Le revenu des céréaliers est en hausse en 2018 par rapport à 2017, tiré par une amélioration du prix de vente. Mais il reste très fluctuant. Et les difficultés de commercialisation s’intensifient.
La production et la consommation mondiales de maïs sont en hausse en 2018, la production restant inférieure à la consommation. « Le bilan mondial est déficitaire depuis deux ans. Il y a donc une consommation du stock mondial qui devrait diminuer », indique Nathalie Bigonneau, d’Arvalis-Institut du végétal. Or, ce n’est pas le cas. En cause, un artefact résultant de la résurgence d’un stock chinois de 150 Mt de maïs qui avaient été « oublié ». La réapparition de ce stock influence assez peu les marchés mondiaux : « Les stocks qui pèsent sur les marchés sont ceux des principaux exportateurs. Or, les stocks de ces derniers sont en légère baisse. Au final, les cours du maïs ont donc augmenté avant de se retasser. »
La production mondiale de maïs 2018 a été bonne, même très bonne aux États-Unis, ce qui pèse sur les marchés puisqu’il s’agit du premier exportateur mondial. Elle a été dans la moyenne en Europe, et bonne en Ukraine, « un pays qui pèse de plus en plus sur le marché de proximité des maïs alsaciens », note Nathalie Bigonneau. Les échanges mondiaux sont en hausse, s’approchant du niveau record de 2017. « L’Union européenne est importatrice nette, donc pèse peu sur ces échanges, alors que l’Ukraine assied d’année en année sa position d’exportateur. »
Après avoir été supérieurs durant l’été à ceux des années passées, les prix sont actuellement à la baisse, mais « restent supérieurs à ceux des années passées ». Conséquence : le revenu des céréaliers est moins fortement négatif. « Une exploitation sur deux qui affiche tout de même encore un résultat négatif avant impôt », tempère Nathalie Bigonneau. Le revenu des céréaliers s’avère très fluctuant en fonction des années, ce qui souligne la nécessité de pouvoir piloter les exploitations de manière pluriannuelle, grâce notamment à de l’épargne de précaution.
Vers une hausse du prix des engrais et des produits phytosanitaires
Les charges, évaluées sur la base de l’indice Ipampa (Indice des prix d’achat des moyens de production agricole), font apparaître une légère baisse depuis quatre ans du prix des semences, par ailleurs peu volatil. Le prix de l’énergie l’est beaucoup plus. « Le poste carburant est en hausse, comme celui de l’électricité, qui intervient aussi dans les frais d’irrigation et de séchage. Il peut donc s’avérer intéressant de miser sur des variétés résistantes au stress hydrique, qui ont des besoins en irrigation modérés et à la dessiccation rapide. » Le prix des engrais suit la tendance du carburant en décalé d’un an. « Il faut donc s’attendre à une hausse du prix des engrais azoté pour la prochaine campagne », annonce Nathalie Bigonneau. Pour l’instant, le prix des produits phytosanitaires est stable. Mais les réformes, telles que l’interdiction des remises, rabais et ristournes ou encore la hausse de la Redevance pour pollution diffuse (RPD), pourraient entraîner leur renchérissement.
L’étude des résultats de deux fermes types alsaciennes en 2018, l’une avec du maïs irrigué et l’autre avec du maïs non irrigué (dit pluvial), révèle une tendance à une meilleure maîtrise des charges dans les deux cas. Dans le détail, Nathalie Bigonneau décrit un poste de séchage bas, des charges d’irrigation en hausse, qui expliquent que « par rapport à 2017 les charges augmentent en maïs irrigué et baissent en maïs pluvial ». Lorsque les charges sont divisées par le rendement en maïs des fermes types pour obtenir le coût de production, en prenant des rendements corrects (14 t/ha pour le maïs irrigué et 10 t/ha pour le maïs pluvial), on constate que le coût de production augmente pour le maïs pluvial et reste stable pour le maïs irrigué. En outre, le prix de vente (135 €/t) est supérieur au prix d’intérêt ce qui signifie que l’exploitant est en mesure de se rémunérer, ce qui n’était pas le cas les années précédentes. Cependant, si les rendements sont diminués de 10 %, le coût de production augmente, et le prix de vente atteint le prix d’intérêt, ce qui signifie que les charges de trésorerie sont couvertes, mais que l’agriculteur ne se rémunère pas.
La campagne 2018 s’achève donc sur une bonne nouvelle, celle du revenu qui augmente grâce à une amélioration du prix de vente ; et une moins bonne : « La campagne de commercialisation s’annonce compliquée, car l’Europe pèse peu sur les marchés et subit la concurrence des pays de la mer Noire ». Sans oublier le phénomène des basses eaux du Rhin, qui renchérit les frais de transport.