Asperges d’Alsace
Une précocité exceptionnelle
Asperges d’Alsace
Publié le 28/03/2019
Après un hiver particulièrement clément, les asperges d’Alsace débarquent avec plusieurs jours d’avance sur les étals alsaciens. L’occasion de rappeler que privilégier des asperges estampillées « L’asperge d’Alsace », c’est faire le choix de la qualité et d’une consommation locale et responsable.
Depuis une dizaine de jours, les premières asperges d’Alsace pointent le bout de leur nez dans le secteur de Hœrdt, qui bénéficie de terres sableuses, aérées et se réchauffant vite. Par rapport aux années précédentes, les asperges sont donc en avance. De presque dix jours. Une précocité qui s’explique par la météo, avec un hiver peu pluvieux, voire ensoleillé en févier, qui a permis aux producteurs de préparer la saison (buttage, paillage) dans des conditions de travail optimales. « Les buttages ont été effectués tôt et les paillages sont en place depuis un mois », rapporte Emmanuel Dollinger, producteur à Hœrdt. Les paillages que les agriculteurs utilisent pour booster la pousse des asperges ne fonctionnent vraiment bien que quand il fait beau et chaud. « Et ce sont justement les conditions dont on bénéficie actuellement », se félicite Emmanuel Dollinger. Actuellement, les buttes d’asperges de Thierry Riedinger, producteur à Hœrdt, sont recouvertes d’un paillage thermique de 25 µm, lui-même recouvert d’une deuxième couche de bâche, qui réchauffe la terre entre les buttes, afin de gagner encore quelques degrés. Objectif : « Emmagasiner de la chaleur dans le sol en journée. Et l’y garder la nuit », décrit-il. Car pour que les asperges émergent, le sol doit atteindre une température de 11 à 13 °C à 40 cm de profondeur. Le forçage consiste à accélérer l’augmentation de température dans le sol, pour hâter l’émergence des turions. Pourquoi ne pas attendre que les asperges arrivent à leur rythme : « Nous devons répondre à la demande du consommateur, qui veut manger des asperges de plus en plus tôt, et étaler la campagne de production, pour valoriser au mieux la production », argumente Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace (APAA). Faire durer le plaisir Cette phase de forçage ne concerne que les variétés précoces. Pour les autres, demi-tardives et tardives, les objectifs sont différents, donc la conduite aussi. Cette fois, il s’agit de réguler leur croissance, voire de la retarder pour faire durer la saison des asperges. Les variétés demi-tardives sont couvertes de plastiques noirs qui attirent la chaleur, mais moins que le paillage thermique. Ils sont imperméables aux rayonnements lumineux, ce qui, en bloquant la photosynthèse des turions garantit la blancheur des asperges, chère au consommateur. Les variétés tardives sont au contraire couvertes de bâches blanches, qui rejettent la chaleur, pour retarder leur pousse. Mais les nuits sont fraîches et les asperges poussent encore au ralenti. Actuellement, au prix d’une marche de 5 km dans les aspergeraies, il est possible de récolter quelque 30 kg d’asperge par hectare en une journée. Un chiffre qui sera multiplié par cinq dans quelques jours, lorsque les aspergeraies seront entrées en pleine production. Et qui explique aussi le tarif de ces toutes premières asperges : quelque 14 €/kg. Pour récolter un hectare et conditionner sa production, il faut compter une personne et demie. La production d’asperges est donc gourmande en main-d’œuvre et, d’année en année, les producteurs peinent à recruter. Plusieurs raisons à cela. Il s’agit de travaux physiques et de plein air, notamment la récolte. Les conditions de vie et de salaire dans les pays de l’Est se sont significativement améliorées, et il devient donc de plus en plus difficile d’attirer cette main-d’œuvre en Alsace. Pour trouver des salariés, les producteurs doivent donc les payer plus cher - « Ils gagnent plus que le Smic », précise Emmanuel Dollinger - et le répercuter sur le tarif des asperges. De terre à table Les premières asperges récoltées laissent augurer d’une bonne qualité. Pour ce qui est du rendement, il est encore trop tôt pour se prononcer. Une chose est sûre, les producteurs vont bénéficier d’un calendrier favorable, avec des fêtes de Pâques tardives, en concordance avec la période de production, tout comme plusieurs jours fériés en semaine. Par contre, la précocité alsacienne se vérifie aussi pour les autres bassins de production (Landes, Pays de Loire) et toutes ces asperges risquent d’entrer en concurrence sur les marchés de la distribution et de la restauration, ce qui se traduira inéluctablement par une baisse des prix. Aussi est-il important de rappeler qu’en choisissant des asperges estampillées « L’asperge d’Alsace », le consommateur achète un produit dont les règles de production sont soumises à un cahier des charges et régulièrement contrôlées par un organisme indépendant. « L’asperge est une culture qui ne reçoit aucun traitement avant récolte. Nous effectuons régulièrement des analyses de résidus de pesticides, et nous n’en avons jamais détecté », rapporte Philippe Sigrist. Retrouvez la récolte et le conditionnement des asperges en images :












