bovins viande

Syndicat de la race limousine d’Alsace

Alors que revoilà la FCO…

Publié le 16/04/2017

L’assemblée générale du syndicat de la race limousine d’Alsace a été l’occasion pour les éleveurs de faire un point sur la situation sanitaire et notamment sur la FCO, qui refait parler d’elle.

146 €. C’est le bénéfice qui solde les comptes 2016 du syndicat de la race limousine d’Alsace. « C’est un petit budget, mais suffisant pour nous rencontrer de temps en temps », sourit Joseph Steinmetz, président du syndicat, qui ne se lancera pas dans un long discours pour dire à quel point l’année a été mauvaise et les prix toujours aussi bas. Une réalité que les éleveurs ne connaissent que trop bien. La parole est donc donnée à Céline Chaudron, responsable du service réglementation et qualité à l’Association de production animale de l’Est (Apal), qui regroupe 1 500 éleveurs et 50 commerçants privés en Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine. « Nous proposons la réalisation de plans sanitaires d’élevage, une large gamme de matériels d’élevage et des conseils techniques : nutrition animale, bilan de lot, étude des coûts de production, diagnostic et amélioration des bâtiments… » Depuis peu, l’Apal propose un accompagnement pour l’amélioration de l’autonomie alimentaire, notamment en optimisant l’agrosystème des prairies, mais aussi grâce aux méteils, aux couverts… Le service Clé de sol constitue une aide à la gestion du cahier d’épandage. Mais l’Apal peut faire davantage : calcul du plan de fumure, enregistrement des pratiques phytosanitaires, cartographie des zones épandables, calcul des IFT, accompagnement à la rédaction du DUER… L’autre cœur de métier de l’Apal, c’est de développer différentes filières, avec des cahiers des charges spécifiques, pour répondre aux demandes de l’aval, et de qualifier les exploitations qui approvisionnent ces filières, avec des grilles de prix spécifiques. Exemples (non exhaustifs car la liste est longue) : Bœuf limousin Blason Prestige (label rouge), Bœuf de nos régions, Veau rosé, Hugo Denoyers, Bœuf du Grand Est Alsace (pour des génisses de 340 à 450 kg), Goûter l’Alsace (génisses et vaches de moins de 6 ans de race à viande ou croisées, de 340 à 370 kg pour une plus-value de 13 cts/kg), Cœur de gamme (avec une demande de l’enseigne Lidl pour des génisses limousines). Les participants sont restés assez circonspects face à la complexité de la gamme, et à son efficacité pour dégager de la plus-value pour les éleveurs : « Pendant 30 ans on nous a demandé de produire des bêtes lourdes et on a sélectionné nos troupeaux en ce sens. Et maintenant on nous demande des carcasses à 400 kg, pour des prix qui ne nous permettent même pas de vivre », constate un éleveur, résumant le sentiment général. FCO : reprise de l’activité vectorielle Comme lors des autres assemblées générales de syndicats de race, Céline Zuber, technicienne au GDS Alsace, est intervenue sur l’IBR et la BVD, (lire en page 6 du n° 9 du 3 mars 2017). Mais, à la demande des éleveurs, elle a surtout axé son propos sur la FCO, dont elle a rappelé les signes cliniques : chute de production, atteinte des yeux, nez croûteux, œdèmes… Puis, elle a retracé l’historique de la maladie, apparue en France, d’abord dans le Nord, à l’automne 2006. S’en étaient suivis une campagne de vaccination volontaire, puis deux ans de campagne de vaccination obligatoire. La FCO semblait alors maîtrisée en France, jusqu’à ce que de nouveaux cas soient détectés à l’été 2015 dans le Massif Central. « Actuellement, environ 110 nouveaux cas par semaine, uniquement du sérotype 8, sont détectés un peu partout en France. L’Alsace est concernée depuis quelques semaines », a indiqué Céline Zuber. Elle a rappelé que les vecteurs de la maladie sont des insectes piqueurs qui subsistent dans les bâtiments en hiver. « On s’attend donc à détecter de nouveaux cas avec la reprise de l’activité vectorielle. » Anticiper les mouvements d’animaux Pour l’instant, la maladie tente d’être endiguée par un système de zones : « On distingue la zone réglementée, où la FCO est présente, et la zone indemne. La circulation des animaux peut se faire sans contraintes particulières au sein d’une même zone. Par contre, pour faire passer des animaux de la zone réglementée à la zone indemne, des contraintes sont imposées, comme la vaccination des animaux suffisamment à l’avance pour que l’immunité soit acquise ou la désinsectisation et la réalisation d’une PCR avant le départ », a détaillé Céline Zuber. Des règles qui sont valables pour les mouvements en France comme à l’export. Il s’agit donc « d’anticiper pour ne pas être coincés ». Céline Zuber a rendu les éleveurs attentifs au fait que la vaccination n’est reconnue à l’export que si elle est réalisée et attestée sur le passeport par un vétérinaire. Si le vaccin est gratuit, l’acte est facturé. En outre, pour lutter contre la FCO, la vaccination est encouragée sur les mâles comme les femelles. Pratiquée en période de reproduction, elle peut provoquer des retours en chaleur. Elle est donc déconseillée à cette période mais, une fois les mères pleines, « il n’y a plus de contre-indication ». La vaccination est possible à partir de deux mois et demi d’âge, une seconde injection doit être réalisée trois semaines après la première. Puis un rappel serait nécessaire tous les ans afin de maintenir l’immunité. Des conséquences dramatiques Les éleveurs ont encore en mémoire les conséquences dramatiques que peut avoir la FCO. La fièvre et l’abattement qu’elle provoque sur les animaux pénalisent leurs performances. Si la contamination intervient en cours de gestation, il y a risque d’avortement, de veaux mal formés, « débiles », incapables de se nourrir seuls et qui meurent rapidement. Au vu du rapport bénéfice/risque, Céline Zuber a donc conseillé aux éleveurs de vacciner, d’autant que le vaccin est encore gratuit : « Il faut en profiter, parce que s’il y a des pertes liées à la FCO, elles ne seront pas prises en charge. » Comment sera gérée la FCO à long terme ? Difficile pour Céline Zuber de se prononcer : « L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) estime que l’éradication est possible à condition de mettre en place une campagne de vaccination obligatoire pendant cinq ans et une campagne de surveillance sérologique renforcée. La décision d’éradiquer ou non la maladie devra être prise au niveau européen. Mais, pour l’instant, personne ne se prononce. »

Organisme de sélection de la race bovine vosgienne

Des éleveurs pleins d’enthousiasme

Publié le 15/04/2017

Nombre de vaches femelles et d’adhérents en hausse, progrès génétiques salués, lancement réussi du fromage Cœur de massif : l’Organisme de sélection de la race bovine vosgienne a vécu une année 2016 très positive. Un dynamisme qui devrait se poursuivre via la valorisation de nouvelles filières viande.

Les éleveurs de vaches vosgiennes peuvent être enthousiastes. Lors de sa dernière assemblée générale, l’Organisme de sélection (OS) de la race a fait état d’un bilan flatteur pour 2016 : 320 animaux de race pure en une année, le nombre d’adhérents qui continue d’augmenter (193 contre 186 en 2015) ou encore le fromage Cœur de Massif qui a su trouver son public. Comme le souligne le président de l’OS, Florent Campello, ce produit « rayonne » et « surprend » au niveau local et national comme il a pu le constater lors du Salon international de l’agriculture (SIA) à Paris. « Grâce à lui, nous maintenons la rusticité de notre race et la modernité de notre travail », se félicite-t-il. Chez les éleveurs qui se sont lancés dans cette aventure, les retours sont très bons. Lionel Vaxelaire en produit une fois par semaine. Il n’a aucun stock. « Il y a une forte demande suite au SIA. C’est un beau produit qui plaît beaucoup. » Même constat chez Christian Ancel, du Gaec des Hautes Huttes. Il a fabriqué 3 000 kg de Cœur de massif depuis avril 2016. « C’est une plus-value importante pour mon exploitation », se réjouit-il aujourd’hui. Au 31 décembre 2016, 21 éleveurs de vosgiennes s’étaient formés à la création de ce fromage. Quatorze sont dans la production opérationnelle, dont trois au sein de la Fromagerie de la vallée de Munster. « Le fromage est tellement apprécié des consommateurs que les caves d’affinage sont vides. La demande est clairement supérieure à l’offre. Pour le moment, on ne peut pas donner suite au marché national. Les nouveaux producteurs sont donc les bienvenus », souligne Laurine Spieser, chargée de mission circuits courts et valorisation au sein de l’OS. Un « modèle » pour les autres races Il semble loin le temps où la vosgienne était au bord du déclin. Aujourd’hui, elle est en passe de devenir un « modèle » pour les autres races en matière de génétique. « Grâce à un budget en hausse, nous sommes plus précis sur les valeurs de nos animaux. Nous connaissons en ce moment même un véritable bond en avant avec la génomique. Tout cela profite à l’ensemble de nos éleveurs et de nos exploitations. » Avec la génétique, l’OS vosgienne travaille quotidiennement pour apporter des solutions aux éleveurs. « C’est essentiel pour nous faire vivre et faire vivre les générations futures. » Et c’est bien loin d’être fini. Avec l’entrée en vigueur du Règlement zootechnique européen (RZE) le 1er novembre 2018 (lire en encadré), le travail de l’OS va considérablement évoluer et place la race vosgienne au « Cœur » de son système génétique. « Ce règlement va fondamentalement changer le cours de notre histoire. L’éleveur sera au cœur de ce changement. C’est lui qui sera le maître de l’avenir de sa race. Car seuls ceux qui touchent physiquement la vosgienne savent ce qu’il lui faut pour son avenir. » Un grain de viande « unique » À commencer par une filière bouchère qui a de nouvelles perspectives devant elle par le biais de Charal. En 2016, 50 animaux ont été commercialisés par ce biais via Bresson Viandes. En 2017, la collecte sera élargie via Gasparini, Haute-Saône Bétail, Ueberschlag et Socobeval. Les animaux sont abattus à Metz. « Grâce à cette filière courte qui se met en place, nous bénéficions d’une nouvelle possibilité de valoriser notre travail, avec une plus-value intéressante de 8 centimes le kg de carcasse pour les éleveurs », développe Florent Campello. De quoi confirmer les bons retours observés lors du dernier SIA. Pour la première fois, les éleveurs de vosgiennes y ont emmené des animaux allaitants. « Cela s’est très bien passé et prouve que notre race a largement sa place dans cette catégorie. » Et ce n’est pas fini. La commission valorisation a repris en main le projet de filière « veau de lait » évoqué en 2014. L’idée est simple : valoriser une viande qui « se finit bien » tout en promouvant la race vosgienne dans sa mixité. « C’est un grain de viande unique qui a déjà été repéré par certains consommateurs. À terme, ce serait une nouvelle plus-value pour les éleveurs, et un nouvel ambassadeur de la marque « Race bovine vosgienne ». » L’enthousiasme « vosgienne », a encore de beaux jours devant lui.

Publié le 31/03/2017

Les électeurs choisissent le nouveau président de la République les 23 avril et 7 mai prochains. Quelles seraient les mesures que les éleveurs et les céréaliers alsaciens aimeraient lui voir prendre au cours de son mandat ? Nous avons posé la question à quatre d’entre eux.

À Fislis dans le Sundgau, Olivier Richard, 42 ans, vend 200 jeunes bovins par an. À Wilwisheim, près d’Hochfelden, Vincent Fischer, 52 ans, vient d’installer son fils sur 70 ha avec 60 holstein. Le choix de ces deux éleveurs quant au bulletin qu’ils glisseront dans l’urne n’est pas complètement arrêté. Mais leurs principales attentes sont claires. Et si le prochain président commençait par apaiser les tensions dans la filière élevage ? « Au lieu de construire des murs, créons des ponts entre les consommateurs et les producteurs. Dès qu’il y a un problème, cela retombe toujours sur le dos de l’éleveur. C’est soit son image, soit son portefeuille, ou les deux à la fois, qui en souffrent. Redonnons une reconnaissance sociétale aux éleveurs qui gèrent les espaces et sans lesquels il n’y aurait pas de verdure » lance Olivier. Cette « reconnaissance » suppose aussi une rétribution plus juste. « Tous les maillons d’une filière doivent gagner quelque chose » enchaîne Vincent. « Quand, malgré la crise, de grands groupes laitiers font des bénéfices confortables sans les partager équitablement, c’est un signal d’alarme. Comment donner confiance en l’avenir à des jeunes qui s’installent ? Pourquoi l’État ne contrôlerait-il pas une juste répartition des marges ? » À Rouffach, Édouard Isner, 38 ans est installé sur 82 ha dont 4 d’asperges. À Stutzheim-Offenheim, dans le Kochersberg, Christian Hufschmidt, 46 ans, consacre ses 130 ha au maïs, au blé à la betterave et à la vigne. « Le président aura du pain sur la planche ! » démarre Édouard. Il réclame plus de cohérence entre la réglementation française et européenne. « Travailler avec des normes environnementales et sociales harmonisées en Europe serait plus simple. Comment accepter de tels écarts de niveau de salaires et l’importation de produits traités avec des matières actives interdites en France, mais autorisées ailleurs ? Ce sont autant de distorsions de concurrence récurrentes ! Seule une volonté politique peut y remédier ». Aux yeux de Christian, les principales mesures à prendre restent franco-françaises. « La transmission des exploitations est un véritable casse-tête » souligne-t-il. « Mes parents n’ont pas terminé de transmettre que je réfléchis déjà à comment faire pour transmettre à mes enfants. Le foncier devient un poids très lourd à porter, alors que nous n’en faisons rien, à part le cultiver. En outre, les infrastructures comme le grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg nous le grignotent et le gaspillent. Le président ferait bien d’agir pour privilégier le transport alternatif au lieu de projets à l’efficacité aléatoire ». Réformer la fiscalité Éleveurs et céréaliers se rejoignent sur des préoccupations partagées. Ils espèrent que le prochain président passera à la simplification administrative annoncée, mais que personne n’a encore vu. Ils le pressent de réformer la fiscalité. « Il y en a assez d’un système qui pousse à investir en période de vaches grasses et qui pénalise l’agriculteur en période de vaches maigres » résume Olivier. Le lissage des revenus agricoles sur cinq ans recueille donc l’unanimité. « Un système comme la déduction pour aléas (DPA) est d’une complexité telle que même mon comptable ne veut pas y mettre son nez » rappelle Édouard. « Il faut nous permettre d’extraire et de réinjecter facilement de l’argent. C’est la clé pour anticiper nos investissements qui créent de l’activité et participent à l’économie nationale ». Et si seulement le prochain président pouvait mettre un terme à l’excès normatif ! « On ne sait plus ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Notamment en matière d’environnement. Nous sommes les premiers à entretenir l’espace. Nous sommes conscients qu’il faut réduire les traitements. Mais à grande échelle, c’est autre chose que dans un carré de jardin ! Les pratiques raisonnées sont plus proches de la réalité mondiale » argumente Vincent. Au-delà de la promesse de chaque candidat d’améliorer les futurs revenus agricoles par des mécanismes divers et variés, Olivier, Vincent, Édouard et Christian revendiquent que le futur chef de l’État intervienne pour revaloriser l’image de l’agriculture française « afin que les agriculteurs ne passent pas pour les éternels méchants aux yeux du consommateur ». Et si tout simplement, comme le suggère Vincent, pourquoi n’inspirerait-il pas une « politique lucide avec des idées réalistes et réalisables » ?

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