Élevage

Earl Haebig à Balschwiller

Pérenniser le veau dans de nouveaux locaux

Publié le 05/09/2019

Marie et Nicolas Haebig ont réorienté leurs activités il y a quelques années sur l’exploitation familiale à Balschwiller pour faire de l’élevage de veau de grain. À l’étroit au cœur du village sundgauvien, ils projettent de réaliser une sortie d’exploitation, agrandir leur cheptel et bénéficier de locaux plus fonctionnels.

Les Haebig sont l’une des plus anciennes familles agricoles de Balschwiller. Nicolas, 38 ans, a repris l’exploitation à la suite du départ à la retraite de son père. Il la gère désormais avec sa mère qui va elle-même partir à la retraite en 2021. Son épouse, Marie, 29 ans, doit s’installer prochainement. La ferme occupe 130 hectares de surface agricole utile sur la commune et les bans des villages voisins. On y trouve 25 hectares de prairies naturelles au bord du grand canal, et 105 hectares de terres labourables où sont cultivées des cultures de maïs, de colza et de blé. Depuis 2008, il n’y a plus de vaches. « On a arrêté le lait car il fallait faire une mise aux normes des bâtiments qui aurait été très coûteuse. Nous avons alors fait le choix de réorienter l’exploitation qui s’est davantage diversifiée vers l’entreprise avec le battage, le broyage, les semis, les travaux agricoles comme les épandages d’engrais et les traitements phytosanitaires. Pour valoriser les locaux existants, nous nous sommes lancés dans l’élevage de veau de grain. Nous cherchons à faire une viande rosée. Ces veaux reçoivent pendant deux mois du lait en poudre. Tous les matins et tous les soirs le premier mois, puis uniquement les matins le deuxième mois. Jusqu’à stopper le lait à la fin de ce deuxième mois où nous les sevrons. Ils sont ensuite élevés avec des granulés, du maïs grain séché entier et de la paille », explique Nicolas Haebig. Les veaux restent sur l’exploitation pour une durée totale de 26 semaines avant de partir dans un abattoir du côté de Saint-Étienne. À l’issue, les éleveurs ont trois semaines de travail pour faire un vide sanitaire où ils nettoient les locaux et désinfectent les bâtiments. Ils ont fait le choix de travailler avec la technique du « bi-bande » avec un lot de petits veaux et un lot de gros veaux. Un choix réalisé dès le début car les bâtiments existants permettaient de travailler de cette façon. Il y a actuellement 110 veaux, dont l’élevage est suivi par un cahier des charges précis. Un projet réfléchi Pour pérenniser cette activité et faciliter l’installation de Marie Haebig sur la ferme, un projet de développement de l’exploitation est en cours. Le couple veut réaliser une sortie d’exploitation à l'extérieur du village de Balschwiller sur un terrain leur appartenant pour un bâtiment plus grand, plus fonctionnel et mieux agencé. « Ici dans le village, les veaux se sont adaptés aux bâtiments existants. Là, le projet est d’adapter le bâtiment aux veaux. Nous avons préalablement visité d’autres exploitations du même type dans d’autres régions. Notre projet n’est plus de faire du « bi-bande », mais de la « mono-bande » afin d’éviter les risques de transmission de maladie virale. On va agrandir cet élevage. On va rentrer 496 veaux en deux fois sur une semaine pour ensuite les sortir 26 semaines plus tard. Les lots de veaux vont tourner moins souvent qu’actuellement. Ce qui engendrera moins de stress pour les bêtes. Nous allons installer un système de paillage automatique. La gestion des veaux sera informatisée afin de faciliter leur suivi au quotidien », précise Nicolas Haebig. Le choix de l’importance du futur cheptel n’est pas sans conséquence. « Nous passons sous le régime de l’enregistrement. Ce qui induit davantage de contraintes administratives. Mais également un suivi précis avec enregistrement des travaux réalisés », insiste l’éleveur. Des contraintes réglementaires bien préparées. La surface bâtie représente 3 450 m2 avec un hangar de stockage et deux bâtiments d’élevage accolés pour permettre la mise en place d’un système de ventilation performant, avec un bon renouvellement d’air via l’installation de ventilateurs. Une citerne d’eau de 120 m2 est prévue sur le site en cas d’incendie. Le couple est particulièrement motivé à l’idée de débuter ce projet professionnel. « Depuis que nous nous connaissons, j’ai toujours suivi mon mari. Auparavant, je travaillais en dehors du monde agricole. Nous avons désormais deux enfants. Nous avons réfléchi à ce que nous pouvions faire ensemble. Ce type d’élevage m’intéresse. C’est un projet réfléchi. C’était soit cela, soit de la poule pondeuse bio. Nous avions du recul pour l’élevage des veaux. Et pour les poules, nous avions tout à apprendre. C’était un choix risqué. La construction de ce nouveau site va nous permettre de travailler dans les meilleures conditions », ajoute Marie Haebig. Situé sur une parcelle qui était jusqu’à présent cultivée, ce futur nouveau site se trouve à plus de 200 mètres des premières maisons et à près de 500 mètres de la route principale. L’avancée du dossier d’instruction se poursuit. Si tout va bien, les travaux du chantier devraient démarrer l’été prochain.

Publié le 09/08/2019

Michaël Meyer s’est lancé dans l’élevage d’escargots l’an dernier. Cette activité complémentaire lui a permis de quitter son deuxième emploi et de se consacrer totalement à sa ferme. Un saut dans l’inconnu salutaire pour ce fils d’informaticien.

La coquille paraît minuscule dans la paluche du paysan. « Il va sortir, rassure Michaël Meyer. Avec la chaleur ils font la sieste. » L’armoire à glace effleure la carapace du bout du doigt. Bingo. Le mollusque sort la tête de sa carapace. « C’est curieux ces bêtes-là », approuve l’éleveur, marcel, short et chaussures de sécurité aux pieds. Aujourd’hui, les escargots n’ont plus de secrets pour lui. Depuis deux ans, il leur consacre une attention particulière. Grâce à eux, l’Ebersheimois a pu s’installer à temps plein comme chef d’exploitation. Encore un mirage deux ans plus tôt.     Pour comprendre l’histoire, il faut remonter quelques années en arrière. En 2015, l’oncle de Michaël, céréalier, prend sa retraite. Avec une mère infirmière et un père informaticien, c’est une occasion unique de s’installer sur sa propre ferme. « Mais 38 ha de maïs, c’est trop peu pour vivre », regrette Michaël. À 31 ans, il est obligé de cumuler les travaux des champs et un mi-temps dans une entreprise de maintenance de gravières. Bien loin de son rêve de gosse. Michaël a toujours voulu être agriculteur à temps complet. Essai transformé Le jeune homme cherche alors un moyen de diversifier sa production. « Quelque chose pour faire du chiffre. » Sans trop d’investissements non plus. Les gros tracteurs et les dettes qui vont avec, très peu pour lui. Le maraîchage ? « Il y en a déjà à tous les coins de rue autour de Sélestat », écarte-t-il. Hors de question de marcher sur les plates-bandes des collègues. En revanche, les héliciculteurs (éleveurs d’escargots) ne se bousculent pas au portillon. Le pluriactif affine ses recherches. Lit des articles. Se renseigne auprès des quelques professionnels du département. Il fait même un stage dans un lycée de Besançon. Bref, il apprend les bases du métier. Mais quels résultats économiques attendre ? La Chambre d'agriculture ne possède aucune étude chiffrée. L’héliciculture est un monde secret. Personne ne dévoile ses livres de comptes. Une seule option s’offre à Michaël : le coup d’essai. En 2017, il achète 5 000 bébés escargots (naissains dans le jargon) et installe un petit parc dans le jardin. Quelques planches pour délimiter l’enclos et un filet pour protéger les mollusques des rats et rapaces. « Avec mon épouse Élodie, on les a cuits, préparés et beurrés dans la cuisine », se souvient le fermier. Résultat : toute la production est vendue en deux semaines via le bouche-à-oreille. Essai transformé. Un Smic dès la deuxième année L’engrenage se met vite en route. De mars à septembre 2018, l’éleveur fait construire un petit local de vente et un atelier de transformation à l’arrière de sa maison. 50 000 € subventionnés à 40 %. En mai, il reçoit sa première vraie bande : 70 000 naissains. Des gros gris. En parallèle, il prend un congé sans solde auprès de l’entreprise de maintenance industrielle pour laquelle il travaille. C’est le début de sa carrière de paysan à plein temps. De septembre à décembre, Michaël dédie ses journées à la transformation des escargots. Son oncle donne un coup de main aux champs. La première saison de vente suit la lancée de 2017. Sur les 5 100 douzaines produites, 4 000 partent entre novembre et décembre. « On fait 80 % de notre chiffre à Noël », confirme Michaël. Avec sa marge de 25 % sur les ventes et les revenus des céréales, le producteur s’octroie un salaire de 800 €. Pas mal pour une première année. La vente d’escargots représente désormais 50 % du chiffre d’affaires de la ferme. Ces résultats donnent des ailes à l’exploitant. En 2019, il double son cheptel. À 140 000 coquilles réparties dans deux parcs. « Si tout va bien, je devrais me verser un Smic », dit-il, confiant. Un luxe comparé à de nombreux agriculteurs en phase d’installation. Désormais, Michaël affiche à haute voix son objectif ultime. Vivre à 100 % des escargots. Et abandonner le maïs ? Jamais de la vie. « Les céréales, c’est mon métier. » « On est plus cuisinier qu’éleveur » Ce projet ressemble aussi à une plongée dans l’inconnu. Michaël a dû tout apprendre. À commencer par la cuisine. Les bestioles passent dans un bain-marie. Puis il leur enlève l’appareil digestif. Elles sont ensuite blanchies à l’eau bouillante. Puis surgelées. Et cuites de nouveau dans un bouillon de légumes avant d’être mises en coquilles et beurrées. Un parcours du combattant. « On est plus cuisinier qu’éleveur », sourit le professionnel. Il a aussi dû accepter de déléguer. L’an dernier, il a embauché un saisonnier pendant le mois de décembre. Pas suffisant pour affronter les 14 heures de travail quotidiennes. La fatigue et le stress ont envoyé le fermier chez le médecin. Verdict : une semaine de repos forcé. Ça fait réfléchir. Alors cette année, une dame va épauler Michaël à mi-temps durant toute la période de transformation. Magasin à la ferme, livraison aux drives, marchés… Ce père de deux enfants a aussi découvert le monde de la vente. À l’arrache. « Au début je n’avais pas de carte de visite, pas de terminal de paiement, même pas d’écriteau pour les prix », rougit-il. Aujourd’hui, il a trouvé sa routine sur les marchés. Il a investi 1 200 € dans une tonnelle et un congélateur qu’il installe à l’arrière de son utilitaire. « Au début c’était stressant, mais maintenant j’adore, confie-t-il. Quand les gens disent qu’ils sont contents de mes produits, c’est la meilleure des récompenses. » Et l’héliciculteur arrive à vivre de son métier. Un rêve devenu réalité.

Publié le 05/07/2019

La famille Wendling se lance dans les poules pondeuses bios. Elle a inauguré le bâtiment qui accueillera les 9 000 volailles, samedi 29 juin, à Lupstein, près d’Hochfelden. Une idée d’Odile, la maman, pour sa reconversion professionnelle.

« C’est ma journée », glisse Odile Wendling. Sa voix douce et son visage souriant dissimulent mal une excitation teintée du stress de l’événement. Quelques instants plus tôt, la petite dame a tenu à remercier une par une les personnes qui l’ont aidée ces douze derniers mois. Elle a ensuite coupé le ruban. Car samedi matin, elle inaugure son bâtiment d’élevage de poules bios. Le hangar a été érigé à 50 mètres de l’étable où ruminent les vaches de son époux, Jean-Christophe, aux abords de Lupstein (67). Ces murs de tôle représentent un cap dans la vie professionnelle d’Odile.     Tout commence l’an dernier. Odile travaille alors comme vendeuse dans le magasin de la ferme Rothgerber, à Traenheim. Son patron lui donne l’idée au détour d’une phrase. Et si elle se lançait dans les poules pondeuses ? Presque une blague. À 47 ans, Odile a déjà un emploi du temps chargé. Un travail, des enfants, la ferme du mari… Et surtout, elle n’y connaît rien en volailles. « Je savais qu’il y avait une grosse demande, alors je lui en ai parlé comme ça, sans trop réfléchir », explique Timothée Rothgerber avec le sourire de celui qui a bien réussi son coup. D’une plaisanterie à un projet de vie Mais les mois passent et la boutade ne quitte plus l’esprit d’Odile. La plaisanterie devient une option intéressante. Puis une éventualité sérieuse. Alors un soir, « j’en parle à mon mari et il me dit : « Ben oui, pourquoi pas » », rembobine l’agricultrice. La machine est lancée. Timothée, encore lui, connaît des acheteurs via le groupement d’intérêt économique Alsace Authentique. Il lui présente André Bastady. Cet éleveur de volailles du Sundgau souhaite acheter des œufs bas-rhinois pour fournir les restaurants, boulangeries et supermarchés du département. « Le feeling est tout de suite passé entre nous », témoigne la future productrice. On la comprend. Le volubile André Bastady attire tout de suite la sympathie. Surtout, il connaît son business. « Seuls 7 % des œufs bios consommés en Alsace viennent d’Alsace, estime l’entrepreneur. On a encore de belles années devant nous. » Son plan ? Ses camions livrent déjà dans l’Eurométropole. Mais une fois la course terminée, ils rentrent à vide dans le Haut-Rhin. « Une aberration écologique », dixit André. Désormais, ses livreurs poursuivront leur route jusqu’à Lupstein et repartiront la remorque pleine d’œufs de l’élevage d’Odile. Affaire conclue. Les deux producteurs signent un contrat commercial. Pondoirs, caillebotis et jardin d’hiver Odile a trouvé un client. Reste à construire le bâtiment. En mars 2019, le chantier démarre. Jean-Marc Frobert, gérant de la société BFC Constructions, conçoit un hangar d’une capacité de 9 000 poules selon le système pondoirs et caillebotis. Il installe des trappes aux murs pour que les poules sortent à l’air libre. Du classique. Sauf le « jardin d’hiver », comme aime l’appeler le constructeur. Une sorte de sas couvert entre le bâtiment et la promenade extérieure. « Depuis la grippe aviaire on en construit de plus en plus », remarque le chef du chantier. Côté promenade, de grandes ouvertures grillagées laissent entrer la lumière. Le rôle de cet espace ? Diminuer le confinement des animaux. « Les volailles peuvent sortir du bâtiment même quand il y a de la neige, vante Jean-Marc. Ce n’est pas tout à fait l’extérieur, mais ce n’est plus l’intérieur. » L’investissement global dépasse le demi-million d’euros. « J’ai perdu une très bonne vendeuse » En parallèle, Odile se prépare à son nouveau métier. En décembre, elle quitte son poste de vendeuse chez Timothée Rothgerber. L’agriculteur de Traenheim à l’origine de son projet. Elle crée la structure juridique de sa nouvelle activité. Ce sera l’EARL L’Atelier à œufs. Simple. Efficace. Et puis elle se forme. « André Bastady nous a fait visiter des poulaillers, j’ai beaucoup discuté avec les producteurs. » Elle lit des articles techniques, suit des formations sur les maladies animales à la Chambre d'agriculture. Bref, elle apprend le b.a.-ba de la profession. Ce saut dans l’inconnu ne lui fait pas peur ? « Il faut un certain courage c’est sûr, admet-elle sans fausse modestie. Toute ma famille me soutient, donc ça va. » Ses deux filles de 20 et 18 ans réfléchissent d’ailleurs à s’installer avec elle d’ici quelques années. Désormais, place à la pratique. Les poules devaient arriver lundi 1er juillet à 12 h 30 précises. Dans son bâtiment encore vide, Odile affiche une sérénité bluffante. « Je me sens bien », confirme-t-elle avec la voix de celle qui s’est repassée l’année écoulée des dizaines de fois. Plus loin, les invités discutent autour de knacks et d’amuse-bouches. Timothée Rothgerber fait mine de regretter : « Finalement j’aurais dû me taire, j’ai perdu une très bonne vendeuse ». Et André Bastady de reprendre à la volée : « Et moi j’ai gagné une productrice ». Première livraison prévue courant juillet.

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