À l’issue de l’assemblée générale annuelle, David Butsch, 24 ans, éleveur à Ranspach-le-Haut, a été élu nouveau président du Club Holstein 68. Il succède à Thomas Prinz élu président d’Eurogénétique depuis le mois de janvier.
Pour son dernier discours de président, Thomas Prinz a exprimé sa colère : « Même si l’année a été faste pour notre association avec l’organisation de la Confrontation Européenne en juin dernier à Colmar, elle a été très sombre pour les éleveurs et producteurs que nous sommes. Nous avons été confrontés avec une météo compliquée, à l’effondrement des prix des produits agricoles qui impactent fortement nos trésoreries, et à l’absence de perspectives. À qui profite cette situation ? À qui profite ce crime ? Quel corps de métier est aussi malmené en France que le nôtre ? Sommes-nous uniquement des vaches à lait ? Les suicides dans nos rangs se multiplient partout en France. Autour de nous, les gens compatissent. Mais, cela ne nous aide pas. Et surtout, dans le même temps, les banquiers ne prennent plus de risque. Quand ils veulent nous dire non, ils n’hésitent plus. Et les administrateurs des coopératives ne s’insurgent plus. Il est désormais urgent que les choses bougent. Nous demandons un prix pour pouvoir vivre de nos produits et de notre travail », explique Thomas Prinz, lui-même éleveur à Hausgauen. Cette colère froide, ce désarroi, cette lassitude étaient perceptibles dans toute la salle où se sont retrouvés une cinquantaine d’éleveurs qui constatent surtout qu’aucun candidat aux prochaines élections présidentielles n’évoque la question agricole. « Quand il n’y aura plus d’autonomie alimentaire, on s’apercevra trop tard de la disparition de ce qui a été le grenier de l’Europe. Aujourd’hui, on est oublié de tous les côtés. Je ne suis pas défaitiste, mais réaliste. Encore une année comme celle-ci et nous serons au bord du gouffre. Certains y tomberont, il faut arrêter cela. On meurt en silence », ajoute Thomas Prinz.
« Nous avons réussi ensemble »
Pour autant, les éleveurs restent passionnés et motivés par leur métier. Ils n’hésitent pas à promouvoir la race Holstein lors de chaque manifestation. Ils l’ont brillamment fait lors du concours européen de Colmar du 17 au 19 juin 2016. « Après trois années de travail et de préparations, nous avons réussi à organiser cette manifestation. Nous avons tenu et couvert le budget de 850 000 €. Merci à tous les bénévoles. Vous pouvez être fiers de ce que vous avez fait. Il y a eu plus de 25 000 visiteurs et plus de 5 000 repas ont été servis. Cela a été une manifestation sans égal en Europe voire dans le monde. On nous avait dit de nous prendre en main, de montrer ce que nous savons faire. Nous avons réussi ensemble », s’est félicité Thomas Prinz.
Une association dynamique
L’assemblée générale du club Holstein 68 a également permis de constater, une nouvelle fois, que l’association était particulièrement dynamique avec une participation au concours général agricole à Paris, la formation régionale des jeunes, l’école des jeunes présentateurs, une présence très importante à la foire de Habsheim, sans oublier les nombreuses participations d’éleveurs Holstein à des concours, comme Swiss Expo à Lausanne. C’est d’ailleurs lors de ce concours, en 2016, que Bruno Dietemann, éleveur à Traubach-le-Bas, féru de génétique bovine, a remporté le cinquième prix avec Coulinge Ivoire. « C’est le prix dont je suis le plus fier. J’ai commencé à concourir en 2011 et je totalise aujourd’hui une cinquantaine de prix ». C’est donc assez logiquement que la visite d’exploitation s’est faite chez ce jeune éleveur particulièrement dynamique. « En 2015, nous avons construit un nouveau bâtiment pour accueillir nos vaches laitières, avec le souci de leur bien-être », explique l’éleveur. La quarantaine d’agriculteurs présents a visité les installations, « un moment d’échange qui nous fait du bien à tous », a confié un éleveur.
Des séances de formation
Auparavant, lors de l’assemblée générale, Philippe Caussanel était intervenu au nom de la Chambre d'agriculture d’Alsace. L’occasion de féliciter les éleveurs et le club Holstein 68 pour toutes les actions réalisées et notamment le concours européen à Colmar. Mais également pour rappeler toutes les actions de la Chambre dans cette période économique compliquée. « Nous sentons bien le poids de ces difficultés. L’aspect positif, c’est que dans cette période de crise, il est possible ou même nécessaire d’innover. Pour y parvenir, cela passe par la participation à des séances de formation. Cela peut permettre de remettre en cause le fonctionnement de son entreprise, d’avoir et de construire de nouveaux projets. Au niveau du service Elevage, nous avons nous-même changé notre organisation tant dans l’encadrement de la pesée et du conseil, qu’au niveau de la mutualisation des moyens. Depuis quelques mois maintenant, nous travaillons avec la Moselle et la Haute-Marne, notamment au niveau d’un seul laboratoire d’analyse laitière, mais également au niveau de l’identification. Et d’ici deux à trois ans, nous entendons aller encore plus loin en dématérialisant les passeports. L’idée est de travailler ensemble, d’économiser, de maintenir un lien de proximité », précise Philippe Caussanel.
Un nouveau conseil d’administration
La fin de l’assemblée générale a également permis l’élection du nouveau bureau qui compte pour la première fois une jeune femme, Stéphanie Oser, agricultrice à Biederthal. Elle rentre au bureau avec Lionel Helfenstein, Christophe Nass, Yves Ritzenthaler et Valentin Rué alors que six personnes le quittent : Serge Adam, Jean-Marc Litzler, Claude Nass, Bernard Oser et Bernard Tischmacher. Quelques instants plus tard, le nouveau conseil d’administration du Club Holstein 68 a porté David Butsch à la présidence. Dans son discours inaugural, le nouveau président a exprimé son désir de « faire vivre cette belle association, malgré le contexte perturbé et difficile. C’est une association qui me tient à cœur. Je suis bien entouré avec de nouvelles têtes, mais également quelques personnes expérimentées comme Thomas Prinz qui, en tant que vice-président, sera toujours présent. Son aide me sera précieuse », conclut David Butsch.