commercialisation

Accord Union européenne-Canada

Ceta : menace ou opportunité ?

Publié le 27/02/2017

Mercredi 15 février, les eurodéputés étaient appelés à se prononcer sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Canada. Négocié depuis 2009, le traité a soulevé critiques, rebondissements et froids diplomatiques depuis sa présentation publique, fin 2014. Il est parfois difficile de démêler le vrai du faux, tant les informations sur le sujet peuvent être contradictoires, voire biaisées. Nous avons donc essayé de dégager les enjeux d’un tel texte pour l’agriculture française, et les positions des différents acteurs politiques, syndicaux et professionnels.

Mercredi 15 février, alors qu’une centaine de manifestants ralentissaient l’entrée au Parlement européen, les eurodéputés s’apprêtaient à débattre d’un accord qualifié d’historique, tant par ses partisans que ses détracteurs. Peu après midi, l’Accord économique commercial global (AECG ou Ceta), entre le Canada et l’Union européenne (UE) était adopté par 408 voix pour, 254 contre et 33 abstentions. Le Ceta vise avant tout à dynamiser les échanges entre les deux parties, via une suppression quasi-totale des droits de douane et une harmonisation des normes à tous les niveaux. Une part importante du contenu de ce partenariat, dont le volet agricole, sera mise en application dès les mois de mars et avril. Un texte qui ne fait pas l’unanimité La portée historique de cet accord vient de sa profondeur d’action inédite. Il touche des domaines aussi divers que l’agriculture, la mobilité professionnelle, les marchés publics, le secteur culturel hors audiovisuel, ou encore l’industrie pharmaceutique. C’est ainsi qu’une majorité de représentants des partis libéraux et sociaux démocrates européens considèrent le Ceta comme un modèle pour les partenariats futurs ; tandis que l’extrême gauche et les militants altermondialistes voient en cet accord un cheval de Troie du libéralisme nord-américain en Europe. L’extrême droite européenne juge quant à elle qu’il constitue un « coup sérieux porté aux nations d’Europe », selon Marine Le Pen, qui s’est exprimée lors des débats précédant le vote. Si les positions semblent verrouillées, de nombreuses nuances et divergences apparaissent au sein même des blocs politiques. Le Parti Populaire Européen (PPE), groupe le plus important du Parlement constitué de la droite traditionnelle et libérale, a voté à une écrasante majorité pour. Mais six des vingt eurodéputés Les Républicains (LR), membres du PPE, se sont abstenus. De manière générale, une poignée d’États se démarquent par leur opposition au traité. La France, avec 48 voix contre, 16 pour et 8 abstentions, est la plus hostile au Ceta, accompagnée de l’Autriche, des Pays-Bas et de la Grèce, où l’opinion publique a fortement pesé sur les votes. La filière bovine en première ligne Le vote français s’explique en partie par les craintes concernant certaines filières agricoles. Ainsi, l’eurodéputée Anne Sander (LR) s’est abstenue après correction de vote. Interrogée sur sa décision, elle explique que « si le Ceta peut avoir des effets positifs sur l’industrie viticole et fromagère, il y a encore trop d’incertitudes concernant la filière bovine ». Des zones d’ombre qui portent notamment sur les conséquences réelles de l’arrivée en masse de viande bovine et porcine canadienne sur le marché européen. Les quotas d’importation seront progressivement relevés au cours des sept prochaines années pour atteindre environ 60 000 tonnes de bœuf (contre 7 640 t aujourd’hui) et 75 000 t de porc (contre 12 500 t actuellement). Les promoteurs du projet font valoir que ces volumes ne représenteront que 0,6 % et 0,4 % de la production européenne. Mais Interbev indique que « les Canadiens exportent principalement des morceaux à forte valeur ajoutée ». Dès lors, le contingent canadien atteindrait 16,2 % des 400 000 t de viande équivalente produite en Europe chaque année. Faisant écho à ce constat, la FNSEA a reconnu dans un communiqué le caractère « ambitieux et progressiste » de l’accord, mais a appelé à ne pas voter l’accord sans « l’apport des garanties nécessaires » pour l’élevage. Même son de cloche chez Yannick Jadot, représentant Europe Écologie-Les Verts, qui estime que « les producteurs français vont subir une concurrence déloyale de la part de leurs homologues canadiens, avec l’arrivée de pièces nobles 25 à 30 % moins cher ». Le traité laisse néanmoins la possibilité à l’UE d’activer une clause de sauvegarde réduisant les quotas canadiens de manière temporaire en cas de déséquilibrage soudain du marché d’un produit agricole. Des incertitudes au plan sanitaire Au niveau sanitaire, la viande issue de bœufs élevés aux hormones de croissance ou de porcs traités à la ractopamine est exclue de l’accord et toujours interdite de commercialisation en Europe. Le Canada devra donc s’équiper de lignes de production conformes aux normes européennes. Mais la Fédération nationale bovine (FNB) critique cette situation. Pour elle, l’accord ne prévoit « aucune garantie sur les contrôles prévus par le Canada, concernant l’interdiction des activateurs de croissance et des hormones dans la production ». Malgré les propos rassurants de la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, qui dernièrement a répété à l’envi que « les standards sanitaires ne changeront pas », des doutes ont été émis sur la qualité de l’alimentation du bétail. Les éleveurs canadiens utilisent en effet de nombreux additifs et produits génétiquement modifiés interdits en Europe, et l’accord ne cite pas clairement de système de contrôle. Pour les opposants, ce flou pourrait être la porte ouverte à l’introduction de produits non réglementaires ne respectant pas les normes établies au niveau de l’UE. 145 IGP européennes reconnues outre-Atlantique Une des avancées saluées par la majorité des acteurs du secteur agricole est la reconnaissance officielle de 145 Indications géographiques protégées (IGP) européennes. Parmi elles, 42 appellations françaises dont 28 fromages. Cette mesure permet de sanctuariser certains produits à forte valeur ajoutée. Elle introduit une importante avancée : la vente d’imitations de produits IGP au Canada est désormais interdite, tandis qu’il est toujours défendu d’importer des contrefaçons en Europe. Les producteurs concernés devraient constater une nette amélioration du paysage commercial avec le Canada. L’industrie fromagère devrait tirer les plus gros profits de ce volet, car il est couplé à une augmentation des quotas d’exportation de fromages de haute qualité, qui passeront de 2 950 t à 18 500 t par an. Les négociateurs de l’UE ont réussi à établir un nouveau marché créé par l’appel d’air consécutif à l’interdiction de mise en vente au Canada des produits concernés. Un progrès que certains qualifient même d’exploit tant les pays nord-américains sont frileux à autoriser l’importation d’aliments non pasteurisés, pour raisons sanitaires. Un point noir apparaît tout de même lorsqu’on prend en compte la totalité des IGP européennes. Les appellations reconnues dans le Ceta représentent moins de 10 % des 1 510 IGP reconnues par les instances de l’UE en 2016. La France quant à elle compte environ 126 produits IGP (hors vins et liqueurs), dont 42 sont désormais protégées. Les vins ne rentrent pas dans les négociations, un accord bilatéral UE-Canada signé en 2003 a officialisé la protection de 488 vins et 57 spiritueux. Le déséquilibre entre le nombre de produits préservés en Europe et ceux concernés par le traité s’explique par le fait que le Canada n’a souhaité protéger aucun de ses produits, limitant de ce fait la marge de manœuvre des émissaires européens. Un futur incertain Si l’accord a franchi une étape importante mercredi 15 février, son avenir n’en est pas moins incertain. Les 38 parlements nationaux et régionaux de l’UE vont devoir le ratifier avant que son application ne devienne définitive. Théoriquement, si une seule assemblée prononce un refus, le Ceta devra être enterré. Mais le plus probable serait une renégociation locale et limitée afin de remporter une majorité de voix au sein de ladite assemblée, comme l’ont fait les Pays-Bas en 2016 pour l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine. Un second vote pourrait également être organisé, à l’image de l’Irlande en 2009 lors de la ratification du traité de Lisbonne. Ce qui est sûr, c’est que ce processus prendra plusieurs années, d’autant plus que de nombreux pays européens, tels que la France, les Pays-Bas ou encore l’Allemagne, entrent en période électorale. Il paraît peu probable que les responsables politiques de ces pays, en course pour une réélection ou fraîchement élus, souhaitent s’atteler immédiatement à la ratification d’un traité qui a très mauvaise presse auprès de l’opinion publique. Dans l’immédiat, les syndicats agricoles européens appellent Bruxelles à prendre ses responsabilités. Tandis que la FNB demande dans un communiqué des compensations hors budget agricole, le Copa-Cogeca, qui regroupe syndicats majoritaires et coopératives agricoles de l’UE, et qui avait soutenu l’accord, prévient qu’il restera « vigilant, spécialement vis-à-vis de l’accès accru au marché de l’UE pour le bœuf et le porc canadiens ».

Publié le 20/01/2017

Le 28 janvier, Dominique Frey à Dambach-la-Ville accueillera le salon de l’association Patrimoine des terroirs, qui rassemble une trentaine de vignerons de onze régions.

En 2017, l’association Patrimoine des terroirs lance son premier salon itinérant chez Dominique Frey à Dambach-la-Ville. Il aura lieu le 28 janvier. La trentaine de vignerons de cette association tiendra donc salon sur le domaine, où déjà une cinquantaine de professionnels de la restauration et du vin ont réservé, et même des importateurs asiatiques. Patrimoine des terroirs a été créée par Céline Malfait et Alain Vautherot, deux amateurs de vin, qui ont lancé en 2006 l’idée de réunir différents vignerons de France, autour d’un même projet de mise en commun de commercialisation, représentation et distribution des vins, selon une stratégie marketing et un modèle économique imaginés par Céline. Si le projet a connu quelques difficultés pour réussir à agréger des vignerons qui n’ont pas toujours des objectifs similaires, depuis 2010, l’association Patrimoine des terroirs a véritablement pris son envol désormais. La charte qui régit l’association pose des valeurs de terroir, des pratiques environnementales qualitatives pas forcément labellisées bios, et s’adresse à des vignerons récoltants-manipulants. Mais après « un début un peu compliqué pour coordonner l’action, car certains étaient en attente de résultats rapides », explique Dominique Frey, aujourd’hui l’association réunit 30 vignerons de 11 régions viticoles, et propose « une gamme qui ne se fait pas concurrence », précisent de concert Alain et Céline. Un énorme potentiel de développement Le vigneron a un interlocuteur unique, Alain ou Céline. Il expédie ses vins sur la plateforme commune. De là repartent les commandes groupées et panachées de bouteilles. Ce qui représente un atout logistique considérable, « aussi efficace que ce que propose un négociant », explique le duo. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce ne sont pas les cavistes ou les restaurateurs français qui ont jusqu’à présent profité de ce service unique d’être approvisionné sur la base d’une carte de 30 domaines viticoles de 11 régions différentes. Le succès vient notamment de l’étranger : en 2016, l’association a commercialisé 220 000 bouteilles, soit une progression de 156 % par rapport à 2014. Dont 80 % d’exportation en volume, mais 45 % en nombre de commandes. Du panachage de gros volumes pour l’export et du panachage de petits volumes en métropole ou en Europe, pour résumer. Ce qui prouve par ailleurs qu’il y a dans cette association un énorme potentiel de développement, tant sur le marché intérieur, avec des acheteurs qui n’ont pas encore pris conscience de l’intérêt du service logistique, que sur le marché export en croissance organique. Selon Céline Malfait, c’est « la politique commerciale adaptée, bien définie et bien ciblée sur les vins de terroirs de vigneron indépendant », qui explique cette réussite. « Il n’y a pas de vins de marque. » L’association est également présente et représentée par ses vignerons sur les différents salons européens Prowein, Vinexpo, Vinisud : « Nos frais sont mutualisés. Cela nous permet d’y avoir une certaine visibilité en étant présents sans payer plein pot, explique Dominique Frey. Chacun se rend selon ses compétences, sur l’un des salons. Nous, nous parlons allemand, et donc c’est Prowein. »

Maison Feyel Artzner à Schiltigheim

Pas de pénurie de foie gras !

Publié le 25/12/2016

Malgré le recul de la production française de palmipèdes gras suite aux épidémies d’influenza aviaire, le foie gras Feyel Artzner sera au rendez-vous des fêtes de réveillon. En cette fin d’année, l’entreprise alsacienne revisite les classiques et s’inscrit dans les nouveaux moments de consommation.

Indétrônable des tables de réveillon des Français, le foie gras a pourtant failli manquer à l’appel, cette année. La crise sanitaire provoquée par l’influenza aviaire fin 2015 a poussé les pouvoirs publics à mettre en place un plan d’assainissement qui a conduit, à compter du 18 janvier 2016, à l’arrêt de mise en élevage de volailles dans la zone de restriction jusqu’au 18 mai. Environ 4 000 élevages de 18 départements du Sud Ouest étaient concernés par cette mesure qui s’accompagnait de l’arrêt total des abattages pendant quatre mois. Avec pour conséquence la perte de 25 % de la production de palmipèdes gras. Du fait de cette crise sanitaire, la production mondiale de foie gras a connu en 2015 une baisse de 700 tonnes, pour atteindre 25 600 t. « La France a enregistré une baisse beaucoup plus importante, de l’ordre de 4 750 t », explique Nicolas Schwebel, PDG de la maison Feyel Artzner à Strasbourg. Mais d’autres pays européens, comme la Bulgarie et la Hongrie, ont augmenté leur production, ce qui a partiellement comblé le déficit. Une production française en net recul La filière avicole n’est pas sortie de l’auberge pour autant, puisqu’une nouvelle épidémie s’est déclarée récemment : 27 foyers de H5N8, un virus hautement pathogène, ont été confirmés dans les élevages et quatre cas dans la faune sauvage. Par ailleurs, la mise en œuvre de mesures de biosécurité suite à la crise sanitaire de l’an dernier a conduit la filière française à investir et à ralentir sa production, du fait notamment du passage en bandes uniques. « La productivité de la filière française de palmipèdes gras a diminué de 25 % en 2016 », indique Nicolas Schwebel, se basant sur les chiffres de l’interprofession (Cifog). Cette situation a bien entendu provoqué un renchérissement du foie gras frais, que les transformateurs ont dû répercuter sur le prix final de leur produit. Pour autant, le foie gras restera un produit accessible : « La tranche de foie gras (40 g) n’augmentera que de 20 à 40 cts », indique Nicolas Schwebel. Soit une augmentation de 10 à 15 %. Par contre, les exportations françaises ont été fortement pénalisées par cette baisse de la production. Car si les ventes sont restées stables dans la grande distribution, le marché export est en net recul, du fait notamment de la fermeture du marché japonais : - 27 % pour le foie gras cru, - 15 % pour le foie gras transformé. Pour la première fois depuis très longtemps, la balance commerciale du foie gras est dans le rouge : elle passe de 15,9 millions d’euros en 2015 à - 2,80 M€ au premier semestre 2016. Surfer sur la vague des apéritifs dînatoires Malgré cette pénurie, Nicolas Schwebel se veut rassurant : il y aura du foie gras dans les rayons. « La priorité de la maison Feyel Artzner est d’approvisionner les tables de réveillon. Mais nous avons dû faire des choix, en privilégiant les produits à fort savoir-faire et à marque. » Une certaine incertitude règne toutefois à l’approche des fêtes de fin d’année : « Les achats sont de plus en plus tardifs, d’autant que la configuration calendaire n’incite pas les consommateurs à anticiper leurs emplettes », explique Patricia Houdebert, directrice marketing et communication. De belles surprises ont été préparées à leur attention. Feyel propose un foie gras de canard en torchon à l’orange et au Grand Marnier, dans lequel le caractère prononcé du foie gras de canard se mélange aux notes fruitées de la liqueur pour une belle aventure des papilles. Et pour multiplier les occasions de déguster du foie gras, Artzner lance la gamme « Les Apérissimes », des tranches de mousse de foie de canard préparée avec 50 % de foie gras et agrémentée de poivre de Sichuan ou d’orange fraîche pour des apéritifs exotiques et raffinés. De son côté, Artzner remet au goût du jour une recette ancienne, la terrine en porcelaine de foie gras d’oie. Un écrin digne d’un produit d’exception ! Par ailleurs, le chef de la maison Artzner revisite un grand classique, le foie gras en croûte, inspiré de la célèbre recette du pâté de foie gras à la Contades. Bref, de belles idées à savourer !

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