La distillerie Romann de Sigolsheim, propriété du groupe Grap'Sud, organisait une journée portes ouvertes mercredi 16 mai. L’occasion de faire découvrir ses installations et notamment sa nouvelle chaufferie : une centrale de production de vapeur, un nouvel investissement de 800 000 €.
La grande fumée blanche qui s’échappe de la cheminée, c’est de la vapeur d’eau. La vapeur est un élément essentiel dans le process de production de l’entreprise. Elle permet de limiter les odeurs à une semaine par an. Soucieuse de sécuriser son outil industriel et de diminuer ses dépenses en énergie, la distillerie a confié à Engie Cofely le soin de trouver une solution qui optimise le fonctionnement de la société. Ce partenariat a pris la forme d’une coconstruction pour mettre en œuvre la solution la plus adaptée au site. Le contrat, qui lie les deux protagonistes pour une durée de dix ans, comprend l’installation de la nouvelle centrale, son financement, sa maintenance et son exploitation, tâche incluant la vente de vapeur. « La production de vapeur, jusqu’à 6 tonnes par heure, permet entre autres de chauffer les colonnes de distillation. La centrale fonctionne au gaz. C’est une énergie fossile, mais beaucoup plus propre. Elle permet de réduire de 44 % l’émission de CO2, soit 1 350 t de CO2 par an, ce qui correspond à un trajet en voiture de 6 900 000 km. Elle assure aussi une production plus stabilisée de vapeur », explique Erwin Brouard, directeur de la distillerie de Sigolsheim.
Créée en 1958, la distillerie est devenue en 2007 une filiale du groupe Grap'Sud. « Notre slogan, c’est « L’autre richesse du raisin ». Nous valorisons les sous-produits de la viticulture », souligne Guy Lautier, président de la distillerie Romann. Depuis 2008, les investissements sont ininterrompus. Il y a eu les mises aux normes électriques, sécuritaires et environnementales, mais également la purification des eaux résiduelles. Aujourd’hui, le site est agréé ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement). L’établissement alsacien, qui fait travailler 18 personnes dont 13 permanents et réalise un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros, fabrique chaque année de 10 000 à 15 000 hectolitres d’alcool pur. Il s’agit de distillat (liquide issu de la condensation de vapeur), d’eaux-de-vie de vin, de biocarburant. Il produit également de l’acide tartrique, élément prisé des professionnels du bâtiment et des œnologues désireux de conférer plus de caractère à un vin. Le secteur agroalimentaire utilise ses extraits de vins, ses pulpes et des pépins de raisins. La parfumerie se sert des essences de lies. La nutraceutique est férue des pépins polyphénols de raisin que l’on dit bons pour la santé. Quant aux animaux, ils ingèrent volontiers les aliments à base de pulpes et de pépins polyphénols de raisin.
Des déchets entièrement valorisés
« Nous pouvons stocker 40 000 hl de lies et de vins et 300 hl d’alcool pur. Nous sommes capables de réceptionner l’ensemble de la viticulture alsacienne et même d’autres », précise Erwin Brouard. La production génère des déchets entièrement valorisés. Les vinasses, restes de distillation contenant une forte dose de potasse, servent d’amendement organique déversé sur les champs. Elles contribuent aussi à la production de biogaz dans les unités de méthanisation. Les eaux sont recyclées et traitées dans la station d’épuration de la distillerie. D’autres résidus comme les rafles tiennent lieu de combustible pour le sécheur biomasse, ce qui permet à l’entreprise d’être moins tributaire de l’énergie fossile.