Cultures

Pomme de terre d’Alsace primeur

« Une bonne année »

Publié le 08/07/2020

2020 est « une bonne année pour la primeur », d’après Denis Jung, conseiller en production de pommes de terre à Planète Légumes et animateur de l’association pour la promotion de la pomme de terre d’Alsace. Pas de maladie, peu de ravageurs : la primeur a été épargnée, sauf par la sécheresse. Il a fallu irriguer.

Les premières pommes de terre primeur d’Alsace ont été récoltées fin mai. Elles le seront jusqu’à mi-août, date légale à partir de laquelle les pommes de terre ne pourront plus être qualifiées de primeur mais seront vendues sous l’appellation « nouvelles ». Les rendements 2020 en pomme de terre d’Alsace primeur sont satisfaisants dans l’ensemble. Ils se situent généralement entre 20 et 40 t/ha. Près de 130 ha sont récoltés en primeur sur les deux départements alsaciens, soit un dixième de la surface dédiée à la culture de la pomme de terre - surface qui est restée stable entre 2019 et 2020 alors qu’elle a légèrement augmenté dans la majorité des autres bassins de production. « Beaucoup de producteurs alsaciens de pommes de terre de conservation font de la primeur », remarque Denis Jung. Cette année est « particulière » à plus d’un titre, dixit le conseiller technique. L’hiver doux, peu pluvieux - il y a eu peu de gel - n’a pas permis une préparation du sol optimale à la sortie du printemps. Qu’à cela ne tienne, les premières plantations ont eu lieu mi-mars, et parfois avant, dans des sols assez froids : 2 °C au 1er avril. Les conditions climatiques ont été bonnes, de mi-mars à début mai. Le mois d’avril chaud et sec a permis des levées assez rapides. Le froid de début mai, lui, a engendré moins de tubercules mais de plus gros calibres. « Il n’y a pas eu de dégâts de gel sur les pommes de terre », précise Denis. D’autres cultures ont souffert mi-mai. Les pommes de terre « double-bâchées » ont pu être récoltées dès fin mai pour les premières. Leur récolte se poursuit tout ce mois de juin. Les pommes de terre bâchées une fois sont ramassées actuellement et jusqu’à la fin du mois. Celles non bâchées seront récoltées en juillet ou après, selon la demande, et seront commercialisées en « primeur » ou déjà en « nouvelles », si elles sont arrivées à maturité. « La récolte démarre bien. Elle a été ralentie par les pluies dans le sud de l’Alsace, puisqu’il faut éviter que la terre colle à ce délicat tubercule, mais ça s’accélère », commente l’ingénieur. Les bâches ont fait office de filets anti-insectes. Sur ces pommes de terre précoces, presque aucun problème lié aux pucerons, ni aux doryphores, alors même qu’ils pullulent. Mi-mai et début juin, des épisodes à risque de mildiou ont été redoutés, mais aujourd’hui l’animateur de l’association pour la promotion de la pomme de terre d’Alsace est catégorique : « Il n’y a de mildiou nulle part. » « C’est une bonne année pour la primeur mais il a fallu irriguer très tôt », enchaîne-t-il. Six tours d’eau ont été nécessaires sur certaines parcelles… aussi pour protéger du gel, dans certains cas. L’arrosage a parfois obligé à protéger contre le mildiou et l’alternaria. Les limaces ne posent pas problème : « C’est assez calme », observe Denis Jung.   Les délicieuses pommes de terre #primeur d'#Alsace sont de retour sur les étals, dispo jusqu'à la mi-août. Bon appétit ?@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/TrQHjeqTZK — Germain Schmitt (@germain_schmitt) June 26, 2020   « Pas de pression sur les prix » Les variétés cultivées pour être arrachées précocement sont souvent les suivantes, en Alsace : adora, primabelle, annabelle, charlotte, artemis et anaïs. La pomme de terre primeur, peleuse, est récoltée en vert, souvent à la main, car sa peau est fragile. Elle s’ôte au doigt. C’est un produit frais, à conserver comme un légume frais, apprécié pour sa saisonnalité, sa texture et son goût. Gros avantage : on peut la manger avec la peau. Elle ne subit aucun traitement. Riche en sels minéraux et en fibres, elle contient moins d’amidon qu’une pomme de terre de conservation : elle est donc moins calorique. Denis Jung énumère ses qualités pour qui vendrait en direct. Pour l’instant, la grande majorité des producteurs alsaciens à commercialiser la primeur sont en circuit court. La pomme de terre d’Alsace primeur arrivera sur les étals des supermarchés plutôt fin juin ou début juillet, en même temps que démarrera la campagne de publicité prévue sur France bleue. « 50 % des pommes de terre d’Alsace primeur sont commercialisées en grande et moyenne surface », intervient Yannick Wir, animateur de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (IFLA) pour la filière sud Alsace. L’association pour la promotion de la pomme de terre d’Alsace met en avant un emballage spécifique : un filet d’1,5 kg, assez aéré, adapté à sa fragilité. « C’est un achat plaisir, de petite quantité », souligne Denis Jung. Les prix des pommes de terre d’Alsace primeur varient d’1,4 €/kg à 0,8 €/kg, des premières récoltes à la fin de la saison, alors qu’une pomme de terre de conservation d’Alsace se vend 0,6 €/kg. Cette année, en France, « on a autoconsommé nos pommes de terre », dit Denis Jung. Les pommes de terre primeur de l’ouest du pays sont arrivées sur le marché au printemps, « il n’y a pas de télescopage, donc pas de pression sur les prix », ajoute-t-il. La demande en produits locaux et de saison semble forte, en cette période post-épidémique. 2020 sera donc aussi, a priori, une bonne année pour la primeur alsacienne, au niveau des ventes. C’est d’autant plus appréciable que le coût de revient d’une primeur est deux à trois fois supérieur à celui d’une pomme de terre de conservation, puisqu’il faut des bâches et du personnel pour manipuler le matériel et le tubercule primeur, dont le rendement est forcément inférieur à celui des pommes de terre arrivées à maturité. « Il n’y a pas de frais de stockage sur la primeur, mais l’emballage est plus cher », rapporte encore Denis. La pomme de terre primeur doit permettre aux producteurs de pommes de terre, de rentrer de l’argent rapidement et, à ceux en vente directe, d’élargir leur gamme.  

Association générale des producteurs de houblon de France (AGPH)

La filière s’organise et s’étoffe

Publié le 07/07/2020

L’Alsace reste la principale région productrice de houblon mais la culture se déploie partout en France, portée par une vague d’engouement pour les bières brassées localement avec des ingrédients locaux et, si possible, bios. Une évolution à accompagner et encadrer.

Jeudi 25 juin, l’association générale des producteurs de houblon de France (AGPH) était réunie en assemblée générale. Pour son président, Bernard Ingwiller, cette réunion a été l’occasion de rappeler que l’association œuvre à la défense des producteurs de houblon. Et, cette année en particulier, il y a eu du pain sur la planche. Les houblonniers sont en effet confrontés à l’harmonisation des règles d’utilisation de produit de protection de plantes au niveau européen, à la nécessité de pouvoir déployer le recours à l’irrigation des houblonnières, et au respect des Zones de non-traitement (ZNT). En outre, du fait de l’épidémie de coronavirus, les coûts de production sont attendus en forte hausse cette année. En effet, les houblonniers ont dû avoir recours à une main-d’œuvre locale, donc plus chère, afin de réaliser en temps et en heure les travaux dans les houblonnières. Antoine Wuchner, secrétaire général de l’association, a présenté la situation du houblon en France et à l’international. La baisse de la consommation de bière, conséquence de la fermeture des bars, restaurants et de l’annulation des festivals et autres évènements, fait craindre pour les négociants un report de consommation de houblon au niveau mondial avec un impact négatif à prévoir sur les prix, si les volumes de récolte prévus en hausse venaient à se concrétiser en septembre. En France, les surfaces de houblon ne cessent d’augmenter. L’Alsace reste le premier producteur avec 475 ha, vient ensuite le Nord, avec 35 ha. « La culture progresse surtout en dehors des régions historiques et dans toutes les régions. La France compte à ce jour 530 ha de houblon, avec une tendance haussière », a précisé Antoine Wuchner. La demande en houblon bio ne cesse d’augmenter. La progression de la surface de houblonnière bio est impressionnante en Alsace : elle a été multipliée par quatre en trois ans, pour atteindre 80 ha en 2022. En outre, les projets de culture de houblon hors régions historiques concernent à 90 % du houblon bio. Cette extension de la production de houblon hors des zones historiques se traduit par la création de nouveaux groupements de producteurs. Quatre structures ont demandé à rejoindre l’AGPH : Hopen Terre de Houblon (Sud-Ouest), l’association de Houblons de Normandie, La Bière de Provence (Sud-Est) et Houblons de France. Des adhésions qui ont été validées par le Conseil d’administration de l’AGPH et qui devraient donner lieu à un séminaire de travail fin août, afin de définir la vision de l’AGPH à l’horizon 2022.    

Petits fruits

Jusqu’ici tout va bien

Publié le 05/07/2020

« On était tranquille », résume Marie-Laure Schnell, conseillère en arboriculture et en petits fruits à la Chambre d’agriculture Alsace. Jusqu’à présent, hormis les épisodes de gel de mars et d’avril, rien à signaler de préoccupant dans les cultures de myrtilles, framboises, groseilles ou mûres.

Comme en arboriculture, le début de la saison pour les petits fruits a été délicat. Le gel, fin mars et début avril, a brûlé des fleurs. Les variétés précoces de framboises et de myrtilles n’ont rien donné ou presque, les grappes de groseilles précoces n’étaient pas complètes. La suite a été de mieux en mieux : « Les volumes sont corrects, dans la norme, la qualité est top », souligne Marie-Laure Schnell. En myrtilles et en groseilles, on se situe autour de 6 à 8 t/ha en conventionnel et de 4 à 5 t/ha en bio. En framboises et en mûres, de 6 à 7 t/ha en conventionnel et de 3 à 5 t/ha en bio, pour des arbres arrivés à leur pleine capacité de production, toujours. À Seebach, Jean-Luc Rott estime, toutes variétés confondues, être à 10 t/ha en moyenne de framboises sous tunnel. « Globalement, le rendement est correct. On est dans la norme », juge-t-il. L’agriculteur, en Gaec avec son frère, cultive 170 ares de petits fruits, principalement des framboises, et autour de 25 ares de myrtilles et de 25 ares de mûres. « Alors qu’en variété précoce en framboises, 30 à 40 % des fleurs ont gelé. On s’est bien rattrapé, souligne-t-il. La saison tire en longueur, comme en cerises, d’ailleurs. Au lieu des six à sept semaines de récolte habituelles, on sera à dix semaines de récolte a priori cette année. La météo a favorisé la repousse », explique-t-il. Le temps chaud et sec a aussi été propice aux petits fruits car il est défavorable à la drosophile suzukii. Le moucheron d’origine asiatique qui a causé des pertes conséquentes en fruits en 2014, est pour l’instant absent des cultures. Les pluies de ces derniers jours doivent tout de même alerter : l’insecte aime le chaud et l’humide. Si le vent ne sèche pas vite les arbustes, il pourrait venir pondre dans les fruits mûrs et les asticots feraient bombance. « Il n’y a pas de solutions miracle contre la drosophile suzukii. Les produits sont efficaces à 60 % seulement », rappelle Marie-Laure Schnell. Puisqu’il peut y avoir de sept à huit générations de drosophiles suzukii par an et qu’elles sont si difficiles à arrêter, mieux vaut les identifier tôt ! La chambre d’agriculture d’Alsace informe ses adhérents grâce à son réseau de piégeage de la présence ou non du ravageur. Elle travaille en collaboration avec la Fredon sur cette thématique. Marie-Laure Schnell partage la recette du piège à drosophile suzukii : dans une bouteille d’eau entaillée dans sa partie basse, de trous d’1 à 2 mm maximum, il faut mélanger un tiers de vin rouge, un tiers de vinaigre de cidre et un tiers d’eau avec quelques gouttes de produit vaisselle pour remplir le fond du contenant de 3 à 4 cm. Le mélange attractif permet de capturer le petit moucheron, le liquide vaisselle d’éviter un agglomérat d’insectes qu’on ne pourrait plus distinguer.   Les #fruits de l'#été, c'est maintenant ! L'#Alsace vous en offre une grande diversité, c'est le moment de s'en régaler ! #CeuxQuiFontLesFruits@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/3QjGrJpiHW — Germain Schmitt (@germain_schmitt) July 3, 2020 Des prix comparables aux années passées Jusqu’ici tout va bien ! Si la météo a avantagé les pucerons verts, rien d’inhabituel, ni de surprenant n’est à constater. La filière n’a pas été submergée. La floraison et la pollinisation des fleurs se sont bien passées. La moniliose n’a touché que quelques variétés de petits fruits, surprises par les pluies des deux derniers mois… quand le cultivateur n’avait pas protégé les plantes. La récolte - qui s’est achevée en mai pour les petits fruits sous serre et qui est en cours pour tous ceux en pleine terre - se déroule aisément. « Les fruits sont relativement sains, précise Marie-Laure Schnell. C’est une année assez facile, pour l’instant. » Elle espère que les oiseaux ne feront pas de dégâts : les producteurs de petits fruits ont été assez épargnés, pour le moment. Les prix de vente en direct se situent généralement entre 8 et 10 €/kg en myrtille et entre 8 et 14 €/kg en framboises, selon la concurrence. Pour la libre cueillette, ils tournent autour de 4 ou 5 €/kg en myrtille et de 5 à 7 €/kg en framboises. Les groseilles se vendent en direct entre 6 et 8 €/kg. En gros, les prix varient selon le conditionnement. L’idéal serait de vendre ses myrtilles entre 6 et 8 €/kg et ses framboises entre 7 et 10 €/kg. Le prix moyen à Rungis au 25 juin d’une barquette de 125 g était de 16 € HT/kg ; à Strasbourg, il s’élevait à 16,53 € HT/kg. Jean-Luc Rott vend ses framboises et ses myrtilles au même prix en direct à la ferme : entre 10 et 12 €/kg. La coopérative allemande Oberkirch lui achète en gros au même tarif que les années précédentes, voire à un tarif un peu plus élevé, sauf quand il y a surproduction. Les clients de la coopérative sont livrés au marché-gare de Strasbourg. La grande inconnue reste le comportement des consommateurs : seront-ils toujours aussi friands de produits locaux maintenant que la vague de solidarité (et de peur) liée au Covid-19 est passée ?  

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