Cultures

Publié le 25/01/2019

Après un été particulièrement aride, certaines prairies sont significativement dégradées. Il va falloir les soigner au printemps, voire ressemer les plus atteintes. Et pour sécuriser les stocks fourragers dans un contexte de changement climatique, d’autres stratégies peuvent être mises en place.

Après une année fourragère 2018 difficile, les stocks de fourrage des éleveurs sont au plus bas. Certains leviers peuvent être actionnés pour assurer la jointure, et pour la sécuriser dans un contexte d’aléas climatiques croissants. Les surfaces en herbe ont particulièrement souffert du manque d’eau et de la chaleur, impactant fortement les récoltes en 2018. Le premier levier consiste donc à adapter la fertilisation des prairies ainsi que les techniques de récolte pour optimiser la valorisation des prairies. Il s’agit de maximiser le rendement avant mi-juillet car, à partir de là, le risque de déficit hydrique s’accroît. Cela implique d’adapter la fertilisation azotée et de récolter l’herbe humide (ensilage, enrubannage) et pas en foin. « Car, pour sécher du foin, il faut des températures suffisamment élevées, ce qui par contre n’est pas toujours forcément le cas à cette période », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il rappelle les fondamentaux de la fertilisation azotée des prairies : 30 unités N/ha correspondent à 1 t/ha de gain de matière sèche. Et 30 m3 de lisier ont la même efficacité que 100 kg/ha d’ammonitrate. Le premier apport doit être effectué une fois que le seuil de 200 degrés jour à partir du 1er janvier est atteint. Et, comme le rendement est à chercher sur les premières coupes, un deuxième apport effectué après la première coupe sera valorisé lors de la coupe suivante. La forme d’azote apporté a peu d’importance, sauf en année froide où l’ammonitrate procure un meilleur rendement que l’urée, surtout pour la première coupe. « Pour les apports azotés en mai, l’urée convient très bien ». Au vu des cours actuels des engrais phosphatés, l’impasse peut être pratiquée sans risque si la prairie a été fertilisée régulièrement dans le passé, d’autant que le phosphore a peu d’effet sur le rendement en herbe, contrairement à la potasse, qui apporte un gain de rendement jusqu’à 120 unités K2O/ha, pas au-delà. « L’apport de potasse doit se faire en une fois avant la reprise de végétation, sans fractionnement », rappelle Laurent Fritzinger. Le soufre est un élément assez lessivable, qui intervient au niveau de la fixation de l’azote de l’air par les légumineuses. Même s’il est rare de constater des carences sur prairies, il peut être sécurisant d’effectuer un apport en cas de risque important : hiver très pluvieux, sol filtrant, printemps froid. Cet apport doit être effectué en même temps que l’apport d’azote car ensuite, comme la minéralisation du sol redémarre, l’apport ne se justifie plus. Les besoins des prairies peuvent aussi être couverts par l’apport d’effluents d’élevage : 30 t/ha de fumier ou 30 m3/ha de lisier couvrent largement les besoins. Enfin, pour affiner les besoins en fertilisation des prairies, la Chambre d'agriculture d’Alsace proposera des analyses d’herbe au printemps, annonce Laurent Fritzinger. Sursemis : un investissement pas toujours payant Après l’aridité estivale, la repousse des prairies les plus dégradées est incertaine : « Il risque d’y avoir plus de pissenlits et de chardons que de graminées », décrit Laurent Fritzinger. Une chose est sûre : ce sont les « bonnes » graminées qui ont pu disparaître en premier. Pour restaurer ces prairies, un sursemis peut-être envisagé. « Mais, prévient le conseiller agricole, la technique est aléatoire et exigeante. » Il s’agit en effet de semer de toutes petites graines, à faible vitesse de germination, dans un environnement déjà occupé par d’autres espèces. Un sacré défi donc ! Pour le relever, le choix de la période d’intervention est important. Trois options s’offrent aux agriculteurs : avant la reprise de végétation, après la première coupe ou à la fin de l’été. « Avant de procéder au sursemis, il faut agrandir les vides et dégager de la terre au moyen d’un passage de herse. Les espèces implantées doivent être agressives, comme les ray-grass ou le trèfle violet. Et l’environnement doit être le moins concurrentiel possible, donc bas. Pour favoriser le contact entre la terre et la graine, le sol doit être rappuyé. Et, afin de limiter la concurrence de la végétation en place, la fumure est déconseillée », décrit Laurent Fritzinger, qui reste très prudent lorsqu’il évoque cette technique : « On voit souvent des échecs alors que la technique requiert un investissement, notamment en semences, car la dose de semis est identique à un semis sur sol nu, soit 25 kg/ha minimum. » Son conseil : « Si on investit dans des semences, il faut mettre toutes les chances de son côté en utilisant du matériel adapté, c’est-à-dire un semoir à disques ». Au rayon des plans B Pour faire la jointure, il est aussi possible de modifier les pratiques pour récolter du fourrage tôt, en plus de l’herbe. Différentes options sont envisageables : les méteils, les ray-grass semés en Cipan, qui peuvent donner lieu à une, voire deux, coupes au printemps, l’ensilage de seigle semé en Cipan, l’ensilage de céréales qui avaient été prévues pour être moissonnées en grain, que ce soit du blé, de l’orge, du triticale… Après le printemps, tout n’est pas perdu pour produire du fourrage. Il reste l’option maïs, même si, semé après le 1er mai, son rendement est plus limité et qu’il faut adapter les variétés, notamment parce que la floraison risque de coïncider avec la sécheresse et les températures élevées. Il est encore temps d’implanter du ray-grass italien, qui peut être récolté huit semaines après le semis, avec les mêmes bémols que pour le maïs : « Pour pousser il lui faut de l’eau et une température inférieure à 25 °C ». L’implantation d’un méteil de printemps, à récolter en une seule coupe est aussi une option. Tout comme une culture de sorgho sucrier : « La date de semis idéale se situe autour de mi-mai, pour une récolte en octobre avec un rendement équivalent à celui du maïs, mais sans amidon, l’énergie se présentant sous une autre forme. » Enfin, les conseillers de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont une botte secrète à proposer aux éleveurs qui ont besoin de récolter du fourrage avant l’automne : du sorgho fourrager multicoupes, une plante herbacée, résistante au stress hydrique une fois qu’elle est bien implantée. Le semis s’effectue au semoir céréales, à une densité de 20 à 25 kg/ha, à 2 cm de profondeur, suivi d’un passage rouleau. Il est important de semer dans un sol suffisamment réchauffé (température du sol > 12 °C) pour garantir un démarrage rapide de la culture, et éviter un désherbage inutile. 60 jours après la levée, une première coupe peut être effectuée, avant l’épiaison, avec un rendement estimé de 4 à 6 tonnes de MS/ha et une valeur alimentaire de 0,8 UF. Après la première coupe le sorgho repousse et peut donner lieu à plusieurs coupes. Le sorgho fourrager multicoupes semble donc une espèce adaptée au changement climatique. À condition de prendre certaines précautions : « Lorsque le sorgho ne dépasse pas 40 à 60 cm de haut selon le type, il ne faut pas le donner en vert aux vaches, car il contient une toxine, l’acide cyanhydrique, qui disparaît ensuite à des stades plus avancés. Lors de la récolte, il ne faut pas couper trop court pour laisser passer de l’air sous les tiges, donc favoriser le ressuyage et la repousse. » Les sorghos de type Sudan sont à favoriser pour leur aptitude au fanage et la finesse de leurs tiges, ce qui permet de les enrubanner ou de les ensiler. Les bottes rondes d’enrubannage devront être stockées sur une face plane.

Publié le 24/01/2019

À Algolsheim, Laurence et Daniel Riess, sont installés sur une surface largement inférieure à 100 ha. Elle les incite à mutualiser leurs moyens avec deux autres exploitations.

L’assolement 2019 mis en place par Daniel Riess respecte l’obligation de trois cultures minimum. Mais il n’y a prévu aucun are de blé. Ce n’est pas qu’il y soit réfractaire. « C’est un choix d’organisation. Depuis dix ans, nous sommes trois exploitations de type familial à collaborer ensemble. Nous réunissons plus de 200 ha qui se répartissent entre ici, à proximité, et à une quinzaine de kilomètres. Nous nous efforçons de déplacer le moins possible le matériel en saison » explique Daniel. Cette stratégie commune est née il y a dix ans des relations que les trois agriculteurs entretenaient via le stockage du maïs en cribs. « Nous avons commencé par la récolte. Puis, il y a six ans, nous avons décidé de faire tous nos travaux de préparation du sol et de semis ensemble. Nous nous sommes partagé les investissements et avons choisi les modèles ensemble. Un de mes collègues a acheté un semoir huit rangs maïs grain et douze rangs soja. J’ai acquis une trémie frontale de 1 200 l. Ces matériels interviennent chez les trois comme une charrue six socs, un vibroculteur de 7,50 m ou un tracteur de 220 CV détenus en copropriété. À partir de cette année, nous traiterons en commun avec un enjambeur avec une rampe de 32 m. Ces machines sont sources d’économies. Chaque agriculteur seul, n’aurait pas pu se les payer ». Le principe de l’entraide régit actuellement ces relations. « Nous échangeons du travail ou du matériel. C’est un autre état d’esprit » précise Daniel. Des arrangements ont été conclus pour le fonctionnement. Daniel entretient par exemple l’élévateur, copropriété de ses deux collègues, pour compenser sa non-participation à son acquisition. La maintenance de la charrue est partagée entre les deux qui l’utilisent, en attendant que le dernier membre du trio s’y raccroche. Le nouveau semoir en remplace trois et travaille en prestation pour atteindre un total de 650 ha au total. Les recettes sont redistribuées au prorata de l’investissement de départ, de la main-d’œuvre fournie par chacun et de la surface travaillée. « Pour que ça marche, il ne faut pas d’égoïsme. Aucun ne doit vouloir profiter de l’autre » commente Laurence, l’épouse de Daniel. Les trois agriculteurs se réunissent trois fois par an et s’appellent plusieurs fois chaque semaine. Ils réfléchissent à une structure juridique qui commencerait par recevoir les gros matériels en dot et par encaisser les prestations. « Ce serait une sécurité pour tout le monde » estime Daniel. Herse étrille et bineuse « Les perspectives étant ce qu’elles sont dans les céréales, la mutualisation est une solution, surtout pour une exploitation de la taille de la nôtre » analyse Daniel. Depuis son retour en 1987 sur une exploitation de 35 ha, il n’a profité que d’un agrandissement, permis par le départ à la retraite de son oncle. « Sur vingt ans, j’ai même perdu 20 ares, une parcelle que j’ai cédée à un voisin » note Daniel. Sur ses terres plutôt caillouteuses ou alors sablonneuses, il implante du maïs propre à valoriser l’irrigation, du soja qui ne réclame pas une fumure classique et du tournesol semences qui, en plus de sa rentabilité, lui vaut des commentaires positifs de ses concitoyens qui trouvent « qu’il fait beau dans le paysage ». Daniel met en œuvre des pratiques raisonnées. Depuis dix ans, il utilise une herse étrille sur blé (il en avait 3,7 ha en 2018), orge et la passe deux fois en quarante-huit heures sur soja, « quand la plante ressemble à une petite boule ». Il l’a testée (avant d’arrêter) sur maïs grain au stade deux-trois feuilles. « Après la tige devient trop cassante et les pertes augmentent. Le plus compliqué c’est de trouver le temps » constate-t-il. Daniel bine encore deux fois son soja avant le stade genou et désherbe chimiquement le tour de sa parcelle. Depuis bien six ans, Daniel apporte des bactéries au sol sous forme de granulés en attendant d’essayer un apport en les mélangeant avec du sable et du lisier. « Elles remplacent ma fumure de fond pour un coût identique. Leur rôle est d’ameublir le sol et de favoriser l’accès des racines aux éléments nutritifs » remarque Daniel. « J’estime que ça marche. J’obtiens les mêmes rendements que mes voisins ». À la vente, il sécurise soja et tournesol par des contrats avec sa coopérative. Il déstocke son maïs cribs en juin, mais s’engage parfois bien avant. Il a ainsi déjà vendu la moitié de sa récolte 2018 à 194 €/t. « C’est plutôt un bon prix » juge-t-il.

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