Cultures

Commission communication de la Chambre d'agriculture d’Alsace

Les « vérités » du maïs face à la presse

Publié le 13/10/2019

Plante miracle pour les uns, symbole d’une agriculture « productiviste » et « polluante » pour les autres, le maïs suscite débats et controverses dans l’opinion publique alsacienne, mais pas seulement. Pour la profession agricole, les arguments en faveur de la culture ne manquent pas, qu’ils soient économiques, agronomiques ou environnementaux. Encore faut-il le faire savoir. C’est ce qu’a voulu faire la Chambre d'agriculture d’Alsace en invitant la presse à découvrir la « réalité du maïs » lundi dernier à Munchhouse.

Lundi, la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) organisait sa deuxième conférence de presse visant à « redonner de la confiance aux agriculteurs alsaciens et susciter la reconnaissance de la population » en expliquant les pratiques de l’agriculture d’aujourd’hui, et son utilité aux niveaux alimentaires, économiques, sociaux, environnementaux et culturels. Après le blé en juillet, c’était cette fois au tour du maïs d’être mis en avant face à la presse. Une campagne 2019 « éprouvante » Ce (large) tour d’horizon a démarré avec le bilan climatique de la campagne 2019. Une année qualifiée de « chaotique » par Danielle Bras, vice-présidente de la CAA et agricultrice à Roggenhouse. Tout avait pourtant bien commencé. À la sortie de l’hiver, les neiges abondantes tombées sur les Alpes et les Vosges ont généré un apport d’eau bienvenu au printemps. « Entre la pluviométrie adéquate et les températures douces, on partait vraiment bien. Jusqu’à mi-mai. » Là, le retour du froid pendant plusieurs jours fragilise au passage les jeunes pousses de maïs. Puis, à la mi-juin, c’est le contraste : les températures passent de 15 °C à la grande canicule en un claquement de doigts. « Du jamais vu », constate Danielle Bras. Des conditions extrêmes qui ont obligé les agriculteurs à redoubler d’efforts pour irriguer leurs cultures un peu plus tôt que d’habitude. En juillet, rebelote avec une température moyenne supérieure de 2,4 °C par rapport à la moyenne, et notamment un deuxième épisode caniculaire qui s’est étendu du 24 au 26 juillet. Ces épisodes de chaleur intenses ont fortement sollicité les matériels d’irrigation, les emmenant souvent à la panne. « Que ce soit en temps ou en argent, l’irrigation a représenté cette année encore une charge importante pour nos exploitations. Malgré tout, elle reste vitale pour notre agriculture et la santé économique de nos exploitations », explique Danielle Bras. Cette irrigation si essentielle n’a pourtant pas suffi dans certains secteurs. En août, le retour de conditions plus humides a été accompagné par des orages de grêles dévastateurs. Le 6 août, un épisode orageux violent a impacté de manière « spectaculaire » des parcelles sundgauviennes, et dans les secteurs de Fessenheim et Roggenhouse. « Il n’a fallu que 4 minutes pour anéantir un mois et demi de travail. La nature nous a rappelé une fois de plus qu’on travaillait avec du vivant », ajoute la vice-présidente de la CAA. Des arguments environnementaux à faire valoir « Mais si c’est difficile, pourquoi cultiver autant de maïs ? En plus, ça pollue ! Ça vide la nappe phréatique ! Et, ça détruit l’environnement ! » Si personne n’a émis ce type de remarques à cette conférence de presse, elles illustrent néanmoins l’état d’esprit de pas mal de concitoyens au sujet du maïs. D’où l’idée de la profession, à travers la Chambre d'agriculture, de rétablir certaines « vérités ». Celles du terrain, concrètes, mesurées et expérimentées chaque jour. Alors, pourquoi autant de maïs sur les terres alsaciennes ? « Le maïs a besoin d’eau et de chaleur. Nous avons les deux, et nous avons les meilleurs rendements français et la meilleure régularité. D’autres régions sont plus favorables au blé. En Alsace, c’est le maïs qui a le meilleur potentiel », explique simplement Jean-Louis Galais, technicien à la CAA. Oui, mais il faut beaucoup d’eau. « Moins que le blé, rappelle-t-il. Il faut 454 litres d’eau pour 1 kg de maïs grain et 590 l d’eau pour 1 kg de blé. Mais on croit que le maïs est plus gourmand parce que c’est plus visible avec les pivots, rampes et enrouleurs qu’il faut sortir en été. A contrario, le blé bénéficie des précipitations de l’hiver et de l’automne. » Oui, mais le maïs est néfaste pour l’environnement disent ses opposants. « C’est surtout une usine à photosynthèse capable de stocker le carbone en quantité pour le restituer dans le sol. Sans compter que c’est une culture peu gourmande en produits phytosanitaires. Les autres cultures - blé, betterave - sont plus exigeantes. Enfin, il faut savoir que des recherches sont en cours pour enfouir plus profondément l’azote et ainsi éliminer complètement les émissions d’ammoniac, ce qui aurait pour effet de réduire la quantité de gaz à effets de serre émis dans l’atmosphère », détaille Jean-Louis Galais. Toujours dans cette logique environnementale si chère au consommateur de 2019, il y a les fermes Dephy (26 en Alsace) qui expérimentent la réduction de produits phytosanitaires. Pour le maïs, cela passe par le désherbage mécanique, l’utilisation du biocontrôle et la réduction de dose grâce, notamment, à l’utilisation de technologies récentes qui permettent de traiter juste aux endroits nécessaires. Sans oublier les techniques de modulation intraparcellaire expérimentées avec succès par la Coopérative agricole de céréales. « On propose cette solution depuis deux ans pour les semis. Cela permet de produire plus sur un même espace, ce qui veut dire un meilleur rendement à l’hectare. Et demain, on sera capable de moduler la fumure de fond avec le même procédé, et probablement l’irrigation », développe Christian Jenn, responsable innovation à la CAC. Malgré cette liste d’arguments à la Prévert en faveur du maïs, l’avenir pour celles et ceux qui le cultivent est complexe, même avec des dizaines d’hectares d’assolement. C’est ce qu’a voulu rappeler Jean-Noël Reymann, agriculteur à Munchhouse installé depuis 2013 et hôte de cette conférence de presse. « On a commencé à exploiter ces terres en 1975 grâce à l’irrigation. Avant, c’était pauvre ici. Quatre familles vivaient grâce à cette exploitation. Aujourd’hui, je suis tout seul. Et honnêtement, je ne sais pas si dans dix ans, je pourrai encore vivre de l’activité de cette ferme. On a toujours plus de mal, entre les contraintes administratives, techniques, et j’en passe. Je veux malgré tout rester optimiste car l’année a été correcte. Et grâce aux innovations technologiques, on arrive à faire du meilleur travail. Je compte bien réduire l’utilisation des produits phytosanitaires durant les cinq années qui viennent, en plus du non-labour que je pratique déjà. » Des pratiques « durables » qui vont dans le sens d’une société qui veut toujours plus de « vert » dans l’agriculture. Et plus reconnaissante ?

Betteraves sucrières

Du mieux côté champs

Publié le 30/09/2019

La réunion du comité technique de la betterave alsacienne a permis de faire le point sur les avancées permises à la fois par le progrès génétique, le pilotage de la protection phytosanitaire et l’innovation des équipementiers.

Par rapport à l’année dernière, les betteraviers étaient un peu plus détendus en cette traditionnelle réunion technique de septembre. Il faut dire que leur bête noire du moment, la cercosporiose, n’a pas goûté les températures caniculaires et le peu d’humidité de l’été. Résultat, le pathogène a été bien contenu « avec des traitements bien ciblés et efficaces grâce aux planteurs qui ont été réactifs et qui ont suivi les recommandations issues de l’outil de modélisation Cerc’OAD », précise le service communication de Cristal Union. Mais ce n’est pas une raison pour baisser la garde. Aussi, les travaux menés pour protéger la betterave de ce ravageur se poursuivent-ils. Après un galop d’essai en 2018, 2019 a été l’année de déploiement de Cerc’OAD, l’outil d’aide à la décision développé par Cristal Union pour piloter la lutte contre la cercosporiose : 1 400 planteurs l’ont utilisé dans 2 900 communes sur 4 000 parcelles, à raison d’une information par jour. Cerc’OAD se fonde sur les données météorologiques (température, humidité, etc.) pour définir un risque agronomique et déclencher des traitements lorsque le niveau de risque atteint un certain seuil. « L’algorithme du modèle traduit la climatologie en niveau de risque, qui va de 0 à 4 », détaille Hervé Moriat, technicien agronome de Cristal Union. Le risque de chaque jour est ensuite cumulé. Quand il dépasse un certain seuil, un traitement est déclenché. Et le processus recommence, jusqu’au traitement suivant. « Déterminer le seuil de traitement a nécessité huit ans de travail et l’acquisition de nombreuses références afin d’aboutir à un algorithme pertinent, qui traduit le climat en risque et établit des seuils de traitement différents selon les régions », poursuit Hervé Moriat. En 2019, Cerc’OAD a donné de bons résultats : « Le modèle a été pertinent, malgré la climatologie particulière », se félicite Hervé Moriat. Michel Butscha, adjoint au responsable betteravier de la sucrerie d’Erstein, complète : « Aujourd’hui cette plaine qui est saine est le résultat de l’expérience accumulée ces dernières années, de notre outil Cerc’OAD et des choix variétaux qui ont été faits par des planteurs impliqués et à l’écoute des conseils fournis ». Utiliser moins de cuivre En parallèle, le service betteravier de la sucrerie d’Erstein a poursuivi ses essais fongicides. Le cuivre est devenu un élément incontournable pour circonvenir la cercosporiose. Réputé lessivable, il fait cependant preuve d’une assez bonne persistance d’action. Il est néanmoins recommandé de le positionner à distance des précipitations et des passages d’eau. Plus facile à dire qu’à faire : le cadencement des traitements reste un exercice difficile. Et, bien qu’autorisé en agriculture biologique, le cuivre n’est pas un élément anodin : « Nous devons trouver des partenaires qui permettent d’en réduire la dose », explique Michel Butscha, avant de passer en revue les modalités qui ont été testées, que ce soit avec du bicarbonate de potassium, des nouveautés qui arrivent sur le marché… Il constate : « Pour l’instant, dès qu’on diminue la dose de cuivre, ça tient moins bien. Et il faut intervenir à temps, pour contenir la maladie au départ. » Des nouveautés se profilent sur le marché des produits phytosanitaires. Elles pourraient être source de progrès dans la lutte contre la cercosporiose. D’autant que côté génétique aussi il y a du progrès.

Publié le 30/09/2019

À Stotzheim, Sylvain Christen met en œuvre les dernières solutions techniques pour prolonger la saison des fraises, bluets et framboises.

Anticiper. Pour Francis Christen hier, comme pour Sylvain, son fils, aujourd’hui, cela ressemble à la règle d’or en petits fruits. En 1977, Francis sent la nécessité « d’équilibrer une exploitation partagée entre lait, cultures et tabac ». Il prend les devants dans la fraise, 60 ares pour démarrer « sans grande maîtrise technique et sans client ». Il cueille pendant trois ans avant d’ouvrir une libre-cueillette en bord de route. Dans les années 90, Francis se lance dans la myrtille puis dans la framboise. Sylvain lui succède en 2013 en plantant les premières asperges et sans oublier de prévoir le coup suivant en petits fruits. « L’objectif n’est plus trop de faire du volume, mais de produire mieux. C’est-à-dire de proposer des petits fruits de très bonne qualité sur une plus longue période. Nous parvenons maintenant à avoir de la marchandise six mois de l’année. Chaque année, mon défi est de définir la stratégie qui me fera le mieux coller aux conditions climatiques de la saison. » Pour pouvoir proposer des fraises jusqu’à la mi-novembre, Sylvain joue sur la venue à maturité échelonnée des variétés. En installant les plus précoces sous tunnel plastique froid en plein champ, il avance la saison d’un mois. Avec les remontantes, il la prolonge. Il y a cinq ans, il a mis en place ses premières cultures hors sol. Les plants sont placés dans un mélange d’écorce de pin broyée et de tourbe installé à une hauteur d’environ 1,20 m. « Il n’y a pas besoin de se baisser pour cueillir et c’est un moyen de remédier à la fatigue du sol », explique Sylvain. En bluets, 60 ares ont été replantés en 2017 dans un sillon de tourbe profond d’une trentaine de centimètres, mais les plantations entreprises par Francis il y a trente ans fournissent toujours le gros de la production. « C’est un investissement lourd à la base. Il faut attendre quatre ans avant de faire une première récolte », rappelle Sylvain. Il recherche des fruits de calibre moyen afin de privilégier un bon taux de sucre. La framboise est la culture la « plus compliquée » en raison de sa sensibilité au sol, au climat, à l’excès d’eau. Les remontantes, plus rustiques, produisent dans l’année, un tiers du volume vendu. Les variétés de saison ont besoin d’un an pour faire leur bois. Leur récolte s’étale entre mi-juin et mi-juillet. Leur conduite est plus délicate. Mêmes irriguées, elles supportent mal le stress de températures à 30-35 °C. Leur potentiel de production de dix-douze ans est tombé à deux-trois ans. « Le sol est fatigué. Les attaques de phytophthora sont terribles. Les prochains pieds passeront en pots de 10 litres », indique Sylvain. 30 % de libre cueillette L’ensemble des itinéraires techniques se veut sage. Les nutriments sont apportés par fertigation, les auxiliaires jouent leur rôle dans la lutte contre les ravageurs. En 2019, un seul traitement contre botrytis sur fraises a été appliqué. Mais Francis ne se fait pas d’illusion. « Dans les cinq à dix ans, nos prix de revient en plein champ vont exploser de 30 à 40 %. Le recours aux phytosanitaires classiques baissera, mais les coûts de l’énergie, du plastique, de la main-d’œuvre augmenteront. Le seul substrat pour planter un hectare de framboise coûte 11 000 € », calcule-t-il. Qui plus est, dans de telles productions, le niveau des récoltes reste aléatoire. « Il peut varier du simple au double. Il y a eu de très belles années, mais ces cinq dernières ont été assez chaotiques en raison des aléas climatiques. Cette année, la canicule ampute la saison fraise de dix jours de récolte. En bluet et en framboise, le rendement est plutôt bas. » Fraise, bluet et myrtille sont proposés en libre cueillette. Mais seuls 30 % des fruits sont cherchés directement au champ par les clients. « Nous essayons de maintenir cette proportion. La libre cueillette connaît un petit regain. Ce qui nous reste à cueillir en propre ne me dérange pas. Cela permet d’éliminer les fruits abîmés et de mieux gérer les volumes », précise Sylvain. La ferme ne vend pas à la grande distribution dont elle craint les « exigences » et la réputation de tirer le prix vers le bas. La quête des magasins pour des producteurs de proximité pourrait cependant faire reconsidérer la position de Sylvain. Dans l’immédiat, la ferme écoule 20 % de ses fruits auprès de trois grossistes et le solde sur des marchés hebdomadaires, dans deux cabanes en bordure de route et en direct dans sa cour. Les invendus sont transformés en jus ou en confitures par des prestataires. « Nous vendons chaque jour un produit frais. Via Facebook et notre site, nos clients savent en permanence ce qui est disponible. Nous en touchons certains éloignés jusqu’à deux cents kilomètres », raconte Sylvain. Rien de plus normal aux yeux de Francis. « En quarante-deux ans de métier, tout le monde s’est rendu un jour ou l’autre chez Christen ! Nous avons créé une marque. »  

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