Technique d’élevage
Des veaux en bonne santé, pour des vaches plus résilientes
Technique d’élevage
Publié le 04/03/2019
Jeudi 14 et vendredi 15 mars, la Chambre d'agriculture d’Alsace organise deux journées techniques dédiées à l’élevage des veaux. Elles font suite à une formation que certains techniciens du Contrôle laitier ont suivie en Allemagne, dans le cadre du projet Elena. Petite révolution en perspective !
Toutes les mères le savent bien tant les professionnels de santé le répètent : rien n’est meilleur pour la santé de leur enfant que l’allaitement maternel. Les petits d’hommes et les veaux ont donc au moins deux points communs : ce sont des mammifères et l’alimentation lactée leur réussit. C’est ce qui ressort d’une formation dispensée aux conseillers laitiers germanophones sur la ferme expérimentale Hofgut Neumühle dans le Palatinat dans le cadre du groupe alimentation du projet Elena. Le thème de la formation était l’élevage des veaux. Dans ce domaine, le Dr Christian Koch et le Dr Theresa Scheu sont des experts reconnus, qui mettent en relation la recherche scientifique et la pratique. Leur leitmotiv est une conduite d’élevage qui permette d’obtenir des veaux en bonne santé. Car cette phase est cruciale et conditionne la carrière de la future productrice. « Réussir l’élevage des veaux c’est l’assurance d’obtenir une vache qui va faire cinq à six lactations sans poser de problèmes », rapporte Julien Wittmann, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace qui a suivi cette formation. Pour atteindre cet objectif, il faut comprendre comment les veaux se développent. C’est ce qui permet de prendre les bonnes décisions : 80 % de la mortalité de veaux nés vivants serait liée à des erreurs de conduites d’élevage. Précieux colostrum « Le colostrum doit être distribué rapidement, à raison de 4 litres si le veau le consomme, 3 l au minimum. Il doit être collecté le plus tôt possible, avec une hygiène irréprochable », débute Julien Wittmann. En effet, si le système immunitaire du veau est existant à sa naissance, il n’est pas encore actif. C’est donc l’immunoglobuline que le veau absorbe dans le colostrum qui va lui permettre de se défendre contre les premières infections. On appelle cette phase l’immunité passive. Le colostrum a aussi pour effet de renforcer et développer les villosités de l’intestin, qui constitue la première barrière du système immunitaire. Enfin, il a un rôle « d’entraîneur » pour le système immunitaire actif. « Une distribution du lait de la mère durant les cinq premiers jours permet donc d’améliorer le fonctionnement du système immunitaire et renforce la barrière intestinale. » Limiter les stress Les facteurs de stress augmentent considérablement le risque de maladies chez les êtres vivants. Or les veaux sont soumis à de nombreux stress : intervention au vêlage inappropriée, transport, stress social, transition alimentaire, écornage, élevage en groupe, température, hygrométrie, sevrage, maladie… Avoir conscience de ces facteurs de stress permet d’en limiter les conséquences, et surtout d’éviter de les cumuler : « Par exemple traire la vache rapidement après le vêlage et donner le colostrum au veau en présence de la mère dans le box de vêlage procure un meilleur transfert d’immunoglobuline au veau que s’il est mis en case individuelle avant la prise de colostrum », illustre Julien Wittmann. Cette augmentation de la sensibilité aux maladies en cas de stress s’explique physiologiquement : « Le stress induit la production d’hormones néfastes au fonctionnement de l’organisme et qui fragilisent le fonctionnement des barrières immunitaires. Les lipopolysaccharides, présents dans tous les aliments, pénètrent dans le sang et provoquent des réactions inflammatoires. Pour lutter contre ces réactions, l’organisme synthétise des protéines. Un processus très gourmand en énergie et en acides aminés, ce qui fragilise le veau et pénalise sa croissance. » Bienfaits d’une alimentation lactée non restrictive Une alimentation restrictive est également un facteur de stress. Or dans la majorité des élevages alsaciens, l’alimentation des veaux est restrictive. Dans la nature, les veaux reçoivent autant de lait que la mère en donne - soit 9 à 12 l par jour - le veau se régule en fonction de ses besoins, et le sevrage se fait entre 7 et 9 mois. On est loin des pratiques d’élevage courantes : 5 l de lait par jour la première semaine, 6 à 7 l de lait par jour par la suite, puis un sevrage à 10 semaines. « Cette conduite d’alimentation restrictive pénalise la santé et la carrière du veau et multiplie les facteurs de stress », indique le conseiller. En effet, le système digestif du veau est conçu pour digérer des protéines et de la matière grasse laitière. Il a été mis en évidence qu’il faut 12 semaines pour que le système digestif du veau ait les mêmes proportions de volume qu’un ruminant à l’âge adulte. C’est à partir de cet âge que le veau est en capacité de couvrir ses besoins par une alimentation solide, que le rumen est fonctionnel et capable d’absorber les Acides gras volatiles (AGV). Une distribution restrictive de lait tend à augmenter la consommation de concentré du veau avant même que son rumen soit capable d’absorber correctement les AGV produits. Conséquence : acidose ruminale et acidose du gros intestin. « Il s’agit d’un stress qui fragilise les veaux et les rend plus vulnérables aux maladies. » Objectif 1 000 à 1 200 g/jour À l’inverse, une alimentation intensive en lait procure des veaux en meilleure santé, avec de fortes croissances. « La période de 0 à 50 jours est très importante. Car d’après la littérature c’est durant cette phase que se détermine le nombre de cellules dans les organes. Si la croissance est bonne à ce moment-là, le veau aura des organes plus gros et plus fonctionnels. Cette croissance importante représente du croît noble, on peut se fixer comme objectif 1 000 à 1 200 g/j », indique Julien Wittmann. Pour atteindre cet objectif, il s’agit de mettre en place un plan d’alimentation intensif consistant à faire consommer assez rapidement 10 l de lait par jour : « On peut proposer 5 l de lait de la mère dès la deuxième buvée. En règle générale, les veaux vont consommer 10 l par jour après 5 à 6 jours. Après 14 jours, on peut passer à 12 l par jour, jusqu’à 8 semaines. Ensuite, pour limiter le stress du sevrage, il s’agit de passer de 12 à 2 l en 5 à 6 semaines. En outre, dès 7 jours, le veau aura à sa disposition de l’eau, du foin et du concentré premier âge à volonté », détaille Julien Wittmann.












