Ferme du Renzburn à Storckensohn
« Ils ont tout détruit ! »
Ferme du Renzburn à Storckensohn
Publié le 24/04/2021
À quelques semaines de la première coupe d’herbe, Robert et Jérémy Luttringer ont eu la désagréable surprise de découvrir la semaine passée leurs parcelles dévastées. Jusque-là, ils étaient relativement épargnés par les dégâts de sangliers que l’on constate un peu partout dans la région, mais les restrictions de chasse liées à la crise sanitaire, ont changé la donne.
Mercredi 15 avril. Sur les réseaux sociaux, Jérémy Luttringer ne cache pas sa colère et son désespoir. « Broyé deux fois et on est reparti pour une troisième fois. Là, ça suffit ! Quand on pense que dans un mois et demi, on fait la première coupe, tu sais que c’est mort cette année ! Tu mets du fumier, tu mets de la chaux et voilà le résultat ! Juste dégoûté ! », écrit le jeune homme dans son post accompagné de quelques photos explicites. Âgé de 26 ans, il n’est pas encore installé sur l’exploitation familiale que gère son père, à Storckensohn. Ce dernier exploite en montagne une quarantaine de bovins allaitants, une quinzaine de mères, un troupeau de chèvres et un en phase de mise en place d’ovins. Il est installé de l’autre côté du versant, en fond de cette vallée de Thann Saint-Amarin. Père et fils viennent également de reprendre la ferme d’un agriculteur parti à la retraite depuis quelques mois juste au-dessus du village. « Nous vivons de la vente directe. Nous faisons des caissettes de veau et de bœuf. Mon père s’occupe de l’administratif et de l’élevage. De mon côté, j’effectue tous les travaux de la ferme. Nous avons également différentes parcelles. En tout environ 57 hectares. Nous faisons parfois une heure de route pour aller faucher jusqu’à Burnhaupt et même Ammertzwiller », explique Jérémy Luttringer. Ils le reconnaissent. Jusqu’à présent, ils étaient relativement épargnés par les dégâts de sangliers et autres gibiers. Robert Luttringer est lui-même chasseur et l’entente est bonne avec ses collègues. Mais les choses évoluent différemment depuis quelque temps. « On a un nouveau schéma cynégétique et il n’est pas adaptable à la montagne. En outre, les chasses sont devenues chères. Peu à peu, les locaux laissent la place à des étrangers. Or, depuis un an, avec la crise sanitaire, ils ne peuvent plus venir chasser régulièrement. Cette semaine par exemple, ils ont été bloqués à la frontière. Du coup, les sangliers sont tranquilles », analyse Robert Luttringer. Tellement tranquilles qu’ils passent et repassent devant les deux sites de l’exploitation familiale. « Depuis trois semaines, ils sont partout, toutes les nuits. Ils retournent les pâturages et les prés de fauche. Un vrai carnage. Ici à Storckensohn, un hectare entier a été détruit. Plus haut, c’est la même chose. Toutes les parcelles sont retournées. Ils ont tout détruit ! », s’agace Jérémy Luttringer. Une rentabilité mise en péril Que faire ? Dans un premier temps, père et fils vont déclarer les dégâts et une nouvelle fois remettre en état. Mais il y a désormais urgence. « Dans un mois et demi, la première fauche est prévue. Nous doutons qu’elle va donner quelque chose d’intéressant. Nous allons être contraints d’acheter du fourrage. Par chance, ici, la sécheresse est bien moindre que plus en bas dans la vallée. Nous avons les restes des pluies des Vosges. Généralement, on a de l’herbe tout l’été. Nous pouvons faire nos trois coupes sur l’année. Cette année, c’est très mal parti. Je n’ai jamais vu cela », souligne Robert Luttringer qui s’est installé en 2000. Il a toujours été bien soutenu par la commune et il a ouvert le paysage. Ce qui lui permet d’exploiter tout en travaillant à côté dans une entreprise située à Saint-Amarin. Son fils est dans le même cas. « Pour vivre de l’agriculture de montagne, nous devons mieux valoriser nos productions et vendre en direct avec le moins d’intermédiaires possibles. Nous ne voulons pas trop nous agrandir. Cela se passe plutôt bien. Mais si maintenant nos parcelles sont saccagées régulièrement, cela va rendre notre exploitation moins viable », s’inquiète Jérémy Luttringer. Ces dernières années, les Luttringer sont pourtant aux petits soins pour leurs parcelles et leurs animaux. Ils ont besoin d'une soixantaine de rouleaux de fourrage pour la première coupe. C’est précisément ce qu’ils produisent. « Nous broyons avec le tracteur, nous utilisons du fumier, de la chaux et nous achetons des semences. Les coûts sont également là. Nous réfléchissons désormais pour faire un semis complémentaire. S’il pleut, on pourra implanter une culture supplémentaire », précise Robert Luttringer. La première coupe a lieu généralement dans la seconde partie du mois de mai, parfois en juin. La seconde coupe plus tard dans l’été. La troisième se fait avec l’aide des vaches. Père et fils sont désormais suspendus à la faune sauvage qui les entoure. Leurs nuits vont être de plus en plus courtes. « Nous pouvons chasser. Mais pas seuls. Nous devons pouvoir le faire avec tous les autres chasseurs », concluent Robert et Jérémy Luttringer.












