bovins viande

Publié le 08/01/2017

La production de viande bovine reste engoncée dans son marasme. En Alsace, la liquidation de la Copvial plombe un peu plus le moral.

Le bref rappel de quelques cours de gros bovins est malheureusement suffisant pour décrire la situation que vivent les producteurs de viande bovine. Sur les dix premiers mois de l’année, les vaches O3 se déprécient de 7,3 % sur la période correspondante de 2015 en passant de 3,30 €/kg à 3,06 € ; le JB R3 recule de 3,2 % à 3,63 contre 3,75 €/kg €; le bœuf R3 baisse de 7,2 % de 3,89 à 3,61 €/kg et la génisse R3 chute de 4,9 % de 4,09 à 3,89 €/kg. La FNB (fédération nationale bovine) estime que le prix payé au producteur a perdu 60 cents du kilo depuis 2014 soit un moins de 300 € pour un animal d’un poids de 400 kg. Selon elle, pas loin d’un tiers des 80 000 exploitations françaises spécialisées en viande bovine risque de mettre la clé sous la porte avant la fin de l’année. Une offre abondante de viande issue de la filière laitière, elle aussi en crise, un repli de près de 1 % de la consommation en même temps qu’un plébiscite croissant pour la viande hachée qui pèse désormais 42 % du marché et valorise moins bien les animaux, n’arrangent en rien leurs affaires. Selon le Centre d’économie rurale (CER), le revenu de 15 % des éleveurs français est négatif et 40 % disposent de moins de 15 000 €. En système naisseur, le revenu moyen par UTH n’excède pas 9 000 €. L’ambition « cœur de gamme » Comment retourner cette tendance ? La profession propose dans l’immédiat des mesures comme la régulation des sorties, un approvisionnement des cantines publiques par de la viande uniquement d’origine française, une révision de la politique d’exportation… À plus long terme, elle mise sur un partenariat gagnant-gagnant avec la distribution pour retrouver de la valeur. Elle voit le moyen de cette ambition dans son initiative « cœur de gamme ». Cette démarche définie par une charte vise à différencier la viande des races allaitantes des autres produits en rayons. L’éleveur qui s’engage à fournir une enseigne en respectant entre autres les bonnes pratiques d’élevage, un poids de carcasse, une conformation et un état d’engraissement, est rémunéré par 1 € de plus au kilo. Ce bonus lui permet de couvrir les coûts de production. Seul hic : toutes les enseignes n’y prennent pas part… Les éleveurs alsaciens doivent de leur côté composer avec des soucis spécifiques. Dans les secteurs proches des cours d’eau, ils recherchent en catastrophe leurs animaux entourés par les eaux des inondations printanières. Leurs foins ne sont pas d’une qualité sensationnelle et la valeur alimentaire de leurs maïs est en général inférieure à 0,90 UF. Les disponibilités en pulpes de betteraves s’annoncent également moindres. Avant l’été, les éleveurs ont d’autres sueurs froides avec la mise en redressement judiciaire de Copvial SA. L’abattoir de Holtzheim est repris par le groupe Bigard. Leur débouché est préservé. Mais ils se retrouvent avec 3 M€ d’impayés à se partager avec leurs collègues producteurs de porcs. La plupart ont recours à des prêts à court terme pour tenir dans l'attente d'une solution aux impayés.

Abattoir départemental du Haut-Rhin à Cernay

Optimiser l’accueil et le travail

Publié le 14/12/2016

L’association qui gère l’abattoir départemental du Haut-Rhin a tenu son assemblée générale mardi 13 décembre. Elle cherche de nouvelles pistes d’optimisation de l’outil pour solder rapidement son passif et pérenniser son activité.

A l’image de la situation économique dans le monde agricole, celle de l’élevage est complexe. Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le président de l’abattoir Denis Nass, « C’est même compliqué, mais heureusement que nous l’avons, cet abattoir. Il représente une réelle chance, une opportunité et un outil de proximité pour nous professionnels. Il est donc indispensable de nous remettre en question sur l’organisation de notre outil ». D’autant plus que la charge de travail augmente. Il y a cependant des difficultés. « C’est, par exemple, le cas, sur la chaîne du porc ou celle du mouton. Nous sommes dans une phase de reconstruction, d’amélioration de notre façon d’abattre, pour proposer une prestation de qualité. Notre volonté est également de réduire les délais d’abattage et de proposer un accueil différent. Nous avons poussé une réflexion en interne pour évoluer dans cette méthode de travail. Avec, comme toujours, deux priorités : la sécurisation du bien être animal et la satisfaction de nos clients ». Le président s’est félicité des partenariats réaffirmés en 2017 avec la Chambre d'agriculture d’Alsace, le conseil départemental du Haut-Rhin et les bouchers. Ces relations étroites permettent, au quotidien, de sécuriser et de développer l’abattoir de Cernay. « Nous sommes les moins chers » « Le chiffre d’affaires dépasse légèrement le million d’euros, comme l’année précédente. La difficulté vient des premières années de fonctionnement où nous avons enregistré des pertes. Elles étaient de l’ordre de 180 000 €. Elles n’ont bien évidemment pas disparu avec le temps. Pour pérenniser et assurer l’avenir de l’abattoir, il est donc indispensable de faire des bénéfices », rappelle Denis Nass. Les membres du conseil d’administration en conviennent. Pour réussir, le personnel doit pouvoir travailler efficacement. « Il faut tout d’abord revoir les conditions des arrivées des animaux. On va supprimer ce poste pour responsabiliser les éleveurs afin qu’ils effectuent eux-mêmes ce travail. Nous devons encourager les gens à faire cette démarche pour organiser correctement ces arrivées. Le deuxième point concerne le transport « froid » qui doit également être revu. Sur ces aspects, les modifications doivent être opérationnelles pour Pâques », prévient le président de l’abattoir. Enfin, le troisième point concerne les coûts d’abattage. « Même si certains professionnels prétendent le contraire, nous ne sommes pas chers. Au contraire même, sur ce point, nous sommes trop fragiles. Nous avons réalisé des études comparatives avec les prix d’abattage dans d’autres abattoirs des régions voisines et des pays voisins. Nous constatons que nous proposons les prix les plus bas. Nous avons donc décidé, après de longs débats en interne, de les ajuster », commente Denis Nass. Un tableau a été présenté. Il s’agirait d’augmenter le tarif de 5 % pour les ovins et les caprins (cela représente 1 € par animal) et de 3 % pour les porcs. Il y aura également des changements des tarifs à la découpe. « Malgré ces augmentations, nous resterons les moins chers », conclut Denis Nass. L’objectif est d’arriver à dégager des bénéfices et de rembourser la dette actuelle en cinq années. Un maillon essentiel Le conseil d’administration de l’abattoir a par ailleurs mandaté son directeur et son comptable pour identifier les grands usagers de l’abattoir et les inciter à devenir des partenaires économiques de l’abattoir. « Nous ne sommes que 35 actionnaires actuellement. Or, les usagers sont beaucoup plus nombreux. Il faut donc séduire et attirer de nouvelles personnes et entreprises pour être plus nombreux autour de la table », explique Denis Nass. Une assemblée générale extraordinaire sera provoquée à Pâques. Elle permettra alors de faire le point. Pour René Zimpfer, président de l'association des usagers et éleveur à Soultz : « Nous devons effectivement être davantage exigeant. Dans notre manière de travailler, mais également en responsabilisant les usagers. Cela favorisera le travail au quotidien et la bonne marche de l’abattoir ». Au nom de la Chambre d'agriculture, Sébastien Stoessel a salué cet état d’esprit volontaire et positif. « Chaque éleveur doit avoir son rôle dans la bonne marche de l’entreprise. L’abattoir, c’est la filière d’élevage dans son ensemble. Il est donc normal d’être exigeant ». Enfin Serge Sifferlen, président de l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin a réitéré sa confiance à l’association qui gère l’abattoir de Cernay. « Nous l’utilisons pleinement, nous, fermiers-aubergistes. Nous pouvons être fier de cet outil. Il nous permet d’être crédible dans notre métier ».

Publié le 04/12/2016

Le dépistage des veaux à la naissance vis-à-vis de la BVD se généralise au cours de cet hiver dans tous les élevages. Cette mesure s’inscrit dans le programme d’éradication de la BVD mené par les Groupement de défense sanitaire du Grand Est. Mais des éleveurs dépistent leurs veaux de façon volontaire depuis plus d’un an. Rencontre avec Nicolas Dieterich (EARL du Muhlwald), qui élève 85 vaches limousines à Schweighouse-sur-Thann, et le Dr Boris Dirrenberger, vétérinaire de l’exploitation.

Fin 2014, le Groupement de défense sanitaire (GDS) intervient dans toutes les assemblées générales des syndicats de race pour présenter le dépistage des veaux par la pose d’une troisième boucle. « Sur le coup, je n’en ai pas vu l’intérêt, se rappelle Nicolas Dieterich. Mais à la suite de cette réunion, j’en ai parlé avec d’autres éleveurs allaitants qui avaient subi des pertes importantes lors d’un passage de BVD. Ça m’a fait changer d’avis. » L’éleveur a appelé le GDS qui lui a commandé des boucles de prélèvement. Le dépistage des veaux pouvait commencer. De l’avis du Dr Boris Dirrenberger, vétérinaire, « les cheptels allaitants ont souvent des vêlages groupés sur l’année et peuvent subir des pertes importantes. Il suffit que le virus circule au mauvais moment dans l’année et les IPI peuvent être nombreux parmi les veaux. » (lire en encadré).   Quels risques de contamination pour le cheptel ? Nicolas Dieterich a conscience de l’enjeu du sanitaire. Les achats sont limités : en fonction des besoins un taureau est introduit l’été quand le bâtiment est vide, le temps de faire les prises de sang d’introduction avant de le mettre avec les femelles. La bétaillère est prêtée à un autre éleveur avec des règles claires : prendre le matériel propre - le ramener propre. Mais Nicolas Dieterich l’avoue, les risques liés aux voisins de parc sont difficiles à maîtriser : « Les pâtures des génisses sont autour de mon bâtiment, j’aime les avoir à l’œil. Par contre j’ai des pâtures jusqu’à 45 km de l’exploitation : c’est impossible de maîtriser le risque lié au voisinage dans ces conditions, sans parler des parcs laissés ouverts par les promeneurs et les cueilleurs de champignons… Il y a trois ans, avec mon vétérinaire, nous avons mis en place un protocole de vaccination de toutes les femelles reproductrices. » Les contacts directs entre bovins sont effectivement les principales sources de contamination d’un troupeau, explique le Dr Boris Dirrenberger. À ce titre, les introductions d’animaux sont des voies de contamination importantes. « Les éleveurs ont souvent le réflexe d’isoler le taureau qu’ils ont acheté. Par contre les veaux à faire adopter en cas de mort d’un veau ou l’introduction de vaches nourrices ne sont souvent pas bien maîtrisés, voire ne représentent pas un danger aux yeux de l’éleveur, précise le vétérinaire. Le risque de contamination en pâture est également difficilement maîtrisable. Lorsque les risques de contamination sont importants ou ne peuvent être maîtrisés, nous recommandons aux éleveurs de vacciner les mères. Dans notre secteur, où les pâtures sont omniprésentes, nous avons fortement encouragé à vacciner les animaux reproducteurs. » Quel bilan après un an et demi de bouclage ? « Le premier bilan, et c’est le plus important, c’est que nous n’avons pas trouvé d’animal positif », constate Nicolas Dieterich. Les vêlages ont lieu en bâtiment. Les veaux sont isolés dans un box derrière les vaches : de bonnes conditions pour boucler sans risque. Les choses vont être simplifiées, explique Nicolas Dieterich : « Depuis un an et demi, je pose une troisième boucle qui permet de faire le prélèvement. J’ai passé ma commande de boucles identification et avec les nouvelles, une des deux boucles d’identification sera préleveuse » (lire en encadré). Mais l’éleveur regrette qu’il n’y ait « pas eu de plus-value pour les veaux bouclés. Les marchands n’ont pas joué le jeu, et ce n’est pas normal. C’est quand même une sécurité pour un acheteur, marchand ou éleveur, d’avoir des animaux non IPI. » Quelle vision du programme d’éradication ? Pour Nicolas Dieterich, le bouclage est à la portée de n’importe quel éleveur. Il y aura des retombées économiques pour les élevages. Avec l’éradication de la BVD, les pertes sanitaires diminueront. Mais pour l’éleveur, il y aura aussi des difficultés : « Il y aura certainement des éleveurs qui ne feront pas les choses correctement. Il faudra des sanctions pour ces gens-là. On ne va pas tolérer d’avoir quelques rebelles qui ne veulent pas entrer dans la démarche. Il faut que ce soit tout le monde ou personne. » Pour le Dr Boris Dirrenberger, il faudra effectivement « entretenir et imposer un « élan collectif » » des éleveurs qui vont devoir boucler pendant quatre ans. Mais il ne faut pas s’y tromper, le chantier est grand : « Une éradication n’est possible qu’en dépistant dans tous les troupeaux, en assainissant les cheptels infectés et en maîtrisant les risques de contamination. L’adhésion de tous les éleveurs est indispensable et des moyens réglementaires seront nécessaires pour contraindre les derniers récalcitrants. Tant que la zone ne sera pas considérée comme assainie et que les risques ne seront pas maîtrisés, la vaccination restera utile. »

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