Stratégie
Ajouter la valorisation à la performance
Stratégie
Publié le 30/06/2017
À Schweighouse-près-Thann, Nicolas et Christophe Dieterich ont d’abord ciblé la productivité de leur troupeau allaitant. Ils veulent à présent mieux en valoriser les produits.
L’Eàrl du Muhlwald a toujours détenu des bêtes. Jean-Paul Dieterich, installé en 1976, a trait 25 vaches jusqu’en 1977. Il a embrayé avec 80 truies naisseur et 80 places de taurillons élevés à partir de veaux de huit jours, puis un atelier de 250 places de veaux de boucherie conduit en intégration. 2003 est une année noire. L’exploitation doit faire face à la sécheresse, à l’incendie d’un hangar de stockage (le troisième en seize ans) et à un accident qui prive Jean-Paul de l’usage d’une main. « Cochons et veaux sont des productions très techniques. Il fallait tout le temps être derrière pour que la performance suive » constate Jean-Paul. C’est ainsi qu’il opte pour la vache allaitante, dont quelques têtes entretenaient jusque-là un verger. Les débuts sont hésitants. Les génisses achetées ne sont pas assez typées élevage. Elles manquent de bassin, de gabarit, et leur suite, de croissance. « Nous nous en sommes rendus compte en nous déplaçant dans les élevages de la région de Limoges. Nous y avons acheté des reproducteurs et nous sommes alors partis dans le bon sens » raconte Nicolas, qui gère le troupeau depuis son arrivée comme salarié de l’exploitation en 2014 et avec un projet d’installation pour 2018. Christophe, son frère aîné, gérant de l’Eàrl, s’occupe des céréales en plus d’un emploi salarié. Nicolas a essayé de grouper ses génisses, mais il a jugé le coût trop élevé par rapport au résultat. La difficulté à détecter les chaleurs est une autre raison qui explique qu’il a peu recours à l’insémination artificielle. Il fait donc confiance aux taureaux qu’il introduit à partir du 1er février dans six lots de 14 à 28 mères encore logés dans le bâtiment le plus récent de 180-190 places, un autre de 100 places sur le site historique de la ferme et un petit solde aménagé dans l’ancienne porcherie. L’objectif est de faire vêler le gros de la troupe entre le 10 novembre et la fin janvier. Cette stratégie fonctionne bien : « en 2016, il y a eu 98 vêlages sur 100 vaches. Seuls deux veaux ont été perdus, dont un par accident » se félicite Nicolas. Au printemps, les bovins sont réallotés en cinq groupes. Les couples mère/veaux sortent dès que le sol est suffisamment portant. Les éleveurs complémentent avec du foin ou de l’enrubanné au râtelier et pratiquent une rotation tous les huit à dix jours. Les animaux reviennent sur la même parcelle toutes les six semaines. « À 3 UGB/ha, le chargement est élevé » reconnaît Nicolas. Un début de vente directe Via le nourrisseur sélectif, les veaux disposent quasiment à volonté d’un complément qui se compose à parts égales d’orge aplati, de bouchons de pulpes de betteraves et de luzerne déshydratée. Les croissances du vêlage à 120 jours s’établissent à 1 300 g pour les mâles et 1 200 g pour les femelles. « Nous avons progressé en adhérant au contrôle de croissance, au syndicat des éleveurs Limousins du Bas-Rhin et grâce aux échanges avec le technicien bovins viande de la chambre d’agriculture, Daniel Renger » insiste Nicolas. Les mâles sont vendus en broutard entre sept mois et demi et neuf mois et demi d’âge à 350-400 kg vifs. Les éleveurs finissent à l’herbe, à la luzerne, à l’orge et au tourteau de colza, et un peu d’ensilage de maïs, toutes leurs génisses et leurs réformes. Ils consacrent une quinzaine de génisses au renouvellement. Dans l’absolu, ils aimeraient « tout engraisser », mais il faudrait ajouter un autre bâtiment que l’achèvement du remembrement facilite désormais. Malgré des journées bien occupées et la vente d’une centaine de bêtes par an dont environ une moitié de mâles, Nicolas se verse chaque mois moins d’un SMIC. « Si je calcule en heures de travail je ne touche presque rien. Pourtant avec autant de bêtes, on se dit qu’il n’est pas possible de ne pas gagner sa vie ! ». Comme il n’est pas jeune éleveur à baisser les bras, Nicolas vient de s’associer à huit collègues pour monter un magasin de 300 m². « L’îlot fermier » a ouvert à Hirsingue le 6 juin. L’Eàrl du Muhwald fournit la viande bovine conventionnelle. Les bêtes sont abattues à Cernay, découpées et transformées au Thillot. « Il en coûte de 1 500 à 1 600 € par tête. L’aller-retour dans les Vosges est facturé 50 €, c’est raisonnable » calcule Nicolas. La prévision de vente tablait sur une bête par semaine. « Il semble que trois sur le mois soit plus probable. Je vois davantage ce circuit comme un moyen de faire quelque chose pour mon revenu que le bio » analyse Nicolas qui effectue une permanence au magasin chaque samedi matin. Jean-Paul, lui, est convaincu de la justesse de la démarche, car aujourd’hui, « le consommateur veut acheter local et connaître l’origine des produits ».












