Rencontre des JA avec le député Schellenberger
Au Loup !
Rencontre des JA avec le député Schellenberger
Publié le 30/05/2021
Samedi 22 mai, le député Raphaël Schellenberger s’est immergé pendant une journée dans les réalités de l’agriculture de montagne de la Vallée de la Thur. Un rendez-vous organisé par les JA Saint-Amarin Masevaux qui a permis d’évoquer l’ensemble des problématiques actuelles, des dégâts de gibier à la sécheresse, en passant par le rôle essentiel joué par les éleveurs dans l’entretien du paysage du massif grâce aux prairies. Mais attention, l’ombre du loup rôde…
Entretien des paysages, vie économique, lien social, garant de traditions ancestrales… Sur le massif vosgien, l’agriculture joue plusieurs rôles tout en devant composer avec des problématiques diverses : manque de fourrage, dégâts de gibier, manque d’eau, et cohabitation parfois délicate avec les activités touristiques et sportives. Une réalité que les Jeunes Agriculteurs du canton Saint-Amarin Masevaux ont souhaité montrer de plus près au député de la 4e circonscription du Haut-Rhin, Raphaël Schellenberger, lors d’une rencontre organisée samedi dernier. La journée a démarré à la ferme Ludwig, à Altenbach, à environ 800 mètres d’altitude. Elle s’est poursuivie à la ferme Bronner, quelques centaines de mètres plus haut, pour une immersion dans la transhumance de printemps à destination de la ferme-auberge du Grand Ballon, avant de se terminer à Fellering, à la ferme Schoeffel-Pierrerel pour parler de l’importance des prairies pour le paysage et l’économie locale. Les Vosges, un « carrefour » pour le loup En préambule, Benjamin Ludwig a souhaité aborder la menace du loup dans ce secteur géographique. En tant qu’éleveur de moutons, il est première ligne face aux éventuelles attaques du canidé. S’il n’a pour l’instant pas connu une telle mésaventure, le phénomène est bien réel sur le massif vosgien et pourrait bien croître dans les années à venir. « Il faut savoir que des jeunes loups sont à la recherche de territoires. Et les Vosges sont un terrain de rencontre entre la souche balte qui vient d’Europe de l’Est, et la souche alpine qui vient d’Italie », précise-t-il. Préférant écarter la logique « pour ou contre le loup », il a préféré mettre en place un groupe de réflexion à l’échelle de la vallée pour imaginer quelque chose de « concret » et de « logique » pour protéger les élevages. « Il y a d’abord un constat : le loup est présent sur le massif et il est protégé par la convention de Berne. La France autorise tout de même cent tirs létaux par an dans tout le pays pour les loups les plus problématiques. Est-ce que c’est bien ou pas bien, je ne sais pas », reconnaît-il humblement. Une cohabitation impossible ? Pour trouver une issue à ce problème croissant, le groupe de réflexion s’est rendu à un séminaire au Portugal. Dans le nord de ce pays, le loup y habite depuis toujours et les éleveurs sont toujours là. « Il y a 600 loups sur un territoire grand comme l’Alsace Lorraine. On s’est demandé comment cette cohabitation était possible. » Une question qui a entraîné plus de problèmes qu’elle n’a engendré de réponses constructives. « Pour résumer, on peut dire que le retour du loup n’est pas adapté à l’agriculture telle qu’on la pratique aujourd’hui dans le massif vosgien, observe Benjamin Ludwig. Soit on vire le loup, soit on vire les paysans. » Ou alors, il faudrait revenir à l’agriculture qu’on pratiquait il y a 50 ans, et qui est toujours d’actualité dans le nord du Portugal. « C’est une région très rurale, comme chez nous il y a quelques décennies. Ils produisent en un an ce que je produis en trois semaines. Ils ont un chien pour douze brebis, des cabanes en pierre un peu partout, et les troupeaux ne sortent pas plus de huit heures par jour. Tout cela est difficilement imaginable chez nous. » Des attaques qui coûtent cher À défaut de retourner un demi-siècle en arrière ; Benjamin Ludwig prône pour un renforcement des actions préventives déjà à l’œuvre sur le massif : aides financières pour des clôtures ou pour l’alimentation des chiens de garde, aides techniques, etc. « Pour l’instant, le Parc naturel des Ballons des Vosges, les élus, nous soutiennent chaque printemps quand on sollicite l’administration. Pour l’instant, on y arrive et il faut que ça continue. » Reste aussi à convaincre les chasseurs du bien-fondé de ces mesures préventives, notamment des clôtures. « Les sociétés de chasse nous demandent de les enlever car cela gêne le déplacement du gibier, le même qui abîme nos prairies… », glisse-t-il un brin désabusé. Et comme les pertes de fourrage, le coût économique des attaques de loup peut devenir très conséquent. En France, en 2020, cela a coûté près de 300 millions d’euros à l’État entre les indemnités payées aux éleveurs et tous les frais annexes. « Ça fait 500 000 euros par loup. Quand on sait que 12 000 animaux domestiques ont été tués en 2020, on comprend que la note monte aussi rapidement », poursuit Benjamin Ludwig. Pour l’éleveur, outre la perte d’un ou plusieurs animaux (mais indemnisés), c’est surtout les conséquences sur l’ensemble du troupeau qui sont les plus néfastes. « Quand un loup ou même un chien errant attaque, les animaux sont stressés pendant des semaines, voire des mois. Ils ne sont plus en chaleur et ne produisent plus rien, c’est une catastrophe. D’où la nécessité de faire le maximum pour éviter d’en arriver là. »












