Élevage

Médecines vétérinaires alternatives

Encourager et encadrer

Publié le 23/04/2019

Conséquence du phénomène d’antibiorésistance, de plus en plus d’éleveurs se tournent vers les médecines alternatives. Mais sans trop savoir sur quel pied danser entre réelle efficacité et charlatanisme, manque de références et de protocoles de soins, réglementation trop floue ou trop stricte…

Homéopathie, acupuncture, ostéopathie, aromathérapie, phytothérapie… La liste des médecines non conventionnelles (aussi appelées médecines alternatives, naturelles, douces…) est longue. Et elles ne sont pas réservées aux humains. Les animaux aussi ont droit à des pratiques thérapeutiques non conventionnelles. Et les éleveurs y ont même de plus en plus recours. Effet de mode ? Pas vraiment. « Il y a des effets », affirme Catherine Lutz, vétérinaire qui met parfois en œuvre des traitements alternatifs, notamment à base de plantes. Après tout, c’est ce que les éleveurs utilisaient avant l’essor des médicaments de synthèse, dont certaines matières actives copient ou s’inspirent d’ailleurs largement de molécules naturelles. Contrer l’antibiorésistance Si la vétérinaire met en place ces traitements alternatifs, c’est qu’il y a « une demande des éleveurs », constate-t-elle. Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour expliquer cette tendance. La première, c’est la volonté d’économiser des frais vétérinaires. Et c’est une bonne raison, estime Catherine Lutz, bien placée pour savoir que les vétérinaires ruraux se font rares, et qu’il est dès lors profitable aux éleveurs de pouvoir soigner les petits bobos eux-mêmes. En outre, les « médicaments alternatifs » sont en général moins chers et utilisés à faibles doses.   La deuxième raison : agir en préventif et « c’est très bien, estime Catherine Lutz, c’est même l’objectif de ces techniques ». Prendre le mal à la racine, avant qu’il ne s’installe. La troisième, c’est que les antibiotiques ne sont plus aussi efficaces qu’il y a quelques années. Les éleveurs et les vétérinaires le constatent : il y a des cas de résistance. Pourquoi ? « Les antibiotiques ont été mal utilisés, en systématique, en préventif, avec des posologies inadaptées… Or sous-doser un antibiotique, c’est un peu comme vacciner la bactérie contre la substance active. Il est aussi important de bien respecter la durée des traitements, pour bien éradiquer les bactéries pathogènes », détaille Catherine Lutz. Car l’usage inapproprié des antibiotiques favorise le phénomène d’antibiorésistance, un phénomène naturel par lequel des bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques par des phénomènes de mutation, d’acquisition de gènes de résistance… « C’est une préoccupation majeure en termes de santé publique », informe Catherine Lutz. Naturel mais pas inoffensif Pour contrer ce phénomène, l’État a mis en place un plan Écoantibio. Il a d'abord abouti à la réduction de la consommation d’antibiotiques. Désormais le plan est entré dans une deuxième phase. Elle consiste entre autres à développer les mesures de prévention des maladies infectieuses et faciliter le recours aux traitements alternatifs. Il y a encore du pain sur la planche. À commencer par la formation des vétérinaires : « Les médecines alternatives ne sont pas enseignées dans le cursus de formation », indique Catherine Lutz. Conséquence : les professionnels manquent de références, de méthodologie. Pourtant, il en faut. Car qui dit « naturel » ne dit pas « inoffensif ». Les huiles essentielles, en particulier, contiennent des molécules aux effets puissants, potentiellement toxiques. Il faut donc savoir les utiliser. Des freins Mais les choses bougent. Il existe des protocoles de traitements validés par des vétérinaires et « un groupe de travail a été créé pour harmoniser les pratiques », informe Catherine Lutz. Cependant des freins subsistent. L’État, qui d’un côté incite à « faciliter le recours aux traitements alternatifs », veut aussi protéger les citoyens du charlatanisme qui n’est jamais bien loin. La réglementation est donc stricte et les praticiens marchent sur des œufs.   En outre les « médicaments alternatifs » sont aussi moins standardisés. Les produits à base de plantes n’ont pas strictement la même composition en fonction du millésime, du lieu de production… Théoriquement, il faudrait donc analyser ces produits pour vérifier leur composition. Car, si elle est défaillante, l’efficacité du traitement peut être altérée. Il s’agit aussi de reconnaître les limites de ces médecines et des compétences des vétérinaires et des éleveurs. « Les vétérinaires ne peuvent pas maîtriser toutes ces médecines, observe Catherine Lutz. Et il faut savoir distinguer ce qui marche vraiment de ce qui relève du charlatanisme. »

Ferme de la Gaensmatt à Ostheim

Des poulettes bios pour se diversifier

Publié le 23/04/2019

Le Ferme de la Gaensmatt poursuit son travail de diversification. Quelques mois après les premières ventes d’escargots, la famille Konradt a inauguré son installation de production d’œufs bio à Ostheim, baptisée Les poulettes de la Fecht.

Nicolas et Carole Konradt n’avaient que quelques jours entre la fin des travaux et l’arrivée des premières poules pondeuses pour ouvrir les portes de leur nouvelle installation au public. Dans un bâtiment neuf à quelques mètres de la ferme familiale, ce sont 7 480 poules qui prendront leurs quartiers dans quelques jours. « C’est un projet qui a commencé il y a deux ans, a raconté Nicolas Konradt. Notre développement est basé sur les circuits courts et les produits en devenir. La première étape a été les escargots, puis les œufs bios aujourd’hui, et les poulets de chair en juin de cette année. » Dès cet été, ce seront ainsi 500 têtes qui viendront compléter l’exploitation. La stratégie de diversification a été pensée en complémentarité de la production initiale de la ferme en céréales et en vignes. L’objectif est de voir les différentes activités s’enchaîner efficacement au fil des saisons. Dans le même esprit de recherche d’efficacité, le laboratoire de transformation d’escargots, surtout investi en hiver, sera également occupé pour la préparation de volailles de chair. Une première certification bio Pour simplifier les démarches pour la certification bio, une nouvelle société a également été créée : l’Earl Les poulettes de la Fecht. Capitalisant sur une parcelle adjacente de 3 ha nouvellement certifiée bio, les producteurs ont ainsi pu créer un parcours extérieur. C’est la surface de ce parcours qui a déterminé le nombre d’animaux de l’exploitation. Outre l’aménagement de cet espace qui a nécessité la plantation d’arbres fruitiers qui serviront d’abris, il a donc fallu construire un bâtiment. Pour prévenir le risque d’inondation au bord de la Fecht, le terrain a d’abord été rehaussé avec 5 000 tonnes de tout venant. La société NDT a commencé les travaux en octobre dernier pour livrer ce printemps un bâtiment qui fait 100 mètres de long et 15,5 de large. Encore vide et brillant, il impressionne les visiteurs du jour. Particularité, la production bio demande une ventilation naturelle qui est assurée par des grands panneaux qui une fois ouverts créent un courant d’air. La température est maintenue entre 16 et 18 °C, et côté lumière, 15 heures d’éclairage électrique à l’intérieur sont nécessaires pour que la poule ponde. En cas de mauvais temps ou d’obligation de confinement, les animaux peuvent aussi profiter d’un jardin d’hiver, et donc de lumière naturelle, qui s’étale sur toute la longueur du bâtiment. Le matériel a été fourni par Ska. Au total, ce sont 34 pondoirs, 1 300 m de perchoirs - pour permettre aux poules de dormir confortablement -, 350 m de chaîne alimentaire et un silo à l’extérieur qui ont été posés. « On prévoit six poules par mètre carré, selon les normes européennes, détaille William Girard de l’entreprise Ska. Un pondoir collectif est prévu pour 200 poules, pas toutes en même temps évidemment. Elles reçoivent 130 grammes de nourriture par jour, et rien n’est distribué à l’extérieur pour des raisons sanitaires. » Au sol, nous marchons sur un béton immaculé, mais bientôt il sera recouvert de fientes qui avec le temps formeront une épaisse couche sableuse. Enfin, on compte également dans le bâtiment un sas d’entrée, un local de stockage et un local de ramassage et de conditionnement dans lequel abouti un tapis roulant rapportant la production journalière. Pour le moment, cette tâche sera effectuée manuellement, puis à terme sera automatisée. Alimenter le marché local Les poulettes de variété Lohmann passeront « 12 à 14 mois » sur l’exploitation, explique Nicolas Konradt. Livrées à 17 ou 18 semaines, elles sont fournies prêtes à pondre par la Sarl Ferme Schafbusch près de Wissembourg. La production sera distribuée par L’œuf Riestahl - Les poulettes de la Fecht deviennent ainsi leur quatrième élevage en Alsace - mais il sera aussi possible de profiter de la vente à la ferme. Les chiffres le montrent, ce projet est de taille. Il représente un investissement global de 500 000 €. « Pour vous donner une idée, précise William Girard, on compte environ 55 euros par poule au lancement. » Pour Nicolas Konradt cela correspond à une quinzaine d’années d’engagement. Heureusement, l’exploitation a bénéficié de plusieurs subventions, de l’UE, de la Région…, ainsi que du soutien de la Chambre d’agriculture d’Alsace et de la banque Crédit Mutuel. Outre les voisins agriculteurs, la famille, les amis et les clients, elle peut aussi compter sur le soutien d’élus locaux présents à l’occasion de l’inauguration. Bernard Kempf, maire d’Ostheim, a d’abord pris la parole et s’est dit « heureux de voir ce qui se construit ici. L’agriculture se diversifie, tout comme Nicolas et Carole. Ce verger notamment, qui servira d’abris aux poules, en est un bel exemple, d’autant plus en bio ». Jacques Cattin, député de la 2e circonscription du Haut-Rhin et maire de Voeglinshoffen, a tenu à apporter son soutien à ce projet qui s’inscrit dans la tendance du circuit court. « Nous sommes là tous ensemble pour vous féliciter », s’est-il réjoui. « C’est un bonheur de voir des jeunes qui investissent et croient en l’avenir », a déclaré Christian Klinger, maire d’Houssen et président des maires du Haut-Rhin. Avant de souligner à son tour l’aspect local de la démarche qui encadre Les poulettes de la Fecht. « Avant, on pensait global, mondial, les agriculteurs comme les élus. Aujourd’hui, on revient aux fondamentaux. » Il y a quelques années, Nicolas et Carole Konradt étaient des commerciaux comme les autres. Un jour, ils ont choisi de reprendre l’exploitation familiale et de relever le défi de la diversification. Mais même si les choses vont vite, il n’est pas question de brûler les étapes et Nicolas Konradt reste humble. Prochaine étape, développer la boutique de Carole. Et s’assurer que les fondations sont solides. « Avant de nous lancer dans autre chose, nous allons déjà apprendre », conclut-il.

Croissance des veaux

Des ateliers pour performer

Publié le 05/04/2019

Le projet européen Elena a réuni des éleveurs français et allemands à Hoffen, le 14 mars. Après une partie théorique en salle, ils se sont rendus dans l’étable de Nicolas Strasser à Niederrœdern pour une série d’ateliers pratiques.

En fin de phase lactée, le veau doit apprendre à devenir un ruminant. À la naissance, son rumen est peu développé et seule la caillette est fonctionnelle, ce qui lui permet de digérer le lait ou l’aliment d’allaitement. Lorsqu’il commence à diversifier son alimentation et à consommer des végétaux fibreux, son système digestif de ruminant devient progressivement fonctionnel. « Pour cela, il lui faut un aliment concentré aux teneurs en protéines, en énergie et surtout en amidon appropriées, ainsi que du fourrage grossier de qualité », explique Uwe Beisswenger, conseiller production au LKV du Bade-Wurtemberg. Ces deux éléments sont essentiels au développement de la panse. Lorsque le foin et le concentré sont proposés séparément, il arrive souvent que le veau ingère trop de concentré, ce qui peut déclencher des diarrhées. C’est pourquoi le technicien préconise la ration totale mélangée sèche (RTM sèche ou Trocken-TMR), une ration totale composée de foin ou de paille hachés, de concentrés et d’aliments minéraux. « Cela simplifie considérablement l’alimentation des veaux, d’autant qu’on peut la préparer à l’avance : il se conserve durant trois ou quatre semaines, voire plus si on y ajoute un stabilisateur. » Lors de la préparation d’une RTM sèche, il faut veiller à ce que la mélangeuse soit totalement vide et s’assurer que les restes de nourriture ont été soigneusement éliminés. Tout d’abord, charger l’aliment fibreux et laisser tourner jusqu’à ce que les brins aient une longueur maximale de 2 à 2,5 cm. Si les tiges sont trop longues, il y a un risque de tri. « L’idéal est un fourrage déshydraté, car il est déjà coupé à la bonne dimension. Mais on peut aussi utiliser de la paille de bonne qualité, et bien sûr du foin de luzerne. » Ajoutez ensuite la mélasse, puis les concentrés, avant de bien mélanger le tout. La RTM sèche peut être servie aux veaux dès la deuxième semaine et jusqu’à l’âge de 10 à 14 semaines comme aliment unique, voire jusqu’à 20-25 semaines s'il est complété avec de l’ensilage. « Cela permet d’éviter le changement brutal d’alimentation au sevrage. » Le mètre ruban, un précieux allié Un plan d’alimentation intensif, comme celui du centre expérimental à Neumühle, permet d’avoir des veaux plus lourds à 6 mois, avec du croît noble. Jusqu’ici, l’objectif était de doubler le poids de naissance au sevrage. C’est-à-dire atteindre la barre des 90 kg à l’âge de 2 mois. « Aujourd’hui, avec une stratégie alimentaire différente, on peut se fixer l’objectif de tripler le poids de naissance », explique Julien Wittmann, conseiller spécialisé lait à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Mais comment contrôler la croissance du veau ? « Le plus précis, c’est la bascule. Mais c’est un peu fastidieux. » C’est pourquoi le technicien préconise le test du mètre ruban. Le tour de poitrine est un bon indicateur du poids de l’animal, explique le conseiller technicien. Pour un veau prim’holstein qui pesait 38 kg à la naissance, l’objectif de 104 kg à 60 jours est atteignable, soit un GMQ de 1 100 g. Et un tour de poitrine de 99 cm. « À 6 mois, l’objectif de 230 kg est désormais réalisable. » Ce qui correspond à un tour de poitrine de 138 cm. Une alimentation plus intensive coûte 100 € par veau en plus. Par contre, à 6 mois, le veau pèsera 40 kg de plus. C’est l’équivalent de deux mois de croissance avec un GMQ de 700 g. L’âge au vêlage est avancé et le surcoût alimentaire s’efface avant même le premier vêlage.

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