Élevage

Dégâts de sangliers et de cerfs

La situation s’aggrave en montagne

Publié le 17/05/2019

Sur les hauteurs de Sainte-Croix-aux-Mines, l’exploitation de la famille Botter élève ses vaches pour faire de la viande. Installé depuis 1985, Guy-Loup Botter a défriché les lieux et ouvert le paysage au profit de son cheptel. Mais, il a parfois du mal à le nourrir de l’herbe. La raison ? Les dégâts récurrents de sangliers et… de cerfs.

Il se présente comme un « néo-rural ». Originaire de la Moselle, il a fait un bac agricole avant de travailler dans des fermes et en fromagerie. Avec son épouse, Guy-Loup Botter arrive par hasard en Alsace et tombe sous le charme de ce lieu situé au-dessus de Sainte-Croix-aux-Mines, à 650 mètres d’altitude. « Le coin était un peu perdu. Les lieux étaient entourés de la forêt. Nous avons décidé de construire et de commencer cette aventure », explique l’éleveur. La ferme de la Bouille est née. La famille Botter a tout d’abord passé son temps à augmenter ses surfaces en défrichant les lieux pour s’ouvrir de nouveaux espaces. Au début des années 2000, un nouveau bâtiment voit le jour. Il va servir à abriter le cheptel. Actuellement, l’exploitation compte une vingtaine de vaches vosgiennes et 70 bêtes au total. « Nous cherchons à le stabiliser. Un système de stabulation est en place dans le bâtiment d’élevage que nous avons agrandi pour assurer davantage de confort aux vaches. Nous pensons que si elles sont bien installées, elles produisent mieux. Ce bâtiment tient sur trois étages. On a construit une fumière en complément du bâtiment historique », précise Guy-Loup Botter. Sa production ? Il ne fait que de la viande. Le couple produit des bœufs en les élevant jusqu’à l’âge de trois ans. Il les finit totalement pour obtenir de la viande grasse. La qualité naturelle de la Vosgienne, avec une bonne finition, permet d’obtenir une viande de qualité que l’on retrouve ensuite en boucherie. « Nous proposons une viande exceptionnelle. Quand ce n’est pas le cas et que nous pensons que la viande est « moyenne », nous la passons en steak haché ou en charcuterie. Cette viande est vendue aux particuliers, à des restaurateurs ou encore au magasin de producteurs à Sainte-Marie-aux-Mines. Nous faisons également un peu de produits transformés et un peu de forêt. De la prestation pour des propriétaires forestiers et du bois de chauffage en hiver », poursuit Guy-Loup Botter qui, comme son épouse, est en fin de carrière. Ce sont leurs enfants, Violette et Per-Loup qui vont prendre leur suite. Des pertes importantes Toutes ces années, la famille Botter a passé son temps à défricher les lieux. « On a du mal à trouver du foncier ici. Alors, on a ouvert le paysage. Ici, il y avait des ronces par exemple », précise l’éleveur en indiquant ce pré où se tiennent les vaches. Autre particularité de cette exploitation, elle se trouve au milieu de deux versants. Ils sont envahis par les sangliers et, phénomène nouveau et plus important, par les cerfs. « Là-bas par exemple, j’ai une parcelle de huit hectares. Je suis contraint régulièrement de déclarer environ six hectares de dégâts de sangliers. À chaque fois, je dois ressemer, fertiliser et espérer pouvoir récolter. À chaque fois, que ce soit les sangliers ou les cerfs, ils repassent dessus. L’année passée, j’ai pu avoir un rendement de seulement 500 kg de foin à l’hectare. Or, c’est ma seule récolte de l’année. Pour nourrir mes bêtes et passer l’année, je suis donc obligé d’acheter du foin ou de la paille », s’agace Guy-Loup Botter. Et les dégâts ne sont pas les mêmes. Visuellement, ceux des sangliers sont facilement observables à l’œil. Les parcelles sont saccagées. Pour les cerfs, il faut être davantage un spécialiste et un observateur des lieux. « Dans le « meilleur » des cas, l’herbe est tassée par les cerfs. Elle est du coup de moins bonne qualité. Dans le pire des cas, les cerfs la mangent. Ils ne se cachent presque plus. Ici, il y en a une vingtaine en permanence », ajoute l’éleveur. Il y a deux ans, le parc des Ballons des Vosges avait organisé une réunion dans la vallée de Munster sur le sujet. Un état des lieux avait été effectué. Une conclusion en était sortie : 28 % de l’herbe de la ressource fourragère dans cette vallée était mangée par lesdits cerfs. « Depuis, la situation s’est aggravée. Ici, j’ai mesuré que, depuis deux années, on pouvait faire monter cette estimation à 60 % et, dans tout le massif, à plus de 50 %. Ce n’est plus acceptable. Il y a dix ans, quand on voyait un cerf, on en parlait sérieusement. Aujourd’hui, c’est devenu une banalité et un problème », poursuit Guy-Loup Botter. Il pointe du doigt l’attitude des chasseurs qui, selon lui, ne respectent pas les plans de tirs. Il s’agace également de l’attitude des autorités qui ne font rien pour traiter le sujet qui est devenu un véritable problème économique qui s’ajoute à celui de la sécheresse. « On a toujours acheté du foin ou de la paille, mais jamais autant que ces deux dernières années et jamais aussi tôt dans l’année, ni de façon aussi fréquente. À ce rythme, l’agriculture de montagne est menacée », conclut Guy-Loup Botter.

Festival de l’élevage

La fête de toutes les races

Publié le 10/05/2019

À quelques jours du festival de l’élevage à Brumath, Marc Schneider, son président, revient sur les enseignements de l’édition 2018. Il réaffirme aussi son rôle de promotion de toutes les races.

Un festival pour tous les éleveurs. « Notre rôle c’est de mettre en avant l’élevage de tout le département, sans discrimination de race », explique Marc Schneider. L’agriculteur de Wangen inaugurera le festival de l’élevage de Brumath pour la deuxième fois, samedi 11 mai. Pour représenter l’ensemble de la profession, l’événement accueille des races moins célèbres que les prim’holstein, simmental et montbéliardes.     Cette année, la jersiaise a droit à son tout premier concours. En lice : cinq bêtes issues de deux élevages. Encore modeste. « C’est une race peu connue, mais on sentait que les éleveurs voulaient la présenter », raconte l’organisateur de 48 ans. Seule une poignée de paysans possèdent des jersiaises en Alsace. Cependant la race dispose d’une marge de progression énorme. Au niveau national, « c’est la seule qui affiche une croissance à deux chiffres de son effectif », selon Jérémy Guth. L’éleveur de Rosenwiller défilera sur le ring avec ses vaches dimanche après-midi. Limousine, charolaise, agneaux et chevaux Autre race minoritaire, la brune. « On voulait organiser un concours, mais il n’y a pas assez d’éleveurs volontaires », regrette Marc Schneider. Qu’importe. Une brune de son cheptel paradera tout de même sur le ring. Pour une simple présentation. Même topo pour la race stabiliser. Deux animaux d’Avenheim seront de sortie. « On essaye de développer cette race, commence le président. Elle est plus petite, plus fine, cela correspond aux demandes des consommateurs. » Deux charolaises et deux limousines seront aussi présentées. Spectacle garanti. Cependant il n’y a pas que les vaches dans la vie. Ainsi, les éleveurs présenteront également des chevaux, des brebis et des agneaux. Le deuxième rôle du festival consiste à inciter les jeunes à se lancer dans le métier. On compte de moins en moins d’agriculteurs. Alors les responsables agricoles sautent sur toute occasion d’impliquer leurs cadets. Grâce à des concours adaptés aux enfants, par exemple. Dimanche, les plus jeunes présenteront des veaux. Ainsi, Marylou, 2 ans, défilera en compagnie de Panama. Les 12-13 ans enchaîneront avec les génisses. Marc Schneider s’enthousiasme : « L’enjeu n’est pas énorme, mais si ça peut motiver les jeunes c’est bien ». « Ce n’est pas l’endroit pour protester » De manière plus large, le week-end représente une vitrine pour l’élevage. Les responsables veulent montrer leurs bonnes pratiques aux quelque 5 000 visiteurs attendus. C’est aussi un pied de nez fait aux militants antispécistes. Une soixantaine d’entre eux avaient manifesté l’an dernier. Une première. « Ce n’est pas l’endroit pour protester, conteste Marc Schneider. Ici nous sommes passionnés, les animaux sont choyés. » En plus, un animal malheureux n’est pas productif, « donc on n’a aucun intérêt à les maltraiter ». Logique. Alors qu’il a eu peur d’une escalade de tensions l’an dernier, il affirme être serein aujourd’hui. Pour l’instant, aucune manifestation n’a été déclarée en préfecture.     L’édition 2018, sa première en tant que président, lui a aussi apporté sa dose d’émotion. En premier lieu, l’engouement des paysans autour du rassemblement. « Des familles entières se mobilisent, le travail coule de source, il n’y a pas besoin de forcer les gens » à donner un coup de main. Depuis jeudi, Marc se consacre aux préparatifs. Plusieurs cantons des Jeunes Agriculteurs et une classe de BTS du lycée agricole d’Obernai aideront à monter les tentes et les estrades. Pas de doute, le président est bien entouré.

Médecines vétérinaires alternatives

Encourager et encadrer

Publié le 23/04/2019

Conséquence du phénomène d’antibiorésistance, de plus en plus d’éleveurs se tournent vers les médecines alternatives. Mais sans trop savoir sur quel pied danser entre réelle efficacité et charlatanisme, manque de références et de protocoles de soins, réglementation trop floue ou trop stricte…

Homéopathie, acupuncture, ostéopathie, aromathérapie, phytothérapie… La liste des médecines non conventionnelles (aussi appelées médecines alternatives, naturelles, douces…) est longue. Et elles ne sont pas réservées aux humains. Les animaux aussi ont droit à des pratiques thérapeutiques non conventionnelles. Et les éleveurs y ont même de plus en plus recours. Effet de mode ? Pas vraiment. « Il y a des effets », affirme Catherine Lutz, vétérinaire qui met parfois en œuvre des traitements alternatifs, notamment à base de plantes. Après tout, c’est ce que les éleveurs utilisaient avant l’essor des médicaments de synthèse, dont certaines matières actives copient ou s’inspirent d’ailleurs largement de molécules naturelles. Contrer l’antibiorésistance Si la vétérinaire met en place ces traitements alternatifs, c’est qu’il y a « une demande des éleveurs », constate-t-elle. Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour expliquer cette tendance. La première, c’est la volonté d’économiser des frais vétérinaires. Et c’est une bonne raison, estime Catherine Lutz, bien placée pour savoir que les vétérinaires ruraux se font rares, et qu’il est dès lors profitable aux éleveurs de pouvoir soigner les petits bobos eux-mêmes. En outre, les « médicaments alternatifs » sont en général moins chers et utilisés à faibles doses.   La deuxième raison : agir en préventif et « c’est très bien, estime Catherine Lutz, c’est même l’objectif de ces techniques ». Prendre le mal à la racine, avant qu’il ne s’installe. La troisième, c’est que les antibiotiques ne sont plus aussi efficaces qu’il y a quelques années. Les éleveurs et les vétérinaires le constatent : il y a des cas de résistance. Pourquoi ? « Les antibiotiques ont été mal utilisés, en systématique, en préventif, avec des posologies inadaptées… Or sous-doser un antibiotique, c’est un peu comme vacciner la bactérie contre la substance active. Il est aussi important de bien respecter la durée des traitements, pour bien éradiquer les bactéries pathogènes », détaille Catherine Lutz. Car l’usage inapproprié des antibiotiques favorise le phénomène d’antibiorésistance, un phénomène naturel par lequel des bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques par des phénomènes de mutation, d’acquisition de gènes de résistance… « C’est une préoccupation majeure en termes de santé publique », informe Catherine Lutz. Naturel mais pas inoffensif Pour contrer ce phénomène, l’État a mis en place un plan Écoantibio. Il a d'abord abouti à la réduction de la consommation d’antibiotiques. Désormais le plan est entré dans une deuxième phase. Elle consiste entre autres à développer les mesures de prévention des maladies infectieuses et faciliter le recours aux traitements alternatifs. Il y a encore du pain sur la planche. À commencer par la formation des vétérinaires : « Les médecines alternatives ne sont pas enseignées dans le cursus de formation », indique Catherine Lutz. Conséquence : les professionnels manquent de références, de méthodologie. Pourtant, il en faut. Car qui dit « naturel » ne dit pas « inoffensif ». Les huiles essentielles, en particulier, contiennent des molécules aux effets puissants, potentiellement toxiques. Il faut donc savoir les utiliser. Des freins Mais les choses bougent. Il existe des protocoles de traitements validés par des vétérinaires et « un groupe de travail a été créé pour harmoniser les pratiques », informe Catherine Lutz. Cependant des freins subsistent. L’État, qui d’un côté incite à « faciliter le recours aux traitements alternatifs », veut aussi protéger les citoyens du charlatanisme qui n’est jamais bien loin. La réglementation est donc stricte et les praticiens marchent sur des œufs.   En outre les « médicaments alternatifs » sont aussi moins standardisés. Les produits à base de plantes n’ont pas strictement la même composition en fonction du millésime, du lieu de production… Théoriquement, il faudrait donc analyser ces produits pour vérifier leur composition. Car, si elle est défaillante, l’efficacité du traitement peut être altérée. Il s’agit aussi de reconnaître les limites de ces médecines et des compétences des vétérinaires et des éleveurs. « Les vétérinaires ne peuvent pas maîtriser toutes ces médecines, observe Catherine Lutz. Et il faut savoir distinguer ce qui marche vraiment de ce qui relève du charlatanisme. »

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