quant au traitement par l’ozone, qui commence à faire parler de lui, « aucun élément tangible ne permet encore de mesurer son efficacité », relève Philippe Jacques.
Sur d’autres maladies, comme la tavelure, la maladie de la suie, des crottes de mouches ou le Stemphylium, qui affectent les pommes et les poires, « on a des résultats intéressants avec le biocontrôle », note le responsable technique de Verexal qui prévoit de développer son utilisation sur la pomme Natti pour réduire le niveau des résidus de pesticides présents.
Dans la lutte contre les insectes, l’utilisation de plusieurs souches de bacilles et de virus est déjà largement pratiquée depuis une dizaine d’années contre les tordeuses des fruits, capua ou carpocapse notamment. Cette solution fonctionne en agriculture conventionnelle quand la pression est relativement faible. Elle est utilisée à 75 % en agriculture biologique, signale Philippe Jacques, l’essentiel étant de bien alterner les souches sur les différentes générations de tordeuses pour conserver une efficacité. En dehors des bacilles ou des virus, il existe des adjuvants visant à améliorer l’efficacité des insecticides bio. Philippe Jacques cite l’exemple de savons potassiques (type Flipper). Deux nouveaux produits sont attendus prochainement, dans cette catégorie, qu’il faudra tester à leur tour.