bovins viande

Action syndicale contre le projet d’accord du Mercosur

« Nous sommes sur la paille »

Publié le 21/02/2018

Le 21 février, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin ont réussi, en quelques heures à peine, à mobiliser de nombreux agriculteurs pour protester contre le traité de libre-échange Mercosur. Partout dans le département, des banderoles destinées à alerter le grand public ont été installées sur les ronds-points et le long de routes très fréquentées. À Altkirch, ce sont 400 kg de paille qui ont été déversées sous les murs de la sous-préfecture.

Mardi après-midi 20 février, les mails d’informations sont diffusés. Sur les réseaux sociaux, le message passe. Une action syndicale est programmée. En quelques heures, qu’ils soient éleveurs, céréaliers, maraîchers, viticulteurs et autres horticulteurs, ils passent le message à leurs collègues. L’heure est à la mobilisation. Contre qui ? Contre quoi ? « Contre le projet d’accord actuellement en négociation entre l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Un accord qui nous fait craindre une nouvelle concurrence déloyale, avec un afflux de viande en provenance d’Amérique latine. Pour nous, Sundgauviens, terre d’élevage par excellence, nous ne pouvions pas ne pas en être. On nous demande toujours davantage avec des normes toujours plus contraignantes. Nous sommes sur la paille et voilà que l’on veut nous mettre en concurrence avec des produits de pays qui ont d’autres normes de productions. Ce n’est pas acceptable », dénonce le président du canton du Jura Alsacien de la FDSEA Sébastien Stoessel. Vers 9 h 45 mercredi matin, il est le premier sur le rond-point situé devant un centre commercial d’Altkirch, rapidement rejoint par une quarantaine d’exploitants venus des quatre coins du Sundgau. Ils déploient aussitôt une imposante banderole « Non au Mercosur ». « On ne peut pas nous dire de toujours faire plus et mieux et dans le même temps se mettre à table et signer de tels accords pour importer bœuf aux hormones et poulet à l’eau de javel. On demande un peu de cohérence. Qui valide de tels accords ? Sur quelles bases ? Je suis inquiet pour l’avenir de la profession agricole française. J’ai répondu à cet appel à manifester car il faut communiquer cette réalité auprès du grand public, auprès des consommateurs. C’est notre rôle, notre responsabilité », précise Paul Hoffer, agriculteur à Altkirch. Les mêmes règles pour tous Les jeunes agriculteurs sont sur la même ligne. « Nous ne pourrons pas rivaliser avec leur agriculture, leurs modes de productions et les contraintes que l’on nous impose toujours davantage ici en France. Nous avons des cahiers de charges toujours plus imposants. En tant que jeune, oui, je suis dubitatif. Le but des jeunes agriculteurs est d’installer une nouvelle génération sur les exploitations et de les pérenniser. Mais, avec de tels accords internationaux, comment l’imaginer ? Quel avenir donner à ces jeunes, à nos jeunes ? Le but aujourd’hui est également de réveiller la population, de l’informer en distribuant des tracts », ajoute Patrick Meyer, agriculteur à Rixheim et secrétaire général des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin. Tracteurs et agriculteurs prennent le chemin du centre-ville d’Altkirch. Ils s’arrêtent devant la mairie puis reviennent à la hauteur de la sous-préfecture où la paille est déversée. Aussitôt, les agriculteurs s’assoient pour mettre en image leur slogan : « Nous sommes sur la paille ». Sébastien Stoessel reprend : « Un peu de cohérence ! Nous demandons un minimum de respect et de reconnaissance. On se mobilise aujourd’hui car nous aimons notre métier, on y croit encore. Nous voulons encore être là demain. Nous n’attendons pas de miracle. Nous ne voulons pas de fausses promesses. Nous voulons juste pour pouvoir travailler décemment, vivre de notre métier, avec les mêmes règles qu’ailleurs dans le monde » s’agace Sébastien Stoessel. « Cet accord entraînera des dégâts dans nos territoires ruraux. Stop à cette surenchère », lance ensuite le président de la FDSEA 68, Denis Nass, devant ses collègues exploitants. Le maire d’Altkirch et conseiller départemental, Nicolas Jander apporté son soutien à la cause : « La signature d’un tel traité de libre-échange ne serait pas une bonne nouvelle. Ni pour les consommateurs, ni pour vous agriculteurs car les normes sont différentes. Vous risquez de subir une concurrence déloyale ». Le président de la chambre d’agriculture d’Alsace et conseiller régional, Laurent Wendlinger demande qu’une délégation d’exploitants puisse être reçue par le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, de passage dans le Haut-Rhin le lendemain. La sous-préfète d’Altkirch, Marie-Claude Lambert, a promis de relayer au plus haut niveau les inquiétudes des agriculteurs sundgauviens autour de ce très décrié projet. « Je vais les transmettre au Président de la République et au ministre de l'Agriculture. Vous exercez un métier difficile. L’État a toujours été à vos côtés et continue de l’être. Ces négociations ne sont pas terminées. Rien n’a encore été signé. Et merci pour tout ce que vous faites au quotidien ». Les agriculteurs ont distribué des tracts aux passants ou discuté avec la population : « Nous ne demandons pas grand-chose. Juste un peu plus de prix pour survivre ! Et aucune concurrence déloyale sur les conditions de productions. Cela ne peut plus continuer de cette façon », conclut une jeune agricultrice, éleveuse à Largitzen «Les consommateurs ont autant à perdre que nous » Aux abords du rond-point qui fait la jonction entre la RD 83 et la RD 417 en direction de Munster, l’effervescence est bien moindre que dans les rues de la capitale sundgauvienne. Quelques jeunes agriculteurs installent la deuxième banderole du site le long d’une parcelle de vigne. Le « Oui à l’agriculture française » répond désormais au « Stop au Mercosur » installé au cœur du giratoire. Deux manières d’exprimer le même message et la même crainte liée à ce nouveau traité de libre-échange discuté en catimini entre la Commission Européenne et les pays sud-américains concernés. « On ne sait pas trop comment se passent ces négociations. Du coup, ça nous fait un peu peur. On voudrait un peu plus de transparence, cela nous permettrait d’être un peu plus sereins », témoigne le tout nouveau président des JA du Haut-Rhin, Ange Loing. Cette relative tranquillité d’esprit, les agriculteurs pensaient l’avoir au lendemain de la clôture des États généraux de l’alimentation. À Rungis, le président de la République, Emmanuel Macron, avait affirmé « qu’il fallait prendre le temps » de discuter de cet accord. « Nous, ça nous allait bien. On est aussi prêt à avancer et à discuter. Le problème est qu’il a un peu changé de discours dernièrement. Et ça, cela nous fait peur », témoigne Ange Loing. Pour une raison « inexpliquée » à ce jour, Emmanuel Macron s’est en effet prononcé pour une signature « rapide » de ce traité Mercosur. « Et dans la même période, on nous annonce un contingent de 70 000 tonnes de viande bovine supplémentaire importées d’Amérique du Sud. Forcément, cela inquiète la profession. » D’autant plus que ce traité, en l’état actuel des choses, représenterait également une menace pour la filière sucrière plutôt dynamique en Alsace et dans le Grand Est. Dans l’absolu pourtant, les agriculteurs français ne sont pas contre les échanges tient à préciser Ange Loing. « Encore faut-il que cela soit avec les mêmes règles ! Et là, ce n’est clairement pas le cas. Leurs méthodes d’élevage ne sont pas les mêmes avec des règles sanitaires différentes. Ils utilisent par exemple des hormones de croissance et des OGM. Alors nous on veut bien faire toujours plus de qualité, mais si c’est pour importer des produits comme cela derrière, cela n’a aucun sens. » D’où la volonté des syndicats agricoles d’installer différentes banderoles à des lieux de passage très fréquentés par le public. « Cette qualité, ce sont les consommateurs qui en profitent ou non dans leur assiette. L’agriculture française est menacée avec un tel traité, mais le grand public a autant à perdre dans cette histoire. Il faut qu’il soit avec nous et non contre nous. C’est pour cela qu’on préfère manifester de la sorte plutôt qu’en bloquant les routes », indique Pierre Meyer, membre des JA du Haut-Rhin et administrateur national. Reste à savoir quel sera l’impact réel de cette mobilisation nationale sur le monde politique, le principal destinataire de cette inquiétude du monde agricole. « On aimerait bien un signe positif du président Macron avant le Salon de l’agriculture, ou pendant », ajoute Ange Loing. Sans ça, la grande messe annuelle de l’agriculture française risque d’être un peu agitée…

Association de la race bovine Vosgienne du Haut-Rhin

« Surfer » sur l’image positive de la Vosgienne

Publié le 15/02/2018

La race bovine vosgienne confirme son dynamisme dans le Haut-Rhin. Cette tendance a été confortée lors de l’assemblée générale de l’Association des éleveurs de la race bovine vosgienne du Haut-Rhin qui s’est tenue le jeudi 8 février à la ferme Deybach au Schnepfenried.

« L’année 2017 a été pour nous un véritable challenge avec l’organisation réussie de cette première fête de la transhumance à Muhlbach-sur-Munster et les animations organisées en parallèle. Nous devons continuer à « surfer » sur l’image positive de la Vosgienne », a expliqué en introduction Florent Campello, président de l’association. Après l’approbation des comptes financiers et le renouvellement du conseil d’administration, les éleveurs ont évoqué les activités de l’organisme de sélection. Depuis quatre ans, une commission « allaitante » est en place. Elle effectue les contrôles de performance et les professionnels, souvent des jeunes, participent aux différents concours. Des vaches destinées à donner naissance à des taureaux ont été sélectionnées. « Une soixantaine de vaches ont été repérées sur la base d’index. On en a retenu 22 ou 23. Cela a permis de réaliser un planning d’accouplement. On va ensuite suivre les taureaux qui vont naître. Ils seront mis en pépinière avant d’être repris à l’achat par les éleveurs, sous certaines conditions. Les éleveurs devront, par exemple axer l’insémination sur l’aspect qualitatif de la viande de Vosgienne. La Vosgienne revient dans sa mixité même si les allaitantes sont en nombre plus important dans les Vosges que dans le Haut-Rhin », explique Mélanie Gutzwiller, technicienne de l’OS. « La région porte notre massif » En 2017, les éleveurs de Vosgiennes ont participé au concours à Paris. « C’est la première fois que vingt animaux, dont quatre vaches allaitantes étaient en concours. Nous étions également à Épinal pour la dernière d’Eurogénétique, à la fête de l’Estive et la transhumance à Allanche, en qualité de race à l’honneur. Cette année à Paris, cinq vaches seront présentes dont une allaitante en présentation avec son veau », précise Mélanie Gutzwiller. Au salon de l’agriculture, les races de massif seront mises en avant. La vache Vosgienne va donc se retrouver sur un stand commun aux côtés, notamment de l’Aubrac, la vache à l’honneur cette année. Les éleveurs seront également présents sur le stand de la région Grand Est avec un espace privé de 72 m2. « La région porte notre massif et notre race. Nous allons pouvoir communiquer », se félicite le président. Pour la manifestation « Cœur d’Elevage » à Colmar, les éleveurs de Vosgiennes regrettent les dates retenues du 21 au 23 juin : « il est difficile de mobiliser les éleveurs de Vosgiennes qui, le plus souvent, sont à cette époque de l’année dans leurs fermes-auberges. Nous allons pourtant tout faire pour présenter une quinzaine d’animaux car c’est évidemment important que la race soit présente à Colmar ». Le concours se déroulera le vendredi 22 juin ; les animaux arriveront le mercredi pour repartir le dimanche matin. Dématérialisation A propos du logiciel Est Elevage, Mélanie Gutzwiller a précisé que : « D’ici quelque temps, les passeports de vos animaux seront dématérialisés. Pour anticiper cette dématérialisation, nous présentons ce logiciel développé par les éleveurs du Grand Est. Ce dernier doit permettre de procéder à toutes les identifications d’animaux nécessaires, noter tous les traitements sanitaires, suivre la reproduction de l’élevage, piloter son contrôle laitier et consulter toutes les données de son élevage ». A l’issue de la réunion, les éleveurs ont déjeuné à la ferme-auberge du Schnepfenried avant de découvrir les installations de la ferme Deybach.

Ferme Béatrice et Maurice Heim à Spechbach-le-Haut

En système de paillage automatisé

Publié le 31/01/2018

En rénovant leur bâtiment d’élevage, Béatrice et Maurice Heim, éleveurs à Spechbach-le-Haut, ont opté pour un système de travail différent en se dotant d’une nouvelle installation : un système de paillage automatisé. La paille est ainsi coupée puis injectée dans le circuit pour saupoudrer les logettes comme de la neige.

L’exploitation familiale située au centre du village est actuellement gérée par Maurice Heim. Il était en Gaec avec ses parents dès 1989. Il gère désormais seul, depuis 2005, la ferme, aidé de son épouse, Béatrice. Cette dernière s’occupe du magasin de vente. Tous les quinze jours, elle propose à ses fidèles clients de la viande de bœuf et, une fois par mois, du veau. Une vente directe et en circuit court puisque la ferme a un atelier de transformation. Pour les veaux, Béatrice Heim travaille en GIE avec Bernard Martin, éleveur à Eglingen, un village voisin. La famille Heim élève en moyenne 45 vaches allaitantes de race charolaise. Une race présente depuis toujours. « Les charolaises sont dociles et faciles à élever. Leur viande est excellente et appréciée par nos clients qui viennent à notre point de vente depuis 2005. Nous vendons ce que nous produisons. Ni plus, ni moins », explique Maurice Heim. Sur les 145 hectares de surface agricole utile, la famille Heim a 40 hectares d’herbe et 100 hectares de cultures. Du blé, du maïs et surtout de la betterave à sucre sur 20 hectares. « Je suis le producteur le plus éloigné de l’usine. J’ai toujours aimé en produire. D’autant plus qu’ici, nos terres se prêtent à cette culture », se félicite Maurice Heim. Aire paillée intégrale En 2017, le couple d’éleveur a voulu revoir le fonctionnement de la ferme. Il a donc décidé de rénover le bâtiment d’élevage, mais également de changer sa façon de travailler en conjuguant bien-être animal et bien-être humain. Les travaux ont démarré en avril et se sont terminés en octobre dernier. Ce nouveau bâtiment rénové a une surface de 870 m2. Son bardage est en bois avec des poteaux en ferraille et des porteurs également en bois. Les vaches ne sont plus séparées par des lots en entravé, mais se retrouvent dans un système en aire paillée intégrale. « La facilité du travail est évidente, tout comme le bien-être animal. Je trouve que les vaches sont bien plus dociles. J’avais peur de passer de l’attache à la stabulation libre. Mais je dois faire le constat que les vaches se sont bien adaptées, et très rapidement. Leur comportement n’a pas changé. Je trouve simplement qu’elles sont bien plus calmes. De notre côté, on a moins de travail. On cure deux fois par an. Nous avons également installé une caméra de surveillance pour pouvoir intervenir rapidement. Le bâtiment est bien plus lumineux qu’auparavant, avec des lumières adaptées aux lieux et des panneaux isolés », précise Maurice Heim. 70 répartiteurs Concernant la pailleuse, de la marque autrichienne Schauer, l’éleveur voulait un système qui ne provoque pas de poussière lors de son utilisation. Cela, pour éviter des problèmes de respiration aux vaches, d’éventuelles pneumonies, et préserver les bonnes relations avec le voisinage dans la mesure où la ferme n’est pas à l’extérieur du village. L’objectif a été atteint. « La paille passe dans un démêleur, puis elle est broyée. Ensuite, il y a une unité de transformation qui sépare la paille et la poussière via un tube et un système de galets en plastique avec une unité centrale. Ensuite, cela tombe dans des répartiteurs de paille qui sont suspendus au plafond. Il y a 70 répartiteurs. » 45 machines de ce type sont actuellement en fonctionnement en France, 250 dans le monde. « C’est un principe qui existe depuis 2013. Je l’ai découvert sur internet. Ensuite, je me suis rendu sur une exploitation dans le Doubs qui possédait déjà un tel équipement. J’ai immédiatement été séduit. Ce système permet de dégager du temps et est très efficace. On paille de cette façon trente minutes le matin et trente minutes le soir. Les vaches ne sont pas perturbées. Au contraire, je trouve même qu’elles sont bien plus propres qu’auparavant. On est bien dans ce bâtiment. Il y a également beaucoup moins d’odeurs », précise Maurice Heim qui a investi entre 50 000 € et 60 000 € dans l’opération. Il a été conseillé, notamment dans le cadre de l’intégration paysagère, par Léon Léonard, de la Chambre d'agriculture Alsace.

Pages

Les vidéos