Cultures

Publié le 23/04/2019

Irrigants de France a défendu le stockage de l’eau dans un contexte de changement climatique, lors du congrès du maïs qui s’est déroulé en novembre dernier à Mulhouse.

Si l’eau est un enjeu essentiel à l’échelle de la planète, elle est aussi liée à des problématiques bien locales. En agriculture, toutes les filières sont touchées et en particulier l’élevage qui doit faire face de plus en plus à des manques de fourrage ou de paille à cause de la sécheresse. Une fois ce constat dressé vient la question de la gestion à long terme de la ressource aquifère. Une thématique qui a été débattue lors d’une table ronde organisée dans le cadre de l’assemblée générale d’Irrigants de France qui se tenait au mois de novembre au Parc des expositions de Mulhouse. Et le stockage de l’eau revient régulièrement dans la bouche des professionnels agricoles. Comment faire des réserves de cette précieuse ressource dans les périodes de fortes précipitations pour pouvoir ensuite les utiliser au cours de périodes de sécheresse de plus en plus longues ? Car le potentiel est là, et pas qu’en Alsace avec sa grande nappe phréatique. « Nous avons le deuxième meilleur potentiel d’eau en Europe derrière la Norvège. Et pourtant, on en utilise que 15 %. Ce qui fait de nous les derniers d’Europe. Stocker de l’eau en hiver pour l’utiliser en été relève d’un bon sens indiscutable. Mais pour cela, il va falloir obligatoirement du financement », explique le président d’Irrigants de France, Eric Frétillère. « Nous finançons les projets de substitution » En ces temps de sécheresse budgétaire, la question des crédits disponibles pour de tels projets est assez épineuse. Il y a tout d’abord des fonds mobilisables auprès des Régions, de l’Union européenne via le Feader. Et il y a les Agences de l’eau. Sauf que celles-ci ne sont pas « légitimes » pour financer tous les types de projets, explique Laurent Roy, directeur général de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée. Sans compter que leurs budgets sont en baisse, avec cinquante millions d’euros de moins en six ans due à la volonté du Gouvernement de plafonner leurs recettes. « S’il s’agit de financer un projet qui vise à substituer un prélèvement dans une ressource problématique, en tension, ou déséquilibrée, ou un projet de transfert à partir d’une ressource qui n’est pas en tension comme le Rhône, nous sommes en mesure de contribuer au financement, souligne-t-il. Fondamentalement, nous ne sommes pas opposés au principe du stockage. Mais la légitimité du financement, c’est la substitution. » Dans sa région, où 40 % des bassins de surface étaient déficitaires en eau fin 2015, de nombreuses démarches collectives ont été lancées. Des « projets de territoire » qui associent l’ensemble des usagers de l’eau sur un territoire donné. Une vingtaine a déjà été mise en œuvre, accompagnés chacun de plans d’action et de solutions « concrètes » : réutilisation des eaux usées pour l’arrosage d’espaces verts, de golfs ou pour la production agricole, désimperméablisation des sols, etc. Au total, soixante-dix projets de territoire ont été accompagnés et financés en partie par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée depuis trois ans. Ces projets de territoire, Irrigants de France y est favorable à condition qu’ils prennent en compte les besoins « nouveaux » pour l’agriculture liés aux changements climatiques, en l’occurrence la création de stockages supplémentaires qui permettraient de maintenir l’irrigation dans les cultures. « Par contre, on nous demande de baisser l’irrigation de 10 %, ces qui n’est pas acceptable. On peut produire demain avec autant d’eau. Nous sommes résolument engagés dans la recherche de techniques et technologies permettant d’obtenir une utilisation optimale de l’eau pour une meilleure efficacité environnementale et agronomique. Alors désirriguer, ce n’est pas aller dans le sens du changement climatique quand on sait que le maïs est une plante qui contribue au stockage du carbone dans le sol. L’irrigation doit être vue comme une solution, pas un problème », rappelle Eric Frétillère.

Publié le 23/04/2019

Les producteurs d’asperges manquent de main-d’œuvre pour la récolte. Ils ont alerté les pouvoirs publics lors du lancement de la saison, lundi 15 avril à Haguenau.

Des légumes laissés en terre faute de bras pour les récolter. Le cauchemar des paysans. C’est pourtant arrivé l’an dernier aux producteurs d’asperges alsaciens. En cause ? Des volumes exceptionnels et pas assez de saisonniers disponibles. « On s’est fait complètement déborder », confie Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. Costume noir sur les épaules, le cultivateur de Bilwisheim a tiré la sonnette d’alarme, lors du lancement de la récolte, lundi 15 avril à Haguenau. Il craint que le désastre se répète cette année. Car la situation n’a pas vraiment changé depuis le printemps dernier. La main-d’œuvre française rechigne à s’engager pour deux mois dans une récolte pénible, payée au salaire minimum. Les ouvriers d’Europe de l’Est se détournent aussi des travaux agricoles. La raison ? « On n’est plus compétitif », tranche le président des asperges. L’économie des pays de l’Est s’améliore. Les salaires grimpent et le Smic français ne vaut plus le coup. Résultat : Polonais et Roumains préfèrent rester dans leur pays. « Ils gagnent un peu moins, mais ne passent pas deux mois loin de leur famille. » Le manque de bras est énorme. Plusieurs dizaines de saisonniers manquent à l’appel des asperges. Plusieurs centaines toutes cultures confondues. « Si la semaine prochaine vous avec un pic, vous ne pourrez pas faire face », compatit Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Lui-même avoue souffrir du déficit de main-d’œuvre dans ses houblonnières, en pleine période de mise au fil. Cumuler RSA et récolte La parade pourrait venir des Conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Et de leur dispositif de cumul RSA-récolte. Le concept ? Le bénéficiaire conserve l’intégralité de son aide sociale et la cumule avec son salaire de saisonnier. Un argument de poids pour motiver ces personnes à travailler aux champs. En principe, le montant du RSA diminue lorsque le bénéficiaire touche un salaire. « Nous voulons assurer les besoins des agriculteurs », appuie Frédéric Bierry, président Conseil départemental du Bas-Rhin. L’expérience a été lancée avec succès lors des vendanges 2018. Cette année, les collectivités étendent le mécanisme aux asperges et au houblon. Mais certains paysans renâclent à embaucher des chômeurs de longue durée ou des personnes aux situations personnelles difficiles. Pour les convaincre de sauter le pas, la Chambre d'agriculture et le Conseil départemental proposent des stages de deux jours non rémunérés. En clair, l’ouvrier passe une période d’essai de deux jours sur l’exploitation. Le temps de s’assurer que le travail lui convient. Et qu’il satisfait l’employeur. « Nous présélectionnons des candidats motivés, rassure Mathias Lienhard, conseiller emploi au Conseil départemental. Ils me relancent souvent, y compris les samedis et dimanches. » « On est toujours dans la dentelle » En tout cas, l’initiative intéresse les agriculteurs. « Cinq volontaires vont venir sur ma ferme la semaine prochaine », confirme Jean-Charles Jost. Sept producteurs d’asperges et neuf houblonniers se sont rapprochés des services du Département. Ils auraient besoin de 60 travailleurs au plus vite. « Pour l’instant, nous avons pourvu 12 postes en asperges et 85 personnes se disent intéressées par la mise au fil du houblon », se réjouit Mathias Lienhard. Mais il reste prudent. Les bénéficiaires du RSA demandent un suivi de tous les instants. Plus de la moitié n’a pas le permis de conduire. Les travailleurs sociaux doivent donc organiser des covoiturages. Trouver des solutions en bus ou en train. « Parfois on aide à réparer un vélo ou à dénicher une tenue de travail, décrit le conseiller. On est toujours dans la dentelle avec ce public. » Voilà que la haute couture vole au secours de l’agriculture. Les asperges d’Alsace valent bien ça.

Interprofession des fruits et légumes d’Alsace

Du producteur au distributeur

Publié le 12/04/2019

Une contractualisation portant sur un volume d’achat et un prix annuel a été signée mercredi 3 avril entre l’enseigne Système U Est et la SARL ID3A à Balgau. Elle s’inscrit dans un contexte national de rénovation des relations commerciales qui fait écho à la loi Egalim.

Cette signature n’est que l’officialisation de ce qui a été discuté dès 2017. « Nous nous étions engagés mutuellement sur des quantités et sur un prix des produits », rappelle Claude Keller, gérant de la société ID3A à Balgau. Il s’agit en effet de l’élargissement de ce premier accord qui avait pour objectifs de relancer la création de valeur sur le territoire et en assurer l’équitable répartition. Permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes. Mettre à la disposition du consommateur une alimentation saine, sûre, durable, accessible à tous, en veillant à maintenir une souveraineté alimentaire. Poursuivre la transformation des systèmes agricoles afin qu’ils soient hautement performants. Pile dans l’esprit de la loi Egalim Le contrat a été basé sur une construction des prix à partir de l’amont. Il prend en compte les coûts de production des produits agricoles dans un contexte mondial concurrentiel, ainsi que la volatilité des marchés agricoles. Depuis, les partenaires se sont revus et ont fait évoluer leur entente. Le prix de la salade a été réajusté pour tenir compte des contraintes de travail. Un accord a également été trouvé sur le prix du persil et un nouveau produit, le radis rosé. « Nous sortons d’une année 2018 atypique en termes de météorologie. Nous avons réalisé un volume intéressant, en progression de 10 %, et un chiffre d’affaires en augmentation de 12 %. Ces derniers mois, Système U a joué le jeu et nous a permis d’obtenir des prix adaptés au marché. Nous avons été mutuellement réactifs », se félicite Claude Keller. Pas d’intermédiaire Ces bonnes relations de toute la chaîne sont dans l’intérêt de tous les professionnels et des consommateurs. L’occasion de rappeler que le circuit court est aussi dans les grandes et moyennes surfaces. « Les GMS ne sont pas que des intermédiaires. Dans le cas présent, nous travaillons directement avec les producteurs. Nous discutons ensemble sur les prix de produits que nous achetons localement et que nous revendons localement. Il n’y a personne entre nous. Pour les consommateurs, c’est l’assurance de trouver une alimentation saine et locale. Les circuits courts ne se cantonnent pas seulement à des ventes à la ferme. Là, nous revendons des produits récoltés le jour même », rappelle Thierry Boltz, président de Système U Est. Présent lors de la signature de cette contractualisation, le président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, Pierre Lammert, s’est félicité de cette bonne entente et de ces relations commerciales positives. « À l’interprofession, nous nous réjouissons de ces actions professionnelles communes. Avec l’enseigne U, cela devient une bonne habitude. C’est important pour les producteurs de connaître les prix de leurs produits, de savoir ce qu’ils peuvent faire. Ils ont ainsi une meilleure visibilité. Vous êtes en avance sur la loi. C’est une bonne chose. »  

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