Cultures

Publié le 28/11/2018

Martin Schwaederlé fête ses 25 ans à la tête de Champichoux, un des trois producteurs de champignons d’Alsace. Il a présenté son entreprise à ses clients et ses partenaires de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, lors d’une matinée consacrée au produit, jeudi 22 novembre.

« Les débuts n’ont pas été évidents, c’est une culture très technique. » Martin Schwaederlé sait de quoi il parle, il produit des champignons à Geispolsheim depuis 1993. Jeudi 22 novembre, il a offert une visite guidée de Champichoux, à l’occasion du lancement de la saison commerciale du champignon, organisé par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace. Martin Schwaederlé a repris l’exploitation familiale de chou à choucroute et de céréales. Le champignon s’est imposé à lui pour capter davantage de valeur ajoutée. 25 ans après, pari gagné. Désormais, les 53 hectares de SAU sont cultivés uniquement en céréales et ne représentent plus que 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. Le paysan a fait le choix de simplifier les cultures de plein champ pour investir dans la production de champignons. Les infrastructures de l’entreprise évoluent vite. Au départ, le producteur installe sa première champignonnière dans un ancien hangar situé dans le village. À partir de 1995, il y adosse un petit laboratoire culinaire de 40 m2. En 2009, il construit un bâtiment neuf à l’extérieur du village, sur 1 400 m2. Il s’agit de transférer et agrandir la champignonnière sur ce site et de créer un magasin de vente directe. Cela permet d’accompagner la hausse de la production de champignons. Un nouveau labo et du boulot En janvier 2017, l’entreprise déménage son vieux laboratoire du centre-ville dans un atelier de 350 m2 installé sur le site à la sortie du village. Près de 36 tonnes de champignons (80 % de la production) passe par cette chaîne. Les pleurotes et lentins du chêne sont transformés en nems, tartes et quiches. Les plats sont distribués à travers toute l’Alsace, dans des fermes, magasins de producteurs ou en grande distribution. Ces agrandissements ont créé des emplois. Aujourd’hui, 16 personnes travaillent pour Champichoux. Dont quatre commerciales en charge de dégoter de nouveaux clients. Car Martin Schwaederlé veut se développer encore plus. D’ailleurs, le patron réfléchit à étendre la fabrique actuelle.

Association des producteurs de céréales et oléagineux

Être innovant pour construire l’avenir

Publié le 22/11/2018

L’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) a célébré mardi dernier les quarante années de son existence au parc des expositions de Mulhouse. Son président, Thomas Obrecht, a placé cet « âge de raison » sous le signe de la prospective en listant les différents défis que devra relever la filière céréalière départementale pour continuer à exister dans un contexte de plus en plus complexe, que ce soit d’un point de vue climatique, économique ou sociétal.

On entend souvent dire que « 40 ans, c’est l’âge de raison ». Mais « être raisonnable » est-il compatible avec le fait de défendre et d’imaginer quotidiennement l’avenir de l’agriculture ? Une interrogation soulevée par Thomas Obrecht, président de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco). Devant lui, un parterre de professionnels agricoles, de partenaires et de représentants de l’État venus assister au quarantième anniversaire de cette organisation autonome particulière dans le paysage agricole français. Quarante années de « complémentarité » avec la FDSEA du Haut-Rhin qui ont permis à la céréaliculture départementale d’évoluer et de s’adapter progressivement aux enjeux environnementaux, économiques et sociétaux qui sont venus bousculer - et bousculent encore - le quotidien de la profession. L’eau, un « rêve pour certains » L’année 2018 est, à ce titre, un très bon exemple. Une année qui a « bousculé » les agriculteurs de par ses agitations climatiques « d’une rare intensité », en témoigne une sécheresse qui n’en finit plus d’impacter de nombreux éleveurs. Dans ces circonstances, la problématique de l’accès à l’eau est devenue une « urgence qui doit être portée par tout le monde », estime Thomas Obrecht. État, collectivités territoriales et associations environnementales doivent selon lui adopter le « bon sens paysan » et laisser de côté le « serpent administratif ». Car l’urgence est là pour les exploitations qui n’ont pas un accès facilité à l’eau. Une forme de paradoxe pour le département du Haut-Rhin alors que gît dans son sol une nappe phréatique « conséquente » qui, pour certains agriculteurs, est une « évidence ». Pour d’autres, malheureusement, cela reste un « rêve ». « C’est pour cela que nous devons rapidement apporter une solution à ces entreprises dont l’équilibre est tellement fragile qu’elles ne supporteraient pas une année supplémentaire de sécheresse. L’assurance climatique n’est pour eux plus la solution au regard de la moyenne olympique. » Le « défi » des basses eaux du Rhin Moins d’eau dans le ciel, moins d’eau dans les sols et moins d’eau dans le Rhin. Beaucoup moins d’eau, et de plus en plus souvent. Derrière, c’est toute la filière maïsicole qui s’inquiète. Pêle-mêle, elle doit affronter des coûts logistiques supérieurs, a du mal à maintenir les contrats-cadres, et voit même certains contrats comme Costimex être annulés. « Il faut agir, et vite. Nous sommes sans arrêt en train d’alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de trouver une solution à ce problème. La compétitivité de notre département en dépend et cela touche l’intégralité des secteurs d’activité qui ont choisi le Rhin comme voie d’expédition. » Ce « défi » doit impérativement être « gagné » souligne le président de l’Apco car, en face, de nombreux pays producteurs de céréales accentuent leur concurrence avec des coûts de transport moins élevés que ceux appliqués au maïs alsacien. « Tout doit être mis en œuvre pour approvisionner durablement nos clients européens. D’autant plus que, dans ce cas précis, ce transport fluvial du maïs représente un cas « concret » de la volonté de l’État français de diminuer les empreintes carbone. À sa charge maintenant de montrer que l’engagement politique a encore un sens, et que l’axe franco-allemand est efficace. » Communiquer, encore et toujours Pour les années à venir, l’Apco, aux côtés de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), a comme ambition d’exposer, d’expliquer et de faire comprendre les atouts du maïs, son adaptation à certains contextes pédoclimatiques comme celui de l’Alsace par exemple, et sa capacité à être cultivé en monoculture. Pour Thomas Obrecht, cela serait un « non-sens » de ne pas cultiver un maximum de maïs. « C’est une plante qui valorise au mieux les atouts de notre territoire, et qui concourt à maintenir des exploitations de taille moyenne, ce qui s’inscrit complètement dans la définition du développement durable. » Si l’Apco défend l’ensemble des filières - blé, colza, soja, betterave sucrière - elle est persuadée que le maïs reste sa production phare. « C’est la seule qui permettra, comme hier, d’assurer la viabilité de notre agriculture. Elle seule est adaptée à nos sols, à notre climat, à nos élevages. Elle seule répond aujourd’hui clairement à un déficit commercial de l’Europe. » Reste à convaincre une opinion publique qui a plutôt tendance à décrier cette plante. Pour y arriver, la profession doit « redoubler d’énergies » et montrer ce qu’il est possible de faire avec le maïs. « Quand nous le faisons, l’œil étonné des citoyens en dit suffisamment. » Redonner « confiance » dans la science Pour produire du maïs « au maximum », les agriculteurs devront être en mesure de faire face « efficacement » aux ravageurs, pyrale et chrysomèle en tête. Pour gérer ces pressions, comme celles des maladies qui pourraient survenir, les professionnels haut-rhinois souhaitent avoir accès à des moyens techniques « efficaces » et à « prix raisonnable » comme cela est le cas pour leurs concurrents. « Malheureusement, le retrait successif de nombreuses matières actives, et la mise en place de règles très restrictives, conduisent à une raréfaction des moyens de lutte. Ceci entraîne une explosion de nos charges et un risque de déclassement sanitaire de nos productions. Rajoutons à cela l’augmentation du prix des carburants, celle de la redevance pour pollution diffuse des produits de protection des plantes, ainsi que l’effet sournois de la séparation de la vente et du conseil… Le grand écart pour équilibrer nos comptes risque d’être des plus sportifs », déplore Thomas Obrecht. Sans oublier la « chasse aux sorcières franco-française » qui est faite actuellement sur les produits de synthèse et leurs utilisateurs. « C’est d’autant plus insupportable quand on sait que ces personnes qui tapent sur notre agriculture ne réagissent jamais face aux étals de marchandises à base de produits interdits chez nous. » Il ne comprend d’ailleurs pas le raisonnement politique qui « pousse le politique à nous mettre en difficulté face au reste du monde. » « Toutes les études vont dans le même sens : nous sommes le pays qui a la meilleure traçabilité, le plus de contrôles sanitaires, et nous avons réalisé d’extraordinaires efforts en dix ans. » Des éléments que la profession souhaite encore et toujours faire savoir à travers une meilleure communication, et ainsi « redonner confiance » dans la science. « La solidarité, notre meilleure arme » Face à tous les défis qu’il vient d’évoquer, Thomas Obrecht considère que seule la solidarité entre les professionnels de la filière permettra d’accompagner la céréaliculture - et l’agriculture dans son ensemble - vers les nombreux défis qui l’attendent. Il en veut pour exemple ce qui a été réalisé au cours de l’année 2018 aux côtés de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs, que ce soit pour l’opération « paille de maïs » qui est venue soutenir les éleveurs du Doubs, et pour le contrat collectif qui a permis de réduire les coûts électriques de ceux qui y ont adhéré. « Je sais bien que certains se sont offusqués à l’idée de devoir adhérer à la FDSEA. Mais peut-on vraiment croire qu’on peut tout régler avec des comportements individuels ? Notre agriculture dépendra demain de vos adhésions à un réseau. Et quand je compare notre contrat électrique, je peux aisément affirmer que c’est l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur de l’Hexagone », se satisfait le président de l’Apco.

Visite automnale de l’expérimentation SEFerSol

Des résultats encourageants qui restent à confirmer

Publié le 14/11/2018

À l’occasion du Mois de la bio en Grand Est, le premier bilan de l’expérimentation SEFerSol, qui vise à gérer la fertilité des sols en maraîchage grâce à la réduction de travail du sol et aux couverts végétaux, a été présenté au lycée agricole de Wintzenheim lundi 5 novembre.

Élaboré en partenariat avec l’Atelier Paysan, Alsace Vitae, l’Association pour la relance agronomique en Alsace (Araa), la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA), l’EPLEFPA Les Sillons de Haute Alsace, l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), Planète Légumes et Rittmo Agroenvironnement, le projet SEFerSol vise à tester des stratégies innovantes et rentables capables d’améliorer la fertilité des sols en maraîchage. L’expérimentation est menée depuis 2015 aux Jardins du Pflixbourg, l’exploitation du lycée agricole et horticole de Wintzenheim. La dernière visite de bilan a eu lieu le 5 novembre, dans le cadre du Mois de la bio en Grand Est. Guillaume Delanay, chef de projet du pôle maraîchage au lycée, a expliqué les conditions de l’expérimentation pour celles et ceux qui ne la connaissaient pas encore ; le projet ayant déjà été présenté à plusieurs reprises au cours de ces dernières années. Deux systèmes innovants, un système référent Le dispositif expérimental comprend trois systèmes de culture. Le premier, qui fait office de référentiel, est fidèle à ce qui se fait couramment chez les maraîchers bios en Alsace, à savoir un travail du sol important, le recours à des engrais organiques et une gestion classique du désherbage. On trouve ensuite le premier système innovant « engrais verts max » dans lequel on cherche à exploiter au mieux tous les bénéfices des engrais verts. Dans ce système, il n’y a pas d’apport de fertilisants organiques. Les seuls apports viennent du compost et des résidus des cultures et des couverts qui sont plantés. Le travail du sol est toujours présent, mais est différent. « On a recours à la pratique des planches permanentes et on utilise des outils de travail du sol qui ne sont pas rotatifs. Du coup, il n’y a pas les effets négatifs de désagrégation et de perturbation trop forts de la structure que provoquent les outils animés », explique Guillaume Delaunay. Enfin, le deuxième système innovant s’appuie, lui, sur le principe de conservation du sol, à savoir une couverture la plus permanente possible, un travail limité, voire supprimé, et une diversité enrichie dans les successions de cultures grâce à l’apport de couverts. Les trois systèmes de culture comparés s’appuient sur une succession de cultures qui doit durer cinq ans : des pommes de terre pendant la première année, des salades et des choux-fleurs la seconde, des courges la troisième, des poireaux la quatrième et des carottes pendant la cinquième année. « Aujourd’hui, on sait qu’on va pouvoir aller au moins jusqu’à neuf années de travail. Il est fort probable qu’on recommence la même rotation pour pouvoir comparer avec ce qui a déjà été étudié », annonce Guillaume Delaunay. Et surtout, cela permettrait de confirmer si, oui ou non, ces systèmes de culture innovants testés répondent aux objectifs fixés au départ : améliorer la fertilité du sol, faciliter la gestion de l’enherbement, assurer l’autonomie de ces systèmes - un principe fondamental de l’agriculture biologique - et s’assurer du faible impact de ces systèmes sur la qualité de l’eau. « C’est un sujet sur lequel on est particulièrement attentifs. On a tendance à dire que l’impact de l’agriculture biologique sur la qualité de l’eau est moindre que celui de l’agriculture conventionnelle. Sauf qu’on manque de références à ce sujet. C’est l’occasion d’en faire. Avec la nature du sol de ces parcelles [NDLR : sablo-limoneux], on peut facilement mesurer l’impact sur les nappes souterraines, et ainsi voir plus facilement si nos pratiques doivent encore être améliorées. » Un bilan économique à calculer Afin d’avoir des résultats plus précis, deux parcelles d’expérimentation ont été créées côte à côte : Sefersol 1 et Sefersol 2. La première a démarré sa rotation de cultures dès le début du projet en 2015, la deuxième en 2016. Un décalage qui permet d’effacer les effets potentiels d’une météo particulière une année. « On peut lisser les résultats avec deux années différentes », justifie Guillaume Delaunay. Sur Sefersol 1, les résultats obtenus cette année grâce aux systèmes de culture innovants sont plutôt encourageants. « Que ce soit « engrais vert max » ou « conservation du sol », on obtient des rendements de poireaux commercialisables plus importants que dans le système de référence. On s’était fixé 20 tonnes à l’hectare, on l’a dépassé sur les trois systèmes. On arrive même à 45 t/ha avec le système « conservation du sol », soit le meilleur rendement commercialisable. Après, il faut faire des calculs de marge pour voir s’il y a toujours une telle différenciation. Par exemple, on a eu 20 % de temps de travail en plus sur le système « engrais vert max » par rapport au système de référence à cause de la gestion des adventices. » Sur la parcelle Sefersol 2, les résultats obtenus sont un peu différents. Tout d’abord, ce sont trois légumes qui ont été plantés à chaque fois : des courges sucrines du Berry, des potimarrons et des courges butternut. Dans ce cas, les mesures ont été effectuées sur la planche du milieu, celle où se situaient les potimarrons, et non sur les planches latérales soumises à des effets de bordure. « Et ce qu’on peut dire, c’est que la culture de potimarron a été la moins bonne avec une différence pas très marquée entre le système référent et les deux systèmes innovants. On note toutefois que le système « conservation du sol » a apporté un rendement un peu plus important. » Plus important, mais pas suffisant puisque l’objectif initial de 30 t/ha n’a été atteint avec aucun des trois systèmes. En revanche, sur les deux autres types de courges situées sur les planches latérales, le rendement a été atteint. Pour la courge butternut, le système « engrais vert max » a été le plus favorable, même si le système « conservation du sol » le talonne de peu. Enfin, sur la courge sucrine du Berry, on remarque une petite différence avec les deux systèmes innovants. « Mais globalement, les résultats pour ces deux courges sont relativement homogènes entre les trois systèmes », constate Guillaume Delaunay. Là encore, des calculs de marge devront être faits afin de mesurer plus précisément la pertinence économique de ces systèmes innovants. Là est tout l’enjeu en effet. Si la protection de l’environnement et des ressources aquifères est évidemment un enjeu essentiel, aucun système, aussi innovant soit-il, ne pourra être adopté à grande échelle s’il ne présente pas un résultat économique positif pour l’agriculteur.

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