Publié le 24/10/2018
À Uhrwiller, Michel, Martine et Sébastien Pfeiffer ont progressivement adopté le semis direct. Selon eux, une option technique mais surtout un état d’esprit.
Le Gaec de Belle vue surplombe légèrement Uhrwiller. Depuis la petite ligne de crête qu’il occupe le regard est arrêté au nord comme au sud par le sommet des collines voisines. Au total, ce ne sont pas deux mais quatre bassins-versants qui peuvent déverser les eaux de fortes pluies dans les rues de la commune. La problématique des coulées de boue et la pression exercée par les élus municipaux sont une première raison qui a poussé Michel et Sébastien Pfeiffer à abandonner le labour pour virer progressivement à l’agriculture de conservation. La volonté de conserver le capital sol est la deuxième. Leur réflexion démarre en 2001. Père et fils visitent des collègues pratiquant le non-labour et le semis direct dans l’ouest de la France, en Suisse, en Allemagne. Leur première décision est de mettre en place des bandes enherbées de 6 à 10 m de large. La seconde est de passer de deux à six cultures et de raisonner leur rotation en fonction de leurs trois types de sol. Dans les 25 % de sols séchants, ils se contentent de colza et d’orge. Y semer un maïs est exceptionnel. Ils le gardent pour leurs 40 % de sols profonds où ils l’alternent avec du soja. Dans leurs 35 % de sols argileux, ils sèment de tout, mais en se restreignant une nouvelle fois fortement sur le maïs (une année sur cinq, et encore). Aucun champ ne reste nu. Chaque parcelle est couverte en permanence, soit par un colza ou une céréale d’hiver, soit par une culture intermédiaire comme du seigle, du trèfle, du tournesol, de la phacélie, une féverole… Le premier choix de Michel et Sébastien se porte sur un déchaumeur. Les résultats sont hésitants. 2008 assène le coup de grâce à ce matériel. Une forte pluie tasse le sol. Le maïs qui suit développe des racines sommaires. Elles pompent trop d’azote sous sa forme ammoniacale jusqu’à déformer les tiges. Entre 2008 et 2014, Michel et Sébastien se rééquipent pour 200 000 € avec un pulvérisateur automoteur, deux semoirs à disques de 6 m pour leurs céréales et leurs maïs, ainsi que deux strip-tills, à dents et rotatif. Ils interviennent avec les disques sur 20 à 30 % de leurs surfaces et pratiquent le semis direct sur le reste à condition que la structure du sol, vérifiée par un profil à la bêche, soit souple. Dans les deux cas, ils ne travaillent plus que les cinq premiers centimètres de leurs champs et seulement quand ils sont suffisamment ressuyés. Depuis trois ans, après un blé dont les pailles restent en place, ils ajoutent à leur semis de colza 70 kg/ha de féveroles pour profiter de l’action de leur racine pivotante avant que le gel ne les détruise. « Notre objectif est de préserver la structure verticale créée par les racines, donc la capacité d’absorption et de rétention de l’eau. Ce genre de sol supporte sans problème un orage de 30 à 40 mm » affirme Michel. Moins d’heures de travail Michel estime à cinq ans la durée nécessaire pour passer d’un itinéraire conventionnel à l’agriculture de conservation. « Les premières années, les rendements chutent jusqu’à 20 % en terres lourdes » concède-t-il. Après coup, ils ne sont pas meilleurs (voir encadré), mais « il y a toujours au moins une culture qui réussit dans l’année ». Où se nichent alors les bénéfices ? « Les cultures en place sont plus résistantes car les matières actives reviennent moins souvent. J’arrive à diminuer les doses de 30 à 40 %. Ce n’est pas tant la dose que son positionnement qui est important. Mais en quatre ans de pratique, le poste phytosanitaires a baissé de 15 %. La consommation d’engrais azoté recule aussi grâce aux restitutions des couverts de 15 à 20 % ». Un autre gain correspond à la diminution des heures travaillées, au carburant et au matériel nécessaire. Le Gaec fonctionne désormais avec quatre tracteurs, automoteur compris, au lieu de cinq. Et d’ici deux à trois ans, il pense supprimer le strip-till. « Nous ne reviendrons pas en arrière » résument Michel et Sébastien. « Ce système offre une plus grande flexibilité. Le sol ressuye plus vite. Un blé impossible à semer peut être remplacé par du soja. Les récoltes qui s’étalent de juin à octobre mettent moins de pression dans le travail ». Si Michel a un conseil à donner à tout candidat, c’est de ne pas se lancer seul. « Il y a trois conditions à remplir. La première est de connaître ses parcelles par cœur. La seconde est de décider d’une rotation avec une couverture permanente du sol. La troisième est de commencer par ses champs avec une bonne structure. La rotation permet ensuite de faire rentrer toute la surface dans le système en trois ans. Le maïs peut être remplacé par un blé, un colza, un soja et à nouveau un blé ».












