Cultures

Publié le 25/11/2019

Après avoir manqué cet été, la pluie tombe désormais à volonté. Trop tard pour que les cultures en profitent vraiment. Trop souvent pour permettre d’effectuer les derniers chantiers de récolte et de semis dans des conditions optimales. Tour d’horizon des conséquences du retour d’un automne pluvieux.

La récolte des maïs touche à sa fin. Enfin. Les silos se referment sur une année agronomiquement compliquée. Christian Lux, responsable du service Agronomie et Environnement au Comptoir agricole, rembobine le film : « Un mois d’avril frais, entraînant un décalage des dates de semis, des mois de mai et de juin relativement frais aussi, provoquant un retard végétatif. Un décalage de la floraison d’une bonne vingtaine de jours. » Durant l’été, les maïs sont confrontés à deux épisodes caniculaires. Le premier se traduit par une évapotranspiration massive, qui vide les réserves en eau du sol. En l’absence de précipitation pour les renflouer, le second épisode caniculaire est fatal. La conséquence la plus directe, c’est une fécondation altérée, se traduisant par des pieds portant des « épis lacuneux, c’est-à-dire avec peu de grains, mais un gros PMG, à la dessiccation lente », décrit Christian Lux. En outre, stressés, les maïs ont totalement fermé leurs spathes, ce qui n’est pas non plus propice à une dessiccation optimale. Enfin, les maïs se sont physiologiquement bloqués, « ils ont moins été réceptifs aux unités de chaleur et ont eu du mal à finir leur cycle. Ils étaient encore très humides fin septembre », rapporte Christian Lux. Les premiers maïs dentés à avoir été récoltés affichaient une humidité de 33 à 36 %, alors qu’elle devrait être de 27-28 %. Les chantiers de récolte ont donc été remis à plus tard. « Ça a été une grosse déception. Nous nous attendions à être confrontés à des humidités élevées, mais pas autant. » Les déconvenues s’enchaînent : le mois d’octobre a été très humide, ce qui n’a pas été propice au séchage naturel des maïs. Résultat, fin octobre, il restait encore beaucoup de maïs à rentrer, quels que soient les secteurs non irrigués. La situation décrite précédemment ne concerne en effet que les maïs non irrigués. Ceux qui l’ont été ont pour la plupart effectué des cycles normaux, avec une maturité normale, certes à grand renfort de tours d’eau. Au final, les maïs ont été rentrés avec des humidités significativement supérieures à la normale, à l’opposé de l’année 2018. Au niveau des rendements c’est « le grand écart, décrit Christian Lux. En fonction des dates de semis, des variétés, du type de sol, on va du simple au triple ». L’organisme stockeur avait établi un prévisionnel de rendement à 95 q/ha pour le Bas-Rhin. « Ce sera peut-être un peu mieux, mais la barre des 100 q/ha ne sera pas atteinte », présage Christian Lux.     Des semis de blé compliqués Les conditions humides automnales ont aussi compliqué les semis de blé. Dans un certain nombre de situations où elle avait été remisée, « il a fallu ressortir la charrue », rapporte Christian Lux. En effet, les techniques culturales sans labour utilisent principalement des outils à disques, qui requièrent un sol ressuyé pour pouvoir être utilisés, au risque d’être confronté à des bourrages et à des enterrages détériorés. Or avec des précipitations fréquentes et un manque d’ensoleillement, les sols ne ressuient quasiment pas. Par contre, s’ils sont très humides en surface, dans les 20 premiers centimètres, ils sont plus secs en profondeur. Le labour permet donc de remonter de la terre sèche en surface, et de travailler les sols. Pour Christophe Diss, président de Base Alsace, le recours au labour n'est pourtant pas forcément la bonne solution. Il explique : « C’est toujours mieux de semer dans de bonnes conditions. Cette année ce n’était pas le cas. Car même si on a un profil qui permet de drainer les excès d’eau, il y a toujours des remontées capillaires. Et si on exerce une pression sur les premiers centimètres, que ce soit un pneumatique, un disque, une dent, on va lisser le sol et créer un milieu d'anaérobiose peu favorable à la plantule mais favorable aux parasites et aux maladies, et qui sont aussi des autoroutes à limaces. » Pour lui, lorsque les conditions de semis ne sont pas réunies, il n’y a pas 36 solutions : « Il faut ou laisser tomber et partir sur une culture de printemps. Ou attendre que les précipitations se calment et les premières gelées pour effectuer une reprise de surface et planter une fourragère comme un triticale. Ou semer à la volée une céréale type épeautre avant le broyage des pailles de maïs, avec la difficulté d’avoir des pailles de maïs collées au sol, et une interrogation sur la capacité de résistance au gel de ces semences déposées sur la terre. » Quant au labour, il soutient : « Il ne faut pas vouloir forcer. Certes, on réussit à semer, mais c’est compliqué aussi, ça patine, et toute l’énergie mécanique dépensée en surface se traduit par une déstructuration du profil en profondeur. Et la portance des sols au printemps risque d’en pâtir. » Colza : parés pour l’hiver La levée des colzas, alors que les conditions étaient encore sèches, a été source de quelques angoisses. Mais les précipitations de septembre ont permis aux colzas de lever vers le 15-20 septembre. « C’est la qualité de la préparation du sol qui fait la différence, constate Christian Lux. Avec un sol bien rappuyé, le contact terre-graine est amélioré, et les remontées capillaires sont bien valorisées. » Après la levée, le temps a été relativement doux, ce qui a permis aux colzas de bien se développer, et d’atteindre le stade optimal pour l’entrée dans l’hiver. Côté ravageur, l’Alsace a connu quelques attaques de petite altise mais, contrairement à la Lorraine ou à la Bourgogne, peu d’attaques de grosse altise. Généralement pas de quoi justifier des interventions. Betteraves : reprise des arrachages Les arrachages de betteraves sucrières ont été perturbés par les pluies du mois d’octobre : « Le stock était tout juste suffisant pour alimenter l’usine », rapporte Laurent Rudloff, responsable du service betteravier à la sucrerie d’Erstein. Les conditions se sont améliorées début novembre, permettant une reprise des arrachages « sauf dans le secteur de Mulhouse, où les précipitations ont été particulièrement abondantes et où les arrachages affichent du retard ». Autre conséquence des précipitations : une baisse de la richesse, par effet de dilution. Enfin, les précipitations ont été trop tardives pour que la betterave en bénéficie vraiment. Et le manque d’ensoleillement pénalise la croissance automnale, qui reste faible.  

Publié le 15/11/2019

Sous la pression médiatique, les fongicides de la famille des SDHI font l’objet d’une surveillance sanitaire rapprochée. Pour l’heure, en absence de signaux épidémiologiques, l’Anses maintient l'autorisation de mise sur le marché.

Les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase) sont une classe de 11 familles de substances fongicides. Elles portent le nom chimique de SDHI/Boscalid, flupyram, flutolanil, fluxapyroxade, bixafen ou mépronil. Ces substances utilisées depuis 40 ans permettent notamment de maîtriser les maladies fongiques de fin de cycle, de manière curative, dans l’ensemble des productions végétales, comme le botrytis de la vigne ou la moniliose de la pomme. Le mode d’action des SDHI consiste à inhiber l’enzyme SDH-succinate déshydrogénase impliquée dans la production d’ATP, une molécule qui intervient dans la chaîne respiratoire des cellules des champignons. Selon des données publiées par l’Union des Industries de Protection des Plantes, les fongicides de la famille des SDHI « représentent seulement 2 % des tonnages de fongicides vendus en France selon les derniers chiffres de 2018 ». Dans leur publication scientifique du 29 mars 2018, un groupe de généticiens de l’unité de recherche de l’Hôpital Robert Debré – Inserm à Paris soulèvent plusieurs questions. Ils estiment que le mode d’action des SDHI n’est pas assez spécifique des champignons et concerne en réalité tous les métabolismes de respiration cellulaire eucaryote (avec noyau cellulaire) impliquant l’enzyme SDH. Ils dénoncent le manque de spécificité des SDHI et les risques d’effets collatéraux sur des organismes non-cible. Plus précisément, Pierre Rustin, directeur de recherches au CNRS, généticien et spécialiste des maladies mitochondriales - liées aux troubles de la chaîne respiratoire des mitochondries -, a identifié 22 espèces qui ont beaucoup de similitudes dans leur métabolisme respiratoire. Elles sont sensibles dans des proportions variables aux SDHI. Mais, il se trouve que des individus dans la population présentent naturellement des déficiences de métabolismes liés à cette enzyme SDH, « causant des troubles neurologiques graves ». Ils pourraient exprimer « une sursensibilité » à des résidus de SDHI. Les chercheurs s’inquiètent notamment des conséquences épigénétiques liées au blocage de l’enzyme SDH. Cela peut « entraîner à long terme, un changement de la structure de notre ADN et provoquer la survenue de cancers. » Sur ce point, les chercheurs remettent en cause les protocoles d’évaluation toxicologique, car « contrairement aux mutations génétiques plus généralement associées aux substances cancérogènes, ces changements structuraux d’ADN ne sont pas détectés, ni testés ». Le 16 avril 2018, ils alertent sur les risques potentiels liés à l’usage des SDHI dans la presse grand public. L’Anses décide le 24 mai 2018 d’évaluer « le signal concernant la toxicité des SDHI ». Le 14 juin 2018, les scientifiques auteurs de la publication sont auditionnés par un groupe d’expertise collective d’urgence. Pas de risque sanitaire démontré Finalement, le 14 janvier 2019, l’Anses concluait à « l’absence d’alerte sanitaire pouvant conduire au retrait des autorisations de mise sur le marché de ces fongicides ». D’abord les LMR (limites maximales de résidus) sont très rarement dépassées. Et aucune « incidence de cancers spécifiques associée au déficit de SDH n’est observée chez l’homme non porteur de la mutation ». Le directeur de l’Anses précise : « Les données de la littérature scientifique ainsi que celles exigées dans les dossiers d’AMM ne permettent pas aujourd’hui de démontrer un risque sanitaire pour les populations potentiellement exposées. Nous n’avons pas d’éléments suffisants pour retirer immédiatement ces produits du marché. » De même, la grande étude épidémiologique Agrican, conduite en France sur 180 000 agriculteurs, n’a montré aucun signal lié à l’usage des SDHI. Le 17 septembre 2019, devant l’Assemblée Nationale, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a assuré que l’Anses « poursuit ses investigations et approfondit ses recherches épidémiologiques ». Enfin, le 7 novembre dernier, l’étude est finalement publiée dans la revue scientifique Plos One, ce qui relance l’écho médiatique porté à cette affaire.

Techniques culturales sans labour

Freiner l’érosion, préserver la marge

Publié le 07/11/2019

La Chambre d'agriculture d’Alsace a organisé deux réunions d’information sur les techniques culturales sans labour. Agronomiquement bénéfiques puisqu’elles permettent d’endiguer l’érosion, elles démontrent qu’elles tiennent aussi la route économiquement.

Dans une région marquée par les coulées d’eau boueuse, reflet d’une érosion latente des sols, la Chambre d'agriculture d’Alsace encourage le recours aux techniques culturales simplifiées, autrement dit au non-labour. « On n’utilise plus la charrue », résume Olivier Rapp, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ce qui laisse une certaine marge de manœuvre en matière de travail du sol. Du plus profond au plus superficiel, Olivier Rapp cite le décompactage, le déchaumage profond ou pseudo-labour, le déchaumage superficiel, le strip-till, jusqu’au semis direct où, à part les éléments du semoir, il n’y a plus du tout de travail du sol. Pour lutter contre les coulées d’eau boueuse, « l’essentiel, c’est qu’il y ait des résidus en surface au printemps une fois que les maïs sont semés, car ils agissent comme des freins hydrauliques ». Gagner en stabilité En Alsace, les coulées d’eau boueuse trouvent leur origine dans la part importante de cultures de printemps dans les assolements et dans la nature limoneuse de certains sols qui, lorsqu’ils sont travaillés finement, ont tendance à former une croûte de battance qui empêche l’eau de pluie de s’infiltrer. Résultat : l’eau ruisselle sur le sol, emportant de la terre fertile avec elle. À plus ou moins long terme, cela se traduit par une baisse des rendements. Pour lutter contre ce phénomène, plusieurs mesures peuvent être envisagées, comme la mise en place d’assolements concertés, de bandes enherbées, de fascines, de bassins de rétention. Mais, parce qu’elle est préventive et qu’elle agit sur la source du phénomène, la pratique du non-labour est particulièrement efficace. Plusieurs essais menés dans la région ont démontré cette efficacité : « La part de pluie ruissellée est très corrélée à la couverture du sol par les résidus. Le non-labour entraîne donc toujours une réduction du ruissellement, parfois de 100 % quand le printemps n’est pas trop pluvieux. En outre la pratique du non-labour retarde l’apparition du ruissellement par rapport au labour. Du coup les résidus de produits phytosanitaires ont aussi davantage le temps de se dégrader », rapporte Paul Van Dijk, conseiller agricole à la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est. L’analyse de la formation du ruissellement révèle que ce sont les traces de roue et les lignes de semis, alimentées par les interrangs, qui génèrent le ruissellement. Ce qui suggère que, même dans les parcelles en non-labour, il y a des motifs à risque. Et ce sont bien les résidus de culture laissés en surface qui réduisent le risque érosif, en créant de la rugosité hydraulique qui freine le ruissellement. Mais pas seulement : « Les résidus sont aussi favorables aux vers de terre qui s’en alimentent et créent de la macroporosité verticale, importante pour l’infiltration de l'eau. » En outre, en non-labour, la matière organique est moins diluée, sa teneur augmente donc progressivement dans les horizons superficiels, ce qui améliore la stabilité des agrégats, qui se désagrègent moins rapidement. Les croûtes de battance apparaissent moins vite, ce qui maintient l’infiltrabilité. Paul Van Dijk résume : « Le labour crée une porosité mécanique importante et rapide, mais instable dans le temps. Alors que le non-labour conduit à une porosité plus stable ». Pas de dégradation de la marge Si les avantages agronomiques du non-labour sont assez évidents, le principal frein au développement de ces pratiques est économique. Car le changement de pratique s’accompagne de difficultés techniques pouvant entraîner des pertes de rendement. Mais elles sont généralement transitoires et accidentelles. L’analyse des résultats des trois essais de longue durée menés en Alsace révèle en effet qu’« en moyenne, les rendements en labour et en non-labour sont équivalents, du coup la marge est préservée », rapporte Olivier Rapp. En utilisant le barème d’entraide, il a calculé les charges de mécanisation de deux itinéraires techniques type. Les résultats sont plutôt en faveur du non-labour. Certes le changement de pratiques implique aussi souvent d’investir dans du matériel adapté. Mais les économies réalisées permettent de rentabiliser rapidement ces investissements. L’analyse de résultats d’enquêtes réalisées en 2010 auprès de quatre exploitations pratiquant les techniques culturales sans labour sur toute leur SAU révèle « une consommation de carburant variable, mais toujours réduite, par rapport aux fermes de référence, surtout en semis direct ». Pour Olivier Rapp, la conversion aux techniques culturales sans labour ne se traduit donc pas par une dégradation de la marge. Par contre, une coulée de boue a un coût, puisqu’elle fait perdre des éléments nutritifs. Aussi encourage-t-il les agriculteurs à faire leurs propres calculs, avec les données de leur exploitation, et à mutualiser le matériel pour réduire les investissements.

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