Cultures

Houblon & co

Dans l’expectative

Publié le 16/06/2020

Alors que les lianes de houblon s’élancent dans les houblonnières, ceux dont l’activité dépend de leurs cônes odorants sont dans l’expectative. L’épidémie de coronavirus a fortement déstabilisé le marché de la bière, boisson conviviale par excellence. Inévitablement, le marché du houblon sera impacté. Mais l’ampleur de la vague reste difficile à estimer.

Avec 487 ha de houblonnières en Alsace, la surface dédiée à la production de houblon est stable. Sur ces 487 ha, 455 sont en production, la trentaine d’hectares restant étant en repos temporaire pour être replantée à l’automne avec de nouvelles variétés, précise Christian Lux, responsable agronomie et environnement au Comptoir agricole. En effet, la phase de reconversion variétale, amorcée afin de répondre aux attentes du marché avec de nouvelles variétés aromatiques, se poursuit. De même, pour répondre à l’importante demande en houblon bio, trois planteurs sont en cours de conversion à l’agriculture biologique, soit 42 ha de houblonnières. La surface de houblon bio en Alsace devrait donc passer de 33 ha actuellement à 75 ha en 2022. L’Alsace compte actuellement quarante producteurs de houblon, un chiffre assez stable mais le Comptoir agricole en voudrait davantage : « Nous continuons à chercher des jeunes prêts à se lancer dans la culture de houblon », souligne Christian Lux. La pénurie de main-d’œuvre évitée Le confinement engendré par la Covid-19 a été source d’inquiétude pour les producteurs : « Il coïncidait avec le démarrage d’opérations qui requièrent de la main-d’œuvre, comme la taille, l’ébroussage, et c’est aussi à ce moment qu’on termine normalement la campagne de recrutement pour la mise au fil… », rapporte Sébastien Holtzmann, producteur à Wingersheim. Traditionnellement, ce sont souvent des Roumains ou des Polonais qui sont embauchés à cette fin. Sauf que les faire venir en France s’annonçait compliqué. Finalement, suite aux appels au renfort de la main-d’œuvre locale lancés par la profession, et à l’autorisation d’embaucher des personnes au chômage partiel, la pénurie de main-d’œuvre ne s’est pas concrétisée. Certes, « il y a eu pas mal d’apprentissage à faire, et le rendement horaire s’en ressent mais, globalement, on s’en sort bien », constate Sébastien Holtzmann. Du vent dans les lianes La compaction du sol, engendrée par un hiver pluvieux et sans gel a été source de quelques difficultés, notamment pour la taille, qui s’est faite « moins facilement », rapporte Christian Lux. La sécheresse printanière n’a pas spécialement affecté les plants, sauf les plus jeunes, qu’il a fallu arroser, « alors que tous les producteurs ne sont pas forcément encore équipés », pointe Sébastien Holtzmann. Le vent du nord et la faible hygrométrie ont pour corollaire une situation sanitaire très saine pour le moment. Mais, suite au retour des précipitations, « il va falloir être vigilant et notamment surveiller la progression du mildiou », prévient Christian Lux. Et, s’il chasse les champignons, le vent a aussi tendance à empêcher les lianes de s’enrouler correctement au fil. Résultat, les houblonniers passent actuellement beaucoup de temps à remettre les lianes aux fils. Si on ajoute à cela les effets du confinement, la note en termes d’heures de travail s’annonce assez salée cette année : « Au moins les houblonnières sont belles, espérons que ça dure », souhaite Sébastien Holtzmann. Moins de bière consommée, moins de houblon utilisé D’un point de vue conjoncturel, le marché du houblon est bien évidemment marqué par l’épidémie de coronavirus, qui a entraîné dans son sillage la fermeture des bars, restaurants, ainsi que l’annulation des festivals et autres rencontres sportives estivales… autant d’occasions de consommer de la bière qui se sont évaporées : « Ces mesures ont eu un impact très négatif sur la consommation de bière, impact qui s’est répercuté sur le marché de ses matières premières, dont le houblon », indique Antoine Wuchner, responsable de l’activité houblon au Comptoir agricole. Moins de bière consommée, c’est moins de bière fabriquée, donc moins de houblon utilisé. Les brasseurs se retrouvent donc avec des stocks de houblon sur les bras. Aussi, Antoine Wuchner s’attend à des reports sur les contrats passés avec certains clients : « L’ampleur de ces reports va dépendre de la dynamique de réouverture des bars et restaurants », estime-t-il. Mais, quoi qu’il en soit, le marché sera pénalisé. Ne serait-ce que parce que les festivals estivaux, eux, sont bien morts et enterrés. Le comble serait une récolte de houblon abondante : « Comme les brasseurs ont du stock de houblon qui s’accumule, la nouvelle récolte arrivera sur un marché spot, c’est-à-dire hors contrat, caractérisé par des prix bas. » Bref, la situation n’est pas rose. Mais Antoine Wuchner pointe quelques éléments positifs. Le premier, c’est que ce phénomène est mondial, donc que tous les pays producteurs de houblon sont embarqués dans la même galère. En outre, « l’Alsace est mieux armée que lors de la dernière crise houblonnière qu’elle a eue à traverser, parce qu’elle a étoffé sa gamme de variétés, parce que la production de houblon bio se développe, et que le schéma de commercialisation a été diversifié et travaillé. » Enfin, la demande en houblon bio reste soutenue, et la production française, même si elle augmente, ne couvre pas encore les besoins. Des fûts sur les bras Lorsque le confinement a été instauré en France, le 17 mars, les brasseurs qui privilégient les cafés, hôtels, restaurants (CHR), festivals et autres festivités estivales pour écouler leur production se sont retrouvés avec leur stock de fûts prêts pour la saison sur les bras, « dans des proportions assez diverses selon la part réservée aux CHR, aux grandes et moyennes surfaces (GMS…)», précise Éric Trossat, président du syndicat des brasseurs d’Alsace. Or, dans les CHR, la majeure partie des volumes de bière est écoulée au cours des deuxième et troisième trimestres, la consommation étant notamment boostée par l’ouverture des terrasses. Cette année, elles sont restées vides jusque très récemment. « Ce volume de bière qui n’a pas été vendu est définitivement perdu », constate Éric Trossat. Tout comme celui qui aurait été absorbé par les manifestations sportives et culturelles qui n’auront pas lieu cet été. Pour le reste, « la vente de bouteilles a plutôt bien fonctionné », tempère le président du syndicat des brasseurs d’Alsace. Avec, même, un engouement pour les produits locaux, que les GMS ont accompagné. En outre, certaines microbrasseries, peu ou pas référencées en GMS, ont fait preuve d’imagination pour écouler leur marchandise, mettant en place des drives, de la livraison à domicile… Gérer l’écoulement des stocks pour limiter les pertes Reste que, durant tout le confinement, et face à leur stock, rares sont les brasseurs à avoir produit des fûts. Depuis, certains ont recommencé à brasser, d’autres attendent encore, comme à la brasserie Uberach où Éric Trossat, son dirigeant, « attend de voir » comment l’activité des CHR reprend. « De toute manière, ils vont commencer par écouler les fûts qu’ils ont en cave », constate-t-il. L’objectif, pour les brasseurs, est donc désormais de gérer l’écoulement de leur stock pour subir le moins de perte possible. Car la bière est un produit sensible, dont les qualités organoleptiques s’altèrent avec le temps. Par exemple, l’amertume des bières IPA, obtenue grâce à une teneur en houblon importante, s’estompe avec le temps. L’impact de l’épidémie de coronavirus sur la filière brassicole est donc désormais suspendu à la dynamique de la reprise de l’activité des CHR : « Tout n’est pas foutu mais il faut que ça reparte », résume Éric Trossat. Hop, tous en terrasse - dans le respect des gestes barrières.  

Publié le 11/06/2020

Les surfaces de tabac sont en baisse sur le périmètre de la CT2F. Une baisse significative (-20 %), mais qui s’avère plus structurelle que conjoncturelle. L’épidémie de coronavirus elle, impacte à la fois la consommation de tabac à chicha, et la mise en production du tabac en Europe.

La plantation de tabac est achevée sur le territoire de la Coopérative tabac feuilles de France (CT2F). Globalement, elle a été effectuée dans de bonnes conditions (lire en encadré) et, surtout, le plan de production tel que prévu sur la base des intentions de plantation des tabaculteurs, a été respecté. Un bon point pour la France, puisque dans les autres pays producteurs de tabac européens, la situation est différente. En Allemagne, en Pologne ou en Italie, les surfaces implantées s’avèrent inférieures aux intentions émises en hiver. En cause : l’épidémie de coronavirus, qui a menacé l’accès à la main-d’œuvre étrangère dont ces pays sont tributaires pour la production de tabac. « Pour la plantation, cette main-d’œuvre était non seulement moins disponible, mais aussi moins bien acceptée par la population locale, notamment en Allemagne, par crainte qu’elle ne représente un vecteur de diffusion du virus. Et puis un certain nombre de planteurs ont aussi eu peur de planter du tabac et de ne pas pouvoir le récolter si les restrictions de mouvement des populations devaient perdurer. Ils ont donc préféré être prudents en réduisant leur surface, voire en faisant une année blanche », indique Rémy Losser, tabaculteur à Mussig et président de la CT2F. Le bilan global de cette tendance à la réduction des surfaces en Europe n’a pas encore été dressé, mais Rémy Losser avance très prudemment quelques chiffres : « -10 % en Italie, - 20 % en Allemagne… » En Pologne, à la pénurie de main-d’œuvre s’ajoute une sécheresse marquée, aggravée par le manque d’infrastructures dédiées à l’irrigation. Si la France, confrontée aux mêmes problématiques d’accès à la main-d’œuvre, parvient à remplir les objectifs de son plan de production, c’est essentiellement parce que la culture du tabac, et notamment sa récolte, y est significativement plus mécanisée : « C’est clairement un atout, commente Rémy Losser, car cela relativise le besoin en main-d’œuvre étrangère. » La consommation de tabac à chicha impactée par le coronavirus Parallèlement à cette réduction de la mise en production de tabac en Europe, ce début d’année 2020 est marqué par une baisse de l’activité commerciale sur le marché du tabac à chicha. Une baisse qui est d’une part liée au ralentissement global du trafic maritime suite à l’épidémie de coronavirus : « Pendant six à huit semaines, tout a été suspendu, les ports étaient bloqués, il y a eu une pénurie de conteneurs… le commerce était donc ralenti mais il y avait du stock », décrit Rémy Losser. Et puis, contrairement à la consommation de cigarettes, qui a peu été impactée par l’épidémie, « il y a eu une baisse significative de la consommation de tabac à chicha, de - 30 à - 40 %, durant plusieurs semaines, notamment dans les pays du Moyen-Orient », indique Rémy Losser. En effet, contrairement à la consommation de cigarette, individuelle, le tabac à chicha se consomme généralement de manière conviviale, en groupe, dans des bars à chicha qui ont pour la plupart fermé leurs portes au plus fort de l’épidémie. « À ce jour, l’ambiance est plutôt rassurante et, si la tendance reste à une reprise de la consommation de tabac à chicha, l’épidémie de coronavirus devrait se traduire par une baisse de la consommation de 10 % sur l’année », estime Rémy Losser. Baisse historique des surfaces en France Bien que le plan de production de la CT2F soit rempli, la surface de tabac qui relève de la coopérative affiche une baisse de 20 %. « L’année 2019 a été celle de la restabilisation de la filière française, tant au niveau des capacités d’écoulement que des prix, des volumes et de la qualité des tabacs », indique Olivier Riedinger, directeur de la CT2F. Malgré cela, cette baisse de surface, « la plus importante depuis l’arrêt des soutiens européens à la production de tabac en 2014 », était attendue. Olivier Riedinger et Rémy Losser y voient plusieurs raisons. Pour le directeur, les années 2017 et 2018, compliquées, ont laissé des traces. En outre, « certains producteurs n’ont pas su transformer le virage vers la mécanisation de la production, ou ne l’ont carrément pas pris. Ils se sont alors retrouvés confrontés à des coûts de main-d’œuvre trop importants. » L’arrêt définitif de la production de Burley a aussi joué. Olivier Riedinger estime qu’en Alsace, cette mesure a poussé une quinzaine de producteurs avec leurs 50 ha de tabac vers la porte de sortie en deux ans. Pour Rémy Losser, la baisse de la surface tabacole n’est pas tant liée à des questions de manque de rentabilité ou de perspective, qu’à la restructuration de certaines exploitations. Il illustre : « Dans des départements comme la Vienne ou les Charentes, quand une exploitation en reprend une autre, il n’est pas rare qu’elle double sa surface. Or, quand on passe de 150 ha de SAU dont 15 ha de tabac à 300 ha de grandes cultures à gérer, cela remet en question la pertinence d’un atelier de production de tabac. » Et puis il y a aussi - et c’est le cas en Alsace - des agriculteurs qui préparent leur départ à la retraite sans perspective de succession. Pour continuer à assurer la rentabilité de l’atelier de production de tabac, il leur faudrait investir mais, à quelques années de la retraite, ils préfèrent arrêter. À raison de 15-20 ha perdus par-ci par-là, les raisons de cette baisse de surface de 20 % sont rapidement élucidées. Avec cette baisse des surfaces, le volume de tabac produit en France devrait lui aussi significativement reculer. Pour commercialiser le tabac de ses adhérents, la CT2F va contractualiser au courant du mois de juin avec ses quatre metteurs en marchés (NDLR : Alliance One, CNT, Mella et German Tobaco) : « Nous allons repartir sur les mêmes bases qu’en 2019, avec quelques ajustements de curseur entre les différents opérateurs », avance Rémy Losser.

Chou à choucroute

Ça part mal

Publié le 10/06/2020

Sécheresse, ravageurs, la campagne 2020 de chou à choucroute démarre mal en Alsace. Sachant que la surface diminue régulièrement depuis des années, ce n’est pas très rassurant.

La plantation des choux à choucroute se termine doucement, et elle n’a pas été une mince affaire. Comme pour l’implantation des autres cultures de printemps, les producteurs ont été confrontés à des conditions de travail du sol difficiles, suite à un hiver doux. L’heure de la plantation venue, l’absence de précipitations a entraîné un recours quasi systématique à l’irrigation pour assurer la reprise des plants, « alors que c’est quelque chose qui ne se faisait jamais », note Anaïs Claudel, conseillère alliacées, choux et navets salés à Planète Légumes. Puis, les choux sont assez bien partis, mais malheureusement, les ravageurs ont eux aussi profité de la chaleur et du soleil. « Nous avons été confrontés à de très grosses et très précoces attaques de pucerons, sur des choux à peine plantés, alors que normalement elles ne débutent que mi-juin. Avec, en parallèle, des attaques d’altises », décrit Anaïs Claudel. Une situation sanitaire compliquée donc, qui a imposé d’effectuer des traitements pour protéger les cultures, en plus des tours d’eau. « Les choux ne meurent pas suite aux attaques de pucerons mais leur salive contient une toxine qui décolore les feuilles de chou. Ceux-ci sont affaiblis et, à la pommaison, il peut y avoir des déformations, qui peuvent entraîner le développement de pourritures », décrit la conseillère. Mal partie, la campagne 2020 de production de choux à choucroute pourrait donc s’avérer compliquée jusqu’au bout, surtout si, comme le redoutent les producteurs, l’été devait à nouveau être chaud et sec, les obligeant à enchaîner les tours d’eau à un rythme soutenu.

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