Candidature de la transhumance à l’Unesco
Un patrimoine ancré dans les chaumes
Candidature de la transhumance à l’Unesco
Publié le 16/06/2021
La Semaine européenne des races locales de massifs, du 20 au 22 septembre, dans le Haut-Rhin, sera l’occasion d’une réunion de travail sur la candidature de la transhumance au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Une tradition qui a permis de « féconder » le massif vosgien pour lui donner le visage qu’il a aujourd’hui.
Difficile de parler d’agriculture de montagne sans évoquer la transhumance sur les massifs français. Une pratique candidate depuis juin 2020 à l’intégration au patrimoine culturel immatériel (PCI) de l’Unesco. Une nouvelle réunion de travail sur le sujet est prévue en marge de la Semaine européenne des races locales de massifs (Seram) au mois de septembre à Colmar (lire par ailleurs). « C’est une tradition qu’on retrouve dans le monde entier. L’Italie, la Grèce et l’Autriche ont déjà inscrit leur transhumance à l’Unesco. La France fait aujourd’hui partie d’un deuxième groupe de pays européens qui souhaite faire de même », explique le président du Collectif des races locales de massif (Coram), Florent Campello. Le dépôt du dossier de candidature est prévu en mars 2022 pour une reconnaissance au PCI en décembre 2023. Pour que cela soit le cas, il faut pouvoir justifier que le patrimoine culturel en question soit toujours « vivant », et mettre en avant la manière dont il est transmis et comment il s’inscrit dans la modernité. « L’inscription à l’Unesco n’est pas une mise sous cloche, bien au contraire. Ce n’est pas non plus une contrainte en plus. Cela permet de reconnaître officiellement tous les bienfaits pour le territoire, qu’ils soient environnementaux ou économiques. On redonne aussi de la fierté aux éleveurs qui la pratiquent. C’est une mise en valeur d’une richesse culturelle commune », poursuit Florent Campello. Une tradition fédératrice Dans le cas de la transhumance pratiquée dans le massif vosgien (entre 40 et 50 éleveurs, principalement dans le Haut-Rhin), de nombreux acteurs économiques, politiques et touristiques ont ainsi un intérêt direct à une telle reconnaissance. Encore faut-il pouvoir le prouver au jury chargé de valider ou non la candidature. « C’est pour cela que nous avons sollicité le soutien d’une vingtaine de structures au moyen d’une lettre de consentement (librement) écrite et signée de leur part. Parmi elles : les préfectures des Vosges et du Haut-Rhin, la Chambre d’agriculture du Grand Est, la Collectivité européenne d’Alsace, Alsace Destination Tourisme, la Région Grand Est, l’Association du munster fermier, l’Association des fermes-auberges du Haut-Rhin et bien d’autres, qui sont culturellement attachées à la transhumance comme les associations de cors des Alpes, développe le chargé de développement de l’Organisme de sélection (OS) de la race bovine vosgienne, Anthony Di Carlo. C’est essentiel de pouvoir mettre en avant toute cette communauté auprès de l’Unesco. » À terme, l’idée serait de mettre tout ce beau monde autour d’une même table pour savoir comment valoriser concrètement un « label » Unesco sur la transhumance. Florent Campello a déjà quelques idées : « Cela pourrait être un bel outil de communication à mettre en avant dans nos fermes ou à l’entrée de nos vallées. » Dans un premier temps, il y aurait tout un inventaire culturel à réaliser. « Beaucoup de choses sont associées à la transhumance : la fabrication des cloches, le son des cloches, les cris des marcaires ou encore les sentiers de transhumance. En identifiant ces parcours historiques, on pourrait par exemple les protéger dans le cas de conflits d’usage qui risquent d’être de plus en plus nombreux et importants. » Un « pont » entre Alsace et Lorraine Si la recherche de ces consentements a été un travail « très intense » reconnaît Anthony Di Carlo plus habitué aux pratiques d’élevages et de transformation fromagère, elle a tout de même permis de s’interroger sur le « dénominateur commun » qui unissait toutes les parties prenantes autour de la transhumance. « En faisant quelques recherches, on s’aperçoit par exemple que la pratique s’est maintenue entre 1871 et 1914, quand l’Alsace était allemande. Les éleveurs du Haut-Rhin continuaient leur transhumance sur des chaumes situés côté français, sans que cela ne pose le moindre problème. C’est donc un lien historique qui unit l’Alsace et la Lorraine. À l’échelle du massif comme du Grand Est, on peut voir cela comme un élément fédérateur », considère Anthony Di Carlo. Jean-Michel Curien, membre du Bureau de l’OS vosgienne, va un peu plus loin dans l’analyse en soulignant « l’action de fécondation du massif » opérée par la transhumance à travers les siècles : « C’est cette action qui a permis de redonner une fonction aux territoires supérieurs de notre massif. Ce défrichement progressif a permis de façonner les paysages que nous avons aujourd’hui. »












