Cultures

Publié le 06/05/2021

La Chambre d’agriculture Alsace (CAA) expérimente, cette année, le sous-semis de couverts végétaux, simultanément au semis de maïs. Une technique novatrice, déjà expérimentée avec succès en Belgique, qui offre de nouvelles perspectives pour les parcelles situées dans les zones à enjeux eau et les zones à actions renforcées dans le cadre de la directive Nitrates.

D’un côté le maïs, de l’autre le trèfle blanc et la fétuque rouge… en un seul passage. Cette année, la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) a souhaité tester l’implantation simultanée de la culture principale et du couvert végétal. « Traditionnellement, on met les cultures intercalaires au moment du binage, soit vers le stade sept/huit feuilles comme on l’avait testé par le passé dans le Haut-Rhin », commente David Kraemmer, conseiller agro-environnement à la CAA. C’est lui qui pilote l’essai qui s’étend sur trente hectares dans une dizaine de communes du Kochersberg, la Chambre d’agriculture prenant à sa charge les semences des couverts végétaux dans le cadre de l’opération Agri-Mieux. Le premier avantage de cette technique est qu’il est possible d’intervenir dans des secteurs sensibles à l’érosion où le binage n’est pas recommandé à cause des coulées de boues potentielles. Le second est qu’il permet de s’affranchir de certaines contraintes dans les zones à enjeux eau et les zones à actions renforcées dans le cadre de la directive Nitrates. « Dans ces zones, il n’est possible de faire que deux maïs pendant une période de cinq ans. En implantant directement le couvert au moment du semis, on s’affranchit de cette limite et on peut faire un maïs tous les ans si on le souhaite », explique David Kraemer. Au niveau agronomique, cela permet d’avoir la couverture de sol la plus permanente possible, ce qui permet de piéger le maximum d’azote résiduel dans le sol pour le restituer au fur et à mesure du cycle végétatif du maïs. Cette couverture prolongée est également très intéressante au moment de la récolte en diminuant le tassement du sol quand celui-ci est humide. Des pertes de rendements « limitées » En se lançant dans cet essai, la Chambre d’agriculture Alsace ne part pas non plus dans l’inconnu. Les collègues belges du CIPF (Centre indépendant de promotion fourragère) ont déjà expérimenté cette technique avec succès. De tous les couverts testés, il s’est ainsi avéré que c’est le trèfle blanc nain et la fétuque rouge qui offraient les meilleurs résultats, avec un impact minime sur les rendements de maïs. « Il faut que cela soit le plus transparent possible pour la culture », note le conseiller de la CAA. Les essais menés en Belgique ont ainsi démontré qu’il ne fallait pas dépasser les six kilos par hectare de fétuque rouge et les deux kilos par hectare de trèfle blanc nain pour éviter tout problème de concurrence avec le maïs, sur l’eau comme sur l’azote. D’un point de vue technique, cumuler semis et sous-semis en un passage ne nécessite pas de matériel particulier. Pour ces essais menés dans le Kochersberg, la CAA a utilisé un semoir combiné Aerosem PCS de Pöttinger comportant quatre éléments semeurs. « Mais dans l’absolu, on peut utiliser tout type de semoir monograine utilisé couramment. Il faut juste y ajouter un kit semoir à petites graines pour les engrais verts qu’on a l’habitude de monter sur des déchaumeurs. La seule différence est que là, on l’intègre entre les éléments semeurs du maïs avec des peignes et des descentes », détaille David Kraemer. Les premiers effets observables de ces essais seront visibles au début de l’été. Mais grâce au recul apporté par les essais belges, le conseiller de la CAA est confiant. « On sait que c’est une technique qui fonctionne. On ne l’avait pas encore essayé en Alsace car on n’avait pas le matériel à disposition. Maintenant, on veut montrer à nos agriculteurs que semer des couverts avec du maïs a un réel potentiel chez nous avec le risque minime de pénaliser les rendements. » Une limite existe cependant : l’impossibilité d’utiliser le désherbage mécanique dans une telle situation. Ce qui nécessite, au préalable, d’avoir un raisonnement global sur le choix de ses matières actives et ses techniques de désherbage.

EARL Mehn à Pfulgriesheim

Plaisir partagé

Publié le 02/05/2021

« Pour que le voyage soit réussi, il n’y a qu’une recette, c’est d’aimer les gens », avait confié le globe-trotteur André Brugiroux. Michèle Mehn, cultivatrice à Pfulgriesheim, pourrait en dire autant. La trentenaire partage tout ce qu’elle affectionne avec ses clients, en direct.

Dans le Kochersberg, l’EARL Mehn est connue pour ses asperges et ses cultiv’acteurs. Michèle et ses parents, Évelyne et Jean-Pierre, ont particulièrement développé la culture spéciale depuis 2014 et l’arrêt du tabac. Tous trois brûlent aussi les planches. Les septuagénaires ont commencé à jouer en 1983, au théâtre alsacien, à Pfulgriesheim. Michèle a suivi dès l’enfance, elle joue encore aussi au Théâtre alsacien de Strasbourg (TAS) mais a quitté le cabaret satyrique de la Choucrouterie en 2008, après cinq saisons, à la naissance du premier de ses deux garçons. Sur 53 ha, les Mehn (Michèle est exploitante depuis 2010, Évelyne, salariée, et Jean-Pierre, associé non-exploitant) produisent du maïs sur 16 ha, du blé sur une dizaine d’hectares, de la betterave sucrière sur 7 ha, des asperges sur 5,5 ha (seule culture irriguée, au rendement de 4 t/ha), des pommes de terre sur 80 ares (20 t/an environ) et entretiennent un verger de 10 ares (2 000 bouteilles de jus de pommes). Mais Michèle, titulaire d’un bac technologique productions végétales obtenu au lycée agricole d’Obernai, cultive encore bien plus que cela. « J’ai semé des radis, parce que nos clients en veulent et ils veulent qu’ils soient de chez nous. On a développé le magasin à la ferme et la vente en direct dans une cabane pour leur faire plaisir et nous faire plaisir. C’est un bonheur de leur proposer ce que nous, nous aimons, et ce qu’ils aiment aussi. En été, je vends des tomates de serre (1,6 t/an), parce que celles qu’on trouve en supermarchés sont rarement aussi bonnes. Je propose aussi des courgettes quand on en a trop pour notre consommation personnelle. Je ne gagne pas grand-chose avec ces fruits et légumes mais je ne vois pas ces productions comme un travail. Les clients sont exigeants et apprécient qu’on prenne soin d’eux », livre Michèle Mehn. En hiver, la mâche côtoie le jus de pommes et les pommes de terre (qui sont disponibles toute l’année) : toujours le souci de bien manger et de partager les bonnes choses. « Quand on est là, on sort le panneau. Les gens savent qu’ils peuvent s’arrêter », précise Michèle. Succès fou La vente directe s’est amplifiée avec la multiplication par trois du nombre d’hectares dédiés aux asperges, au fur et à mesure des sept dernières années. La culture à valeur ajoutée de la ferme était en partie vendue, avant 2018, à la coopérative d’Hoerdt. Aujourd’hui, presque tout part sur les étals des Mehn. Seul le quart de la production est vendu à un grossiste, la Sapam. La cabane de Michèle est installée entre Niederhausbergen et Mittelhausbergen actuellement, puisque plus aucun agriculteur de ces villages ne produit d’asperges. À l’été, elle regagnera le cœur de Pful’.       En place ! Asperges blanches et vertes , ? et rhubarbe. De 14h30 à 18h En face du cimetière de Mittelhausbergen Publiée par Ferme Mehn Asperges d'Alsace sur Lundi 26 avril 2021     Cette année, les températures fraîches n’aident pas les tiges blanches à pointer. Il est encore trop tôt pour voir exposées les neuf sortes d’asperges que Michèle adore présenter. Il y a les très grosses, les grosses, les fines, les très fines, les moyennes, les vertes, les fleuries… Elles peuvent être épluchées. « Ça demande beaucoup plus de travail mais c’est beau à voir et les gens peuvent choisir, panacher », ajoute Michèle, soucieuse de les chouchouter. À partir de 17 h, la cour de la ferme Mehn ne désemplit pas. On vient de loin pour leurs asperges qui sont vendues, pour le moment, à perte ! « Vu le nombre de kilomètres qu’on marche pour ramasser un kilo, cette mi-avril, on devrait le vendre 15 euros. Mais je me mets à la place des clients et on n’ira pas au-delà de 10 €/kg pour les grosses », déclare Michèle. Elle n’amortira jamais la calibreuse achetée en Allemagne, au début des années 2010 : une machine dont s’équipent généralement les exploitations qui ont 30 ha d’asperges. « Je voulais ça, tonne-t-elle en montrant l’engin hyper perfectionné. En pleine saison, on peut vendre jusqu’à 400 kg d’asperges par jour. Je passais mes journées à calibrer à l’œil et à la main ! Maintenant, je suis libérée de cette tâche. Je n’ai pas calculé : c’est ce qu’il me fallait. » « C’est un confort. La personne qui s’offre une belle voiture ne l’amortit pas non plus », compare son père. L’an passé, il a été agréablement surpris par la clientèle et la main-d’œuvre. Les produits frais et locaux ont eu un succès fou avec le Covid-19, et les jeunes au chômage partiel étaient motivés à travailler dans les champs. En 2021, les Polonais sont revenus et il est un peu tôt pour comparer les deux saisons. Mais tout ce que Michèle met en vente part. Hormis les fraises (d’Agathe à Vendenheim) et la rhubarbe (de Denis Schaeffer à Duntzenheim), Michèle Mehn ne vend que ses produits maraîchers. « Je ne pratique pas l’achat-revente. C’est un autre métier. Je ne suis pas un magasin », juge-t-elle. Par contre, elle propose du jambon (de Riedinger Balzer) et du vin blanc (de la Cave du Roi Dagobert) pour accompagner leurs asperges, ainsi que la mayonnaise élaborée par Alélor pour célébrer les 30 ans de l’association des producteurs d’asperge d’Alsace. « C’est notre période préférée, à tous, assure Michèle. C’est la plus dure, la plus éprouvante. On peut travailler sept jours sur sept, pendant deux mois. Mais avoir un bon produit et en être fier, c’est une satisfaction. »       A la ferme en ce moment *: * et aussi ?**, radis**jus de ? , ?, confitures ** encore en quantité limitée.... à cause du froid. Publiée par Ferme Mehn Asperges d'Alsace sur Vendredi 16 avril 2021     Suivre ses envies L’EARL Mehn ne compte que 53 ha mais Michèle travaille aussi les terres de deux doubles actifs : André Jacob, directeur de la Chambre d’agriculture Alsace et maire de Pfulgriesheim, et Gérard Duringer. Ce sont 120 ha au total que Michèle laboure chaque année. « On a regroupé toutes nos parcelles. On est organisé comme si c’était une seule exploitation. Je ne préviens plus forcément, quand j’entreprends un chantier », observe Michèle Mehn. Échanges de bons procédés et prestations de service : chacun y trouve son compte. André sème la betterave et plante le maïs pour tous. Michèle, le blé. Opérée du dos l’an passé, elle a été privée de tracteur douze mois consécutifs. « J’ai eu un choc quand j’ai repris le volant ! Positif. Comme j’étais bien ! J’adore la scène mais rouler en tracteur me rend plus heureuse encore », s’exclame l’exploitante. Une passion transmise par ses parents et grands-parents qui ne touche pas (encore ?) Samuel ni Antoine, 13 et 10 ans. « Pourquoi vous faites quelque chose d’aussi difficile, m’avait demandé le plus grand de mes fils, lorsqu’il avait 2 ou 3 ans. Ça ne les intéresse pas et ils voient les machines plus comme un danger qu’autre chose », constate Michèle Mehn. Elle encourage leur liberté. « Ils feront ce qu’ils ont envie. Je prends toujours tout comme ça vient. Je vis au jour le jour. Je m’adapte aux évolutions. Ce n’est pas très sage mais ça m’a toujours réussi. J’aime me laisser surprendre », dévoile Michèle, confiante.

L’asperge d'Alsace sort de terre

Les saisonniers sont prêts

Publié le 17/04/2021

La période des asperges a débuté en Alsace, dans les secteurs les plus précoces. Des débuts timides à cause du froid et des intempéries. Les producteurs attendent la hausse des températures pour promouvoir encore davantage ce produit local très apprécié des consommateurs.

Dans un premier temps, l’embellie a été de courte durée. « Quelques professionnels ont pu récolter leurs asperges grâce à un travail technique préalable avec des plastiques transparents de protection et/ou des mini-tunnels. Il y avait alors de belles températures. La qualité était au rendez-vous. Mais le froid, les gelées et la pluie ont ralenti la cadence. Nous avons donc démarré en douceur », explique Jean-Charles Jost, président de l’association des producteurs d’asperges en Alsace. Une association qui existe depuis 1991 et qui devait fêter son trentième anniversaire en grande pompe cette année. « Là également, la crise sanitaire nous empêche de nous retrouver. Mais ce n’est que partie remise. Nous pouvons en tout cas nous féliciter de ce parcours. Au départ, nous étions 6 ou 7 producteurs. Nous sommes aujourd’hui près de 120. Nous avons mutualisé nos moyens et effectué de remarquables campagnes de communication. Nous avons également mis en place un cahier des charges qui nous appartient. Il permet aux producteurs de produire qualitativement, dans le respect des normes sanitaires et de chaque terroir », ajoute Jean-Charles Jost. La communication digitale va également prendre une place plus importante à l’avenir. Néanmoins, les professionnels sont dans une situation différente par rapport à l’année passée où 15 à 20 % des asperges avaient été laissées aux champs en raison du contexte sanitaire et faute de main-d’œuvre à cause du premier confinement. « Cette fois, les saisonniers attendus sont bien là. Tout le monde a envie de travailler. Pour notre part, nous avons une quinzaine de personnes qui sont originaires de Pologne et de Roumanie. Ils sont là pour la saison. C’est-à-dire jusqu’au mois de juin », précise Pauline Klément qui gère l’exploitation de la famille Sibler à Sigolsheim avec sa mère, Clarisse, qui va prochainement partir à la retraite. « C’est d’autant plus facile de trouver des saisonniers que toutes les propositions d’emplois sont désormais centralisées sur le site internet de l’association. On a eu 850 inscriptions », précise Jean-Charles Jost. En Alsace, la saison de l’asperge permet en effet d’employer entre 500 et 700 saisonniers, pour un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros. C’est une production annuelle de 1 500 tonnes sur 45 hectares au total. Cette année, les professionnels tablent sur 1 800 tonnes.   La saison des asperges d'Alsace a commencé ! ? Nous vous rappelons que l'accès aux fermes est toujours possible malgré... Publiée par Fruits et légumes d'Alsace sur Vendredi 9 avril 2021   Un goût particulier Les asperges sont récoltées tôt le matin. Elles sont ensuite calibrées et conditionnées l’après-midi, puis livrées et/ou mises à la vente quelques heures plus tard. En 2020, les consommateurs se sont rués vers les magasins de producteurs pour acheter des asperges. Ils ont été pris d’assaut. « Les restaurants n’étaient pas ouverts. Ils sont venus en masse chez nous et ont distribué les asperges à la famille, puisqu’il y avait des restrictions kilométriques. Cette année, la tendance est la même. Les premières asperges ont rapidement trouvé leurs consommateurs. Pour notre part, nous avons un prix fixe de 10 € le kg pour l’ensemble de la saison » souligne Pauline Klément. Ces prix peuvent cependant fluctuer un peu partout dans la région entre 10 et 14 € le kilo. Pour les professionnels, l’asperge d’Alsace a un goût particulier qui se distingue des autres régions. « Avec notre terroir, elles sont très douces et goûteuses et très appréciées des consommateurs », ajoute Jean-Charles Jost. L’Alsace demeure un petit bassin de qualité pour l’asperge, derrière les Landes dont la production se situe entre 8 000 et 10 000 tonnes. Les autres régions productrices sont le Val de Loire et le Sud-Ouest. Tous autour d’une même table En Alsace, les producteurs peuvent également compter sur le soutien de l’Interprofession des fruits et légumes (Ifla) qui permet de mettre tous les acteurs de la filière autour de la même table et de proposer des actions et des communications en commun. Celles-ci permettent notamment d’apporter une vraie visibilité auprès des consommateurs. Concernant l’association des producteurs d’asperges en Alsace, elle s’est également associée avec des partenaires comme la mayonnaise Alenor qui est exclusivement distribuée par les producteurs. C’est la même chose pour les épices de Georges Colin à Mittelhausen. « La démarche économique de ce projet est intéressante. Elle permet à des acteurs de l’agroalimentaire de développer leur créativité en s’appuyant sur le particularisme de l’asperge d’Alsace. Là également, Alelor fait partie de l’Ifla puisque son produit phare est le raifort », précise Jean-Charles Jost. Au fil des jours et de la hausse des températures, la récolte des asperges va désormais prendre son envol. Chez les Sibler par exemple, cette culture fait désormais partie du patrimoine de l’entreprise. « Nous faisons de l’asperge depuis une trentaine d’années. Au départ, c’était un produit annexe. On l’a développé par passion. Il est devenu le produit phare de l’exploitation et le premier produit du printemps. L’asperge est conviviale, populaire et facile à cuisiner. Elle ne demande pas trop de travail », conclut Pauline Klément.

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