Visite préfectorale
La forêt, de l’aval à l’amont
Visite préfectorale
Publié le 20/07/2020
À l’invitation de l’ONF, Josiane Chevalier, préfète de la Région Grand Est et du Bas-Rhin, a visité la scierie Feidt, à Molsheim, et découvert les enjeux auxquels sont confrontés le massif forestier et la filière bois.
C’était une visite en deux temps : l’ONF et ses partenaires - la forêt privée, les communes forestières et l’interprofession Fibois Grand Est - ont d’abord fait découvrir à Josiane Chevalier, préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin, l’aval de la filière bois, avant de la conduire dans la forêt domaniale de Haslach le 3 juillet dernier. Première étape du périple, la scierie Feidt, à Molsheim. Une entreprise familiale autrefois spécialisée dans la fabrication de caisses à bière, qui s’est reconvertie en 1967 dans les palettes. De nombreux investissements ont été consentis, permettant d’accroître la production jusqu’à ce qu’un incendie détruise totalement l’outil de production en octobre 2006. Un coup dur que Bernard Feidt, PDG de l’entreprise, son épouse Marie-Laure et ses deux fils, Christian et Matthieu ont réussi à surmonter avec beaucoup de volonté. Grâce à un investissement de 23 M€, ils ont réussi à tout reconstruire en deux ans. L’entreprise s’est dotée d’une unité de sciage capable de traiter 100 000 m3 de bois ronds, équipée des technologies les plus innovantes, de deux lignes de production de palettes et de quatre unités de séchage. Un nouveau parc à grumes est en cours d’aménagement et une nouvelle ligne de clouage numérisée unique en Europe sera installée en 2020. Une entreprise « très précieuse » La scierie Feidt, qui emploie 38 salariés, transforme annuellement 68 000 m3 de bois ronds, dont 70 % de résineux, 25 % de peuplier et 5 % de hêtre. Elle signe des contrats avec l’ONF, ce qui lui permet de s’assurer une sécurité dans ses approvisionnements, « avec des prix qui tiennent la route ». « C’est une entreprise très précieuse pour la filière car elle valorise des bois déclassés », précise Jean-Pierre Renaud, directeur territorial Grand Est de l’ONF. Elle utilise par exemple des bois scolytés qui ne peuvent être valorisés autrement. Par ses activités, elle génère aussi des produits connexes (écorces, sciure, plaquettes) dont l’écoulement est rendu difficile depuis la crise sanitaire. La scierie perd 3 000 € chaque jour en raison de ce problème, mentionnent ses dirigeants. Avec 1,3 million de palettes fabriquées en 2019 pour un chiffre d’affaires de 13 M€, l’entreprise de Molsheim se classe parmi les dix premiers producteurs de palettes français. Elle propose 250 références différentes et est capable de s’adapter à des demandes très pointues. La nouvelle ligne de clouage, conçue avec le fabricant, lui permettra de sortir jusqu’à 600 palettes par heure, contre 200 à 250 aujourd’hui. De qui répondre encore plus rapidement à la demande de ses clients, situés majoritairement dans un rayon de 120 km. Avant de rejoindre la forêt de Haslach pour évoquer les enjeux forestiers, Thierry France-Lanord, président de Fibois Grand Est, et Sacha Jung, délégué général, ont présenté l’interprofession et son rôle essentiel dans le fonctionnement de la filière. « C’est parce qu’on arrive à valoriser le bois qu’on fait de la sylviculture. » À la préfète de Région, Jean-Pierre Renaud a rappelé que le Grand Est possède l’un des plus grands massifs forestiers de France, composé aux trois-quarts de feuillus et un quart de résineux. Le premier enjeu est celui de la production. Celle-ci est menacée par plusieurs phénomènes : le dépérissement de différentes essences - les épicéas sont attaqués par les scolytes, les frênes et les chênes par les chenilles - et le changement climatique. Les arbres sont capables de résister un certain temps à l’augmentation des températures, reconnaît le directeur territorial Grand Est de l’ONF, mais au bout du compte, ils finissent par dépérir. Le processus de dégradation est bien visible et « pose question pour l’avenir. » Le dépérissement entraîne des pertes économiques pour la filière. Des opérations de « dégagement » de bois ont déjà eu lieu en direction de l’ouest et du sud-ouest, grâce à des subventions accordées pour le transport. Mais l’épidémie de Covid-19 a stoppé l’activité des entreprises forestières. Celle-ci n’a repris qu’au ralenti et les volumes de produits connexes accumulés durant ce temps, bloquent encore la reprise, souligne Jean-Pierre Renaud. « À l’agence ONF de Schirmeck, le volume de bois scolytés ou dépérissants s’ajoute à celui des chablis de cet hiver », témoigne Béatrice Longechal, sa directrice. « Beaucoup de bois vont rester sur pied », prévoit Vincent Ott, les propriétaires privés étant peu enclins à engager des frais pour récolter du bois qu’ils ne pourront pas vendre ou seulement en bois énergie. La pression sur les chasseurs Pour reconstituer la forêt, la régénération naturelle est souvent la solution la plus pertinente. Mais elle est compromise par la présence excessive de gibier : les animaux se nourrissent des jeunes plants. La préfète de Région a pu le constater, comme ses prédécesseurs avant elle : les traces de pousses abrouties sont nombreuses dans cette portion de la forêt de Haslach. « Pour résoudre le problème du déséquilibre forêt-gibier, les forestiers ont repris les fusils », indique Jean-Pierre Renaud, suivant l’exemple de leurs homologues bavarois. Vincent Ott, président des forestiers privés, et Pierre Grandadam, président de l’association des communes forestières, insistent pour que la préfète mette la pression sur les chasseurs, afin qu’ils tirent davantage de gibier. Les maires aussi doivent être sensibilisés à cette question : en 2023, les baux de chasse vont être reloués dans les forêts communales et si l’on veut réguler les effectifs de gibier, il est important de faire cesser la surenchère sur le prix des locations. « Il vaudrait mieux louer moins cher à des chasseurs qui sont nos partenaires », insiste Vincent Ott qui réclame « plus de chasseurs et plus de tirs ».












