Alsace, Moselle, Haute-Marne : deux jours d’échanges en Alsace
Lait sans OGM : comment s’adapter à la demande ?
Alsace, Moselle, Haute-Marne : deux jours d’échanges en Alsace
Publié le 15/06/2017
Pour répondre à la demande du marché allemand, trois laiteries et fromageries du Grand Est demandent à leurs producteurs de leur livrer du lait issu d’animaux nourris sans OGM. Comment les services d’élevage peuvent-ils les accompagner dans cette démarche ? 60 conseillers des Chambres d’agriculture d’Alsace, Moselle et Haute-Marne ont mis en commun leurs pistes lors d’une rencontre commune organisée les 6 et 7 juin en Alsace.
À partir du 1er octobre 2017, Sodiaal collectera du lait issu d’animaux nourris sans OGM dans trois de ses zones de collecte françaises. 165 producteurs de la région de Sausheim, dans le Haut-Rhin, sont concernés. Ce lait sera envoyé à l’usine Entremont de Langres (Haute-Marne) pour fabriquer de l’emmental destiné au marché allemand (lire notre encadré). La laiterie Freiwald, située à Freistroff en Moselle, s’est lancée dans une démarche similaire pour pouvoir livrer du lait en Allemagne. La collecte démarre ce mois-ci. La fromagerie Hutin, basée à Dieue-sur-Meuse près de Verdun, emboîtera le pas au 1er janvier prochain : spécialisée dans la fabrication de fromages à pâte molle et pâte fraîche, elle fait partie du groupe allemand Hochland, l’un des leaders européens de la fabrication fromagère, qui vend ses produits dans 30 pays. « Un train qui passe » La demande de lait issu d’animaux nourris sans OGM (que nous appellerons lait sans OGM) vient du consommateur allemand, rappelle Gilles Saget, responsable du pôle méthodes et références de 3CE (Chambre Contrôle Conseil Élevage, lire en encadré). « En France, on exporte 40 à 45 % de notre lait et notre principal partenaire est l’Allemagne. Toutes les grandes entreprises laitières du Nord-Est commercent avec ce pays, renchérit Jean-Claude Perrin, responsable des achats lait à la fromagerie Hutin. Le lait sans OGM, c’est un train qui passe. Soit on le regarde passer, soit on saute dedans. » « Je ne sais pas si on a vraiment le choix, ajoute-t-il. On ne peut pas négliger la demande qui nous est faite. » « Collectivement, on a intérêt à y répondre », affirme pour sa part Benoît Rouillé, responsable de projets en production laitière à l’Institut de l’élevage (Idele). Il pose toutefois une condition : « Que l’éleveur s’y retrouve économiquement ». Les producteurs laitiers du Grand Est sont certes bien placés pour produire du lait sans OGM, puisqu’ils sont proches de l’Allemagne. Les laiteries concernées proposent à leurs adhérents un contrat, par lequel ils s’engagent à respecter un cahier des charges basé sur le standard de l’association allemande Vlog. Avec à la clé, une prime pour compenser les surcoûts. Celle-ci varie selon les entreprises : de 7,5 €/1 000 l pour Freiwald à 10 €/1 000 l dès la période de conversion pour Sodiaal. La fromagerie Hutin, quant à elle, propose une prime de conversion de 5 €/1 000 l pendant les trois mois de conversion et 10 €/1 000 l ensuite. Trois scénarios et un mix Cette prime est-elle suffisante pour que les éleveurs s’y retrouvent ? Les conseillers en élevage, qui ont travaillé sur la question, n’apportent pas de réponse toute faite. Tout dépendra de la stratégie utilisée pour s’affranchir du soja, principal ingrédient « à risque OGM ». Trois scénarios semblent les plus probables : lui substituer du soja non-OGM, le remplacer par d’autres aliments non-OGM (coproduits, protéagineux, méteils) ou bien améliorer l’autonomie protéique de l’exploitation. Sur le long terme, Benoît Rouillé considère que la meilleure stratégie repose sur un « mix des trois ». Plus globalement, le représentant de l’Idele pose la question du gain pour la filière : il doit être évalué en tenant compte de tous les surcoûts (de production, de collecte et de transformation), mais aussi des bénéfices en termes d’images, qui sont plus difficilement quantifiables. Président du pôle élevage et secrétaire général de la Chambre d’agriculture de Moselle, Jean-Marie Gallissot s’inquiète de la concurrence possible vis-à-vis du lait bio. « Le cahier des charges est quasiment identique. Quel avenir pour le lait bio une fois que le lait sans OGM sera sur le marché ? », interroge-t-il. « Est-ce qu’on aura assez d’aliments de substitution pour répondre aux besoins ? », se demande pour sa part Jean Bernhard, ancien responsable élevage dans le Bas-Rhin. En Autriche, rapporte-t-il, les éleveurs laitiers ont appris à se passer des tourteaux de soja depuis 2008, où ils sont passés en alimentation non-OGM à 100 %. Mais le cheptel autrichien ne compte que 400 000 vaches laitières. Si peu, comparé au cheptel tricolore.












