Avec l’émergence de variétés plus rustiques, l’arrivée de produits de biocontrôle et de méthodes de défanage alternatives, la pomme de terre poursuit sa transition vers une meilleure prise en compte de l’environnement.
45 variétés conventionnelles et 15 variétés bios : c’est le nombre de variétés de pommes de terre testées en Alsace en 2019 par les conseillers de Planète Légumes. Les variétés conventionnelles ont été plantées fin avril sur une parcelle de la famille Oechsel à Muttersholtz, en sol de limon sablo-argileux. Les variétés bios ont été implantées un peu plus tôt sur une parcelle du lycée agricole d’Obernai, en sol limoneux. Toutes ont été irriguées et récoltées fin août. Les conseillers Planète Légumes ont suivi les cultures jusqu’à la récolte, puis ils ont procédé à des notations. Mercredi 8 janvier, le moment était venu de présenter les résultats de ces essais lors d’une journée entièrement dédiée à la pomme de terre.
Dans le hangar de Roland Schweitz, à Duttlenheim, 60 caisses de pommes de terre sont alignées au sol. « En Alsace, 10 variétés font 87 % des ventes », rappelle Denis Jung, conseiller Planète Légumes. La quarantaine de planteurs présents écoute les commentaires relatifs à chaque variété : tubérisation, sensibilité aux maladies, rendement, importance des différents calibres, forme, présence ou non de traces de maladies, couleur de la peau et de la chair… Les représentants des firmes de production de plants apportent des précisions sur le positionnement commercial, la disponibilité des plants, la qualité des tubercules. Pour les variétés les plus récentes, l’accent est clairement mis sur la rusticité, l’adaptation à des conditions climatiques de plus en plus sèches et à des contraintes environnementales renforcées.
Après le point variétés, Denis Jung revient sur les conditions de la campagne 2019. Les plantations se sont faites dans de bonnes conditions, début avril, avec suffisamment de pluie jusqu’à la mi-mai. À partir de ce moment-là, la sécheresse a commencé à s’installer, obligeant à irriguer en juin. L’été a été globalement très sec, avec tout de même des variations locales. Les levées ont été assez rapides. Un petit problème de désherbage a été constaté en raison de la sécheresse. Le développement foliaire a permis, dans un premier temps, d’atténuer le stress hydrique. Côté maladies et ravageurs, le risque mildiou est resté faible et l’alternaria a été moins présente et plus tardive qu’en 2018. Les doryphores sont venus très tôt, à partir de début mai, il y a eu jusqu’à trois générations. Les pucerons sont restés discrets. Quant au rhizoctone, sa présence était assez fréquente sur tiges.
Alternaria : 26 variétés comparées
Planète Légumes a mené différents essais en 2019, dont un essai potasse. Il en ressort qu’un apport de 200 unités de potasse, sous forme sulfate, améliore les rendements dans les gros calibres. En Champagne, le même essai n’a pas eu d’effet sur le rendement, mais a permis d’observer un peu moins de nécrose interne. Un essai de biostimulant a également été mené en Alsace pour réduire la nécrose sur charlotte. Sur les 14 modalités testées, deux ont tiré leur épingle du jeu : l’apport de silice par une spécialité et le témoin fertilisé à 120 % des besoins prévisionnels.
En matière de lutte contre l’alternaria, les deux essais en place ont montré qu’Aderio reste une bonne référence, en tout cas le produit le plus efficace dans la comparaison de produits à quatre applications. Parallèlement, Planète Légumes a comparé 26 variétés sur leur comportement face à l’alterneria dans un essai implanté à Muttersholtz. Le témoin était Agata, variété la plus touchée. Un constat peut déjà être tiré : « plus la variété est précoce, plus elle est touchée par l’alternaria », constate le conseiller Planète Légumes. Cet essai sera reconduit l’an prochain.
Dans la lutte contre le mildiou, on constate une augmentation des souches résistantes au fluazinam. Denis Jung signale la présence d’un nouvel adjuvant qui permet une meilleure pénétration de la bouillie. Dans la lutte contre le taupin, Success GR a obtenu son homologation. Il s’agit de la première solution de biocontrôle contre cet insecte. Elle est utilisable en bio. Pour 2020, les préconisations sont les suivantes : éviter les situations à risque, privilégier les variétés moins appétentes, récolter le plus tôt possible, travailler sur l’ensemble de la rotation en réalisant un travail du sol répété en période estivale et en protégeant toutes les cultures sensibles de la rotation. L’objectif est d’allier la lutte agronomique et la lutte chimique dans la rotation.
Défanage : le broyage à l’essai
Pour le défanage, les producteurs vont devoir se passer du Reglone. Planète Légumes avait fait des essais de broyage dès 2011-2012, en prévision du moment où ce produit serait définitivement interdit. En 2019, des programmes de défanage chimique à deux et trois interventions ont été comparés par Arvalis, soit 11 modalités. Les programmes à trois interventions ont une efficacité supérieure aux autres mais celle-ci n’est pas complètement satisfaisante, constate Denis Jung.
Une alternative consiste à combiner traitements chimiques et broyage mécanique, indique Michel Martin, d’Arvalis-Institut du végétal. Il existe des broyeurs, dont certains permettent de travailler jusqu’à huit rangs de pommes de terre, et des systèmes adaptés pour réaliser broyage et traitement en même temps. « Si vous broyez, il peut être utile d’investir dans un système de retassement des buttes pour éviter le risque de verdissement », indique Michel Martin. Le broyage a un effet instantané, il supprime 80 % de la végétation et bloque son développement. « En fonction de l’année, le broyage peut suffire, mais si la végétation est encore un peu vigoureuse et peut repartir, il faut compléter par un traitement chimique ».
En 2019, Arvalis a comparé le broyage seul au traitement à pleine dose avec différents produits et au traitement localisé à demi-dose. Cette comparaison a porté sur deux variétés : Nicola et Challenger. Le broyage seul n’a pas eu une efficacité suffisante pour détruire complètement la végétation et empêcher la reprise. Le traitement à plein, au contraire, a eu une bonne efficacité sur feuilles, ainsi que sur tiges pour Nicola. Le traitement localisé à demi-dose a eu une très bonne efficacité sur feuilles pour Nicola. Avec Challenger, les résultats sont un peu plus hétérogènes, mais l’on retrouve, comme dans le traitement à plein, une efficacité améliorée avec Spotlight. Le Beloukha, produit de biocontrôle, est « un peu à la peine pour une destruction complète de la végétation » lorsqu’il est utilisé seul.
En dehors des broyeurs, il existe d’autres matériels utilisables pour le défanage. Michel Martin cite les matériels d’arrachage mécanique des fanes, dont il existe plusieurs types : ceux qui fonctionnent par arrachage vertical et ceux qui fonctionnent par arrachage tangentiel. Le défanage thermique constitue une autre solution, même s’il n’est pas encore très développé. Là aussi, différents matériels sont utilisables, fonctionnant au gaz, au fuel, à l’huile de colza ou à l’électricité. Leur coût justifie le plus souvent un investissement collectif.