Les membres de la Chambre d'agriculture d’Alsace, réunis le vendredi 25 novembre à Schiltigheim, ont tiré le bilan d’une année agricole catastrophique.
« La récolte de blé 2016 a été la plus mauvaise en rendement depuis trente ans, souligne Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Celle du maïs est marquée par des résultats très moyens et une grande hétérogénéité. Confrontés à des prix des céréales particulièrement faibles pour la troisième année consécutive, les revenus des céréaliers sont en berne et les trésoreries asséchées, voire déficitaires. Seule note positive, la viticulture affiche un rendement moyen supérieur aux derniers millésimes et des raisins de belle qualité. Mais c’est sans aucun doute l’élevage qui connaît les difficultés les plus importantes, avec un prix du lait orienté à la baisse depuis des mois. « L’inquiétude des producteurs est bien réelle. » Les producteurs de viande souffrent à la fois de la crise et du dépôt de bilan de Copvial, qui se solde par de nombreux impayés.
« Nous sommes au cœur d’une crise qui dure et qui fragilise les exploitations. Nous savons que les mesures gouvernementales ne seront pas à la hauteur des pertes subies. Dans ce contexte très difficile, nous devons tout faire pour passer le cap », insiste le président. Cela passe par une action déterminée de refinancement pour les exploitations à court de trésorerie et par la mise en place de la cellule départementale d’accompagnement « Réagir », avec le soutien de la Région Grand Est. « Grâce à une action concertée entre la Chambre d'agriculture, la MSA, les organisations professionnelles et économiques, les centres de comptabilité et les banques, nous espérons détecter le plus tôt possible les entreprises fragilisées et agir de façon coordonnée pour essayer de redresser l’équilibre de l’exploitation et éviter l’isolement de l’agriculteur. »
Des entreprises fragilisées
Le bilan dressé par Yves Jauss, directeur du pôle économie et entreprises de la CAA, confirme ces propos. Les réactions ne se font pas attendre. C’est Jacky Wolff qui ouvre le ban des interventions. Le monde du paysage a subi la crise de plein fouet, indique-t-il. « Ces derniers temps, les carnets de commandes se remplissent, mais le chiffre d’affaires des entreprises est en recul de 2 à 4 %. » Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin, évoque le désarroi des agriculteurs qui, chaque jour, s’enfoncent un peu plus dans la crise. « Des solutions existent pourtant… »
Pour Denis Ramspacher, administrateur de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), il faut faire en sorte que le marché intérieur soit le plus valorisant possible pour certaines filières. Pour d’autres, c’est l’international qui offre une plus-value intéressante, comme le montre l’exemple d’Alsace Lait. « Nous travaillons régulièrement avec nos collègues allemands pour éviter que de telles crises ne se reproduisent. » Il faut garder espoir : les cours des produits industriels (beurre, poudre de lait) se raffermissent, une embellie qui devrait se répercuter rapidement dans les exploitations. « Les cours devraient repasser au-dessus des 300 €/1 000 l. »
Primes Pac : des retards intolérables
« La moitié des agriculteurs de notre région gagnent moins de 4 200 €/an », affirme Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Climat, prix, charges, tous les facteurs sont dans le rouge. Autant de leviers sur lesquels il faut agir, en améliorant le dispositif d’assurance récolte, en introduisant un système de régulation, en gagnant en compétitivité. Mais ce n’est pas tout : de nombreuses exploitations souffrent d’une trésorerie exsangue, en raison du retard dans le paiement des aides Pac 2015. « Plus de 18 mois après la fin des déclarations Pac 2015, des centaines d’agriculteurs n’ont toujours pas perçu les subventions auxquelles ils ont droit. L’État se réfugie derrière le prétexte de « bugs » informatiques. » Dans de nombreuses exploitations, la situation des aides Pac 2016 n’est pas plus brillante. Pour protester contre ces retards inadmissibles, la FDSEA du Bas-Rhin a décidé de mobiliser ses troupes devant le siège de la DDT du Bas-Rhin à Strasbourg, le mardi 29 novembre (lire en pages 2 et 3).
Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, dénonce « l’amateurisme des services de l’État. Des hommes et des femmes souffrent sur notre territoire à cause d’une Europe qui ne fonctionne pas, d’un ministre de l'Agriculture qui est déconnecté des réalités du terrain et qui continue à charger la barque », souligne-t-il. Le responsable syndical propose l’adoption d’une motion demandant que les aides spécifiques soient versées avant la fin de l’année et dénonçant l’acharnement de l’administration sur les contrats MAE. « Opérer des contrôles et prononcer des sanctions lorsque l’agriculteur n’est pas encore en possession de son contrat signé est simplement inadmissible. » Motion adoptée par les membres de la CAA.
Les jeunes agriculteurs souffrent eux aussi de la léthargie de l’administration, explique Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Pour le versement de la dotation jeune agriculteur (DJA), les paiements de l’Agence de services et de paiement accusent plus d’un an de retard pour de nombreuses exploitations ! JA67 a mené récemment une action devant le siège de l’ASP, pour demander leur règlement avant la fin de l’année.