événement

Publié le 08/11/2016

L’heure était à la fête, au rassemblement et aux remerciements, lors de la célébration des 40 ans du crémant, historiquement « l’une des plus belles aventures du vignoble alsacien », avec aujourd’hui 35 millions de cols. L’objectif des 40 millions est raisonnablement envisageable.

530 metteurs en marché, 27 % de la surface du vignoble, 35 millions de cols vendus en 2015 : il n’aura pas fallu plus de 40 ans pour que le crémant d’Alsace s’impose dans l’univers des vins d’Alsace. L’occasion pour toute la famille professionnelle réunie, et ses partenaires, de fêter l’événement comme il se doit, dans une certaine euphorie, sous l’œil averti de journalistes nationaux, de représentants politiques, et en présence des deux Miss France, Lætitia Bléger et Delphine Wespiser. Dégustations de cuvées prestiges anniversaires, repas de presse, lâcher de ballons, visite et dégustation de la cave Dopff au Moulin - l’opérateur historique qui n’a jamais cessé son élaboration en vins effervescents depuis 1900 -, cette journée du 4 novembre s’est conclue par une célébration d’anniversaire au Paradis des sources de Soultzmatt en présence de 500 convives. « Le crémant a bousculé les habitudes du vin d’Alsace en général, et son économie. Il a rajeuni les vins tranquilles, dynamisé la région. C’est l’une des plus belles aventures du vignoble alsacien, et aussi faut-il le rappeler, pour le revenu du vigneron », estime Pierre Hussherr, directeur honoraire de la cave d’Eguisheim-Wolfberger. Une success-story qui doit, selon lui, « interpeller les acteurs du vignoble », « leur suggérer un effort de réflexion et d’innovation, pour provoquer une nouvelle aventure valorisante, avec un nouveau produit pour les 40 ans à venir ». Une méthode (politique) champenoise Si l’histoire de l’appellation des crémants d’Alsace commence officiellement un certain 24 août 1976, par un décret signé de Jacques Chirac, alors Premier ministre, il faut remonter très tôt, vers 1900, « pendant l’occupation allemande » pour trouver des mousseux élaborés sur la base de vins alsaciens. Au tout début des années 1970, Pierre Hussherr, assisté de son président de la cave d’Eguisheim, Xavier Ehrhart, et de son œnologue, Roland Guth, cherchent une nouvelle voie de valorisation, autre que l’edelzwicker, pour les pinots blancs. Il demande à la cave de Saint-Pourçain-sur-Sioule dans l’Allier de champagniser quelques bouteilles de pinot blanc. « Un an après, nous avons pris la décision d’élaborer des essais - secrets - à Eguisheim. Nous étions suivis par le syndicat des restaurateurs lorrains. Notre produit amélioré a été apprécié. Mais encore fallait-il le faire connaître », raconte Pierre Hussherr, qui reconnaît avoir en quelque sorte forcé le destin de ce mousseux qui au départ n’avait pas d’existence réglementaire : « Des débuts difficiles et dangereux » Le comité du syndicat des producteurs de mousseux d’Alsace est créé le 7 novembre 1974, avec Jean-Jacques Wagner, Pierre-Étienne Dopff, René et Charles Sparr, feus Pierre Dopff, Xavier Ehrhart, Ernest Dauer (cave de Westhalten). Lequel comité s’accorde sur l’élaboration en méthode champenoise rebaptisée ensuite méthode traditionnelle. Et c’est en accord avec le SGV et le CIVC de Champagne, que ces nouveaux vins alsaciens pourront s’appeler crémant, une dénomination relative aux champagnes basse pression, dits crémeux. Dans un contexte où « l’Inao avait été sensibilisé à certaines visées de la viticulture allemande, qui avait pour ambition d’amener ses sekts au même niveau que l’image du champagne », rappelle Pierre Hussherr. L’arrivée du crémant, une nouvelle strate en guise de rempart, « a permis au champagne de se situer au-dessus de la mêlée et de rester un produit représentatif du luxe à la française, d’un certain art de vivre ». En phase de maturité Mais, « il faut reconnaître que cette image du champagne a profité aux différents crémants français ». « Dans une telle démarche novatrice, l’union sainte de la profession sur les plans régional et national a été un élément déterminant pour la connaissance et la reconnaissance de ce nouveau produit », estime encore Pierre Hussherr. Autre raison du succès selon lui : « La politique de marque entreprise à l’identique de la Champagne ». Mais aujourd’hui le crémant, avec ses 35 millions de cols, « est en phase de maturité, or un produit quel qu’il soit a une vie ». Pierre Hussherr appelle à « tout entreprendre pour qu’il reste dans cette phase, par l’amélioration qualitative, la diversification, et se donner la possibilité de le relancer continuellement ». Depuis le décret de 1976, les règles d’élaboration sont allées dans le sens de l’amélioration qualitative, avec en 2002 l’agrément des centres de pressurage, de manière à mieux respecter l’intégrité des raisins avant pressurage, et éviter tout développement microbien préliminaire, précise le directeur du syndicat, Olivier Sohler. Et avec, le 28 octobre 2013, une modification du cahier des charges visant à allonger la durée d’élevage sur lattes de 9 à 12 mois. Enfin dernièrement, en août 2016, la hauteur de raisins maximale pour leur transport avant pressurage a été diminuée, toujours dans ce même souci de préserver l’intégrité des baies. « Nous respecter comme le crémant respecte le champagne » Cependant, la réussite du crémant d’Alsace, et plus généralement des crémants de France, aiguise les appétits envieux. Le terme crémant a définitivement été protégé en 1992 au niveau européen, dans l’affaire dite Cordorniù, rappelle Olivier Sohler. Au niveau intérieur aussi, la fédération conteste l’attribution par l’Inao à certaines IGP de la possibilité d’élaborer des mousseux en méthodes traditionnelles ou en cuve close. Pour Jacques Cattin et Olivier Sohler, il faut faire en sorte que le consommateur sache ce qu’il achète. « Nous avions fait une Procédure nationale d’opposition (PNO) à l’Inao, qui ne nous a pas entendus, et nous en sommes au Conseil d’État. » « Je dis : il faut respecter le crémant, comme le crémant respecte le champagne », résume Jacques Cattin. Et ce d’autant que les producteurs de crémants ne font pas de protectionnisme syndical, preuve en est l’intégration récente de la Savoie dans le giron des appellations productrices de crémants. C’est que la concurrence dans ce créneau de gamme des effervescents, juste en-dessous du champagne, est âpre. Mais en affichant l’objectif de 40 millions de cols, Olivier Sohler et Jacques Cattin ont de bonnes raisons d’envisager l’avenir sereinement, avec des pays importateurs qui disposent de bonnes marges de progression comme le Canada ou les États-Unis : « Quand c’est de l’export lointain, le crémant d’Alsace est en général joint à une commande en vins tranquilles, donc notre objectif est de faire en sorte que le crémant soit acheté par rapport à la typicité qu’il représente. Et le consommateur américain commence à le comprendre, à travers la méthodologie de production qualitative insufflée par notre cahier des charges. » C’est donc sur cette note optimiste que Jacques Cattin achève son second mandat de président des producteurs élaborateurs de crémant d’Alsace, dans une ambiance « sereine et conviviale », malgré « la complexité des décisions à prendre ». Deux mandats qui ont été marqués par les modifications qualitatives du cahier des charges, la recherche de valorisation des productions par les cuvées fer de lance Émotion, et les partenariats fructueux avec les rallyes WRC.

Cave de Turckheim. 10 octobre 1956 - 10 octobre 2016

Soixantièmes vendanges

Publié le 18/10/2016

Lundi 10 octobre, en fin d’après-midi, le vendangeoir de la cave de Turckheim était en effervescence : ses vignerons coopérateurs s’étaient donné rendez-vous pour marquer le 60e anniversaire de la livraison de raisins à la cave. Une rencontre qui s’est déroulée en présence des pionniers de cette formidable saga œnologique et vigneronne. Quatre générations de vignerons étaient présentes, témoignant ainsi de la vitalité et du dynamisme de la Cité du Brand et des bourgs voisins.

La belle aventure de la cave de Turckheim a débuté en février 1955 par le regroupement de vignerons de Turckheim et des communes voisines pour faire face à un lourd contexte économique de mévente. Ils étaient bien décidés à redonner des couleurs à leur cité, au passé viticole prestigieux et historique, qui fournissait ses à vins l’abbaye de Munster dès le IXe siècle. Une première vendange de 12 000 hectolitres Dès sa création, la cave a regroupé 69 vignerons partenaires que liait une vision qualitative commune pour permettre à la jeune coopérative de Turckheim de jouer le rôle d’institution au service de la qualité au sein du vignoble alsacien. C’est sur le lieu-dit du Roesselstein qu’ont débuté les travaux en janvier 1956. Son intéressante topographie permettait déjà de profiter de la gravité pour le transfert des raisins et des jus. Mais en raison de la rigueur de l’hiver 1956, de sinistre mémoire pour les viticulteurs alsaciens, les travaux de terrassement avancent difficilement, la construction ne débutant qu’en avril. Des fouloirs et trois pressoirs sont alors commandés. Le 10 octobre 1956, remise des clés aux vignerons coopérateurs, tout est prêt pour le déchargement des 30 premières bottiches. La capacité totale de la cave était alors de 12 000 hectolitres, mais le gel inhabituel de 1956 n’a permis qu’une récolte de 2 000 hl, soit 20 hl/ha pour une superficie de 109 hectares de vignes. 259 tonnes de raisins sont récoltées pour l’année 1956, soit en comparaison l’apport d’une journée de récolte en 2016. Pour mémoire, la première récolte se composait de 100 t de chasselas, 72 t de sylvaner, 43 t de gewurztraminer, 29 t de pinot, 8 t de riesling et 7 t de muscat. En 60 ans, l’encépagement a bien évolué, le chasselas ayant pratiquement disparu, laissant place au riesling et au pinot gris. Bonnes cuvées et bons souvenirs Le gewurztraminer Baron de Turckheim, le veilleur de nuit, les côtes du Brand, toutes les sélections de terroirs et les cuvées qui ont fait la réputation de la cave de Turckheim dès la fin des années 1950, sont encore vinifiées aujourd’hui et elles ont été rejointes par le crémant Mayerling, les sélections de vieilles vignes et de nombreuses autres spécialités composant une gamme d’une cinquantaine de vins. La rencontre anniversaire du 10 octobre dernier a permis aux quatre générations de vignerons présents de partager anecdotes et souvenirs. 1956 reste l’année de la plus petite récolte de l’histoire de la cave, les anciens se souviennent de ces livraisons avec des charrettes tirées par des chevaux ou des bœufs, des heures d’attente dans un immense embouteillage se terminant souvent au milieu de la nuit, mais aussi de la solidarité qui régnait entre les viticulteurs attendant de pouvoir décharger. Gérard Schaffar, actuel président de la cave qui fêtait son quatrième anniversaire le 10 octobre 1956, a ainsi pu partager de nombreux souvenirs avec Marius Ehrhart, âgé de 15 ans à l’époque et qui a vécu toute l’évolution de la viticulture, des vendanges manuelles avec des chevaux de trait à la mécanisation actuelle. Parmi les vignerons administrateurs de la cave, anciens et actuels, étaient présents : Jean-Paul Ritzenthaler, premier gérant embauché par André Wehrlé, premier président de la cave, Paul Meyer, premier maître de chai, et son successeur, Michel Lirmann, Lionel Lécuyer, actuel directeur, Benoît Schussel, vice-président, et Émile Herrmann, premier vice-président, âgé aujourd’hui de 92 ans.

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