Cultures

À Geispolsheim

Trop chou ces fleurs !

Publié le 18/07/2019

Producteur de choux à choucroute à Geispolsheim, Laurent Heitz a implanté 8 ares de bande fleurie le long de sa première parcelle de choux biologiques. Une expérience concluante qu’il reproduira à plus grande échelle.

Sarrasin, bleuet, coquelicot, et vesce. C’est la composition du mélange fleuri que Laurent Heitz a semé à Geispolsheim. Une combinaison qui ne doit rien au hasard. « Ce sont des espèces identifiées pour leur capacité à attirer les auxiliaires des ravageurs propres au chou », explique Laurent Heitz, membre du réseau de fermes Dephy depuis deux ans, dans le groupe des producteurs de légumes. C’est d’ailleurs le réseau qui lui a fourni gratuitement les semences. Pour les implanter, il s’est arrangé avec son voisin, Christian Heitz, qui exploite une luzernière à côté. Car, économiquement, mieux valait empiéter sur 3 m de foin de luzerne que sur 3 m de choux à choucroute bio. Le marché conclu, Laurent Heitz, aussi président de l'association des producteurs de choux à choucroute, a passé un coup de herse rotative et a semé le mélange avec un semoir à manivelle. Début juillet, la floraison est à son comble. Ça vrombit sec dans la bande fleurie. Comme prévu, elle attire des coccinelles, des syrphes, des chrysopes, qui se régalent des pucerons, cochenilles et autres ravageurs du chou à choucroute. Sans oublier des abeilles, qui trouvent là de quoi se nourrir. « Pour le moment, les résultats sont excellents. Les auxiliaires font leur boulot. Je n’observe aucun puceron et beaucoup de coccinelles », constate Laurent Heitz. Il n’a procédé qu’à un seul traitement, biologique, contre l’altise, avec un produit à base de Bacillus thuringiensis, « du placebo plus qu’autre chose », sourit-il. À part ça, la parcelle d’un hectare a été fertilisée avec de la fiente de volaille et du fumier de bovin. Le désherbage est plus compliqué. « J’ai procédé à cinq binages, contre deux en conventionnel, et je suis aussi passé manuellement. Si l’essai est concluant, et que j’augmente la surface en bio, j’investirai dans du matériel de désherbage spécifique ». Une expérience à reproduire à plus grande échelle En effet, dans deux ans, quasiment la moitié des 28 ha de choux que cultive Laurent Heitz devrait être convertie à l’agriculture biologique. « Je dispose de 13 ha enclavés dans la forêt ». Idéal pour préserver les choux bios des contaminations par d’éventuels traitements phytosanitaires voisins. Comme il est interdit de cultiver la même production en bio et en conventionnel sur la même exploitation agricole, Laurent Heitz va créer une deuxième société. La solution n’est pas idéale, car cela engendre du travail supplémentaire, comme une deuxième comptabilité à tenir. Mais le producteur ne voulait pas convertir toute sa surface d’un coup. Par contre, il ne se l’interdit pas à plus long terme. « Si la choucroute bio se vend bien, je convertirai sans doute toute la surface », annonce-t-il, plutôt confiant. « La demande est là. Quand on a dit à nos clients qu’on allait faire de la choucroute bio, ils en ont tout de suite demandé des tonnes ! » Sur ces 13 ha, Laurent Heitz remettra des bandes fleuries, mais pas en bordure cette fois. « Pour plus d’efficacité, mieux vaut intercaler des bandes régulièrement au sein de la parcelle car les auxiliaires ont une mobilité limitée ». À noter que si Laurent Heitz a choisi d’implanter sa bande fleurie le long de sa parcelle en bio pour d’évidentes raisons de lutte biologique contre les ravageurs, cette pratique est tout à fait reproductible en agriculture conventionnelle, où elle peut permettre d’économiser quelques traitements, et de diversifier le bol alimentaire des insectes pollinisateurs. Ce qui ne gâche rien.    

Dossier moisson

La saison est lancée !

Publié le 04/07/2019

Les caprices du ciel ont rythmé toute la saison. Mais la voila enfin ! La moisson est lancée et elle s’annonce plutôt bien… pour le moment. Qu’en disent les experts ? Quelles sont les nouveautés de l’année ? Quelles sont les perspectives pour cette année et les autres ? Notre dossier moisson fait le tour de la question. Dans tous les cas, c’est moissonneuse-batteuse qui tranchera la question.

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Prébilan de campagne

Jusqu’ici tout va bien

Publié le 28/06/2019

Jusqu’à la fin de la semaine dernière, les blés se portaient bien, très bien même, mais les températures élevées de ces prochains jours vont probablement faire perdre des quintaux. Verdict à la moisson. En attendant, remontons dans le temps.

Tout a commencé par un hiver et un automne particulièrement secs. « En octobre, il n’a plu que 10 mm, contre 50 en moyenne », illustre Claire Buy, conseillère agricole à la Chambre d'agriculture Alsace. Conséquences : les nappes n’ont pas été rechargées. Et les agriculteurs ont eu du mal à positionner les semis de blé. « La tendance générale a été de semer un peu plus tard que d’habitude », rapporte Claire Buy. Et aussi assez dense, dans l’expectative de levées difficiles en raison du manque de précipitations. Une précaution qui pourrait s’avérer pénalisante lors du remplissage des grains… En effet, les mois de mars et d’avril ont été assez arrosés. Et de manière régulière. Ce qui a permis de recharger les sols et de procurer de très bonnes conditions de levée. Du coup, quasiment toutes les graines qui avaient été semées ont levé. Aboutissant à une densité de pieds élevée. La méiose a eu lieu autour du 15 mai, dans de très bonnes conditions. C’est une étape fatidique dans l’élaboration du potentiel de rendement puisqu’elle détermine le nombre de grains potentiels. En outre, entre la méiose et l’épiaison, une période également fondamentale, la température et le niveau de précipitations ont été optimaux. Au final : « Un nombre de grains potentiels énorme, avec à la fois beaucoup d’épis, et beaucoup de grains par épis », indique Claire Buy. Reste à remplir ces grains… Et c’est là que le bât blesse. Jusqu’au jeudi 20 juin, il n’y avait eu que cinq jours de conditions échaudantes (lorsque la température maximale dépasse 28 °C) depuis l’épiaison. C’est déjà bien. Car c’est l’échaudage en début de remplissage qui est le plus pénalisant, puisque c’est à ce moment que se détermine la taille du grain. Reste que les conditions chaudes de ces prochains jours vont sans doute pénaliser le remplissage des grains, donc le PMG.  Toujours le 20 juin, Jean-Louis Galais, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, estimait : « On peut perdre 1 q/jour, soit une dizaine de quintaux en tout. » Des reliquats azotés élevés La rareté des précipitations hivernales a eu un autre effet, celui de limiter le lessivage d’azote, donc de laisser des reliquats azotés après hiver dans le sol relativement élevés, et bien répartis dans les différents horizons du sol. « Sur 70 mesures, nous avons obtenu un reliquat moyen de 80 unités, allant de 100 unités dans les parcelles recevant des déjections animales, à 60 unités dans les parcelles n’en recevant pas, contre 40 unités en général dans ces situations », rapporte Claire Buy. Un autre phénomène peut être avancé pour expliquer ce phénomène : les rendements qui n’ont pas été à la hauteur des apports effectués l’an passé, ce qui a pu laisser une part d’azote dans le sol. Quoi qu’il en soit, les doses d’azote à apporter prescrites grâce à la méthode du bilan ont été relativement faibles. Le premier et le deuxième apport d’azote ont été bien valorisés. Quant au troisième, les mesures effectuées au N-tester ont conduit à réaliser une impasse dans la moitié des cas, et à effectuer un dernier apport dans l’autre, parfois davantage que préconisé par la méthode du bilan. Peut-être parce qu’étant donné les bonnes conditions ces blés n’ont pas eu à faire de racines très profondes donc n’ont pas complètement exploré les horizons inférieurs. Ou bien parce que, comme la montaison a été longue, l’azote a mis du temps à être utilisé et une partie a pu être réorganisée dans le sol avant d’être utilisée. « Le moteur de la valorisation de l’azote, c’est la croissance du blé, rappelle Jean-Louis Galais. Si l’azote n’est pas absorbé par le blé, il part dans le sol. » Et son coefficient d’absorption s’en trouve dégradé. Des maladies discrètes Au vu des précipitations régulières, la pression cryptogamique aurait pu être plus élevée qu’elle ne l’a été. « La septoriose est apparue plus tard que ce à quoi on s’attendait, début mai », rapporte Claire Buy. Pour se développer, l’agent de la septoriose requiert une température minimale de 12 °C. Or, lors des premières précipitations du mois d’avril, cette température seuil n’était pas atteinte, donc ces pluies n’ont pas été contaminantes. Conséquence : les traitements ont pu être décalés assez tard dans la saison. Et ceux qui ont été effectués prématurément ont parfois dû être rattrapés par un second passage. « Mais il n’est pas rare qu’un traitement autour de la mi-mai ait suffi à protéger le blé », constate Claire Buy. En effet, en plus d’une septoriose tardive et discrète, le temps sec autour de la floraison a limité le risque de contamination par la fusariose. Un traitement qui a donc pu être économisé dans pas mal de situations.

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