bovins viande

Publié le 30/10/2016

Naisseur-engraisseur à Schwindratzheim, Thomas Urban s’interroge en profondeur sur les moyens dont il dispose pour restaurer la rentabilité de son atelier de bovins viande.

Courir tous les lièvres à la fois. C’est un peu le quotidien de Thomas Urban depuis son installation en 2010 quand il reprend 60 % des parts de l’Eàrl créée par Charles, son père. Il y a l’atelier de bovins viande dont les effectifs atteignent jusqu’à 350 têtes selon la période de l’année, les cultures dont il délègue seulement l’ensilage, la tête prise en permanence par la réflexion sur ses orientations techniques et… une faible disponibilité en main-d’œuvre ! Elle le pénalise dans la mesure où le manque de temps pour repérer les chaleurs l’a poussé à ramener le taux d’insémination artificielle de 90 à 50 %. « Cela ne me plaît pas » glisse Thomas. Alors plutôt que de continuer à faire confiance aux trois taureaux mis avec les vaches à partir de six semaines après vêlage, il va équiper ses mères de colliers de détection d’activité avec l’ambition de remonter le pourcentage d’IA dès 2017. Thomas intercale ses travaux de récolte et de semis entre ses deux périodes de vêlages. Il réserve un mois du 15 août au 15 septembre aux génisses et du 15 novembre au 15 décembre aux vaches. Les premières vêlent au pré sans assistance, les secondes sont surveillées par une caméra si elles ont déjà regagné leur bâtiment à structure métallique. « La facilité de vêlage est le premier critère de choix du taureau. Un vêlage qui se passe bien enclenche une bonne phase de reproduction » lance Thomas. L’été, l’éleveur doit jongler avec un parcellaire éclaté entre une trentaine d’ares et 18 ha pour caser au pré un lot de génisses et de trois à quatre de vaches. Il ne complémente pas ses animaux mais essaye de tirer le meilleur parti de l’herbe. Il apporte de 20 à 30 unités/ha d’azote en sortie d’hiver et des bactéries et micro-organismes au printemps. Depuis cette année, il a remplacé son maïs ensilage par une association à base de trèfle, de ray-grass anglais et de dactyle en ayant soin de mélanger les variétés de chaque. « Sa valeur alimentaire et sa productivité sont supérieures » indique Thomas. En hiver, le menu des vaches se compose d’ensilage d’herbe et éventuellement de pulpes selon leur état. Pulpes, drèches de brasserie et de soja, tourteau de colza, paille hachée et minéraux composent la ration d’engraissement servie aux mâles à partir du sevrage et aux femelles pendant deux mois. Ces dernières repassent ensuite à de l’herbe ensilée. Changer de schéma de sélection En seize à dix-sept mois, Thomas obtient des mâles de 430 à 450 kg de carcasse. Ses femelles partent entre vingt-quatre et trente-six mois. Il écoule chaque mois trois jeunes bêtes auprès d’un magasin de vente directe qui en gère la découpe. L’essentiel de ses animaux est vendu à la Socobeval depuis 2007. Les génisses qui satisfont le cahier des charges « Goûtez l’Alsace, s’esch guät » bénéficient d’une prime de 0,15 €/kg (1). Les mâles sont commercialisés sous la marque  de Charal, « Caractère d’Alsace », entre octobre et mars. « Saisonnaliser les sorties me coûte en temps et en main d’œuvre. Mais mes animaux arrivent à une période de l’année où l’offre est moins abondante. Sous cahier des charges, j’obtiens un prix un peu supérieur au marché. Mais dans son ensemble la recette viande reste trop juste » juge Thomas. « Depuis deux ans, je ne capitalise plus dans mon cheptel. Je ne renouvelle plus qu’en urgence par de l’occasion du matériel en bout de course. Je peux rembourser mes prêts. Mais pour gagner de l’argent, il me faudrait un kilo payé 0,50 € de plus, soit 4,35 €. J’ai 105 ha de prairies à valoriser. Si d’ici cinq ans, rien ne change, ils finiront dans le méthaniseur. Là au moins, j’aurai de la visibilité en prix sur plusieurs années ». Avant d’en arriver à se séparer de ses bêtes, Thomas a décidé de redonner un maximum de place à l’herbe. Il creuse en même temps une autre piste. « La Charolaise a sélectionné sur la croissance et le poids. En 2000, les carcasses pesaient environ 380 kg. Aujourd’hui, c’est bien 80 à 90 kg de plus. Des critères comme le caractère, la sensibilité aux boiteries, la fertilité, ont été oubliés ». L’idée de Thomas est donc d’opter pour un schéma de sélection anglais qui lui promet d’avoir « un coût de production viande le plus faible possible à l’hectare d’herbe ». Il s’informe encore, mais il envisage d’acheter des vaches et de commencer un croisement d’absorption sur ses génisses dès 2017. S’il prend bien ce virage, il espère pouvoir faire un jour ce dont il rêve depuis quelque temps déjà : embaucher !

Publié le 26/11/2012

Chapi Chapô

Congrès de la fédération nationale ovine La culture de la gagne ! La FNO a tenu son congrès annuel en Alsace, « terre de mission » pour l’élevage ovin qui ne représente ici que 1 % du cheptel national. Un congrès aux tonalités de coaching sportif pour booster les troupes pendant les 12 prochains mois jusqu’au prochain congrès en terres de Bretagne. Si les éleveurs ovins se sentent parfois isolés sur leur ferme, ils participent à une dynamique collective forte. La filière ovine a en effet la pêche. Et quoi de mieux pour se projeter dans l’avenir qu’une table ronde sur la motivation et la réussite ! Pour qu’un collectif fonctionne, chacun doit faire son boulot et faire confiance aux autres, tel est le message de Vincent Collet, entraîneur de l’équipe de France de basket. Car contrairement aux apparences, « le monde agricole travaille et réussit grâce au collectif ! », comme l’a rappelé Michèle Boudoin, secrétaire générale de la FNO. Le principal challenge de la filière, et de la profession, c’est la transmission des exploitations. Un point sur lequel, cédant et repreneur doivent faire preuve de beaucoup de psychologie, comme l’a souligné Gérard Baglin, coach sportif. « Une entreprise ressemble à son dirigeant ». Le cédant doit accepter les changements et le repreneur doit faire preuve de respect pour le travail accompli. La FNO a d’ailleurs signé à l’occasion de ce congrès une convention avec la FNSAFER. Objectif : faciliter l’accès au foncier des porteurs de projets dans l’élevage ovin.   nnjnj ij Une filière exemplaire Selon Xavier Beulin, président de la FNSEA, « la FNO fait figure de laboratoire pour les autres filières ». Elle est en effet parvenue à enrayer la tendance à la réduction du nombre d’exploitations ovines : alors que de 1990 à 2000, la filière avait perdu 40 % de ses élevages, aujourd’hui, elle annonce qu’elle recrute. Et elle lance le programme Inn’ovin, ou la stratégie gagnante, un plan à moyen terme pour faire progresser la filière sur quatre axes : le renouvellement des générations, la performance économique et technique des élevages, l’amélioration des conditions de travail, et la contribution à l’innovation, notamment pour la transition énergétique. Au niveau sanitaire, les mesures prises ont permis d’éviter toute épidémie en 2014 dans des élevages pourtant confrontés aux risques de la FCO ou de la fièvre aphteuse. Mais, l’existence de nombreux foyers européens incite à la mise en place d’un fond de mutualisation en 2015. Créer et conserver de la valeur ajoutée La nouvelle Pac, comme l’a souligné Thomas Diemer, président des JA, va dans le bon sens pour l’élevage ovin. Il a toutefois déploré la remise en compte du critère d’âge pour l’attribution de l’ICHN. Il a également incité les producteurs à s’emparer de la distribution. À titre d’exemple, avec la marque Agneau Terroir d’Alsace, les éleveurs ovins ont pu créer et conserver de la valeur ajoutée. Le sujet qui fâche, c’est le loup. Alors que 15 M€ sont consacrés chaque année à la protection de cette espèce, plus de 9 000 brebis ont été tuées sur 29 départements en 2014, une ampleur inégalée ! Serge Préveraud, le président de la FNO, a demandé à Stéphane Le Foll la révision de la convention de Berne, qui protège l’espèce, et des mesures concrètes de l’État. S’il reconnaît la nécessité de revoir cette convention, le ministre de l’Agriculture a estimé néanmoins que des moyens existent et qu’il faut les utiliser, notamment en renforçant les effectifs des lieutenants de louveterie. Sur le contingent de 36 loups qui peuvent être prélevés, à ce jour à peine 14 bêtes ont été tuées. Serge Préveraud passe le flambeau à Michèle Boudoin Après sept années passées à la présidence de la fédération, Serge Préveraud a cédé la présidence à Michèle Boudoin. Il a salué la salle avec cette déclaration volontariste : « N’ayez pas peur de l’avenir, les projets qui n’aboutissent pas sont ceux que l’on ne fait pas ! » À l’issue du congrès, Stéphane Le Foll a remis le mérite agricole à son épouse, Béatrice.

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