Cultures

Publié le 26/06/2019

Mercredi, la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) et son homologue allemande, la ZG Raiffeisen, ont officialisé la création de leur société de commercialisation commune baptisée E.C.U. Le président de la CAC, Jean-Michel Habig, nous explique les tenants et aboutissants de cette union inédite en Europe dans le monde la coopération céréalière.

Jean-Michel Habig, vous avez entériné mercredi 26 juin la création de la première société de commercialisation de céréales commune entre la France et l’Allemagne avec vos homologues de la ZG Raiffeisen. De quoi s’agit-il exactement ? « C’est une union de commercialisation entre nos deux entités, et juste une union. Il ne s’agit pas d’un rachat ou d’une fusion comme certaines rumeurs le laissaient entendre. Notre objectif est clair : mettre en commun des moyens qui nous permettent d’avoir une importance économique forte, afin de garantir débouchés et rémunérations justes à nos producteurs sur l’ensemble du bassin rhénan. Nous mettons en commun le personnel lié à la vente des céréales. Au total, c’est un million de tonnes de céréales et d’oléagineux qui seront collectés et commercialisés par cette nouvelle société que nous avons appelé E.C.U, comme Europe Crop United que l’on peut traduire par récolte unie Europe. De ce fait, nous créons la première coopérative transfrontalière de commercialisation de céréales d’Europe en étant présent sur la majeure partie du bassin rhénan, de Bâle à Mannheim, à travers treize silos portuaires. » Pourquoi se lancer dans cette nouvelle aventure aujourd’hui ? « Pour la CAC, c’est simple, c’est l’un des axes de notre projet stratégique pour les prochaines années. Lors de mon arrivée à la présidence, j’ai fait le tour des metteurs en marché et je leur ai expliqué ma vision pour l’agriculture de demain. Dans les prochaines années, si on veut peser sur les marchés, si on veut permettre aux agriculteurs de garder le sourire, il faudra s’ouvrir et coopérer. Ce n’est pas en travaillant tout seul chacun dans son coin qu’on y arrivera. Il sera important qu’on arrive à travailler ensemble pour être plus efficace et pour ne pas s’épuiser chacun de son côté. » Pourquoi la ZG Raiffeisen ? « Nous avons une relation forte avec elle depuis le partenariat que nous avons noué ensemble autour des magasins Trèfle Vert. On apprend beaucoup de nos différences. Cela nous aidera les uns et les autres à progresser tout en respectant les chartes et les méthodes de commercialisation de nos deux entreprises. » Comment s’est passée la construction de ce projet ? « Il nous a fallu à peine huit mois pour en arriver là. J’ai la chance d’avoir en face de moi une personne très à l’écoute et constructive à travers Ewald Glaser, le directeur général de la ZG Raiffeisen. Nous avons mis les bouchées doubles pour tenir ce délai. Nous avons déposé notre dossier auprès des autorités de la concurrence française et allemande lors des élections européennes. Nous voulions montrer la volonté que nos coopératives souhaitaient mettre en œuvre. Nous avons eu le bon écho. Je voudrais d’ailleurs remercier les mondes agricole, politique et économique pour leur soutien, les équipes dirigeantes françaises et allemandes pour la mise en place du projet, et enfin le conseil d’administration et nos associés coopérateurs pour leur courage et leur prise de décision. » Comment a été perçue la création de cette union avec la ZG Raiffeisen parmi les salariés de la CAC ? « Globalement très bien. Certaines personnes n’ont pas compris tout de suite, et pensaient qu’il s’agissait d’un rachat ou d’une fusion, alors que c’est vraiment et juste une union. Ensuite, le fait que cette union soit régie par un conseil de surveillance avec un actionnariat à cinquante pourcents de chaque côté a aussi beaucoup rassuré les gens. Après, il y a une vraie attente de projets et de créations parmi les salariés de la CAC. Cette union va dans ce sens-là. » Vous parlez d’un conseil de surveillance. Comment fonctionnera-t-il ? Et plus globalement, comment va fonctionner cette nouvelle structure au quotidien ? « Le conseil de surveillance est composé de dix personnes, cinq de la CAC, cinq de la ZG Raiffeisen. Nous avons opté pour un nombre pair afin de s’assurer que chaque décision qui soit prise le soit à une très grande majorité. La présidence sera tournante, comme à la Chambre d'agriculture d’Alsace. C’est Ewald Glaser qui débutera, le président de la CAC prendra le relais dans deux ans. Au quotidien, c’est une équipe de moins de dix personnes, composée de salariés de nos deux entreprises, qui assurera le fonctionnement pratique de cette union. Le siège sera basé à Strasbourg, à proximité du Rhin. Un choix logique et symbolique en tant que capitale européenne. Le début de l’activité démarrera courant juillet afin d’être opérationnel pour la collecte et la commercialisation du blé. » Cette union a-t-elle un impact pour les agriculteurs adhérents de la CAC ? « Aucun. La récolte restera toujours enregistrée indépendamment par chacune de nos coopératives. Il n’y aura aucun changement dans le traitement opérationnel. » Comment voyez-vous l’évolution de cette union dans les prochaines années ? « J’espère une chose : que de nouveaux acteurs, qu’ils soient alsaciens ou allemands nous rejoignent. Nous n’avons pas conçu cette société juste pour nos coopératives, mais bien à l’échelle du bassin rhénan. Ce n’est pas un club fermé. C’est inscrit dans les statuts et les règlements : si d’autres actionnaires ou d’autres personnes souhaitent nous rejoindre, elles le peuvent. En tout cas, c’est ce qu’on espère. Cette société a été faite pour tout le monde car, je le répète, il n’y a qu’à travers des partenariats intelligents et constructifs que nous pourrons assurer l’avenir de nos filières et de nos exploitations agricoles. »

Publié le 29/05/2019

À Grussenheim, Frédéric Seiler décide de son assolement et de ses choix techniques selon des considérations économiques, environnementales et sociétales.

Frédéric Seiler s’est toujours destiné à l’agriculture. En août 2014, à 34 ans, il met fin à une carrière de quinze ans dans l’industrie pour reprendre la ferme de son père. Depuis, la surface n’a pas bougé, l’investissement est resté sage. L’essentiel des 75 000 € a été injecté dans un pulvérisateur porté de 24 m et deux travées supplémentaires de rampe d’irrigation. La véritable rupture avec le passé est intervenue cette année. Jusqu’en 2018, l’assolement se partage entre 70 ha de maïs grain, 20 de betteraves et le reste en blé. En 2019, Frédéric réduit la part du maïs et de la betterave pour leur substituer du blé dur et du colza. « Je crois à la diversification de mes cultures, explique-t-il. Je pense que la nouvelle Pac l’imposera de toute façon. Je fais mes essais. Le blé dur semé après betterave me paraît plus adapté au dérèglement climatique. Il se présente bien actuellement. J’en espère 75 à 80 q/ha et une marge équivalente à un maïs. Le colza fait son retour. S’il marge bien, je monterai sans doute à 9 ha en 2020. » « J'ai peur des basses eaux du Rhin » En diminuant la part du maïs, Frédéric a le sentiment d’anticiper. « J’ai peur des basses eaux du Rhin qui impactent le prix de vente. La nappe se recharge difficilement et je crains de futures restrictions d’irrigation d’autant que le grand public voit de plus en plus en l’agriculture une activité qui consomme trop d'eau. Et puis il y a le risque chrysomèle. Elle a été repérée dans le secteur en 2018. Rien d’alarmant. Mais si je traite c’est 60 €/ha de plus qui vont faire diminuer une marge à l’hectare déjà faible. » Pour la betterave présente sur l’exploitation depuis 2004, le choix est avant tout économique. « J’ai perdu de l’argent en 2018 », constate Frédéric. Au champ, la cercosporiose ne fait pas de cadeau. L’an passé, la maladie a détruit les trois bouquets de végétation et a fait baisser le rendement à 99 t/ha. Les huit à dix traitements nécessaires par campagne sont un autre souci. « Je n’implante plus de betterave près des habitations. Ce n’est pas tenable à terme. Il faudrait planter des haies capables d’arrêter un embrun et sacrifier une bande de six mètres de terre. » Frédéric n’abandonne pas la culture afin de préserver la filière et tous ceux qui en vivent. Aussi parce qu’il n’a pas « beaucoup d’autres alternatives ». Et puis, « le prix peut rebondir… » Stockage à la coopérative Frédéric ne désespère pas d’améliorer ses marges en pilotant son assolement selon l’évolution des marchés et en baissant toujours ses intrants. Il a réduit d’un tiers ses apports en phosphore. Il cherche à économiser sur les désherbages, les fongicides, grâce à un suivi précis de ses cultures. Il fait l’impasse sur les insecticides du sol au semis de maïs et lutte contre la pyrale en faisant lâcher des trichogrammes par un drone. Il choisit des variétés de blé tendre tolérantes à la septoriose et à la fusariose. Dans un délai proche, il se voit bien implanter des mélanges de trois ou quatre variétés performantes et résistantes à la septoriose, voire aux rouilles dont il anticipe l’arrivée en Alsace. « Cette année, je n’ai pas traité contre la septoriose. C’est une économie de 60 €/ha passage compris. En colza je me suis contenté d’un anti-graminée et en betterave, je ne ferai pas de T4. En maïs en revanche, je devrai traiter les deux tiers de ma surface avec un deuxième anti-liseron. Mais j’ai encore de la marge sur le désherbage. » Pour préserver au maximum ses parcelles d’une infestation, Frédéric n’hésite pas, s’il a une semaine de libre, à en faire le tour pour traiter leurs bords au pulvérisateur à dos. Depuis cinq ans, il teste le semis direct avec un semoir simple et un chisel passé superficiellement. Le résultat est décevant. Les pertes de pied se traduisent par un recul de 15 q/ha du rendement en maïs. C’est pourquoi Frédéric continue de labourer bien que ce ne soit pas sa « tasse de thé ». En contrat d’apport total, Frédéric fait stocker toutes ses céréales par sa coopérative. Il se fixe un objectif de prix par culture. Une fois sa décision arrêtée, il touche le prix moyen de la quinzaine qui précède. Frédéric consulte quasiment tous les jours un site spécialisé. Cette année, il spécule avec 100 t de maïs car il a remarqué que les semis étaient en retard aux États-Unis. « C’est stressant », avoue-t-il. Depuis peu, il compare les prix pratiqués entre organismes stockeurs. Les écarts sont faibles », juge-t-il. Comme il s’attend à un cours élevé en raison du recul de 20 % des emblavements français, il compte vendre son colza 2019 à la récolte. Plus classique, il cède son blé dès septembre pour refaire sa trésorerie. « Je travaille plus qu’avant 2014 et je gagne un tiers en moins ». Sans regrets.

De l’autre côté du Rhin

Un fruit au goût particulier pour les Huber

Publié le 09/05/2019

Quelle fraise est la meilleure ? Cette question intéresse aussi bien les consommateurs que les producteurs et sélectionneurs de variétés. Dans la ferme fruitière et viticole d’Achern-Önsbach, la famille Huber teste de nouvelles variétés.

En collaboration avec Fresh Forward, entreprise néerlandaise qui développe de nouvelles variétés, la ferme Huber à Achern-Önsbach teste sur 1 hectare quelles variétés de fraises répondent le mieux aux exigences du marché et de la culture. Variétés hollandaises « Chaque nouvelle souche est comme un nouveau-né », explique Helmut Huber, chef d’exploitation. La famille Huber a commencé à essayer de nouvelles variétés à petite échelle il y a déjà plus de dix ans. Helmut Huber est un agriculteur passionné. La plupart du temps, on le retrouve dans ses champs. C’est lui, le décisionnaire en matière de culture. Mais lorsqu’il s’agit d’y regarder de plus près, c’est Jörg Huber, le fils, qui est consulté. La technique d’irrigation est également de son ressort. « Les conseillers du marché de gros des fruits apportaient toujours des plants de nouvelles variétés de fraises », rapporte Helmut Huber. En 2015, Fresh Forward Breeding & Marketing a proposé une coopération plus étroite. Depuis, 4 à 6 nouveaux croisements de 10 à 1 000 plants, portant des noms peu poétiques tels que FF-1711 ou FF-1504, sont mis en terre chaque année au mois d’août. À l’épreuve du champ La culture expérimentale est strictement réglementée. Au cours de la première année de culture, la nouvelle variété subit une visite de culture standardisée. En parallèle, une variété comparable et déjà approuvée est plantée et évaluée dans les mêmes conditions. Une ou deux fois, un employé de Fresh Forward se rend à Önsbach pour examiner le stock avec les producteurs. Comment évaluer l’état de santé et la croissance ? Y a-t-il des anomalies ? Par exemple, la variété Allegro, qui a été approuvée en 2017 après quatre ans de culture d’essai, a présenté une croissance de feuille supérieure à la moyenne. Un engrais azoté économique s’est révélé particulièrement important dans ce cas. Test de goût La récolte de la série d’essais se déroule en plusieurs étapes et nécessite une grande précision. Jörg Huber délègue généralement cette récolte à une saisonnière, formée spécialement à cet effet. Ensuite, il lui appartient d’évaluer la culture et de remplir de grands tableaux. Rendement, répartition par taille, forme, état de santé et caractéristiques de stockage et de transport sont les facteurs mesurés les plus importants. Les teneurs en sucre et en acidité sont également évaluées en laboratoire. Difficilement quantifiable, le goût n’en est pas moins important. Helmut Huber décrit sa méthode ainsi : « Je teste un fruit. Si j’en attrape une autre, c’est qu’il est bon. Si je n’en ai plus envie, c’est qu’il a échoué pour moi. » Des tendances qui se répètent ainsi plus tard pour les clients de la ferme. Certains racontent, qu’après un passage à la ferme et le trajet de retour en voiture, il ne reste presque plus rien de ce qui, à l’origine, devait finir en gâteau. Un bon signe pour retenir la variété dans la sélection pour la famille Huber. FF-1711 ou FF-1503 ? Lesquels des nouveaux croisements seront effectivement enregistrés et commercialisés comme nouvelle variété. Après trois ou quatre ans de culture à l’essai, Fresh Forward Holding prend une décision sur la base des évaluations effectuées à plusieurs endroits. La fraise allegro était encore, jusqu’au 16 mai 2017, la FF-1602. La FF-1711 est, quant à elle, actuellement en course pour une nouvelle inscription. Développement des affaires La famille Huber reçoit une indemnité pour la charge de travail supplémentaire que nécessite la culture expérimentale, y compris la collecte de données utiles à la reproduction. Pour elle, les zones d’essai sont une petite mais belle partie de l’entreprise. « C’est amusant de découvrir les qualités de chaque nouvelle fraise en développement. Et si une variété est ensuite approuvée, nous avons déjà quelques années d’expérience pour la gestion de la culture », résume Jörg Huber. La ferme Huber est une entreprise familiale classique et Jörg Huber incarne la cinquième génération. Pour être exacte, il existe trois sociétés distinctes : Helmut Huber dirige une entreprise de production de fruits et de vin. La ferme fruitière de Jörg Huber comprend, elle, environ 7 hectares. Ce qui y pousse est entièrement revendu à la troisième entreprise : la société de commercialisation Huberhof GbR, dont le père et le fils sont actionnaires. Cette dernière activité passe par divers collègues, revendeurs, restaurateurs et points de vente dans la région. Vie de famille Ce qui est divisé en trois parties pour des raisons juridiques et organisationnelles se révèle être au quotidien une équipe de rêve, au sein de laquelle Jörg Huber et son épouse, Marion, travaillent main dans la main avec Helmut et Karola Huber. Mais avant tout, Jörg Huber est le gérant et le commercial de la famille. Il conserve une vue d’ensemble sur les récoltes. « Pour moi, peu importe qu’ils soient clients de magasins, revendeurs ou fournisseurs de produits ou d’équipements. J’essaie toujours de créer une juste convivialité avec mes interlocuteurs », explique-t-il. Marion Huber, de son côté, s’occupe de la famille presque toute la journée. Les enfants Linus et Hanna ont besoin d’attention, de même qu’Elsa Huber, maintenant âgée de 90 ans. Le chef junior aime, lui, travailler à la ferme ou au bureau. Karola Huber est probablement celle qui a ramassé le plus de fraises de sa vie. L’exécution précise de tous les travaux manuels relève de sa responsabilité. Cela inclut l’encadrement de la main-d’œuvre saisonnière. « Notre concept d’exploitation est axé sur la durabilité. Nous cultivons nos sols pour qu’ils produisent à long terme. Nous souhaitons qu’il y ait une sixième génération, et plus encore à la ferme Huber », explique Jörg Huber. Commercialisation Il estime qu’environ 60 % de la récolte est destinée au marché de gros de Mittelbaden et à la cave coopérative d’Oberkirch. Les 40 % restants sont répartis entre des magasins et des revendeurs. La commercialisation sur plusieurs volets s’avère donc utile. En effet, la vente directe seule ne pourrait pas générer suffisamment de chiffre d’affaires pour l’équipe dirigeante composée de quatre personnes. De même, une commercialisation purement coopérative ne couvrirait guère les coûts d’une exploitation polyvalente. La commercialisation comble le fossé de la culture expérimentale. Jörg et Helmut Huber constatent continuellement que les exigences ne sont pas les mêmes pour les clients ou les coopératives en ce qui concerne une nouvelle variété de fraises. De plus, les besoins changent constamment. Rendement, taille des fruits et santé des plantes, performance de la cueillette, goût et comportement au stockage : tous les facteurs jouent, indépendamment de la forme de commercialisation. Ainsi, les priorités changent. L’époque où le goût ne jouait aucun rôle dans la vente au détail et aux destockeurs est révolue. Cependant, il existe toujours des variétés mieux adaptées à des filières de commercialisation spécifiques que d’autres. Sans oublier, que le plus important est la capacité des plantes à faire face à un large éventail de conditions météorologiques qui touchent la région. Afin de réduire les risques pour les cultures, il est généralement nécessaire de choisir différentes variétés.

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